L'incontinence urinaire après l'accouchement est une réalité fréquente, bien que souvent taboue, qui affecte de nombreuses femmes. Cet article vise à démystifier ce phénomène, en explorant ses causes, ses symptômes, ses solutions et les moments où une consultation médicale s'avère nécessaire.
Qu'est-ce que l'incontinence post-partum ?
L'incontinence post-partum se caractérise par des pertes involontaires d'urine. Elle peut survenir lors d'activités quotidiennes comme rire, tousser, éternuer ou faire un effort physique. Ce phénomène est principalement dû aux transformations que le corps subit pendant la grossesse, notamment au niveau des muscles du plancher pelvien.
Pourquoi l'incontinence survient-elle après l'accouchement ?
Plusieurs facteurs contribuent à l'apparition de l'incontinence après la grossesse :
Pression du fœtus sur la vessie
Au cours de la grossesse, le poids du fœtus exerce une pression constante sur la vessie de la mère. Cette pression affaiblit les muscles de la vessie, rendant le contrôle urinaire plus difficile.
Étirement du plancher pelvien
Le plancher pelvien, un ensemble de muscles soutenant les organes pelviens (vessie, utérus, rectum), est fortement sollicité pendant l'accouchement, surtout lors d'un accouchement par voie basse. L'étirement excessif de ces muscles peut compromettre leur capacité à contrôler efficacement la miction.
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Modifications hormonales
La grossesse induit une augmentation de certaines hormones, comme la relaxine, qui assouplit les ligaments pelviens en préparation de l'accouchement. Cette hormone peut également affecter le tonus des muscles entourant la vessie.
Traumatismes liés à l'accouchement
L'utilisation d'instruments médicaux tels que la ventouse ou les forceps, ainsi que les épisiotomies, peuvent causer des traumatismes dans la région pelvienne, altérant temporairement ou durablement la capacité à retenir l'urine.
Rétention urinaire
Après l'accouchement, certaines femmes peuvent avoir du mal à vider complètement leur vessie, entraînant une rétention urinaire. Si la vessie reste régulièrement trop pleine, cela peut provoquer des épisodes d'incontinence.
Incontinence anale post-partum : un tabou
Alors que le risque d’incontinence urinaire après un accouchement est connu, l’incontinence anale est souvent taboue et peu prise en charge. Pourtant, après un premier accouchement, 13 % des femmes peuvent souffrir d’incontinence anale de novo, souvent des fuites de gaz. Dans 1 à 2 % des cas, il s’agit de pertes de selles, impactant significativement la qualité de vie.
Mécanismes de l’incontinence anale post-partum
Les mécanismes responsables de l’incontinence anale du post-partum sont multiples :
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- Lésions du nerf pudendal : Ce nerf sensitivo-moteur peut être étiré durant les efforts de poussée de la parturiente.
- Lésions musculaires : Les déchirures du périnée stade 3 et 4, qui touchent le sphincter externe, sont pourvoyeuses d’incontinence anale malgré la réparation périnéale.
- Ruptures sphinctériennes profondes : Des ruptures sphinctériennes peuvent ne pas être détectées par l’obstétricien, mais révélées par une échographie endo-anale.
Facteurs de risque de l’incontinence anale
Plusieurs facteurs peuvent favoriser l’incontinence anale après l’accouchement :
- Utilisation de forceps : Les forceps sont un facteur de risque majeur de lésion du nerf pudendal et des sphincters anaux.
- Déchirures du périnée : Une déchirure du périnée, surtout sévère, augmente le risque d’incontinence anale.
- Épisiotomie médiane : L’épisiotomie médiane augmente le risque d’incontinence anale.
Est-ce temporaire ?
Heureusement, l'incontinence post-partum est souvent temporaire. Avec le temps et des soins appropriés, il est possible de renforcer les muscles et de retrouver un contrôle urinaire normal. La durée moyenne des fuites urinaires post-partum est de 3 à 10 semaines, surtout avec une rééducation périnéale précoce. Cependant, certaines femmes peuvent ressentir des envies pressantes plus longtemps, en particulier en présence de facteurs de risque.
Solutions pour faire face à l'incontinence après la grossesse
La gestion de l'incontinence post-partum nécessite une approche multifacette :
Exercices de Kegel
Ces exercices ciblent spécifiquement les muscles du plancher pelvien. Ils consistent à contracter puis à relâcher ces muscles plusieurs fois de suite. L'idéal est de les réaliser quotidiennement et à différents moments de la journée.
Maintenir un poids santé
Le surpoids peut accentuer la pression sur le plancher pelvien. Il est donc crucial de maintenir un poids optimal pour réduire les risques d'incontinence.
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Éviter la constipation
La constipation peut exercer une pression supplémentaire sur la vessie et les muscles environnants. Adoptez un régime alimentaire riche en fibres et buvez suffisamment d'eau.
