La chèvre Saanen, parfois appelée Blanche de Gessenay, est une race caprine mondialement reconnue pour sa production laitière exceptionnelle et sa robustesse. Cet article explore en profondeur l'histoire, les caractéristiques, l'impact économique et la gestion de la reproduction de cette race.

Historique et Distribution Géographique

Originaire de la haute vallée de la Sarine, en Suisse, la chèvre Saanen s'est implantée en France au début du XXe siècle, devenant très populaire dans les années 1960. Elle a quitté sa Suisse natale pour se diffuser dans différents environnements agricoles. Elle a montré une adaptabilité remarquable, depuis les montagnes jusqu’aux plaines, avec des zones d’élevage concentrées dans le Sud-Est, le Centre et l’Ouest de la France. Sa capacité d’adaptation à des régimes alimentaires variés et à des conditions climatiques différentes lui permet de prospérer dans divers environnements.

Aujourd'hui, on compte près de 350 000 chèvres Saanen en France, avec 114 600 sous contrôle. La race s’est étendue dans le monde entier grâce à sa notoriété. C’est la race caprine la plus représentée dans le monde et on la dénombre en Europe, en Amérique du Nord et en Afrique. Elle connaît depuis les années 1970 un essor spectaculaire en France où elle est choisie pour l’amélioration de la production laitière (quantité et taux de lait) et pour sa morphologie.

Morphologie

La chèvre Saanen est trapue et de grande taille, avec une robe entièrement blanche et un poil court et dense. Elle est d’ailleurs appelée aussi Blanche de Gessenay. Seule une robe immaculée est acceptée. La tête présente souvent un profil droit et est généralement sans cornes, mais quelques animaux ont une paire de cornes de taille moyenne orientées vers l’arrière. La tête, avec ou sans cornes, avec ou sans pampilles et barbiche, a le profil droit. Les boucs mesurent entre 90 et 100 cm et pèsent de 80 à 120 kg, tandis que les chèvres sont légèrement plus petites et plus légères, avec une taille de 70 à 80 cm et un poids de 50 à 90 kg. Leur large poitrine et leur mamelle bien attachée favorisent l’efficacité lactique et leur permettent de produire un volume de lait impressionnant. La poitrine est profonde, large et longue, signe d’une capacité thoracique importante. Les membres sont forts et bien d’aplomb. La race est dotée de deux onglons sur chaque membre.

Production Laitière

Le principal atout de la chèvre Saanen est sans aucun doute sa production laitière. Elle est reconnue mondialement pour son rendement laitier impressionnant, avec une production moyenne de 946 kg par lactation en 306 jours. La qualité du lait produit est également remarquable, avec des taux protéiques de 29 g/L et des taux butyreux de 32 g/L, supérieurs à ceux de la plupart des autres races caprines. Une chèvre fournit plus de 730 kg de lait par an et sa durée de lactation est d’environ 270 jours, certaines chèvres produisent même jusqu à 1 000 kg par lactation et ce n’est pas rare. Ce lait est particulièrement recherché pour ses qualités fromagères. Dans le sud de la France, son lait est utilisé pour fabriquer du fromage de chèvre.

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L’élevage et la Gestion Génétique

La chèvre Saanen est bien adaptée aux systèmes d’élevage intensif, où une alimentation concentrée est optimisée pour maximiser la production laitière. Elle est cependant moins rustique que certaines autres races, préférant un environnement contrôlé et se montrant vulnérable face aux climats extrêmes. Elle se comporte en remarquable laitière, même en vivant totalement en stabulation. C’est une race rustique facile à élever et à mener. La chèvre Saanen a la réputation d’être paisible, très docile et solide, pouvant supporter sans problème tous les différents modes d’élevage possibles, intensifs si nécessaires.

