L'allaitement maternel est largement reconnu pour ses nombreux bienfaits sur la santé de l'enfant. Toutefois, son impact sur la santé bucco-dentaire, notamment sur le risque de caries de la petite enfance (CPE), suscite un débat scientifique. Cet article vise à fournir aux professionnels de santé des recommandations pratiques fondées sur des analyses systématiques et des méta-analyses récentes.

Introduction

Régulièrement, des mères de bambins allaités se font dire par le dentiste que si leur enfant a des caries, c’est parce qu’elles les allaitent encore, et notamment la nuit. En fait, la plupart des dentistes extrapolent à l’allaitement le « syndrome du biberon » où des enfants qui pendant de longues heures, voire parfois toute la nuit, tètent des biberons de lait ou de boissons sucrées, développent des caries au point de se retrouver vers 3 ou 4 ans complètement édentés. Il n’en reste pas moins qu’on voit régulièrement des bambins allaités avec des caries. Si l’allaitement n’est pas en cause, comment cela s’explique-t-il ?

Caries de la Petite Enfance (CPE) : Un Problème de Santé Publique

Les CPE représentent un problème majeur de santé publique, affectant près de 43 % des enfants dans le monde. Ces lésions carieuses touchant les dents de lait, doivent être prévenues, le cas échéant repérées le plus tôt possible et traitées. Dans le cas contraire elles peuvent avoir des répercussions sur la santé et la qualité de vie de l’enfant mais aussi sur les dents définitives en devenir. Des conseils d’hygiène orale et d’alimentation associés à un suivi régulier par le chirurgien-dentiste permettent de les éviter. Notons qu’il s’agit de la maladie, connue sous le terme de « syndrome du biberon » la plus fréquente chez les enfants d’âge préscolaire.

Allaitement Maternel et Risque de Caries : Ce que Disent les Études

Les données actuelles suggèrent que l’allaitement maternel, lorsqu’il est accompagné de bonnes pratiques d’hygiène buccodentaire, ne constitue pas un facteur de risque majeur pour les CPE. Toutefois, il est crucial d’éduquer les parents sur les risques liés à un allaitement prolongé au-delà de 24 mois et aux tétées nocturnes.

Une étude parue dans les Archives de pédiatrie est arrivée aux conclusions suivantes : « L’allaitement maternel jusqu’à l’âge de 1 an n’est pas associé à un risque accru de carie dentaire et peut même offrir une protection par rapport à une alimentation avec du lait artificiel. En revanche, les nourrissons allaités au-delà de 12 mois présentent un risque accru de carie. Cependant, les résultats proviennent d’études hétérogènes qui ne tiennent pas toujours compte de facteurs contradictoires tels que les habitudes alimentaires de la mère ou du nouveau-né (alimentation de nuit, nombre de repas par jour, consommation de mets sucrés, etc.), l’hygiène dentaire ou le contexte socioculturel.

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Les Bienfaits de l'Allaitement sur le Développement Maxillo-Facial

L’allaitement, par la gymnastique des mâchoires qu’il suppose, permet un bon développement de celles-ci et un bon positionnement des arcades dentaires. En 2009, la Fédération française d’orthodontie a publié un communiqué disant que « L’allaitement prolongé, de six à douze mois, peut constituer un moyen de prévention simple et agréable de ces malpositions si répandues de nos jours ».

Facteurs de Risque de Caries chez l’Enfant

Les lésions carieuses de l’enfant sont favorisées par différents facteurs :

