L'avortement en Russie est un sujet complexe, intimement lié à la démographie, aux politiques sociales et aux valeurs traditionnelles. Cet article examine les statistiques relatives à l'avortement en Russie, leur évolution, et les facteurs qui influencent ces chiffres, ainsi que les débats actuels autour de cette pratique.

Un Contexte Démographique Délicat

La Russie est confrontée à un déclin démographique depuis plusieurs décennies, principalement en raison de deux facteurs majeurs : un déficit des naissances et un accroissement de la mortalité.

Le déficit des naissances

L'effondrement de la natalité est un facteur primordial dans la baisse de la population russe. Les sources de G. Vishnevsky mettent en évidence cette tendance.

L'accroissement de la mortalité

Parallèlement à la faible natalité, la Russie connaît un accroissement de la mortalité, particulièrement sensible depuis les années 1990. L'espérance de vie des hommes russes est significativement inférieure à celle des femmes, et les causes de décès sont multiples, allant des maladies infectieuses à la consommation d'alcool. La consommation d'alcool apparaît comme l'une des causes majeures de l'augmentation de la mortalité en Russie, directement ou indirectement (accident de la route, du travail, violence). L'espérance de vie des hommes en Russie a été la plus forte jamais connue durant les années 1984-1987, au moment de la campagne anti-alcool lancée par Mikhail Gorbatchev. Des maladies comme la tuberculose, l'hépatite B ou l'infection par le virus de l'immunodéficience humaine (VIH) connaissent une croissance exponentielle.

L'Avortement : Une Méthode de Régulation des Naissances Historiquement Répandue

Historiquement, l'avortement a été largement utilisé en Russie comme méthode de régulation des naissances. Le recours à l'avortement est resté, comme à l'époque soviétique, l'outil principal de régulation de naissance. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) répertoriait 1 971 interruptions de grossesses pour 1 000 naissances en 1990, soit deux avortements pour une naissance. Dix ans plus tard, rien ou presque n'a changé avec 1 696 avortements pour 1 000 naissances. Les femmes n'ont pas les moyens de se procurer des contraceptifs.

Lire aussi: Interprétation Taux Bêta-HCG

En 2022, le chiffre officiel des avortements pratiqués en Russie était de 395 201, ce qui correspond à une baisse de 4 % par rapport à 2021. Cependant, selon les détracteurs du droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG), ce chiffre serait sous-estimé du fait d’un contrôle incomplet sur la vente des médicaments abortifs.

La Russie détient le taux d’avortements le plus élevé au monde avec 1,7 million d’IVG par an. Le déclin démographique que connaît le pays, avec un taux de fertilité bas, pourrait s’expliquer par le recours répété à l’avortement, utilisé comme "méthode contraceptive". Cette pratique a un impact important sur la santé des femmes : 200 000 Russes deviennent stériles après des IVG.

Impacts Sanitaires et Démographiques

Le recours fréquent à l'avortement a des conséquences importantes sur la santé des femmes. Cette pratique a un impact important sur la santé des femmes : 200 000 Russes deviennent stériles après des IVG. "Le nombre d’IVG constitue le fléau de notre système de santé. C’est notre honte", a déclaré Leïla Adamyan, gynécologue en chef de Russie, à l’occasion des assises médicales francorusses en été 2011.

D'un point de vue démographique, l'avortement contribue au faible taux de fertilité et accentue le déclin de la population.

Vers une Restriction du Droit à l'Avortement ?

Récemment, la question du droit à l'avortement est revenue sur le devant de la scène politique en Russie. Longtemps cantonnée aux cénacles religieux et ultraconservateurs, la remise en question du droit à l’avortement a fait, cet automne, un bond spectaculaire en tête de l’agenda politique russe. S’il n’est pas encore question d’une interdiction franche, ce droit, acquis en 1920 avant d’être brièvement retiré à plusieurs reprises, se voit peu à peu rogné, au nom des « valeurs traditionnelles » et d’une démographie en berne.

Lire aussi: Comprendre le HCG après une fausse couche

Au nom de la défense des « valeurs traditionnelles », et alors que la population diminue, les discours politiques s’attaquant au droit à l’IVG se multiplient. Ils remettent aussi en cause l’émancipation et le travail des femmes. Dès l’été, le ministre de la santé, Mikhaïl Mourachko, évoquait « une tendance perverse (…) selon laquelle les femmes devraient d’abord recevoir une éducation, faire carrière et s’assurer de leur bien-être matériel avant de s’occuper de faire des enfants ». Dans la foulée, il réclamait un contrôle plus strict sur la vente des molécules permettant d’effectuer des avortements médicamenteux.

Ces prises de position suggèrent une volonté de restreindre l'accès à l'avortement, motivée par des considérations démographiques et idéologiques.

Amélioration et Perspectives d'Avenir

Malgré les défis, des efforts sont déployés pour améliorer la situation. "Mais grâce aux efforts entrepris, nous avons réussi à faire baisser ce taux, y compris chez les adolescentes". En outre, ajoute-t-elle, le taux de mortalité maternelle diminue de 6% à 7% chaque année. Enrayer la baisse de la population ne sera possible que si le pays connaît une réelle et substantielle amélioration de la situation économique. Aujourd'hui la Russie n'est plus en mesure de financer un programme nataliste d'une ampleur de nature à augmenter le taux de fécondité de manière significative.

Lire aussi: HCG : Guide complet

tags: #taux #avortement #Russie #statistiques

Articles populaires: