L'annonce d'une grossesse gémellaire peut être un choc, suscitant une multitude de réactions et de questionnements. Pour certains couples, c'est une joie immense, la réalisation d'un rêve de famille nombreuse. Pour d'autres, c'est une source d'inquiétude, voire de panique, face aux défis logistiques, financiers et émotionnels que représente l'arrivée de deux bébés. Dans certains cas, cette annonce peut conduire à une décision douloureuse : l'interruption volontaire de grossesse (IVG) gémellaire. Cet article explore les témoignages poignants de femmes confrontées à ce choix difficile, leurs motivations, leurs doutes et leurs regrets, ainsi que les aspects médicaux et psychologiques liés à cette expérience.
Le Choc de l'Annonce et la Prise de Décision
L'annonce d'une grossesse gémellaire est souvent vécue comme un bouleversement. Sophie se souvient : « Quand on fait un test de grossesse, qui est positif, on pense immédiatement à une chose : on est enceinte « d’un » enfant. Sauf que le radiologue nous a annoncé, au papa et moi, qu’il y avait deux bébés ! Et là, c’est le choc. »
Pour certaines femmes, cette annonce est synonyme d'angoisse et de remise en question. Une jeune femme témoigne : « J'ai appris vendredi dernier que j'étais enceinte de jumeaux et c'est un choc, nous n'arrivons à voir du positif dans cette annonce et une IVG est prévue la semaine prochaine. Cette grossesse était désirée, nous avons déjà une fille de 3 ans et avons décidé après de longues hésitations à faire un 2ème enfant. Jamais nous n'avions imaginé une seule seconde que nous pourrions avoir des jumeaux. »
La décision de recourir à une IVG gémellaire est rarement prise à la légère. Elle est souvent le résultat d'une mûre réflexion, prenant en compte divers facteurs :
- Les difficultés financières et logistiques : L'arrivée de jumeaux implique des dépenses supplémentaires (nourriture, vêtements, matériel de puériculture) et nécessite un logement plus grand et une voiture adaptée. Certaines femmes craignent de ne pas pouvoir offrir à leurs enfants les conditions de vie qu'elles souhaitent.
- La peur de ne pas être à la hauteur : Élever deux bébés en même temps représente un défi considérable, tant sur le plan physique qu'émotionnel. Certaines femmes redoutent de ne pas avoir suffisamment d'énergie, de temps ou de compétences pour s'occuper de deux enfants en bas âge, en plus de leurs autres responsabilités.
- Les difficultés de couple : L'arrivée de jumeaux peut mettre à rude épreuve la relation de couple. Le manque de sommeil, le stress et les tensions liés à l'éducation des enfants peuvent entraîner des disputes et un éloignement. Certaines femmes craignent que leur couple ne survive pas à cette épreuve.
- Les raisons personnelles : Chaque femme a ses propres raisons de ne pas vouloir mener une grossesse gémellaire à terme. Certaines ont des problèmes de santé, d'autres ont des projets professionnels ou personnels qu'elles ne veulent pas abandonner.
Les Témoignages : Une Diversité d'Expériences et d'Émotions
Les témoignages de femmes ayant vécu une IVG gémellaire sont variés et reflètent la complexité de cette expérience. Certaines expriment un sentiment de soulagement, tandis que d'autres ressentent une profonde tristesse et un sentiment de culpabilité.
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Manon témoigne de la pression exercée par son conjoint : « Quand j’ai avorté il y a 8 ans mon conjoint ne voulait pas de mes jumeaux (des vrais monozygotes dans la même poche). Mon conjoint ayant des oncles vrais jumeaux me disait qu’il n’en voulait « absolument pas ». Il m’a menacé à l’époque de me mettre dehors si je voulais les garder. » Elle ajoute : « J’ai avorté et sur le coup, je me suis sentie comme soulagée. Mais aussi vide, un vide immense ! Et un sentiment de culpabilité m’a envahie. »
D'autres femmes, comme Ludi, ont vécu l'IVG comme une libération : « A la seconde où il m’a annoncé que j’étais enceinte, j’ai su que je voulais avorter. Je ne sentais pas que je portais un enfant, je ne sentais pas que je pourrais être maman là tout de suite, je savais juste que je souffrais et que je ne voulais pas d’enfant. »
Cependant, même celles qui ont bien vécu l'IVG peuvent être confrontées au jugement des autres : « Ce qui a été difficile, en revanche, ça a été le regard des autres. Les rares amis auxquels j’en avais parlé ont été super. Mais à la suite de ça, à chaque fois que j’ai lu des débats sur l’avortement, je lisais « C’est toujours un traumatisme« , et je le vivais très mal. »
L'Alternative de la Réduction Embryonnaire
Face à une grossesse multiple, une autre option peut être envisagée : la réduction embryonnaire. Cette technique consiste à interrompre le développement d'un ou plusieurs embryons afin de réduire le nombre de fœtus et d'augmenter les chances de survie des autres.
Une femme ayant eu recours à la réduction embryonnaire témoigne : « Nous apprenons que l'un des quatre embryons a cessé spontanément de se développer, les trois restants, eux, sont en parfaite santé. […] C'est une injection qui est faite à travers le ventre jusqu'au cœur du bébé (ce n'est pas douloureux, c’est pourquoi on n'est pas anesthésiée). »
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Cependant, cette option n'est pas sans conséquences psychologiques : « Psychologiquement, la réduction embryonnaire reste compliquée à gérer, notamment parce que le bébé qui a subi l'injection reste dans le ventre jusqu'à l'accouchement. »
Les Aspects Médicaux et Légaux
En France, l'IVG est légale jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée (12 semaines de grossesse). La loi prévoit un délai de réflexion d'une semaine entre la première consultation médicale et l'acte d'IVG. Ce délai vise à permettre à la femme de prendre sa décision en toute connaissance de cause.
Il existe deux méthodes d'IVG :
- L'IVG médicamenteuse : Elle consiste à prendre deux médicaments qui provoquent l'arrêt de la grossesse et l'expulsion de l'embryon. Elle peut être pratiquée jusqu'à 7 semaines d'aménorrhée (5 semaines de grossesse).
- L'IVG chirurgicale : Elle consiste à aspirer l'embryon à l'aide d'une canule. Elle peut être pratiquée jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée (12 semaines de grossesse).
Le Soutien Psychologique : Un Élément Essentiel
Quelle que soit la décision prise, il est essentiel que les femmes confrontées à une grossesse gémellaire non désirée bénéficient d'un soutien psychologique adapté. Les professionnels de santé (médecins, psychologues, conseillers conjugaux) peuvent les aider à faire face à leurs émotions, à prendre une décision éclairée et à surmonter les éventuelles difficultés psychologiques liées à cette expérience.
Une femme témoigne : « J'ai un nouveau rdv lundi pour voir une psy. Vu mon état elle a pas voulu programme tout de suite le curetage. »
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