La fécondation in vitro (FIV) représente un espoir pour de nombreux couples algériens confrontés à la stérilité. Cette technique de procréation médicalement assistée (PMA) offre une solution pour réaliser le désir d'enfant, profondément ancré dans la société algérienne. Cet article explore les enjeux sociologiques, économiques et sanitaires de la FIV en Algérie, en mettant en lumière les défis rencontrés par les couples, les pressions sociales, les coûts financiers et les perspectives d'avenir.

Le Recours à la Procréation Médicalement Assistée : Un Enjeu Social et Culturel

Dans la société algérienne, le désir d'enfant est fortement lié au statut de la mère et à l'idéologie patriarcale. La stérilité est souvent perçue comme un stigmate social, exerçant une pression considérable sur les couples, en particulier sur les femmes. Le recours à la PMA est donc étroitement lié à ce désir d'enfant et à l'obligation sociale pour chaque femme mariée de devenir mère.

La Stérilité : Un Problème de Santé Publique ?

Bien que la stérilité touche un nombre important de couples, elle est rarement considérée comme un problème de santé publique en Algérie. Les techniques de PMA sont pratiquées exclusivement dans le secteur privé, laissant libre cours à un marché lucratif de la stérilité. Ce marché attire des spécialistes étrangers, favorise l'importation d'équipements de haute technologie et de médicaments coûteux, créant ainsi un véritable commerce autour de la stérilité.

Parcours des Couples Stériles : Entre Espoir et Contraintes

L'étude menée au centre de procréation médicalement assistée El Mawloud et aux domiciles des couples révèle les défis auxquels sont confrontés les couples stériles en Algérie.

Contraintes Financières : Un Obstacle Majeur

Le coût élevé des traitements de FIV constitue un obstacle majeur pour de nombreux couples. Les interventions médicales, les consultations régulières, les examens médicaux et les médicaments représentent une charge financière importante, souvent insurmontable pour les familles aux revenus modestes.

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  • Coûts Exorbitants : Une tentative de fécondation in vitro peut coûter entre 1000 et 1700 €. En comptabilisant toutes les dépenses, le prix total peut varier entre 22 000 et 30 000 €, alors que le salaire minimum est de 120 € par mois et le salaire moyen de 20 000 € par an.
  • Endettement et Sacrifice : Pour financer l'opération, les couples sont souvent contraints de s'endetter, de vendre leurs biens ou de recourir à la solidarité familiale.

Pressions Sociales et Familiales : Le Rôle de la Belle-Mère

Les couples ne sont pas toujours autonomes dans la prise de décision du recours à la PMA. Les belles-mères exercent souvent une pression importante sur le couple, renforçant le sentiment d'obligation sociale d'avoir un enfant.

  • Recours Tardif à la PMA : Le recours à la PMA n'est envisagé qu'après l'échec des différents remèdes traditionnels et médicaux.
  • Discours et Pratiques des Acteurs Sociaux : L'enquête révèle l'importance d'analyser le discours et les pratiques des acteurs sociaux (hommes et femmes stériles, professionnels de santé, belles-mères) pour comprendre les enjeux de la PMA en Algérie.

Stigmatisation et Discours "Illicite"

Les couples stériles subissent une violence verbale et symbolique, ainsi qu'une stigmatisation du fait d'être stériles et d'avoir recours à une technique étiquetée et représentée comme étant "illicite". Ce qui explique que le recours se construise dans la discrétion.

Effets de la PMA sur le Corps des Femmes

Les techniques de procréation médicalement assistée ont des conséquences importantes sur le corps des femmes.

Traitements Lourds et Risques de Grossesses Multiples

Les femmes subissent des traitements préalables très lourds, présentant des risques de grossesses multiples. Elles sont confrontées à un parcours médical très long, ayant des répercussions sur leur vie professionnelle et sociale.