Au niveau génétique, Caprigene France est en charge de la sélection de la race, visant à améliorer constamment la qualité du lait et sa production. Comme pour les autres espèces de ruminants, le modèle INRA 2018 a permis de mettre à jour les principes de l'alimentation pour les chèvres. L'utilisation en pratique de ce nouveau modèle a nécessité aussi de préciser la dynamique des réserves énergétiques et des caractéristiques corporelles des chèvres au cours du cycle de production.

Dynamique des Réserves Corporelles et Modélisation

Les chèvres, comme les autres femelles d'élevage, suivent des cycles biologiques reproductifs pendant lesquels de nombreuses caractéristiques et états physiologiques évoluent. Classiquement, le cycle biologique se déroule sur une année, entre deux mises-bas, avec en moyenne : la lactation qui dure 300 jours, la fécondation qui s'effectue au 220ème jour de lactation et la gestation qui dure 150 jours. Ces valeurs varient principalement en fonction de la parité et de la réussite de la reproduction.

Outre la dynamique de la production de lait et de la croissance des fœtus, un phénomène dynamique important chez les chèvres laitières est la mobilisation des réserves corporelles autour de la mise bas, en particulier en début de lactation, entrainant ainsi un bilan énergétique apparent négatif, cette mobilisation des réserves devant être reconstituée par la suite. Cette dynamique, en particulier la mobilisation du début de lactation a été étudiée depuis plusieurs décennies.

Ce phénomène a pu être objectivé pour les lipides au niveau des teneurs en acides gras non estérifiées (AGNE) du plasma, de la composition en acides gras du lait et de certaines activités enzymatiques tissulaires. Cette mobilisation concerne non seulement les lipides mais également les protéines, en outre elle présente des implications en matière de pathologie de la nutrition. Il a aussi été montré que ce phénomène était influencé par les apports alimentaires d'énergie avant et après mise bas, ainsi que par l'ascendance paternelle.

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Dans une phase ultérieure des recherches, pour mieux quantifier et associer les phénomènes biologiques et les mesures du terrain, des études ont été entreprises sur les variations de la composition corporelle en relation avec la NEC (Schmidely et al., 1995). Elles ont permis d'établir une relation entre ces deux critères, confirmée récemment par Lerch et al. (2021). Le développement de la modélisation a ensuite permis l'intégration de ces différentes connaissances, avec par exemple le modèle de Puillet et al. (2008).

Pour l'ouvrage INRA 2018 issu du projet « Systali », des nouvelles données sur le cycle productif ont été collectées et ont permis d'élaborer des équations empiriques décrivant la dynamique des processus de croissance, de production et de composition du lait, de gestation ainsi que celle de la variation des réserves (Sauvant et Giger-Reverdin, 2018). Elles intègrent les effets de la parité, des niveaux de performance laitière et de la prolificité.

Le but de cet article est donc de mettre en cohérence ces différents aspects dynamiques au cours d'un cycle productif et en fonction des principaux facteurs de variation évoqués ci-dessus. L'objectif est de pouvoir tracer des cinétiques de PV et de NEC prenant en compte les effets liés à la lactation, à la gestation, à la croissance et à l'évolution des contenus digestifs entre deux mises bas. Chacun de ces effets sera considéré séparément avant d'être combinés.

Modélisation des Flux de Réserves Énergétiques

La démarche débute par la modélisation des flux de mobilisation/accrétion des réserves énergétiques qui expliquent l'essentiel des variations pondérales des chèvres pendant la lactation. Dans le chapitre 21 d’INRA 2018 (Sauvant et Giger-Reverdin, 2018) des équations paramétrables (Eq. 21.19) de l'évolution de ces flux avec le critère UFLVPRpot = Mobilisation - Accrétion (une valeur positive de ce critère traduit donc une mobilisation d'énergie plus importante que l'accrétion) exprimé en unités d'énergie nette, c'est à dire en UFL/j. L'acronyme VPRpot signifie « variation potentielle des réserves ». Les paramètres influençant sont, outre le stade, le potentiel de production laitière brute au pic (PLPotMax) et la valeur de la NEC sternale à la mise bas (NECstmb).

Les valeurs des paramètres de ces trois équations, actualisées depuis 2018, ont été déterminées à partir de nombreuses cinétiques de productions et de bilans UFL observées en expérimentation avec des lots d'animaux correctement nourris et en supposant i) que les niveaux de mobilisation et d'accrétion cumulées s'équilibrent à un stade du cycle biologique qui dépend du potentiel (plus le potentiel est élevé, plus l’équilibre est atteint tardivement) et ii) que l'essentiel de ce cycle des réserves s'effectue au cours du cycle lactation-gestation considéré, au plus tard un mois avant la mise bas suivante.

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Transformation en Cinétiques de PVV

Dans cette étape, les cinétiques de flux d'UFL_VPRpot ont été cumulées dans le temps. Elles sont illustrées à la figure 3, sur quatre lactations successives (cette évolution est calculée indépendamment de la croissance et de la gestation). Ces cinétiques illustrent la forte influence des potentiels laitiers sur les valeurs des bilans cumulés et sur le stade du retour à l'équilibre énergétique cumulé.

Dans cette troisième partie de l'approche, les cinétiques des bilans UFL cumulés d'animaux nourris au potentiel sont transformées en cinétiques de PVV en appliquant les 2 hypothèses suivantes :

i) Les valeurs d’efficience moyenne de l'énergie métabolisable en énergie nette sont considérées comme fixe pour le lait (kls = 0,65, Eq. 6.11, INRA, 2018) et les réserves (ktg = 0,80).

Avec ces hypothèses, il est possible de calculer l'énergie corporelle mobilisée-accumulée (Σ EN_VPRpot) au cours du cycle, en kcal de réserves, en transformant les valeurs d'une énergie lait en une énergie de réserves.

ii) La chèvre présente, à stade égal, une teneur en lipides du Poids Vif Vide (PVV) d'environ 6 points en % du PVV plus faible que les vaches laitières (Sauvant et al., 2018). L'équivalent énergétique des variations du PVV correspond à la valeur proposée par Sauvant et al. (2018) de 2.2 UFL, sur la base de 5 expériences publiées :1 kg de variation de PVV équivaut à 433 g lipides et 137 g protéines qui équivaut à 4,82 Mcal EN soit 2,2 UFL.

En effet on a (4,82/0,8) x 0,65/1760x1000 = 2,2. Ces hypothèses moyennes permettent de convertir les variations d’énergie liées aux réserves corporelles en évolution des bilans pondéraux des réserves (IΔPVVVPRI, en kg de PVV/j) pendant les phases de mobilisation/accrétion.

Il est ainsi possible, à partir des cinétiques de bilan énergétiques cumulés, de quantifier l’évolution dans le temps du PVV correspondant aux variations des réserves, aux différents potentiels. Pour réaliser un ajustement statistique non linéaire et déduire les paramètres de l’équation du PVV en fonction du temps, chaque cinétique de PVV générée selon les relations ci-dessus (considérée en valeur absolue) a été bruitée avec un écart type de 0,2.

Dynamique des Constituants Corporels Pendant la Gestation

Étant donné l’importance de la gestation pendant un cycle productif, la dynamique des constituants corporels pendant cette étape doit être modélisée le mieux possible pour pouvoir connaître les évolutions de l'ensemble des réserves sur un cycle productif. La démarche appliquée à la gestation est résumée dans le diagramme présenté en figure 1. Pour la mettre en œuvre il a été nécessaire de compléter le modèle INRA 2018 sur les évolutions tissulaires des différents composants pendant la gestation : le fœtus, l’utérus gravide et l’organisme maternel. Dans cette approche deux principaux facteurs de variation sont pris en compte : le stade de gestation (tgest, jours) et la prolificité.

Gestion de la Reproduction

L’élevage caprin repose sur une gestion efficace de la reproduction des chèvres. Elle est une composante essentielle de la productivité et de la rentabilité de l’exploitation. Les éleveurs caprins utilisent différentes techniques de gestion de la reproduction, pour certains avec de l’insémination artificielle en complément de la monte naturelle. Ils orientent leurs choix en fonction de leurs objectifs de sélection. Lors de la préparation des chèvres à la reproduction, la période de mise au bouc sera à prendre en compte. La sélection des chèvres destinées au renouvellement du troupeau est une étape stratégique. Les critères de sélection peuvent inclure la santé, la conformation, la production laitière et la facilité de mise bas.

Préparation des Chèvres à la Reproduction

D’une façon globale, mais particulièrement pour préparer à l’IA, il est préférable de peu modifier l’alimentation des chèvres en fourrages et concentrés dans la période qui s’étend de 1 mois avant à 1 mois après le début de la reproduction. Si les apports protéiques sont excédentaires vis-à-vis des besoins des chèvres 1 mois avant repro, il faut rééquilibrer la ration par une baisse de ceux-ci et une augmentation des apports énergétiques. En complément, il peut, parfois, être nécessaire d’effectuer une cure (5 à 10 jours) avec un hépatoprotecteur qui sera suivie du flushing pré-repro.

Les lactations longues permettent aux chèvres de produire du lait sur une période étendue, ce qui peut conduire à une production laitière plus élevée par chèvre au cours de sa vie : +239 kg de lait en Saanen (données : Seenovia 2023). La pratique de la lactation longue, qu’elle soit choisie ou subie, permet aussi de conserver des chèvres qui seraient en échec à la reproduction. Par contre, pour maintenir un renouvellement suffisant, sans achat extérieur pour éviter tout risque sanitaire, il est souhaitable de ne pas dépasser 50% du troupeau en lactation longue.

Préparation des Boucs

La préparation des boucs pour la reproduction revêt une importance cruciale pour garantir le succès de la reproduction et la qualité de la descendance.

Check-up Complet

Avant la saison de reproduction, les boucs doivent subir un examen complet pour évaluer leur santé générale. Il est essentiel de vérifier leur état corporel ainsi que leur système reproducteur pour détecter toute anomalie ou maladie qui pourrait affecter leur performance.

Alimentation Équilibrée

Une alimentation équilibrée et adaptée est essentielle pour maintenir la condition physique et la fertilité des boucs reproducteurs. Une alimentation de qualité contribue également à améliorer la qualité du sperme. Lors de la période des saillies, les boucs vont dépenser beaucoup d’énergie, il est donc important d’ajuster leur ration deux mois avant leur introduction avec les chèvres - c’est la durée de la spermatogénèse. Durant cette période, il est recommandé de leurs donner les mêmes aliments que les chèvres, fourrages et concentrés pour qu’ils soient habitués à les digérer. La complémentation de leur ration en concentrés devra être augmentée, de 300 à 600 g, en fonction de leur état corporel. Une supplémentation en vitamines peut être utile, mais pas indispensable. Concernant les oligoéléments, dont le zinc, indispensable tout au long de la spermatogenèse, il est recommandé de laisser à disposition des pierres à lécher, à base de mélasse et d’oligoéléments. Une fois dans les lots de chèvres, l’ingestion de fourrages risque de diminuer fortement, un apport supplémentaire de concentrés peut être ajouté.

Conditions Environnementales

Les conditions environnementales jouent un rôle crucial dans la santé et le bien-être des boucs reproducteurs. Assurez-vous qu’ils disposent d’un environnement propre, sec et bien ventilé et qu’ils aient un abreuvement de qualité. Veillez à ce qu’ils aient assez d’espace : minimum 2 m² par bouc et pas d’entravement. Établissez un plan de gestion de la reproduction qui inclut la synchronisation des chaleurs et la surveillance étroite de la performance reproductive. Assurez-vous que les boucs sont prêts et en bonne condition physique au début de la saison de reproduction.

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