  • Une contamination bactérienne : La bouche de l’enfant à la naissance n’est pas colonisée par des bactéries pathogènes. Un « partage » de bactéries peut se faire via les parents et/ou l’entourage de l’enfant. Par exemple quand le parent met la petite cuillère de l’enfant dans sa bouche pour tester la température, qu’il suce sa tétine pour la nettoyer ou qu’il l’embrasse l’enfant sur la bouche… mais ce n’est pas suffisant.
  • Une alimentation sucrée : Ces sucres dits « fermentescibles » se transforment en acides avec les bactéries. Ces sucres sont soit visibles, soit cachés et on les retrouve dans beaucoup d’aliments sous différentes formes : le lait, les jus de fruits, les gâteaux secs, les chips, le pain… Il en est de même pour les boissons, dont les enfants dont les enfants sont très friands ; la plupart sont très sucrées et très acides. Tout ce qui n’est pas (à quelques exceptions près) de l’eau pure contient généralement du sucre ou présente un pouvoir acidifiant. Certains médicaments en contiennent également (homéopathie, certains sirops) d’autres favorisent le développement des lésions carieuses (certains médicaments inhalés). Pour éviter la survenue de caries liées aux médicaments il est recommandé de rincer la bouche de l’enfant à l’eau après la prise de ces derniers.
  • Des comportements initiés très tôt : Le risque est d’autant plus grand si les parents ont pris l’habitude de donner un biberon de lait, de l’eau avec du sirop ou un jus de fruit, voire un gâteau sec ou une tétine trempée dans du miel au coucher. Cette habitude, facilitant l’endormissement de l’enfant grâce au sucre, entraine lorsqu’elle est répétée, le développement de lésions carieuses presque systématiquement ! Pour éviter cette production acide due aux sucres, il est conseillé de suivre les recommandations nutritionnelles du PNNS pour les 0-3 ans concernant la diversification et les prises alimentaires. Parmi celles-ci : les 4 prises alimentaires (petit déjeuner, déjeuner, goûter dîner), pas de grignotage en dehors des repas et de l’eau comme seule boisson (en particulier au coucher) au coucher. Il est toutefois important de garder la notion de plaisir, ainsi les prises sucrées peuvent être autorisées mais de manière exceptionnelle (lors d’un évènement, d’une fête…). Les prises sucrées (bonbons, boissons sucrées) ne doivent pas être systématisées, à la sortie de l’école par exemple.
  • L’allaitement à la demande après l’éruption des dents : S’il est fortement conseillé pour ses bienfaits (l’allaitement maternel au-delà ses bienfaits largement documentés contribue au bon développement maxillo-facial), l’allaitement maternel à la demande (plusieurs fois par jour et par nuit), en plus des repas quotidiens, présente aussi un risque. A partir de 1 an (en moyenne), après l’éruption des dents de lait, son ingestion trop fréquente va acidifier le milieu buccal. Il peut bien sûr être poursuivi après la diversification, mais la tétée doit arriver au moment d’un repas (en complément). Le lait maternel contient également du sucre, et même s’il est moins cariogène que les préparations infantiles, il présente un risque. Lorsque l’arrêt de l’allaitement à la demande après l’éruption des dents de lait et la mise en place des 4 repas n’est pas possible ou souhaitée, on s’expose à un risque majoré de développer des lésions carieuses précoces.
  • Une hygiène bucco-dentaire insuffisante : Une bonne hygiène bucco-dentaire est indispensable pour éviter la formation de caries dentaires . Le nettoyage des dents de l’enfant doit débuter dès la sortie des 1ères dents de lait et au moins une fois par jour au départ après le dernier repas du soir et avant le coucher. Plus aucun aliment (y compris de lait maternel) ne doit être consommé (sauf de l’eau pure). Très rapidement le brossage doit également être réalisé le matin. On trouve dans le commerce des brosses spéciales 1ere dents adaptées aux enfants, elles sont souples et présentent une petite tête. Important aussi le fluor dans les dentifrices. Certains dentifrices bio (ou fait maison) n’en contiennent pas et majorent le risque de développer des lésions carieuses ! Rappelons que depuis plusieurs années, il n’est plus recommandé aux médecins de prescrire des compléments fluorées (gouttes) chez les touts petits et que les apports locaux (dentifrices) sont a privilégier. Avant un an on applique une trace de dentifrice fluoré (adapté à l’âge, 1000 ppm de Fluor impérativement) sur la brosse, vers 3 ans la valeur d’un petit pois de dentifrice (1000 ppm ou 1450 si le risque carieux est élevé). Le brossage peut être initié par l’enfant très jeune (sous forme de jeu) mais doit être réalisé et supervisé par les parents jusque 8 ans au moins. Une période a risque : autour des 6 ans de vie de l’enfant, la première molaire définitive fait son éruption ; le temps qu’elle se positionne correctement sur arcade, elle reste difficile à nettoyer, il faut donc être vigilant. Notons que la première molaire définitive (ou dent de 6 ans) est la dent la plus fréquemment cariée, soignée et extraite.
  • Une susceptibilité inégale entre les individus : Différents facteurs (modifiables ou non) entrent aussi en ligne de compte: génétiques, culturels, sociaux économiques… et viennent moduler le risque de développer des lésions carieuses. Notons que la maladie carieuse est un marqueur des inégalités sociales de santé.

