L'article explore la complexité de l'iconographie médiévale et de la Renaissance, en particulier en ce qui concerne la représentation de l'embryon et son interprétation à travers le prisme de l'analyse iconologique d'Erwin Panofsky. L'étude se concentre sur les symboles, les objets et les contextes culturels qui influencent la signification des œuvres d'art.
La matière et le sacré au Moyen Âge
Au Moyen Âge, le bois est perçu comme une matière vivante, noble et proche de l’homme, contrairement à la pierre et au métal, considérés comme des matières mortes. Cette opposition se manifeste dans la symbolique des métiers : le charpentier, travaillant le bois, est valorisé par rapport au forgeron, dont le métal est associé à l'inframonde et au feu.
L’opposition entre le bois et le métal se retrouve dans l’outillage. La hache, symbole de force et de fertilité, contraste avec la scie, instrument « féminin », trompeur et associé au supplice, comme celui du prophète Isaïe.
Malgré cette opposition, le bois et le métal sont souvent associés, le bois atténuant la nocivité du métal, notamment du fer. Cette association se retrouve dans divers outils et instruments, où le bois est censé neutraliser les aspects inquiétants du fer.
Symbolisme et allégorie dans l'art de la Renaissance
Dans l'art de la Renaissance, les objets du quotidien sont souvent chargés de significations symboliques. Par exemple, une souricière peut représenter un piège diabolique ou la prévoyance de Joseph. Les vêtements et les parures luxueuses sont condamnés par les prédicateurs itinérants de l'époque.
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L'espace est également symbolique : la clôture entre le lieu sacré et le monde profane est marquée par des murs crénelés et des tours de garde, symbolisant la protection du jardin clos. Le monde profane est suggéré à l'arrière-plan, tandis que le panneau central est pénétré du divin, à l'image de Marie elle-même.
L'Annonciation est représentée en deux temps : la prophétie d'Isaïe et l'arrivée de l'Ange, symbolisées par deux portes à ouvrir. Le panneau central met en scène l'Eau et le Feu, récapitulant l'histoire de l'Incarnation.
Interprétations iconographiques du retable de Mérode
Le retable de Mérode est riche en symboles et a fait l'objet de nombreuses interprétations. La direction de la fumée de la bougie, par exemple, a été interprétée comme la réponse de Marie à l'Annonciation, "Fiat mihi secundum Verbum tuum" ("Qu'il en soit fait de moi selon ta parole"). La présence de chiens et de lions sur le banc évoque la symbolique du couple, la force du mari et la fidélité de la femme. Ainsi, le retable pourrait symboliser le mariage entre le Saint-Esprit et la Vierge.
La question du péché originel est également abordée. Selon Saint Thomas, l'embryon reçoit une âme végétative, puis sensitive, avant d'être animé par l'âme intellective. Avant cette animation, l'enfant n'est pas sujet au péché originel. La question se pose alors pour Marie, issue d'une union naturelle. Saint Thomas propose que Marie ait été purifiée du péché originel avant sa naissance, mais que le "foyer" du péché (la convoitise désordonnée) soit resté "lié" jusqu'à la conception du Christ.
Dans cette perspective, le bougeoir unique du retable de Mérode devrait être vide avant l'Annonciation, symbolisant l'absence de péché. La doctrine de l'Immaculée Conception affirme que Marie a été préservée intacte de toute souillure du péché originel dès le premier instant de sa conception.
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L'infusion de l'âme et la double paternité
Une enluminure de Jean Mansel, Vita Christi, vers 1490, illustre l'infusion de l'âme dans le cas d'un enfant humain. L'image établit une distinction claire entre l'engendrement du corps, relevant du couple humain, et l'infusion de l'âme, œuvre de Dieu. Il y a donc une double paternité : la Trinité qui crée l'âme et le couple qui engendre le corps.
La flamme de la bougie qui s'éteint symbolise l'interruption de la contamination par le péché originel, par la grâce divine.
L'écriture et l'art brut : une perspective anthropologique
L'article explore également la place de l'écriture dans l'art brut, en se référant notamment aux travaux de Lucienne Peiry. L'écriture brute, souvent inspirée par le traumatisme, l'isolement ou le trouble, se caractérise par des moyens graphiques simples et une grande amplitude sémiotique.
Les "écrits d'art brut" constituent des laboratoires pour étudier l'imbrication des dimensions matérielles, formelles et sémantiques du geste d'écriture. L'écriture brute peut adopter des formes épigraphiques, comme le "plancher de Jeannot" ou les inscriptions d'Armand Schulthess.
L'œuvre de Fernando Nannetti, qui a gravé Le livre de pierre de sa vie recluse sur les murs de l'hôpital psychiatrique de Volterra, est un exemple frappant d'écriture brute épigraphique. Ses inscriptions, composées de lettres, de dessins et de signes, créent un monde poétique unique, mêlant science-fiction et littérature classique.
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Ces usages épigraphiques de l'écriture brute posent des questions fondamentales sur la forme et la fonction de l'écriture exposée, ainsi que sur la relation entre le scripteur, le texte et le contexte social et culturel.
Résurrection : Traversée de la dalle
Au XVème siècle, le thème de la Résurrection évolue. Le Christ dégonde miraculeusement les portes de l’Enfer, écrase le démon.
Signorelli place en arrière-plan de sa grande Lamentation une Résurrection assez conventionnelle, avec un sarcophage enfoncé en longueur dans une arche rocheuse et un Christ qui en sort dans une mandorle rayonnante, les pieds sur un nuage.
Dürer est intéressé par le soleil qui se lève derrière les Saintes Femmes arrivant au tombeau.
Luther argumente sur les trois manières d’être présent en un lieu, en prenant comme exemple de présence « definitive » la traversée miraculeuse de la dalle par le Christ, tandis que les calvinistes s’y opposeront après 1536.
Symbolique des pieds
Dans la Septante, le « il » (autos, masculin) fait clairement allusion à quelqu’un qui n’est ni la femme, ni sa descendance (spermatos, neutre) : d’où l’interprétation, courante en Orient, selon laquelle « il » signifie le Christ et que l’attaque au talon annonce la Crucifixion. Pour Saint Cyrille de Jérusalem, « la tête signifie la divinité du Christ, les pieds son humanité« .
L’Église vient donc d’abord aux pieds du Seigneur, et par la à sa Tête, car si elle n’avait pas appris l’incarnation du Christ par la Vierge, elle n’aurait jamais pu connaître la gloire de sa divinité, qui est du Père.
De même que l’Incarnation du Christ est désignée par sa tête, de même sa Passion est désignée par ses pieds, qui en sont la partie la plus extérieure.
Le croisement des pieds de l’enfant n’est pas aberrant anatomiquement - surtout en tenant compte de la souplesse des jeunes enfants - mais bien peu naturel sans une intention symbolique.
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