L'allaitement maternel est une pratique naturelle aux multiples vertus, tant pour le bébé que pour la mère. Bien que souvent perçu comme un processus instinctif, la lactation est en réalité un phénomène complexe orchestré par un ballet hormonal précis, où la progestérone et l'œstrogène jouent des rôles clés, bien que parfois inhibiteurs. Cet article explore en profondeur le rôle de ces hormones dans la mise en place et le maintien de la lactation.
Introduction
L'arrivée d'un bébé bouleverse l'équilibre hormonal de la mère. Après l'accouchement, le corps subit une véritable révolution hormonale. Les œstrogènes et la progestérone, qui atteignaient des sommets pendant la grossesse, chutent brutalement. Cette chute hormonale a des implications importantes sur l'initiation et le maintien de la lactation. Comprendre les mécanismes hormonaux qui sous-tendent la lactation permet aux nouvelles mamans de mieux appréhender cette période et de favoriser une expérience d'allaitement réussie.
Les Hormones Clés de la Lactation
La Prolactine : L'Hormone de la Production Laitière
La prolactine est une hormone essentielle pour la synthèse du lait. Son rôle est permissif, c'est-à-dire qu'elle permet aux lactocytes de produire du lait, elle « autorise » la production. La prolactine contribue à la fois au développement de la glande mammaire et à la lactogenèse (processus de production du lait). Son taux de base est élevé pendant la grossesse, permettant le développement de la glande mammaire. Cependant, ce taux va nettement augmenter lors de l’accouchement (grâce à la chute de la progestérone suite à l’expulsion du placenta) autorisant la production de lait. Puis, on note une diminution au cours des premières semaines, et vers 3-6 mois, même si l’allaitement continue, ce taux basal est redevenu équivalent à celui antérieur à la grossesse.
Il est important de noter qu'on observe un pic de prolactine à chaque tétée. L’intensité de ce pic diminue au fur et à mesure que les mois d’allaitement passent, mais il sera toujours présent tant que les tétées persistent. À chaque tétée, un message est envoyé au cerveau de produire de la prolactine. Cette prolactine est ensuite envoyée vers la glande mammaire. La prolactine est également présente chez l’homme. Elle participe à favoriser la création du lien père-enfant. Il faut savoir que la prolactine diminue la libido chez la femme comme chez l’homme. La prolactine est vraiment l’hormone de la dévotion. Sa concentration varie en fonction de la fréquence et de la durée de la stimulation. C’est pourquoi plus un bébé est mis au sein, plus la production sera importante. La prolactine est une hormone jugée de susceptible : plus on la sollicite, plus elle est présente. En revanche, si on ne la stimule pas, elle se vexe et se retire.
L'Ocytocine : L'Hormone de l'Éjection du Lait
L’ocytocine est l’hormone qui permet le réflexe d’éjection et donc l’expulsion du lait hors du sein au travers des canaux lactifères. Quand le bébé commence à téter, cela envoie un signal au cerveau de la mère. En réponse il y a donc une sécrétion d’ocytocine. Au cours d’une même tétée, on peut avoir plusieurs pics d’ocytocine, et donc plusieurs réflexes d’éjection. Ils ne sont pas toujours ressentis par la mère. L’ocytocine s’active plus rapidement que la prolactine. Elle permet l’écoulement du lait stocké dans les canaux lactifères.
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Elle peut être déclenchée par autre chose que la succion de bébé : cela peut être le fait de voir ou de penser à bébé. L’ocytocine est produite par l’hypothalamus et sécrétée par l’hypophyse. C’est aussi l’hormone de l’amour, du lien, du plaisir et de la relaxation. Sa sécrétion est assurée par la succion du bébé ou par des stimuli visuels ou auditifs (comme la vue ou les sons de son bébé).