Adopter de bonnes habitudes urinaires
Il est recommandé d'aller aux toilettes régulièrement et de ne pas se retenir pendant de longues périodes. Évitez les boissons irritantes pour la vessie, comme le café, l'alcool ou les boissons gazeuses. Préférez l'eau pure et les tisanes douces. Essayez également de vider complètement votre vessie à chaque miction, en vous penchant en avant sur le siège des toilettes.
Ne pas limiter la consommation d'eau
Boire moins d'eau entraîne une déshydratation, ce qui rend l'urine plus concentrée. Cela peut irriter la vessie, créant l'envie d'aller aux toilettes même lorsque la vessie n'est pas pleine.
Utiliser des produits adaptés
Pour éviter tout désagrément, il est essentiel de disposer de protections efficaces. Il existe une large gamme de produits pour l'incontinence, tels que des serviettes, des slips absorbants, des changes complets et des sous-vêtements. Ces produits sont conçus pour offrir le maximum d'absorption tout en assurant un confort optimal.
Gérer le stress
Lorsque l’on est stressée, il est tentant de précipiter les choses une fois arrivée aux toilettes. Ce n’est jamais une bonne idée : laisser ne serait-ce qu’une petite quantité d’urine dans la vessie augmente le risque de développer des infections urinaires.
Rééducation périnéale
La rééducation périnéale est le traitement de référence pour réduire les fuites urinaires post-partum. Elle permet de renforcer progressivement les muscles du plancher pelvien et de retrouver un meilleur contrôle urinaire. Elle peut être réalisée avec une sage-femme ou un kinésithérapeute spécialisé, grâce à différentes techniques : exercices manuels, sonde, biofeedback. La Sécurité sociale prend en charge la rééducation du périnée dans le cadre du post-partum. La rééducation abdominale est également essentielle, car un bon gainage profond soutient la récupération du plancher pelvien.
Protections hygiéniques
Les protections hygiéniques après l’accouchement contre les fuites seront vos meilleures alliées pour un quotidien normal. De diverses formes et tailles, elles permettent de retenir les écoulements liés à l’accouchement. Les protections anatomiques, les culottes absorbantes et les changes complets sont disponibles. La culotte imperméable, utilisée en complément d’une protection, est la solution la plus sûre.
Exercices à domicile
En complément des séances de rééducation, certains exercices peuvent être pratiqués à la maison. Les exercices de Kegel permettent d’apprendre à contracter puis relâcher le périnée de manière ciblée. Le renforcement profond des abdominaux et la respiration diaphragmatique aident également à améliorer le contrôle périnéal.
Dispositifs médicaux
Certains dispositifs médicaux peuvent compléter la rééducation, notamment en cas de gênes persistantes : pessaires pour soutenir le périnée, protections adaptées pour limiter l’inconfort, ou sondes connectées permettant un travail guidé à domicile.
Traitement médicamenteux
En cas d’incontinence urinaire d’urgence mictionnelle, un traitement anticholinergique peut être prescrit. Ces médicaments permettent de bloquer les récepteurs de la vessie ainsi que ses contractions.
Chirurgie
Dans de rares cas, lorsque les fuites urinaires d’effort restent très gênantes malgré une rééducation bien conduite, une intervention chirurgicale peut être proposée. Les opérations utilisant des bandelettes sous-urétrales sont les plus courantes et concernent surtout les incontinences sévères.
Prise en charge de l’incontinence anale persistante
En cas de persistance de fuites anales au-delà de 6 mois, une prise en charge spécifique est nécessaire. Le bilan de première ligne est exclusivement clinique. La prise en charge consiste à associer une rééducation spécifique de l’anus de type biofeedback à une régulation du transit. La rééducation doit être réalisée par un rééducateur motivé et spécialement formé à ce type de prise en charge. Dans la très grande majorité des cas, cette première ligne suffit chez ces jeunes femmes.
Quand consulter un professionnel de santé ?
Il est recommandé de consulter un professionnel de santé dans les situations suivantes :
- Si votre incontinence persiste au-delà de 3 mois après l'accouchement.
- Si votre incontinence s'aggrave.
- Si votre incontinence s'accompagne d'autres symptômes tels qu'une sensation de pesanteur, une gêne au niveau du périnée, des douleurs, ou des symptômes d'un prolapsus.
- Si les envies pressantes deviennent trop fréquentes.
- Si la perte d'urine survient au moindre effort.
- Si l'incontinence affecte votre qualité de vie.
Une consultation avec votre médecin, gynécologue ou sage-femme permettra d'évaluer la situation, de déterminer la cause de l'incontinence et de proposer un plan de traitement adapté.
Prévention de l’incontinence anale lors des accouchements suivants
Pour un deuxième accouchement, les principaux facteurs de risque devant faire discuter une césarienne sont une rupture sphinctérienne et un antécédent d’incontinence anale transitoire après le 1er accouchement. Une échographie endo-anale est souvent demandée en début de 3e trimestre d’une 2e grossesse.
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