  • Calendrier Contraignant : Les femmes suivent un calendrier précis à partir du premier jour du cycle menstruel et du déclenchement de l'ovulation.
  • Injections et Echographies : Les injections sont souvent prévues le matin, obligeant les femmes à se libérer de leurs contraintes professionnelles. Elles doivent prendre au moins deux demi-journées pour réaliser les échographies.

Impact Psychologique et Physique

Au bout de quinze ou trente jours de traitement, les femmes se retrouvent avec un corps et des ovaires extrêmement exténués et accablés. Elles ont des douleurs au ventre et aux ovaires, sans compter les effets secondaires du traitement hormonal, d'ordre psychologique (stress, anxiété, maux de tête).

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  • Secret et Isolement : Peu de femmes expliquent à leur employeur qu'elles sont stériles ou que leurs maris sont stériles et qu'elles doivent avoir recours à une fécondation in vitro.
  • Dépendance Affective : L'attente d'une grossesse met les femmes dans une dépendance affective. Elles sont plus susceptibles lors de la ponction. Elles donnent la vie à leurs enfants avant leur naissance.

Taux de Réussite et Perspectives d'Avenir

Malgré tous les moyens mis en œuvre, le taux de réussite de la FIV reste limité. Face à l'échec, la situation est vécue de façon pénible.

Limites du Taux de Réussite

Le taux de réussite en Algérie ne dépasse pas les 25 à 30 %. Cette faible probabilité de succès contraste avec les coûts financiers élevés, créant une frustration et une déception importantes chez les couples.

  • Remise en Question des Compétences Médicales : Les professionnels sont confrontés aux remarques des couples qui remettent en question leurs compétences.
  • Difficulté d'Admettre le Rôle du Hasard : Il est difficile pour l'équipe médicale d'admettre face aux principaux concernés que le hasard préside à la conception de l'enfant et que, par ailleurs, il n'est pas facile de déterminer de manière précise à quel moment leur projet de couple se réalisera.

L'Espoir Malgré Tout

Malgré les difficultés, certains couples continuent leur combat en procédant à de nouvelles tentatives. Grâce au progrès technologique et biomédical, les médecins ont pu donner espoir à ces personnes stériles.

PMA en Afrique : Un Essor Inégal

La procréation médicalement assistée connaît un essor en Afrique, avec des dizaines de centres qui s'implantent dans les zones urbaines. Cependant, l'accès à ces techniques reste inégal et coûteux.

Coût Élevé et Défis Logistiques

En Afrique, la PMA est un soin de luxe. Non prise en charge par l'Etat ou les assurances, la technique se paie au prix fort. Les coûts d'importation du matériel et des réactifs augmentent considérablement les tarifs.

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  • Débrouillardise et Ingéniosité : Les médecins africains font preuve de débrouillardise et d'ingéniosité pour surmonter les défis logistiques et financiers.
  • Tarifs Élevés : Au Sénégal, les couples déboursent jusqu'à 4 millions de FCFA (6 100 euros) dans les cliniques privées pour une PMA, soit 45 fois le salaire mensuel moyen, alors qu'elle est gratuite en France jusqu'à 43 ans et pour quatre FIV maximum.

Encadrement Juridique et Dérives Possibles

La nécessité d'encadrer juridiquement la PMA en Afrique est cruciale pour éviter les dérives possibles. Sous la pression des praticiens qui exercent sans cadre précis, les Etats subsahariens réfléchissent à des lois de bioéthique pour les couples hétérosexuels mariés.

  • Risques de Dons de Gamètes Non Contrôlés : Certains médecins s'inquiètent des dérives possibles, faute de régulation. On risque de se retrouver avec des dons de gamètes qui n'ont pas été soumis aux tests viraux avec toutes les conséquences dramatiques que cela induit.
  • Âge Limite pour la PMA : Au Cameroun, une femme de 62 ans a ainsi accouché en 2018 à la suite d'une FIV. Un nouveau texte vient d'abaisser l'âge maximal à 55 ans.

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