L'interruption volontaire de grossesse (IVG), ou avortement, est un droit fondamental des femmes en France, légalisé par la loi Veil en 1975 et même inscrit dans la Constitution en mars 2024. Cependant, malgré les avancées législatives et la prise en charge à 100% par l'Assurance-maladie depuis 2016, l'accès à l'IVG reste inégal et les femmes continuent de faire face à des violences obstétricales et gynécologiques, des discours culpabilisants et infantilisants, ainsi qu'à des expériences traumatisantes lors de leur parcours d'avortement. Cet article se penche sur les témoignages poignants de femmes ayant vécu des maltraitances et des expériences difficiles liées à l'avortement, mettant en lumière les défis persistants et la nécessité de changer les représentations collectives autour de cet acte médical.
Violences obstétricales et gynécologiques : Des expériences traumatisantes
De nombreux témoignages de femmes révèlent des violences obstétricales et gynécologiques subies lors de leur parcours d'avortement. Ces violences peuvent prendre différentes formes, allant des gestes brusques et douloureux aux remarques désobligeantes et humiliantes.
- Elisa, 29 ans, a accouché en 2021 à Béziers. Elle témoigne de la violence verbale d'une gynécologue qui l'a invectivée lors de la naissance de son troisième enfant : "Allez, il faut se bouger". Elle pleure chaque fois qu'elle raconte cet épisode traumatisant.
- Alexandra, 35 ans, a vécu une naissance traumatique à Millau en 2018 et a "fait pendant un an des cauchemars". Elle décrit une violence obstétricale banalisée, où elle s'est retrouvée "assise", avec "deux personnes qui lèvent mes jambes et une sage-femme qui tire sur mon vagin". L'extraction du bébé a nécessité l'utilisation d'une ventouse, ce qui a causé un "scalp complètement arraché" au nouveau-né.
- Mathilde, 36 ans, envisage de porter plainte après qu'un médecin lui a posé un stérilet sans son consentement, après une IVG à Montpellier. Elle décrit une douleur intense et horrible lors de la pose du stérilet, sans aucune explication ni consentement de la part du médecin. Elle qualifie cet acte de "violences gynécologiques" et de "viol".
- Une autre femme témoigne d'un accouchement "traumatique et barbare" à Montpellier en novembre 2020. Elle raconte qu'une femme est montée sur elle en appuyant sur son ventre, tandis que deux autres ont monté ses genoux jusqu'aux épaules pendant que le gynécologue tirait sa fille avec des pinces. Elle a supplié qu'on lui fasse une césarienne, mais le gynécologue lui a crié dessus. Sa fille a passé quelques jours en néonat avec des hématomes au visage, et elle a eu une luxation du coccyx.
- Houria (prénom d'emprunt) a été victime de violences obstétricales lors de son premier accouchement en 2014. Elle raconte qu'une sage-femme lui a lancé lors de la rééducation du périnée : "Si vous aviez réellement aussi mal que vous le dites, vous ne seriez pas habillée avec ce jean hyperserré, vous auriez mal aussi…" Elle se sent incomprise et seule face à son traumatisme.
Ces témoignages, parmi tant d'autres, illustrent la réalité des violences obstétricales et gynécologiques que certaines femmes subissent lors de leur parcours de soins. Ces violences peuvent avoir des conséquences psychologiques et physiques durables, affectant la confiance des femmes dans le corps médical et leur bien-être général.
Discours culpabilisants et infantilisants : Un fardeau psychologique
Outre les violences physiques, de nombreuses femmes sont confrontées à des discours culpabilisants et infantilisants de la part des professionnels de santé lors de leur parcours d'avortement. Ces discours peuvent renforcer le sentiment de honte et de culpabilité associé à l'IVG, et rendre l'expérience encore plus difficile à vivre.
- Nathalie témoigne d'une phrase qu'elle n'oubliera jamais, prononcée par une femme lors d'une consultation pour une FIV : "Si le monsieur là-haut ne veut pas vous donner d'enfants, c'est sûrement que vous ne le méritez pas". Elle qualifie cette phrase de "violente, humiliante et déplacée".