Comment Repérer et Traiter une Carie Précoce?

La particularité de ce type de lésion est qu’elles se propagent rapidement et qu’elles provoquent des douleurs qu’une fois l’atteinte déjà avancée. Il faut donc les dépister rapidement. Dans le cas contraire elles évoluent en plusieurs stades pouvant affecter différentes parties de la dent et aboutissent à une infection (abcès dentaire pouvant évoluer en cellulite faciale).

  • Au stade initial, seul l’œil averti du chirurgien-dentiste peut les détecter. L’assurance maladie propose un premier examen bucco-dentaire de l’enfant à 3 ans (au lieu de 6 ans !). Les lésions carieuses se manifestent par des déminéralisations d’aspect blanc crayeux, opaque, au niveau des surfaces lisses des incisives supérieures. Ce stade ne provoque ni douleurs ni répercussions générales, mais il est réversible au départ. Au cabinet, le chirurgien-dentiste pratiquera un nettoyage de la dent atteinte puis appliquera un vernis fluoré. En cas d’atteinte plus importante, un soin conservateur sera réalisé (en cas de délabrement extrême, la dent devra être extraite). Ces lésions débutantes, une fois soignées ne s’aggravent pas si l’on maintient les bonnes habitudes alimentaires et d’hygiène orale !
  • Si rien n’est fait l’infection bactérienne progresse : En l’absence de prise en charge, les lésions progressent et deviennent plus profondes et colorées (orange, marron, noir) avec une atteinte de la pulpe (nerf de la dent). L’évolution peut se faire vers une nécrose pulpaire (mort du nerf de la dent), un abcès voire une infection grave des tissus entourant les dents (cellulite faciale). Et s’accompagne généralement d’une douleur vive à la mastication.
  • Un retentissement important pour l’enfant : Les répercussions fonctionnelles sont fréquentes au niveau de la mastication, de la déglutition, de la phonation. De même elles peuvent être inesthétiques et avoir un retentissement psychologique. Si à un stade initial la prise en charge peut être simple et rapide, à un stade avancé le chirurgien-dentiste est souvent contraint d’endormir complètement l’enfant (anesthésie générale) si le nombre de dents à traiter est trop important ou si l’enfant est trop jeune ; les soins peuvent aussi être réalisés sous sédation consciente au MEOPA. De l’acte préventif, au soin en passant par la dévitalisation des dents de lait voire la pose de prothèses (couronne, prothèse amovible), tous les actes sont envisageables pour accompagner la croissance de l’enfant dans les meilleures conditions. Il reste cependant primordial que de bonnes habitudes alimentaires et d’hygiène soit mises en place pour éviter les récidives.

Recommandations pour Prévenir la Carie Précoce

Les recommandations pour prévenir la carie précoce de l’enfant sont les suivantes :

