Introduction
Le processus psychanalytique, concept central en psychanalyse, est un sujet vaste et complexe. Cet article vise à définir ce concept, à rappeler les jalons théoriques freudiens qui ont permis son établissement et sa compréhension, et à préciser ce qui spécifie ce concept dans la pratique quotidienne. Il s'agit d'établir les paramètres de la cure psychanalytique, d'envisager le complexe d'Œdipe comme son référent essentiel, et de considérer la conjonction entre le travail psychique soumis à la compulsion de répétition et celui qui dépend du couple régression/progression comme la charnière des mouvements et de leur transformation en changements.
Définition du Processus Psychanalytique
Le processus analytique peut être conçu comme la résultante, chez le patient en analyse, du travail psychique effectué en commun avec le psychanalyste. Bien que le concept même de processus analytique n’appartienne pas, à proprement parler, au vocabulaire de Freud, toute son œuvre, tant clinique que technique, y fait implicitement référence. Il serait restrictif de n'envisager comme seuls écrits rendant compte de sa conception du processus que ceux qui sont en relation directe avec la conduite de la cure.
Assez tôt dans son œuvre, Freud établit que c’est la névrose de transfert, pierre angulaire du traitement de la névrose, qui rend compte du modèle implicite du processus analytique et qui permet le travail analytique au regard des processus psychiques qui se développent dans la cure.
Jalons Théoriques Freudiens
Dans un premier temps, pour Freud, le travail analytique, centré sur la levée du refoulement et des résistances qu’il entraîne, dans l’espoir de faire resurgir le traumatisme, le désir et le passé oubliés, devient, pour l’essentiel, un moyen qui contribue à la reviviscence du Complexe d’Œdipe, ainsi qu’à la levée de l’amnésie infantile, c’est-à-dire un travail de remémoration et de reliaison psychique autour d’un passé enfoui, susceptible d’être reconstruit.
À partir de ce moment, pour Freud, la représentation que l’on peut se faire du conflit intrapsychique se déplace. Il ne s’agit plus du conflit topique entre inconscient, préconscient et conscient, mais du conflit intrapsychique installé à l’intérieur du Moi lui-même. Ainsi, là où, dans la névrose de transfert, régnaient seulement le désir et l’interdit, qui sont représentables, c’est désormais l’entropie et l’irreprésentable qui prennent une place centrale. Au déploiement du “sens” et au recensement des contenus infinis de l’inconscient, ce qui était la visée initiale de la cure (jusque-là on “décryptait” les formations de l’inconscient), s’ajoutent à présent les enjeux liés à la “force” (force des instances : le Ça, le Moi, le Surmoi, la Réalité ; force à l’intérieur des instances et force entre les instances elles-mêmes).
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Dès lors, même si, le projet de la cure a toujours comme perspective la levée des refoulements et de l’amnésie infantile, celui-ci porte plutôt sur le travail de transformation lui-même, travail qui détermine les conditions de réussite ou d’échec de la cure.
Contributions de Sándor Ferenczi
Dans les années qui avaient précédé (entre 1923 et 1933), Sándor Ferenczi avait tenté, de son côté, de mieux cerner certains enjeux essentiels qui sont au cœur du processus analytique, en mettant notamment l’accent sur l’importance du fonctionnement psychique de l’analyste en séance et la prévalence de son contre-transfert, tout en cherchant à donner un sens nouveau à la régression qui permettrait de dépasser le modèle théorique de la reconstruction.
Importance d'une Représentation Partageable
Même si, dans ses objets et ses éléments, la pratique analytique telle qu’elle nous est donnée à voir, et à penser, est riche en oppositions et en contradictions, tout du moins apparentes, on ne peut néanmoins ignorer entièrement le choix qu’impose le souci d’une consistance pratique et d’une théorisation psychanalytique cohérente. Force est d’admettre que, dans la mesure où il y a une pratique analytique identifiée comme telle, un commun postulat de valeurs préexiste quelque part aux systèmes explicites particuliers. Aussi est-il nécessaire que les analystes aient une représentation partageable du processus analytique et de ses implications théorico-pratiques.
Organisation du Travail Analytique
C’est à partir des quatre points cardinaux que sont la névrose (psychonévrose) de transfert, les résistances, le contre-transfert et l’interprétation, que s’organise le travail analytique. L’espace analytique est le lieu privilégié, saturé d’affects, qui permet le déploiement du transfert, le développement de la névrose de transfert, et l’analyse de celle-ci.
