Le film documentaire Sinjar, naissance des fantômes, réalisé par Alexe Liebert, est une œuvre poignante qui plonge au cœur du génocide vécu par la communauté yézidie en Irak. Sorti en salle le 19 juin 2024, ce film, nourri par les photographies de Michel Slomka, donne une voix aux fantômes du mont Sinjar, hanté par les atrocités commises par l'État Islamique à partir de 2014.
Un Paysage Hanté par la Mémoire
Le film s'ouvre sur un paysage désertique, des reliefs à perte de vue, où l'herbe recouvre la poussière des sols. Au loin, des tentes témoignent d'une présence humaine marquée par la solitude, la hargne, et une résilience acharnée face au désespoir. La voix de Golshifteh Farahani incarne la montagne de Sinjar, qui prend la parole pour raconter son immortalité, ses enfants, et sa douleur. Elle se remémore, elle raconte, pour ne pas taire, ne pas oublier l'enfer du génocide.
L'Invasion et le Massacre
Le 3 août 2014, l'État Islamique s'est lancé à la conquête de la région du mont Sinjar, dans le Kurdistan irakien. Cette invasion a marqué le début d'un cauchemar pour les cinq cent mille Yézidis qui vivaient dans les villes et villages ancestraux de la région. Jusqu'à la libération en 2015, les djihadistes ont massacré des familles entières et capturé les femmes, filles et fillettes pour en faire leurs esclaves sexuelles, torturées et violées durant des mois. La multitude de récits croisés témoigne de cette atrocité, quintessence de la guerre. Certains témoignages semblent même irréels, tant le niveau de cruauté et de perversité des djihadistes est élaboré.
La Quête de la Vérité et de la Justice
Sinjar, naissance des fantômes suit également les opérations menées par les Yézidis pour libérer leurs otages. Le film met en lumière la souffrance vive laissée par les absents : les hommes et les vieillards qui remplissent les charniers laissés par Daech dans son reflux ; les femmes et les enfants, convertis de force, qui vivent le cauchemar éveillé de leur servitude. Cinq ans après le début du génocide, plus de 3000 Yézidis sont toujours entre les mains du groupe terroriste ou portés disparus. Le demi-million de Yézidis qui vivait dans les villes et villages de la région a fui, laissant derrière eux un paysage de désolation et de deuil.
Un Projet Autoproduit Né de l'Urgence
Alexe Liebert décrit Sinjar, naissance des fantômes comme un projet autoproduit, né de l'urgence. Après les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, elle rencontre le photographe Michel Slomka, avec qui elle partage la même envie de faire des images. Peu de temps après, il lui apprend que ce jour marquait aussi la libération de la ville de Sinjar. Inspirés par des thématiques similaires, notamment la mémoire post-traumatique, les deux auteurs imaginent alors un travail en duo. Ils entreprennent quatre voyages de deux semaines intenses sur place, sans attendre de subventions, car le massacre avait commencé en août de l'année précédente.
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Des Témoignages Poignants et une Collaboration Essentielle
Sur place, des frères yézidis venus d'une même famille deviennent leurs fixeurs, une marque de confiance pour la plupart des personnes interrogées, qui se rassurent au contact de quelqu'un de leur communauté. Une routine se met en place : Michel Slomka pose les questions, Alexe Liebert filme, les fixeurs endossent le rôle de traducteurs. Devant la caméra défilent des femmes rescapées de l'EI, en proie aux traumatismes causés par l'esclavagisme sexuel qu'elles ont subis, et des hommes - maris, pères - des survivants qui se battent pour récupérer les kidnappé·es, même sans moyen, même sans soutien. Les Yézidis ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour guérir, pour ne pas disparaître. Des témoignages durs, qui refusent de taire la violence comme les douleurs.
Un Récit Choral Entre Poésie et Réalité
Le film d'Alexe Liebert est un récit choral, un corps fait de membres disparates, mais vivant néanmoins. Les voix des femmes disent les tortures, celles des hommes la frénésie de la recherche. Sinjar, personnifiée par une voix aux intonations mélancoliques, exprime l'incertitude et la solitude. L'œuvre mêle l'invisible et l'évident, les déclamations poétiques de la voix off (un texte poignant écrit par Michel Slomka) et les déclarations brutes des survivant·es. Les dégâts du génocide se devinent tout autant dans les expressions des témoins, les ruines et les paysages immaculés que dans les yeux aveugles d'une vieille femme de 127 ans se remémorant les relations tumultueuses entre les populations yézidies et arabes, ou les écrans de smartphones immortalisés par le photographe, enregistrant les preuves d'un commerce d'esclaves.
L'Espoir dans la Noirceur
Malgré la noirceur du sujet, Sinjar, naissance des fantômes laisse entrevoir des lueurs d'espoir. Dans les échos des rires d'enfants, qui jouent là où il n'y a rien, divertis par leur imaginaire, on perçoit le symbole d'une insouciance à retrouver. Le film est un portrait peint dans la douleur, qui dit la douleur, mais qui témoigne aussi de la résilience et de la détermination d'un peuple à ne pas être oublié.
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