  • Laisser la nuit uniquement un biberon contenant de l’eau à disposition de l’enfant (pas de lait, pas de jus ou de sirop).
  • Ne pas vérifier la température de la nourriture en la goûtant avec la même cuillère que celle destinée à nourrir l’enfant (prévention de la transmission des bactéries cariogènes au nourrisson).
  • Ne pas lécher la tétine pour la nettoyer avant de la donner à l’enfant (prévention de la transmission des bactéries cariogènes au nourrisson).
  • Nettoyer les dents de l’enfant dès leur éruption (à environ 6 mois) avec une compresse humide ou à l’aide d’une brosse à dent imprégnée d’une trace de dentifrice fluoré inférieur ou égal à 500 ppm.
  • Dès l’apparition des premières molaires temporaires (vers 12-18 mois) un brossage au moins quotidien avec un dentifrice fluoré inférieur ou égal à 500 ppm est recommandé. La quantité de dentifrice à utiliser doit être de la grosseur d’un petit pois.
  • A partir de 3 ans, un dentifrice fluoré à 500 ppm est recommandé.
  • Il faut éviter la présence d'aspartame dans le dentifrice donnant un goût sucré afin d'éviter l'ingestion de dentifrice par le jeune enfant.
  • Jusqu’à 3 ans, le brossage doit être réalisé par un adulte, puis supervisé de 3 à 6 ans.
  • Le type de brosse à dents dépendra de l'âge de l'enfant et du nombre de dents sorties. Il faut privilégier une brosse avec un manche facilitant la prise en main et une tête de brosse suffisamment petite pour brosser les dents du fond. Les poils de la brosse doivent être souples (18 à 20 centièmes).
  • Ne pas donner systématiquement du fluor. C'est le chirurgien-dentiste qui pourra en décider pour les enfants à risque carieux élevé.
  • La 1ère visite chez le chirurgien-dentiste est recommandée dès l'apparition de la 1ère dent de lait, c'est-à-dire vers 6 mois. Cette consultation permettra de prodiguer des conseils alimentaires essentiels (concernant l'allaitement ou la prise de biberons), mais aussi des conseils d'hygiène. Par la suite, il pourra éventuellement être amené à poser du vernis fluoré ou effectuer des scellements de sillons. Ces actes de prévention sont remboursés par l'Assurance maladie.
  • Il est important d’utiliser le dispositif M'T Dents mis en place par l’Assurance maladie (examen de prévention annuel dès 3 ans) et suivre les recommandations établies.

Allaitement : Mythes et Réalités

Concernant l’allaitement et les caries, on sait que l’allaitement maternel exclusif aurait un effet protecteur concernant l’apparition de caries. Les mécanismes en jeu ont encore besoin d’être étudiés afin de savoir plus précisément de quelle manière l’allaitement maternel offrirait une protection. Selon le docteur Caroline Deville, c’est le mécanisme de succion qui serait en cause. En effet, lors d’un allaitement au sein, le mamelon est aspiré très profondément vers l’arrière de la bouche et le début de la trachée par le bébé (la jonction entre le palais dur et le palais mou), ce qui fait que peu de lait se trouve en contact avec les dents. Avec la tétine du biberon, beaucoup plus courte et qui se déforme peu, beaucoup plus de lait artificiel parvient sur les dents. Plus d’aliments en contact avec les dents c’est donc plus de matière à nettoyer et un risque cariogène plus élevé. Le lait maternel possède en plus des substances intéressantes, la lactoferrine serait bactéricide et donc serait un véritable antibiotique naturel contre le streptocoque mutant.

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À l’inverse, la présence de freins restrictifs, surtout non détectés et donc non traités, serait très préjudiciable pour la santé bucco-dentaire. D’abord les freins restrictifs peuvent entraîner une respiration presque exclusivement buccale, ce qui provoque un assèchement de la salive et donc une plaque dentaire plus importante. Cela modifie également le PH buccal qui sera alors plus favorable à la prolifération de streptocoques mutants. Les freins réduisent également la motricité de la langue ce qui diminue sa capacité à envoyer la salive partout pour éliminer la plaque dentaire. Les freins restrictifs-buccaux peuvent également empêcher le mamelon d’aller jusqu’à la jonction palais dur/palais mou et donc faire entrer en contact plus de lait avec les dents.

Terrain à Risque : Définition et Conduite à Tenir

Un terrain à risque est défini par la combinaison du terrain inné et du terrain acquis, ajouté aux facteurs aggravants susmentionnés.