L’espace analytique (S. Viderman, 1977) s’inscrit ainsi comme un lieu dont la dynamique du processus s’établit autour de la rencontre de deux imaginaires qui organisent, de part et d’autre, des résistances : du côté du patient, dans le déploiement de son transfert et l’organisation de sa névrose de transfert, et, du côté de l’analyste, en retour, par le biais de son contre-transfert. C’est dans la mesure où l’espace analytique est étayé par le cadre que le déroulement du processus qui s’y déploie peut venir, grâce à l’interprétation, prendre sens.
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Le Cadre Analytique
Comme l’a décrit J.Bleger, le cadre constitue un fond silencieux muet, une constante qui permet un certain jeu aux variables du processus (Bleger, 1967). Il est un non-moi qui ne révèle son existence que par défaut. Elément organisateur qui a fonction de contenant, il opère indépendamment de la volonté des deux protagonistes de la situation analytique.
Le Transfert
Parler de transfert, c’est avant tout, à la suite de Freud, parler des transferts, au pluriel, lesquels se qualifient habituellement soit par leur modalités (transfert narcissique, de base, ou transfert objectal), soit par leur valence positive ou négative, soit par les objets qu’ils désignent (père, mère, frère, sœur, etc.), soit par les motions psychiques qui les animent (tendresse, passion, érotisme, agressivité, haine, persécution, idéalisation, narcissisme, ambivalence, culpabilité, etc.).
À la question “Que sont ces transferts ?”, Freud répond : “Ce sont de nouvelles éditions, des copies des tendances et des fantasmes qui doivent être éveillés et rendus conscients par les progrès de l’analyse, et dont le trait caractéristique est de remplacer une personne antérieurement connue par la personne du médecin” (Freud, 1905).
Le transfert, indispensable outil de la cure, est à la fois un obstacle à l’analyse et son principal instrument. En ce sens il est, comme l’écrivait Freud à Pfister, une “croix”, mais en même temps il est, pour le travail analytique, une “bénédiction” du fait que sa seule présence permet la découverte, ainsi que la compréhension, des fantasmes inconscients du sujet, fantasmes organisés pendant l’enfance de celui-ci autour de ses liens affectifs refoulés ; à la faveur de la cure psychanalytique, ces liens, tout en se déplaçant (se transférant) sur l’analyste, se réactualisent dans la relation avec celui-ci.
La Névrose de Transfert
Dans la situation analytique, le transfert se déploie et s’exprime en s’organisant en névrose de transfert, laquelle est une maladie artificielle provoquée par l’analyse. Cette névrose artificielle, qui condense toute la névrose clinique, se recentre, et se focalise, dans la relation du sujet avec l’analyste. Moteur de l’analyse, elle est en tant que telle, attendue et souhaitée par l’analyste.
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Nouvelle édition de la névrose clinique, elle se constitue autour de, et dans, son élucidation. Elle réactive les traces mnésiques liées au développement de la sexualité infantile (actualisation ou réactualisation du passé, reviviscence du Complexe d’Œdipe), elle fait revivre les blessures d’origine, les pertes d’amour, ainsi que les sentiments douloureux d’autrefois liés aux préjudices, aux cicatrices et aux pertes de l’estime de soi. Comme les transferts qui la structurent et qui l’animent, la névrose de transfert est à la fois source de progrès et source de certaines résistances.
Les Résistances
Les résistances à l’analyse font partie intégrante du processus analytique et signent la marque de l’espace qui structure ce processus. L’analyse des résistances du patient, liées aux réactions transférentielles les plus vives et les plus démonstratives par leur caractère répétitif dans son histoire, ainsi que l’analyse des opérations défensives (contre-transfert) provoquées par la névrose de transfert du patient, vont, pour l’analyste, être constamment à l’œuvre dans une analyse. À l’évidence, tout analyste fonctionne avec son cortège de résistances tempérées, sinon tempérables : elles sont un “mal nécessaire”, autrement dit un “bien nécessaire”.
Le Contre-Transfert
Le travail analytique étant un travail à deux, il implique qu’il ne peut se réaliser de façon satisfaisante qu’à la condition d’une mise en action et d’une rencontre du fonctionnement psychique des deux protagonistes, mise en action et rencontre qui permettent, dans une action conjointe, d’aboutir à l’interprétation, à l’élaboration interprétative et à la perlaboration. D’où l’importance pour l’analyse, du contre-transfert de l’analyste, opération qui pour certains précède le transfert (M.