La Progestérone et l'Œstrogène : Des Rôles Inhibiteurs Pendant la Grossesse
La progestérone, une hormone cruciale pendant la grossesse, augmente constamment jusqu'à l'accouchement. Cette hormone est principalement produite par le placenta et joue un rôle vital dans le maintien de la grossesse en préparant l'utérus à accueillir et à nourrir l'embryon. La progestérone agit sur la perméabilité des jonctions serrées. C’est le moment où les jonctions cellulaires sont ouvertes et où le colostrum fabriqué est réabsorbé dans la circulation maternelle.
Après l’expulsion du placenta, les hormones de grossesse (progestérone et hormone placentaire lactogène) qui inhibaient jusqu’ici la production de lait commencent à chuter. La production de lait se met alors en route sous l’impulsion de deux hormones : la prolactine et l'ocytocine. La lactogénèse de stade II est déclenchée par la chute du taux des hormones placentaires : essentiellement la progestérone,. observée immédiatement après l’accouchement. Elle va entraîner une fermeture des jonctions intercellulaires, une modification de la sécrétion lactée et une augmentation du volume de lait produit et ce d’autant plus que l’extraction de lait intervient rapidement.
L’œstrogène, secondairement, joue également un rôle inhibiteur. La baisse des hormones placentaires permet à l’ocytocine et à la prolactine, les grandes actrices de l’allaitement, d’entrer en jeu. Bien que déjà présentes chez la maman pendant la grossesse, une partie de leurs actions étaient inhibées par l’action des oestrogènes et de la progestérone. Ainsi, la délivrance du placenta modifie l’équilibre hormonal et permet la prédominance de l’ocytocine et de la prolactine, qui attendaient patiemment pour entrer en action.
Les Étapes de la Lactogenèse et le Rôle des Hormones
La lactation se déroule en plusieurs étapes, chacune étant régulée par des hormones spécifiques.
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Lactogenèse I : La Préparation Pendant la Grossesse
La lactogenèse de stade I est également appelée phase colostrale. Pendant la grossesse la sécrétion de lait est freinée par le double rôle inhibiteur de la progestérone .surtout, et de l’œstrogène secondairement. Au cours de votre grossesse, vous produisez un liquide épais et jaune, appelé colostrum. Il s’agit d’une production précoce de lait, qui commence dès la 16ème semaine de grossesse grâce à l’augmentation de l’hormone prolactine. *Le colostrum est une réelle bombe énergétique pour le nouveau-né. Également très salé, il permet de lutter contre la déshydratation du nourrisson. Le bébé n’a donc pas besoin d’en absorber de grandes quantités : 1 à 5 ml lui suffise à chaque tétée.
Lactogenèse II : Le Déclenchement Après l'Accouchement
La lactogénèse de stade II est déclenchée par la chute du taux des hormones placentaires : essentiellement la progestérone,. observée immédiatement après l’accouchement. Elle va entraîner une fermeture des jonctions intercellulaires, une modification de la sécrétion lactée et une augmentation du volume de lait produit et ce d’autant plus que l’extraction de lait intervient rapidement. Après l’expulsion du placenta, les hormones de grossesse (progestérone et hormone placentaire lactogène) qui inhibaient jusqu’ici la production de lait commencent à chuter.
Lactogenèse III : Le Maintien de la Production Laitière
• Lactogenèse III : La production de lait devient dépendante de la demande du bébé. Cette phase dépend principalement de la stimulation régulière des seins, soit par l’allaitement, soit par le pompage.
Facteurs Influant sur la Production Laitière
Plusieurs facteurs peuvent influencer la production de lait, notamment :
- La stimulation du sein : La succion du bébé est le principal stimulus pour la production de lait. Plus le bébé tète efficacement, plus les seins sont drainés et produisent du lait. La stimulation du sein par la succion du bébé va activer les récepteurs aréolaires (qui se trouvent sur les bords de l’aréole mammaire) et envoyer l’information directement au cerveau, qui va alors sécréter les deux principales hormones de l’allaitement :la prolactine, sécrétée par l’hypophyse, stimule la fabrication du lait dans les alvéoles ;l’ocytocine, sécrétée par l’hypothalamus, et autrement appelée hormone de l’attachement, de l’amour ou du bien-être, contracte les cellules myoépithéliales autour des alvéoles et des canaux lactifères, ce qui entraîne l’éjection du lait.