  • Terrain inné : Morphologie des dents : les individus qui présentent des dents mal alignées, aux reliefs accentués sont davantage sujets aux caries que les autres, en effet la morphologie de leurs dents présente de nombreux recoins où la plaque dentaire peut venir se loger et d’où il sera difficile de la déloger mécaniquement grâce à l’action de la salive. La question ne se pose donc pas.
  • Après l’âge d’1 an, dans le cas où votre enfant présenterait des caries et en accord avec le suivi de votre dentiste, il peut être nécessaire d’envisager une diminution des tétées nocturnes. Le sevrage nocturne complet n’étant pas forcément nécessaire. C’est une décision individuelle et spécifique selon le cas de votre enfant. Passer de 5 à 3 tétées, par exemple, c’est déjà très bien! Un nettoyage doux des dents, avec une compresse et un peu d’eau, après les tétées nocturnes, peut également aider à réduire les risques d’apparition ou freiner leur propagation. Et il en va de même pour les bébés au biberon.

Les Bonnes Habitudes d’Hygiène Bucco-Dentaire et Alimentaire au Quotidien

  • Dès la première dent, on introduit la routine de nettoyage : Avec une lingette ou une compresse humide, une brosse à dent à poil silicone adapté ou un doigtier, frotter la/les petites dents le soir avant le coucher. On évitera les dentifrices ayant pour premier ingrédient la glycérine car elle laisse un film sur les dents qui empêche la salive de faire son travail.
  • Lorsque l’enfant est en capacité de cracher, on ajoute une trace de dentifrice fluoré, toujours sans glycérine. Si l’enfant conserve encore des tétées ou des biberons nocturnes, on ajoute un brossage le matin au lever car la nuit, la diminution de la salive entraîne une réduction de la protection via celle-ci.
  • Au niveau alimentaire, on limitera les apports sucrés pendant et entre les repas. On proposera de l’eau à la fin des repas pour aider à éliminer le surplus de nourriture entre les dents mais également en journée pour ne pas avoir une salive trop acide.
  • On évite les échanges de cuillères, le “je nettoie la sucette qui est tombé par terre en la mettant dans la bouche” pour ne pas transmettre des bactéries adultes à l’enfant, qui seraient trop agressives pour lui. Et ce dès les premiers mois de bébé, même quand il n’a pas encore de dents …

Allaitement et Soins Dentaires : Compatibilité et Sécurité

Vous allaitez votre bébé et vous vous demandez si vous pouvez recevoir des soins dentaires sans compromettre votre allaitement ? Cette préoccupation légitime touche de nombreuses mamans qui craignent que l'anesthésie locale, les radiographies ou les traitements dentaires puissent affecter leur lait maternel et nuire à leur enfant. Les professionnels de santé confirment aujourd'hui qu'il n'est absolument pas nécessaire d'interrompre l'allaitement pour recevoir des soins dentaires, même en cas d'urgence.

Anesthésie Locale et Allaitement

L'anesthésie locale utilisée lors des soins dentaires représente l'une des principales inquiétudes des mères allaitantes, mais cette crainte n'est pas fondée scientifiquement. Les trois anesthésiques principalement utilisés en dentisterie sont l'articaïne, la lidocaïne et la mépivacaïne. Ces produits ont une faible absorption orale et même si le bébé allaité en recevait une dose mesurable via le lait maternel, ils ne passeraient guère dans son sang. La rapidité d'élimination de ces anesthésiques constitue un autre élément rassurant. L'articaïne est un anesthésique local injectable utilisé dans l'anesthésie dentaire dont les concentrations plasmatiques sont très faibles. Les recommandations officielles sont claires à ce sujet. L'association des anesthésistes de Grande Bretagne et d'Irlande recommande aux professionnels de santé de ne pas décourager l'allaitement avant ou après l'anesthésie ou la sédation. Pendant l'allaitement, les anesthésiques locaux sont sans danger et ne nécessitent pas d'interruption de l'allaitement.