Dans son écoute du patient, l’analyste, pris dans le vif des mouvements transférentiels dont il est l’objet, se soumet à un travail interne, le “travail de contre-transfert”. Ce travail, qui l’aide à percevoir certaines difficultés qu’il rencontre en lui à l’occasion de l’écoute de tel ou tel matériel (matériel qui vient toucher ses motions pulsionnelles refoulées), peut, en même temps, l’aider à entendre les nœuds conflictuels inconscients auxquels se heurte le patient dans le transfert. En mesure alors de leur donner un sens, il les interprète et, ce faisant, les restitue au patient.
L’instrument de travail de l’analyste n’étant autre que lui-même, ce sont ses propres forces pulsionnelles qui œuvrent inconsciemment dans sa dynamique contre-transférentielle qu’il aura à “gérer” dans l’écoute de son patient.
L'Interprétation et la Perlaboration
L’interprétation, indispensable complément du cadre, est l’outil essentiel, la véritable clef de voûte qui seule permet l’action sur la psyché de l’analysant. Qu’elle s’établisse au moyen des différents modes qui vont de l’intervention à la reconstruction, en passant par l’interprétation de transfert (interprétation du transfert, négatif et / ou positif, aussi bien qu’interprétation dans le transfert), l’interprétation permet l’établissement de liens entre deux, ou plusieurs, éléments latents restés jusque-là inconscients.
Concernant la perlaboration (working-through), rappelons ce que Freud écrit dans Répétition, remémoration, élaboration : “En donnant un nom à la résistance, on ne la fait pas immédiatement disparaître. Le travail interprétatif, qui crée un “espace de jeu” (Winnicott), à la fois, intra et interpsychique, permet, par le biais de l’interprétation, la levée du refoulement, la remémoration, avec libération de l’affect, et la représentation.
L’interprétation demeure l’instrument psychanalytique par excellence : elle est l’essence même du processus psychanalytique, tant du côté de l’analyste qui la conçoit et la formule, que du patient qui la reçoit et l’élabore. Perlaborée, l’interprétation permet, à celui qui s’y soumet, l’accession à de nouveaux niveaux de transformation et l’ouverture à de nouveaux espaces psychiques. Au plus près de l’épaisseur du préconscient et de la relation analytique, l’interprétation peut donner lieu à une reconstruction qui en elle-même n’est qu’un jalon, ou un point d’appui temporaire, qui permettent ultérieurement de nouvelles interprétations et l’avènement de nouvelles élaborations.
Paramètres de la Cure Psychanalytique
Décalques, ainsi que reflets de l’évolution de l’intrapsychique, les paramètres de la cure psychanalytique sont au nombre de trois : la castration, qui est un organisateur “normatif” et qui renvoie au complexe d’Œdipe ; le deuil de la mère, lequel renvoie à la problématique du deuil et de la séparation ; enfin, la menace de morcellement, qui renvoie à la position schizo-paranoïde et aux relations d’objet partiels.
Ces trois paramètres sont, en permanence, en interaction les uns avec les autres, et chacun des trois renvoie aux deux autres ; tous trois, suivant différents gradients, renvoient aussi bien à la relation objectale qu’au narcissisme : ainsi, la menace de morcellement, de fragmentation, de désintégration porte sur la constitution de l’individualité à travers le narcissisme. L’unité est extérieure au sujet, elle se situe au niveau de la mère : c’est la mère qui a une potentialité d’unité. Comme l’a fait remarquer Winnicott : “le miroir, c’est la mère”.
Le deuil témoigne d’un objet en voie de totalisation, sinon totalisé. Le deuil doit toujours être compris dans la perspective de la perte d’un “double” narcissique. Une fois que le Moi est unifié, il est nécessaire de renoncer à la mère, de se séparer d’elle, ceci, comme la castration plus tard, est de l’ordre du “sacrifice” ; cette séparation, prémisse et analogon de la castration, apparaît pour la première fois lorsque l’enfant prend conscience de l’existence du père comme tiers, comme Autre qui le sépare de la mère. Autrement dit, il existe une sorte de “stade primitif” de “fusion indifférenciée” et puis à partir cette fusion apparaissent les figures de dualité et de renversement.
Le Complexe d'Œdipe
Élément structurant princeps de la psyché, c’est le complexe nucléaire des névroses, c’est-à-dire le complexe d’Œdipe, qui est le référent, l’axe central et le moteur de la cure. C’est lui qui organise la conflictualité psychique liée, chez tout sujet, à la pulsionnalité, aux désirs et aux identifications. Source énergétique qui alimente le processus d’individuation, il est au cœur de l’organisation symbolique du complexe de castration, tout en traduisant la double conflictualité liée à la différence des sexes et des générations.
Expression de la circulation des désirs et des angoisses, situé à des niveaux divers et intriqués de l’organisation psychique, il couvre l’ensemble des nombreuses positions identificatoires liées à l’élaboration de la bisexualité psychique. Toujours double - positif et inversé -, le complexe d’Œdipe aboutit à la double identification masculine et féminine (Freud, 1923).
Psychodrame Psychanalytique
La pratique du psychodrame psychanalytique a été conçue à Vienne dans les années 1920 par J.L. Moréno, créateur de la technique d'un jeu scénique thérapeutique et spontané. La richesse des apports de la groupalité et du jeu délaissait cependant l’émergence et l’évolution du transfert dans la poursuite des cures. Vingt cinq ans plus tard, des psychanalystes de la SPP, Serge Lebovici, René Diatkine et Évelyne Kestemberg, d’une part, puis Didier Anzieu et Daniel Widlöcher, de l’APF, d’autre part, reprirent le dispositif de Moreno dans une perspective radicalement psychanalytique dans des contre-indications de cures analytiques ou face à leurs échecs.
Devant des symptômes dominés par l’inhibition ou la décharge motrice, ils permirent à leur patients, initialement des enfants puis des adolescents et des adultes, d’accéder à une activité psychique enrichie en représentations. Les figurations du psychodrame, reprises dans le transfert prennent une valeur de représentations psychiques, donc de vie psychique, grâce aux nuances et aux subtilités affectives que n’ont pas les décharges d’excitation, agies ou contenues.
Parallèlement à cette activité, la recherche en psychanalyse a reconsidéré les modifications cliniques des échecs de la vie psychique relevant d’un « travail du négatif » (André Green). Ceci par opposition avec les richesses figurables de la clinique des processus névrotiques, psychotiques et sublimatoires, voire pervers. Par contre, ce qui apparait en négatif, est de l’ordre du manque à percevoir tout ou partie de soi et de l’autre. Pour autant, l’énergie ne manque pas dans ces vides de figurations. Elle vient de l’excitation, phénomène vital, mais qui manque ici à devenir pulsion.
Les prescriptions de psychodrame concernent des patients dont les processus psychiques ne sont pas seulement névrotiques, psychotiques, sublimatoires ou pervers, mais aussi chroniquement désaffectés, vides de sens, de perceptions fines des limites de soi et de celles des autres. Les indications en négatif, telles que les inhibitions, le mutisme, le vide de pensée, l’évacuation du pulsionnel par l’anorexie, et bien d’autres encore, sont celles dont les capacités névrotiques ne rendent pas compte. Ce sont des inhibitions majeures, confinant à un déni de soi et des autres.
Les indications en positif relèvent de l’importance donnée à l’excitation par la décharge motrice, les surcharges les plus diverses, professionnelles ou toxiques, voire la compulsion de répétition ou les grandes phobies.
Exemple de Psychodrame
N… vient à sa séance hebdomadaire de psychodrame. N… collectionnait les échecs professionnels et amoureux. Des tentatives d’analyse et de psychothérapie sont restées vaines. Qu’il travaille ou qu’il aime, les débuts sont prometteurs, il engrange des succès, trop et trop vite, puis il ne tient pas le rythme, se force, s’épuise, avance des exigences intenables. Échec. Il laisse alors la place à des compulsions diverses, agies, toxiques, à des replis sur soi sans objet ni but. On a parlé de dépression, mais les traitements médicaux n’ont pas tenu leurs promesses. Des années ont passé, de psy en psy.
On lui a conseillé ce psychodrame où on ne se contente pas d’une écoute mais où l’on prend son jeu en compte dans les scènes qu’il improvise avec l’aide du meneur de jeu - qui ne joue pas - et en donnant des rôles aux acteurs et aux autres patients. Au cours d’un jeu, il doit protéger un ami des manœuvres d’un pickpocket, mais lorsqu’un policier intervient, il confond les rôles et fait geste de le frapper. Le meneur de jeu arrête la scène. N…est un peu troublé. Il dit qu’il n’aime pas « l’ordre » alors qu’il voulait dire « le désordre ». Il se reprend puis saisit que l’ordre et le désordre qu’il voyait à l’extérieur de lui, sont en lui.
L’excitation engagée dans la projection vient de faire retour, via l’intervention du meneur de jeu et l’arrêt de la scène. La suite montrera combien coûteuse était la défense par la projection.
Variantes et Cadre du Psychodrame
Selon les nécessités psychiques des patients et les égards nécessaires au meilleur déploiement de leurs capacités névrotiques déjà présentes, quelques variantes ont été introduites au cadre de référence qui s’adressait initialement à un seul patient engagé dans un psychodrame individuel. La réunion de trois ou quatre patients révéla une dimension groupale enrichissante pour chacun, aussi une forme de psychodrame individuel en groupe a-t-elle été mise en place. Chacun y propose une scène et peut faire jouer les autres patients, en même temps que les acteurs psychanalystes. Il existe par ailleurs des psychodrames familiaux. Une autre forme s’adresse à certains patients atteints d’une affection somatique.
Selon les indications, les psychodrames s’établissent dans divers sites allant des plus institutionnels, tels les services hospitaliers, aux plus simples à mettre en œuvre en pratique libérale. Un grand nombre d’institutions de soins peuvent en proposer. Tous les modes administratifs de prise en charge existent, la gratuité est le plus souvent liée aux droits de chacun selon les établissements, sinon, des rémunérations habituellement semblables pour tous les membres d’un même groupe sont demandées.
Des règles de réunion et de jeu sont énoncées. Elles visent d’abord le respect de chacun, le meneur de jeu étant garant de ce que personne n’ait à affronter des blessures d’amour propre et puisse ainsi se sentir dans un climat de sécurité et de confiance partagée. Par delà le respect de ces consignes, les règles de fonctionnement permettent de savoir si l’on est dans le cadre du jeu ou hors jeu. Organiser un psychodrame impose de prendre en compte la disponibilité d’un local adapté, d’une équipe d’acteurs psychanalystes, voire parfois de membre des professions de santé mentale ayant fait une analyse personnelle.
Le Jeu des Acteurs et l'Interprétation
Les acteurs jouent donc ce qui leur vient à l’esprit au moment où, choisis par un patient, ils vont s’en inspirer. Ils en tirent parti, soit en soutenant le propos du patient, comme de bons « doubles », soit en allant dans le sens d’un simulacre de séduction ou d’opposition propre à engendrer un conflit psychique. Tout dépend alors des réactions du patient. Etre soutenu par un double constitue une assurance narcissique et amorce une réflexivité souvent défaillante. L’audace est alors envisageable, le meneur de jeu le constate et peut envoyer des acteurs pour y répondre en s’opposant. Mais peu à peu, le double s’intériorise, jusqu’à la modulation d’une identification du patient à ce reflet de lui-même. Il peut alors s’engager dans la conflictualisation psychique, sans perdre pied et sans se retrouver au milieu de nulle part.
Le jeu des acteurs s’inspire de leur capacité à figurer des entités ou des personnages clairement définis en les engageant dans des situations de soutien ou de conflit non moins claires. Même la confusion peut se jouer clairement. Le patient est entraîné dans cette production figurative, mais ce n’est pas pour autant qu’il peut se l’approprier. Il faut pour cela qu’il l’engage dans le transfert sur le groupe et sur le meneur de jeu.
L’arrêt d’une scène peut avoir de multiples raisons, mais il en est une qui constitue une interprétation majeure. Il s’agit de l’introduction d’une scansion, dans le cours de la séance, sur une évidence venant du patient à son insu. Un de ces moments où se révèle à lui-même une possible appropriation subjective sous tendue par un passage d’une excitation à une pulsion.
Objectifs du Psychodrame
Aider les patients à transformer l’excitation par retournement et réappropriation sous la forme de pulsion en passant par le transfert tel pourrait-être le premier point. Dans le jeu psychodramatique, la décharge sans représentation rencontre l’objet qui s’impose comme tel et renvoie le mouvement vers le sujet en détournant son activité en passivité. Mais la pratique , montre que cette mutation n’est efficace qu’en utilisant , dans le jeu, des ressources pulsionnelles déjà constituées quoique trop aisément débordées par l’excitation dans la vie quotidienne. Aussi le jeu sera-t-il pulsionnel, comme le « faire semblant » des enfants.
La troisième tâche en découle. La scène vient à la place du monde, aussi faut-il donner toute son importance au maintien du cadre par lequel et dans lequel se déroule le psychodrame. On attend donc du psychodrame qu’il mette à jour ce que la parole signifiante, venant du divan ou du face à face n’apporte pas principalement : les manifestations d’excitation ou d’inhibition. Certes la parole est présente, mais elle s’associe aux significations du jeu, de la liberté d’association par des gestes, des postures, de la prosodie, et de la groupalité. Le respect du cadre permet de valider ces multiples langages. Dans le jeu, ils sont créateurs d’une signifiance.
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