L'accouchement est un événement majeur et fatigant, suivi d'un court séjour à la maternité pour assurer une bonne récupération de la nouvelle maman. Ces jours sont l'occasion de se reposer et de poser des questions sur la naissance de bébé et le retour à la maison. L'allaitement, les soins au bébé, la contraception sont autant de sujets qui peuvent être abordés.
Importance du repos et de la surveillance médicale
Le repos est essentiel pour la récupération physique et l'adaptation à l'arrivée de bébé, surtout s'il s'agit du premier. Les bouleversements hormonaux peuvent favoriser le doute ou la tristesse, le fameux « baby blues ». Cet état, habituel dans les jours qui suivent l'accouchement, ne doit pas susciter de culpabilité et disparaît généralement en moins de deux semaines.
Pendant le séjour à la maternité, la nouvelle maman fait l'objet d'un examen clinique quotidien par la sage-femme, qui surveille la température pour dépister rapidement une éventuelle infection (urinaire, utérine ou des cicatrices), le pouls et la pression artérielle. Elle observe également la muqueuse conjonctive des yeux pour détecter des signes d'anémie et examine les cicatrices de césarienne ou d'épisiotomie.
Suivi de l'involution utérine et soins du périnée
Dans les jours qui suivent l'accouchement, la sage-femme palpe le ventre de la nouvelle maman pour évaluer la façon dont son utérus reprend sa taille normale. Le lendemain de l'accouchement, l'utérus a la taille d'un pamplemousse et est dur à la palpation. Petit à petit, il devient plus petit tout en restant ferme. Des contractions (les « tranchées ») le vident des débris de muqueuse et des caillots de sangs (les « lochies »), qui disparaissent en une semaine environ et ne doivent jamais sentir mauvais.
Lorsqu'il a été nécessaire d'inciser le périnée pour permettre le passage du bébé, il est important de prendre toutes les précautions pour que la plaie ne s'infecte pas. Plusieurs toilettes de la plaie doivent être faites chaque jour, suivi d'un badigeonnage à l'éosine (comme le cordon du bébé) et d'un séchage au sèche-cheveux. La cicatrice doit rester sèche et protégée. Les premiers jours, la plaie d'épisiotomie est souvent gonflée (œdème), ce qui tire sur les fils de suture et peut être douloureux. Heureusement, l'œdème diminue rapidement. En cas de désunion périnéale, il n’existe pas d’argument pour privilégier la cicatrisation dirigée ou la reprise chirurgicale, toutefois la reprise doit être privilégiée en cas de désunion importante. L’infection de cicatrice périnéale justifie une antibiothérapie orale à large spectre, en plus des soins locaux.
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Allaitement et soins des mamelons
Si la maman a décidé d'allaiter son bébé, celui-ci sera mis au sein très rapidement pour que la montée de lait se déclenche, habituellement en quelques jours. Chaque jour, la sage-femme examine les mamelons pour s'assurer de l'absence de crevasses ou de gerçures. Elle donne des conseils à la maman pour maintenir la peau de ses mamelons en bon état et peut lui prescrire une crème à base de vitamine A ou E. Il est recommandé que les professionnels de santé accompagnent les mères dans leur projet et de promouvoir un allaitement maternel à la demande.
Examens du nouveau-né et prévention
Avant la sortie de la maternité, le bébé est vu par un pédiatre, qui fait un examen complet. Cet examen est obligatoire et a pour but de dépister d'éventuelles maladies rares, le plus souvent d'origine génétique : phénycétonurie, mucoviscidose, hypothyroïdie congénitale, drépanocytose. Un dépistage de la luxation de la hanche est également fait. De plus, lorsqu'une mère de rhésus sanguin négatif a eu un bébé de rhésus positif, elle reçoit une injection intraveineuse d'immunoglobulines dans les 48 heures après la naissance.
Conseils et contraception post-partum
Les conseils pourront également porter sur les soins de la peau (elle est souvent sèche dans les semaines qui suivent l'accouchement) ou des cheveux (qui ont tendance à tomber trois à six mois après la naissance) et sur les mesures à prendre pour retrouver la ligne et un bon tonus abdominal.