Examens d'Imagerie et Allaitement

Les examens d'imagerie nécessaires au diagnostic et au suivi des traitements dentaires sont également compatibles avec l'allaitement maternel. Les radiographies dentaires ne présentent aucun risque pour l'allaitement. Contrairement aux radiographies abdominales ou pelviennes qui peuvent nécessiter des précautions particulières pendant la grossesse, les radiographies dentaires utilisent des doses de rayonnements très faibles et localisées. L'IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) peut également être réalisée pendant l'allaitement sans aucune restriction. L'allaitement n'est pas une contre-indication à la réalisation d'une injection de produit de contraste en IRM (gadolinium) si elle est justifiée et avec le consentement de la patiente. Les échographies, déjà largement utilisées pendant la grossesse, restent bien entendu parfaitement sûres pendant l'allaitement. Cette technique d'imagerie non invasive utilise des ultrasons qui ne présentent aucun risque pour la mère ou le bébé allaité.

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Urgences Dentaires et Allaitement

Les situations d'urgence dentaire, qu'il s'agisse d'infections, de caries douloureuses ou d'interventions chirurgicales, ne doivent jamais être retardées à cause de l'allaitement. Les infections dentaires peuvent être traitées efficacement pendant l'allaitement. Les antibiotiques compatibles avec l'allaitement permettent de traiter les infections sans compromettre la sécurité du bébé. Les interventions chirurgicales dentaires, y compris les extractions dentaires complexes ou les traitements endodontiques, peuvent être réalisées sous anesthésie locale sans interrompre l'allaitement.

Prévention et Suivi Dentaire

La prévention reste néanmoins préférable à la guérison. Il est recommandé aux mères allaitantes de maintenir une hygiène bucco-dentaire rigoureuse et de ne pas différer les contrôles dentaires de routine. Trop de praticiens demandent encore un arrêt temporaire de l'allaitement, voire un arrêt total, avant une anesthésie dentaire. Une telle préconisation ne prend pas en compte le quotidien d'une mère et n'est pas justifiée scientifiquement.

Questions Fréquentes sur l'Allaitement et les Soins Dentaires

  1. Combien de temps attendre après une anesthésie dentaire pour allaiter ? Aucun délai d'attente n'est nécessaire après une anesthésie dentaire locale. Les anesthésiques utilisés (lidocaïne, articaïne, mépivacaïne) ont un passage minimal dans le lait maternel et sont rapidement éliminés par l'organisme.
  2. Les radiographies dentaires peuvent-elles affecter mon lait maternel ? Non, les radiographies dentaires n'affectent pas la qualité ou la composition du lait maternel. Ces examens utilisent des doses très faibles de rayonnements localisés au niveau de la mâchoire, loin des glandes mammaires.
  3. Puis-je prendre des antidouleurs après des soins dentaires en allaitant ? Oui, plusieurs antidouleurs sont compatibles avec l'allaitement. Le paracétamol et l'ibuprofène sont généralement recommandés en première intention.
  4. Faut-il reporter un traitement de canal pendant l'allaitement ? Non, il n'est pas nécessaire de reporter un traitement endodontique (dévitalisation) pendant l'allaitement. Cette intervention utilise une anesthésie locale compatible avec l'allaitement et peut être réalisée sans risque.
  5. L'anesthésie générale dentaire est-elle compatible avec l'allaitement ? L'anesthésie générale est rarement utilisée en dentisterie, mais elle reste compatible avec l'allaitement.
  6. Peut-on faire poser des implants dentaires pendant l'allaitement ? Oui, la pose d'implants dentaires peut être réalisée pendant l'allaitement. Cette intervention chirurgicale utilise une anesthésie locale compatible et les matériaux implantaires (titane) sont parfaitement biocompatibles.
  7. Les amalgames dentaires posent-ils des problèmes pendant l'allaitement ? La pose ou la dépose d'amalgames dentaires peut être réalisée pendant l'allaitement. Bien que ces restaurations contiennent du mercure, les quantités libérées sont minimes et ne justifient pas d'interruption de l'allaitement.
  8. Mon dentiste me demande d'arrêter l'allaitement, que faire ? Cette demande n'est pas justifiée médicalement. Vous pouvez informer votre praticien des recommandations actuelles ou demander un second avis.

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