- La fréquence des tétées : Des tétées fréquentes et régulières permettent d’entretenir la production de lait, puisque le lait est produit plus vite, plus souvent. Cependant, la façon la plus simple est de respecter les signes de bébé et de donner à la demande… bébé régule !
- L'alimentation et l'hydratation de la mère : Une alimentation équilibrée et une hydratation adéquate sont cruciales pour soutenir la production de lait.
- Le stress : Le stress peut inhiber la sécrétion d'ocytocine et donc bloquer le réflexe d'éjection.
Bienfaits de l'Allaitement pour la Mère
L’allaitement présente de nombreux vertus pour votre bébé. Si Dame Nature nous a donné l’essentiel pour nourrir et protéger nos enfants, n’oublions pas que cette pratique naturelle est aussi source de bienfaits pour les mamans.
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- Réduction du risque de cancer du sein : Il a été prouvé qu’allaiter diminue les risques de développer un cancer du sein. Plusieurs études se sont en effet intéressées à cette question et les résultats s’accordent sur le résultat suivant : plus la durée totale d’allaitement dans la vie d’une femme est longue, plus le risque de développer un cancer du sein diminue (1) Cela s’explique par le fait que la sécrétion hormonale est modifiée pendant la grossesse puis après l’accouchement lorsque les femmes allaitent. La production de prolactine, l’hormone permettant l’allaitement, provoque une baisse du taux d’oestrogènes pendant toute la durée où la mère allaite. C’est cette baisse du taux d’œstrogènes qui permet de réduire les risques.
- Prévention du diabète de type 2 : Selon le professeur Peter Hartmann, expert renommé en science de l’allaitement à l’université d’Australie-Occidentale, « l’allaitement réduit considérablement votre risque à long terme de développer une maladie cardiaque ou un diabète de type 2 » (3).
- Favorise le lien d'attachement : Toutes les mamans qui ont allaité pourront vous le dire, allaiter son enfant apporte des sentiments particuliers : de la fierté, du bien-être, de la plénitude… Mais surtout, cela favorise le développement du lien d’attachement avec son enfant.
- Réduction du stress : Plusieurs études ont démontré que les femmes qui allaitent sont moins sujettes au stress que les autres et lorsqu’elles en subissent un sont mieux à mêmes de le gérer.
- Amélioration du sommeil : Contrairement à de nombreuses idées préconçues, allaiter n’est pas synonyme de mauvais sommeil. En effet, les femmes qui allaitent sécrètent deux hormones qui jouent un rôle positif sur la qualité du sommeil des mamans : il s’agit de la prolactine et de l’ocytocine (encore elle !).
- Aide à la perte de poids : Toutefois des études ont démontré qu’à partir de 6 mois de lactation, une femme allaitante a davantage de chance de perdre plus de poids qu’une femme qui n’allaite pas.
- Méthode de contraception naturelle (MAMA) : L’allaitement peut, dans certaines conditions spécifiques, être une méthode de contraception naturelle nommée MAMA, c’est-à-dire « Méthode de l’Allaitement Maternel et de l’Aménorrhée ».
Les Défis Courants de l'Allaitement et Comment les Surmonter
- Engorgement mammaire : Lorsque les seins ne sont pas correctement vidés, ils peuvent devenir engorgés.
- Crevasses au niveau des mamelons : Les crevasses au niveau des mamelons sont souvent dues à une mauvaise prise du sein.
- Insuffisance de lait perçue : Beaucoup de mères s’inquiètent de ne pas produire assez de lait.
Conclusion
La lactation est un processus remarquable qui répond aux besoins nutritionnels et émotionnels uniques du bébé. En comprenant les mécanismes hormonaux qui la régissent, notamment le rôle de la progestérone et de l'œstrogène, les mères peuvent surmonter les défis courants et profiter pleinement de cette expérience enrichissante. L'allaitement n'est pas seulement un moyen de nourrir son enfant, c'est aussi un moment intime et privilégié qui renforce le lien entre la mère et son bébé.
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