Pour éviter une nouvelle grossesse trop rapprochée, il est souvent nécessaire de rapidement mettre en place une forme de contraception après l'accouchement. Le préservatif et les gels spermicides (ou le préservatif féminin) sont une bonne solution en attendant le retour des règles (« retour de couches »). Il est également possible de prendre une pilule progestative ou estroprogestative minidosée. Il est recommandé de débuter une contraception efficace au plus tard 21 jours après l’accouchement chez les femmes ne souhaitant pas de grossesse rapprochée, et de la prescrire à la sortie de la maternité. Compte tenu de l’augmentation du risque thromboembolique veineux après l’accouchement, il est recommandé de ne pas utiliser une contraception estroprogestative avant 6 semaines en post-partum.
Ensuite, deux séances de suivi post-natal auprès d'une sage-femme peuvent être programmées entre huit jours après la naissance et la consultation post-natale. Ces séances sont l'occasion de faire le point sur les aspects physiques et psychiques de la santé de la mère. Une attention particulière est portée à la continence urinaire. En effet, environ 15 % des femmes souffrent d'incontinence urinaire d'effort (par exemple en toussant) dans les semaines qui suivent l'accouchement. Dans tous les cas, une dizaine de séances de rééducation du périnée sont prescrites, qui seront réalisées par un kinésithérapeute ou une sage-femme, en ville ou à l'hôpital. Ces séances ont pour but de renforcer le tonus des muscles du périnée, ainsi que celui des muscles abdominaux. La rééducation périnéale chez les femmes asymptomatiques à 3 mois n’est pas recommandée. Elle est recommandée pour traiter une incontinence urinaire persistant à 3 mois du post-partum, quel que soit le type d’incontinence, et pour traiter une incontinence anale du post-partum.
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Prise en charge des complications et anémie
Au cours du post-partum immédiat, une complication peut être méconnue ou confondue avec l’évolution naturelle du post-partum, ce qui implique une vigilance particulière des praticiens. Cette vigilance est d’autant plus nécessaire que les durées de séjour à la maternité se raccourcissent. Après un accouchement par voie basse, il est recommandé de surveiller la pression artérielle, la fréquence cardiaque, les saignements, l’involution utérine, les douleurs génitales, les mictions spontanées, la température, et la reprise du transit, l’absence de signes de phlébite des membres inférieurs. L’anémie du post-partum est définie par une hémoglobine <11g/dL à 48h. Elle ne doit être recherchée que chez les femmes ayant saigné ou en cas de symptôme d’anémie. Une supplémentation martiale orale n’est réalisée que dans les cas d’anémie biologiquement prouvée. En cas d’HTA du post-partum ou de prééclampsie de novo, les règles de prescription des antihypertenseurs et du sulfate de magnésium sont les mêmes qu’en prénatal. Les AINS oraux sont efficaces sur les douleurs périnéales et sur les tranchées.
Thromboprophylaxie et vaccination
Le risque thromboembolique après un accouchement par voie basse est d’environ 1 ‰. La prescription d’une thromboprophylaxie par héparine de bas poids moléculaire et de bas antithrombose doit être réalisée en fonction des facteurs de risque. Le statut vaccinal des femmes et de leur entourage est à évaluer.
Césarienne et post-partum
La surveillance postopératoire immédiate après césarienne (sous anesthésie locorégionale ou générale) doit se dérouler en salle de surveillance post-interventionnelle (SSPI) à proximité de la salle de naissance. Un protocole antalgique multimodal doit être élaboré par l’équipe médicale. L’administration par voie orale des antalgiques doit être privilégiée et utilisée de façon systématique pendant les premiers jours postopératoires. Pour toute césarienne, une thromboprophylaxie par bas anti-thrombose (BAT) systématique mis le jour de l’intervention et à garder pour une durée d’au moins 7 jours est recommandée avec ou sans l’adjonction d’HBPM selon la présence ou non de facteurs de risque supplémentaires, et selon le type de facteur de risque (majeur, mineur). La réhabilitation postopératoire précoce est encouragée.
Troubles psychiques du post-partum
Les troubles psychiques du post-partum, notamment la dépression postnatale, sont une situation courante. Cependant, le risque est globalement accru en période périnatale pour l’ensemble des troubles psychiques. Le blues du post-partum (ou « baby blues ») survient les premiers jours (50 à 80 % des parturiantes). Il est transitoire avec résolution spontanée sous 10 jours. Un blues sévère est à risque de transformation en dépression. Un dépistage clinique systématique de la dépression postnatale (prévalence: 13%) doit être réalisé. Une hospitalisation peut être envisagée en cas de dépression sévère du post-partum.
