Introduction

Le combat pour l'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en France, initié et incarné par Simone Veil, ministre de la Santé du gouvernement Chirac, a abouti à sa constitutionnalisation en mars 2024. Ce droit fondamental, longtemps remis en question, est le fruit d'une lutte acharnée menée par Simone Veil et de nombreuses autres femmes.

Un Discours Historique à l'Assemblée Nationale (1974)

Le 26 novembre 1974, Simone Veil prononce un discours historique devant l'Assemblée Nationale, introduisant trois jours de débats passionnés. Ce document, présenté dans son intégralité par Rembob'Ina, témoigne de la conviction et de la détermination de Simone Veil. Elle y déclare avec force : "Je le dis avec toute ma conviction : l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue. Aucune femme ne recourt de gaité de cœur à l'avortement. C'est toujours un drame."

Simone Veil évoque également les "300.000 avortements qui chaque année mutilent les femmes dans ce pays, bafouent nos lois et humilient ou traumatisent celles qui y ont recours." Elle insiste sur la nécessité de ne plus fermer les yeux sur cette réalité.

Débats Enflammés et Oppositions Virulentes

Les débats à l'Assemblée Nationale sont houleux. Michel Debré, ancien Premier ministre du général De Gaulle, qualifie la loi d'"une monstrueuse erreur historique", prédisant qu'elle fera "chaque année deux fois plus de victimes que la bombe d'Hiroshima". D'autres députés de droite diffusent le son du battement de cœur d'un fœtus, tandis que Jean Foyer, ancien ministre de la Justice du général De Gaulle, évoque des "abortoirs, ces abattoirs où s'entassent des cadavres de petits hommes".

Simone Veil fait face à des insultes et des propos haineux, certains allant jusqu'à comparer l'IVG à un "génocide" et à évoquer des embryons "jetés au four crématoire", en référence à son passé de déportée à Auschwitz. Malgré cette violence verbale, elle reste digne et déterminée, défendant avec courage et conviction son projet de loi.

Lire aussi: Avis sur la crèche Simone Veil

L'Adoption de la Loi Veil (1975)

Après trois jours et deux nuits de débats intenses, la loi autorisant l'avortement, portée par Simone Veil, est finalement adoptée le 17 janvier 1975. Cette loi, initialement votée pour une période de cinq ans, est ensuite rendue définitive le 31 décembre 1979. Elle marque une avancée majeure pour les droits des femmes en France, leur permettant de disposer de leur corps et de choisir si elles souhaitent ou non mener une grossesse à terme.

L'Évolution de l'IVG en France

Depuis l'adoption de la loi Veil, les règles encadrant l'IVG ont été assouplies à plusieurs reprises. Le délai légal pour avorter a été porté à 12 semaines de grossesse, puis à 14 semaines de grossesse. L'avortement est aujourd'hui intégralement pris en charge par l'Assurance-maladie.

De plus, la méthode médicamenteuse est devenue majoritaire (78 % des interventions en 2022, contre 68 % en 2019 et 31 % en 2000) face à la méthode chirurgicale, souligne une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), qui pointe également la hausse des prises en charge hors établissement de santé. L’IVG médicamenteuse est possible jusqu’à sept semaines de grossesse soit neuf semaines après le début des dernières règles, que l’IVG médicamenteuse soit pratiquée en établissement de santé ou en ville (hors hôpital). L’IVG instrumentale (par dilatation du col et aspiration du contenu de l’utérus) peut être réalisée jusqu’à la fin de la quatorzième semaine de grossesse, soit seize semaines après le premier jour des dernières règles. Ce recours à l’IVG médicamenteuse n’est pas toujours choisi, mais plutôt dû au manque de médecins pratiquant l’avortement instrumental sur certains territoires.

Simone Veil : Une Figure Incontournable de la Lutte pour les Droits des Femmes

Simone Veil, décédée le 30 juin 2017 et entrée au Panthéon le 1er juillet 2018, reste une figure emblématique de la lutte pour les droits des femmes en France. Son courage, sa détermination et sa conviction ont permis de faire avancer la cause de l'IVG et de garantir aux femmes le droit de disposer de leur corps.

En tant que première femme ministre de la Santé de la cinquième république à 47 ans, Simone Veil a marqué la vie politique française. Elle a travaillé comme une acharnée sur un projet de loi pour faire de chaque naissance un bonheur choisi, attendu. Grande femme politique, fine stratège, elle avance, poussée par une incroyable force de vie, le courage chevillé au corps. Durant sept ans, en tant que Haute fonctionnaire au service de la Justice, elle s'est démenée, pour améliorer le sort des détenus dans les prisons, particulièrement celui des femmes. Lorsque Simone Veil s'investit dans une cause, elle s'engage entièrement.

Lire aussi: Droit à l'Avortement en France : La Loi Veil

L'IVG : Un Droit Toujours Fragile

Malgré les avancées obtenues en France, le droit à l'IVG reste fragile et menacé dans de nombreux pays à travers le monde. Aux États-Unis, la Cour suprême a révoqué l'arrêt Roe vs Wade, qui protégeait le droit à l'IVG au niveau fédéral, ouvrant la voie à des interdictions ou des restrictions dans de nombreux États.

Dans d'autres pays, comme l'Italie et la Pologne, l'accès à l'IVG est entravé par des pénuries de médecins, des pressions et des humiliations. Selon l’ONG américaine Center for Reproductive Rights (CRR), qui observe depuis trente ans les évolutions législatives sur l’IVG dans le monde, soixante-dix-sept Etats autorisent actuellement l’avortement sans restriction autre que la durée de gestation (l’acte est envisageable pour une gestation de cinq à vingt-quatre semaines, selon les pays). C’est le cas de la quasi-totalité des pays européens, à l’exception de la Pologne et de Malte. D’autres pays ne permettent aux femmes d’avorter qu’avec une autorisation médicale (le Royaume-Uni et l’Inde, entre autres). Enfin, vingt et un pays, parmi lesquels l’Egypte, l’Irak, le Sénégal et les Philippines, interdisent formellement toute interruption de grossesse. A l’échelle mondiale, 40 % des femmes vivent dans un pays qui restreint ou interdit leur droit à l’IVG, selon le CRR. Comme le rappelle l’ONG Amnesty International, quelle que soit la législation des pays, les femmes ont recours à l’avortement dans les mêmes proportions : 37 sur 1 000 lorsque la loi l’interdit, 34 sur 1 000 lorsqu’elle l’autorise. La différence est le danger pour la santé des femmes : les IVG clandestines sont la troisième cause de mortalité maternelle dans le monde.

Il est donc essentiel de rester vigilant et de continuer à défendre ce droit fondamental, comme le soulignait Simone de Beauvoir : "N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant."

Le Cinquantenaire de la Loi Veil : Un Projet Mémoriel de l'INA

À l’occasion des 50 ans de la loi Veil en janvier 2025, l’Institut national de l’audiovisuel (INA) lance un projet mémoriel sur le vécu ordinaire de l’avortement avant sa légalisation en France. Intitulé «Il suffit d’écouter les femmes», ce programme veut faire entendre, avant qu’il ne soit trop tard, les voix de ces femmes dont le vécu douloureux, libératoire ou traumatisant n’a jamais été enregistré et consigné.

Le projet «Il suffit d’écouter les femmes» vise à documenter et transmettre le vécu ordinaire de l’avortement avant l’instauration de la loi Veil en 1975 à travers 79 témoignages inédits de femmes et hommes ayant vécu ou assisté à des avortements clandestins. L’INA décline ces entretiens en plusieurs formats pour toucher un large public :

Lire aussi: Simone de Beauvoir : une enfance déterminante

  • Un documentaire produit par Isabelle Foucrier, réalisé par Sonia Gonzalez et raconté par l’actrice Ana Girardot diffusé sur France 5 le 14 janvier 2025.
  • Un livre de témoignages mis en récit par Léa Veinstein sera publié en coédition avec Flammarion.
  • Un podcast en cinq épisodes, écrit et réalisé par Julie Auzou, sera disponible sur les plateformes de streaming.
  • Des extraits contextualisés de ces témoignages seront diffusés sur l’ensemble des réseaux sociaux de l’INA.
  • Une masterclass à destination du public lycéen se tiendra le 4 février 2025 au Forum des images à Paris autour des 50 ans de la loi Veil et de son combat pour la légalisation de l’IVG.

tags: #simone #veil #et #l #ivg #reportage

Articles populaires: