Kanûnî Sultan Süleyman, plus connu en Occident sous le nom de Soliman le Magnifique, était le fils unique du sultan Selim Ier Yavuz et l'un des plus illustres sultans ottomans. Son règne d'environ cinquante ans a marqué l'Europe et a laissé une empreinte indélébile sur l'histoire. Mais au-delà des conquêtes et des alliances, quel fut le quotidien de ce sultan, notamment en ce qui concerne ses enfants et sa famille ?
Un règne marqué par la guerre et la diplomatie
Soliman le Magnifique n'avait pas usurpé son surnom. Son devoir était d’étendre toujours plus les terres de l’Islam, et face à ce redoutable conquérant, la Chrétienté fut incapable de s’unir. Charles Quint dut signer l’humiliant traité de Constantinople, tandis que François Ier, le Roi Très Chrétien, se faisait complice du Grand Turc. Cette alliance stratégique et tactique, bien que controversée, fut l'une des plus importantes de la France et dura jusqu'à la Campagne d'Égypte de 1798.
Dès l’an 1521, Soliman s’empare de Belgrade, un point stratégique des Balkans. L’année suivante, il conquiert Rhodes après un siège de plus de 5 mois. En 1526, il remporte la bataille de Mohács contre la Hongrie. Son expansion continue vers l’est en 1534, lui permettant de prendre le contrôle de terres en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et en Asie.
Roxelane : Une influence considérable
Parmi les aspects les plus fascinants de la vie de Soliman figure sa relation avec Roxelane (Hürrem Sultan), une ancienne esclave d'origine ruthénienne (Ukraine). Capturée lors d’un des raids tatars, elle fut choisie pour faire partie du harem de Soliman. Protégée par l'eunuque responsable du harem et par la mère du sultan, elle gagna rapidement son affection et devint sa favorite.
Convertie à l’Islam à sa demande, elle prit le nom de Hürrem. Soliman l’autorisa à rester avec lui à la cour pour le reste de sa vie, rompant ainsi avec la tradition. En principe, dès que les héritiers atteignaient leur majorité, ils étaient envoyés avec celle qui les avait portés pour gouverner une province reculée de l'Empire. Ils ne pouvaient pas revenir sauf pour succéder au trône. Or, Roxelane donna cinq enfants (quatre fils) au sultan dont Selim II qui succéda à son père.
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Roxelane fut inhumée dans un mausolée décoré en tuiles d'İznik décrivant le jardin du paradis, en hommage à sa nature joyeuse et souriante. Son mausolée est adjacent à celui de Soliman.
Les enfants de Soliman : Entre pouvoir et tragédie
Soliman a eu plusieurs enfants, dont le plus connu est Sélim II, qui lui succéda au pouvoir après sa mort. Cependant, la succession ne fut pas sans heurts. L’influence de Roxelane fut telle qu’elle fit même exécuter le fils aîné de Soliman, Moustafa, qui était pourtant considéré comme un brillant héritier.
Beyazit [Şehzade Beyazıt, 1525-1561], fils de Soliman Ier [Kanûnî Sultan Süleyman] et de Roxelane [Hürrem Sultan], est connu par sa révolte contre le plus célèbre des sultans ottomans. Après la mort de ses frères Mustafa et de Djihangir, en 1553, Beyazit était resté le seul prince du sang ottoman, avec Sélim, son aîné, qui devint ensuite Sélim II. Il était à cette époque gouverneur à Edirne. Mais Sélim était désigné par Soliman vieillissant comme le successeur à l'empire. Beyazit, au contraire, poussé par Roxelane, était destiné par elle à régner à la place de son frère, et contre la volonté du sultan. Mais Roxelane [Hürrem Sultan] meurt en avril 1558.
Un intrigant appelé Mustafa, ancien protégé d'un grand vizir, complota pour abattre Beyazit. Il s'attira le bonnes grâces de Selim, puis poussa Beyazit à s'opposer à son frère. Beyazit envoya une lettre provocante et injurieuse accompagnée d'un jupon, d'un bonnet et d'une quenouille. Soliman, informé de ces évènements, décida d'éloigner Beyazit de son gouvernement de Karamanie et de l'envoyer à Amasya. Pour ne pas paraître favoriser Sélim, il l'envoya à Kutahya. Mais Beyazit refusa d'obéir et réunit une armée de 20000 hommes. Le sultan envoya alors des troupes professionnelles bien équipées qui battirent Beyazit à Konya le 30 mai 1559. Celui-ci s'échappa et, grâce à sa popularité, réunit de nouveau 12000 hommes et se dirigea vers la Perse. Il fut chaleureusement accueilli par le shah de Perse Tahmasp à Tabriz le 24 novembre 1559. Soliman négocia longuement avec le shah qui tergiversa. Finalement Beyazit fut tué avec ses quatre fils par un envoyé de Sélim le 25 septembre 1561.
Sélim II, surnommé l'Ivrogne, monta sur le trône après la mort de Soliman et fit liquider ses propres frères.
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Soliman, le Législateur et le Mécène
Bien qu’il ait reculé les limites de l’Empire plus qu’aucun autre sultan ottoman, Soliman est passé dans l’histoire turque davantage comme Le Législateur que comme un guerrier. Dans cet empire qui régnait sur trois continents, qui comptait plus de 30 millions d’habitants et brassait presque toutes les races et les religions connues, la noblesse héréditaire n’existait pas : l’administration - remarquablement organisée - était tout entière aux mains des Chrétiens islamisés dont l’élite, parvenue aux honneurs et à la fortune, forma des esclaves dévoués au sultan jusqu’à la mort.
Avec des finances prospères, une économie dirigée et autoritaire, ce fut bien sous le règne de Soliman que l’empire turc atteignit son apogée. Istanbul, la plus grande ville du monde, était le témoin d’un formidable renouveau des arts et des lettres mais aussi des plus sombres intrigues…
Soliman a également marqué l'histoire par ses réformes législatives et son soutien aux arts. Il a unifié des lois dans son empire et s'est attaché à protéger les travailleurs chrétiens et les sujets juifs. Istanbul, la capitale, a connu un essor commercial et culturel, avec la construction de nombreux monuments magnifiques grâce à l'architecte Sinan.
La fin d'un règne
Depuis dix ans, Soliman n’avait pas commandé ses troupes, ce que les Musulmans lui reprochaient. La guerre contre la Hongrie recommençait. Bien que malade, il se laissa séduire par l’idée d’une écrasante victoire contre les Chrétiens qui effacerait sa défaite à Malte de 1565. Il quitta Istanbul le 1er mai 1566 pour ne plus la revoir.
Alors que le siège de Szeged (Szgetvar), actuelle Hongrie, débutait, il ne vit pas la prise de la forteresse : il était mort dans sa tente. L’évènement fut gardé secret. Pendant quarante-trois jours les opérations continuèrent comme si le sultan les menait. De retour à Istanbul, la dépouille de Soliman fut embaumée et inhumée dans le tombeau que le grand architecte Sinan avait construit quelques années plus tôt près de la mosquée Süleymaniye.
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