Importance d'une prise en charge de qualité
Les 6 semaines qui suivent l’accouchement sont cruciales. Si elles sont importantes pour la survie immédiate de la femme et du nouveau-né, elles ont aussi un retentissement à long terme. Dans le monde, 3 femmes et nouveau-nés sur 10 ne bénéficient actuellement pas de soins post-nataux au cours des premiers jours suivants la naissance. Pourtant, la période post-natale qui s’étale sur les 6 premières semaines après la naissance est cruciale. Elle l’est pour la survie de la femme et du nourrisson, et les premières semaines qui suivent l’accouchement sont essentielles pour résoudre les problèmes de santé immédiats de la femme et de l’enfant. Au cours de ces semaines, les relations se nouent entre les parents et le nouveau-né et les parents adoptent des comportements qui auront des incidences sur le développement et la santé du nourrisson à long terme. L’ensemble des femmes et des nouveau-nés doivent bénéficier de soins de qualité dans des structures de santé pendant au moins 24 heures après la naissance. Ils doivent être complétés par 3 consultations au cours des 6 semaines post-natales.
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Conclusion
Le post-partum constitue, pour les cliniciens, une occasion unique et privilégiée d’aborder la santé physique, psychique et sociale des femmes et de leur enfant. Il est essentiel de surveiller la pression artérielle, la fréquence cardiaque, les saignements, l’involution utérine, les douleurs génitales, les mictions spontanées, la température, et la reprise du transit, l’absence de signes de phlébite des membres inférieurs.
Informations complémentaires (Centre Kaliora)
Les premières heures qui suivent la naissance de votre bébé représentent un moment unique, à la fois magique et déterminant pour vous et votre enfant. Cette période, appelée post-partum immédiat, marque le début d'une nouvelle aventure où chaque minute compte pour votre sécurité et celle de votre nouveau-né.
Définition et timing du post-partum immédiat
Le post-partum immédiat désigne précisément la période qui s'étend de la naissance de votre bébé jusqu'aux deux premières heures qui suivent l'accouchement. Cette phase critique s'inscrit dans les premières 24 heures post-natales, période durant laquelle votre corps et celui de votre enfant opèrent des adaptations physiologiques majeures.
Durant ces premières heures si particulières, trois objectifs prioritaires guident les équipes médicales : assurer votre sécurité maternelle, favoriser l'adaptation optimale de votre nouveau-né à la vie extra-utérine et encourager les premiers liens d'attachement. L'équipe surveille également le démarrage de l'alimentation, qu'il s'agisse d'allaitement maternel ou de biberon.
Ce qui se passe pour la mère, étape par étape :
- 0 à 10 minutes après la naissance: Surveillance immédiate, contrôle des pertes sanguines et des constantes vitales.
- 10 à 60 minutes: Clampage du cordon ombilical, vérification du placenta et de l'utérus, réparation des déchirures périnéales ou épisiotomie.
- 1 à 2 heures: Surveillance continue des constantes vitales, encouragement à se lever accompagnée.
Ce qui se passe pour le bébé, étape par étape :
- 0 à 10 minutes: Séchage et réchauffement du bébé, stimulation pour une respiration régulière, évaluation rapide du bien-être.
- 10 à 60 minutes: Première mise au sein ou biberon, administration de vitamine K.
- 1 à 2 heures: Pesée, mensurations et examen clinique complet.
Sensations, symptômes et ce qui est normal vs. alerte :
- Normal : Crampes utérines (tranchées), saignements post-partum, frissons, fluctuations émotionnelles.
- Alerte : Saignements très abondants, vertiges importants, fièvre, douleurs thoraciques, maux de tête sévères, douleur et gonflement du mollet, douleurs abdominales intenses, tristesse envahissante.
Démarrer l'allaitement ou l'alimentation au biberon :
- Les deux premières heures après la naissance, surnommées les "golden hours" ou heures dorées, représentent une fenêtre d'opportunité unique pour établir l'allaitement et renforcer le lien avec votre bébé.
- Reconnaître les signes d'une tétée efficace vous aide à démarrer sereinement l'allaitement.
- Pour l'alimentation au biberon, respectez le rythme de votre bébé en proposant le lait selon ses signaux de faim.
Prendre soin du corps après l'accouchement (immédiat et premières 24 h) :
- Gestion de la douleur avec antalgiques compatibles avec l'allaitement et application de poches de glace sur le périnée.
- Hygiène douce du périnée ou de la cicatrice de césarienne.
- Reprise de la miction et prévention de la constipation.
- Sommeil, même fragmenté, essentiel à votre récupération.
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