- Mathilde raconte qu'avant son IVG, un gynécologue lui a dit : "Il fallait y réfléchir avant. Des tas d'adolescentes y arrivent chaque jour, vous êtes plus vieille, vous allez bien y arriver aussi". Après l'IVG, le même médecin a posé un stérilet sans son consentement, se moquant d'elle et l'humiliant.
- Barbara, une cheffe d'entreprise parisienne, raconte son expérience traumatisante lors d'un IVG à l'âge de 25 ans. Dès le premier rendez-vous avec l'échographe, elle a été confrontée à des mots culpabilisants : "Quand elle me fait passer l'échographie, d'un coup elle se fige, et elle me dit que je suis à sept semaines de grossesse. Le choc ! Je pleure et elle me dit qu'il va falloir qu'on écoute le cœur. Sur le coup, je n'étais pas très renseignée, mais il me semblait bien que ce n'était pas tellement utile. Elle me dit : 'Bon bah dans le cas où vous voudriez continuer votre grossesse, le bébé est en bonne santé'".
- Charlotte témoigne qu'après sa consultation pour une IVG, elle a été prise en charge par deux infirmières qui lui ont tenu des propos choquants : "'Ah ba voilà… Faut pas s'étonner… En même temps, c'est un comportement de michtoneuse c'est normal', 'encore une qui coûte de l'argent à la sécu, ça sera noté dans votre dossier.' ou encore, 'la nouvelle génération, elle fait des IVG de confort'".
Ces témoignages mettent en évidence la persistance de stéréotypes et de jugements moraux autour de l'avortement, qui peuvent avoir un impact négatif sur le vécu des femmes.
Lire aussi: Risques de la paroxétine pendant la grossesse
La solitude et le manque de soutien : Un isolement douloureux
De nombreuses femmes se sentent seules et isolées lors de leur parcours d'avortement, manquant de soutien émotionnel et d'informations claires sur la procédure. Ce manque de soutien peut rendre l'expérience encore plus difficile à vivre et augmenter le risque de complications psychologiques.
- Alexandra se souvient s'être sentie "abandonnée et abaissée" après la naissance de son enfant. Elle a eu beaucoup de mal à laisser son bébé ensuite, parce qu'on a été si seuls au départ.
- Émilie raconte avoir vécu un souvenir proche du traumatisme en raison de la solitude ressentie lors de son avortement. Son partenaire ne s'en est absolument pas préoccupé, il n'est pas venu aux différents rendez-vous, il ne s'est pas renseigné, il ne s'est aucunement inquiété de sa santé, même lors des complications.
- Barbara n'ose pas parler de son IVG par "honte" à sa mère, dont elle est pourtant proche. Traumatisée par l'expulsion de l'embryon et les douleurs intenses, elle se présente aux urgences de l'hôpital, mais est renvoyée chez elle sans être prise en charge.
Ces témoignages soulignent l'importance d'un accompagnement bienveillant et informé lors du parcours d'avortement, afin de briser l'isolement et de soutenir les femmes dans leur choix.
L'importance de changer les représentations collectives
Face à ces témoignages poignants, il est essentiel de changer les représentations collectives autour de l'avortement et de lutter contre les stéréotypes et les jugements moraux qui persistent. Il est temps de reconnaître que l'IVG est un droit fondamental des femmes, et que chaque femme a le droit de vivre cette expérience dans la dignité et le respect.
- Laurine Thizy, sociologue et spécialiste de l'avortement, souligne qu'il est important de diffuser les travaux de recherche, de soutenir les mouvements sociaux et de promouvoir la production culturelle (livres, films, etc.) qui mettent en lumière les réalités de l'avortement.
- Elle évoque le film Portrait de la jeune fille en feu, réalisé par Céline Sciamma, comme un exemple de fiction qui montre l'avortement de manière nuancée, sans le présenter comme une partie de plaisir ni comme quelque chose d'atroce.
En changeant les représentations collectives, il est possible d'améliorer le vécu des femmes qui ont recours à l'IVG et de créer une société plus juste et égalitaire.
Lire aussi: Conséquences de la chlamydia sur la grossesse
Lire aussi: Réflexions sur la Grossesse Non Désirée
tags: #témoignages #maltraitance #avortement
