Introduction

L'inscription de la "liberté garantie" d'avorter dans la Constitution française marque une étape historique, symbolisant une réponse aux menaces qui pèsent sur l'IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) dans divers pays. Cette démarche résonne particulièrement à Nantes, ville marquée par l'engagement de figures telles que Simone de Beauvoir et par une mobilisation constante pour les droits des femmes.

Un Contexte International Inquiétant

La décision de constitutionnaliser le droit à l'IVG en France intervient dans un contexte mondial préoccupant. Des pays comme la Hongrie, la Pologne et les États-Unis ont adopté des législations restrictives, réduisant l'accès à l'avortement. Aux États-Unis, la Cour Suprême a remis en cause le droit à l'avortement, laissant chaque État libre de légiférer en la matière. En Europe, des pays comme la Pologne, Malte, Andorre et Monaco continuent de nier ce droit aux femmes. En Amérique latine, les femmes luttent sans relâche pour obtenir ce droit, souvent confrontées à une répression sévère.

Face à ces reculs, la France a choisi de réaffirmer son engagement en faveur des droits des femmes. Cette initiative est également perçue comme un moyen de contrer l'influence croissante de l'extrême droite, particulièrement mise à mal sur cette question.

Nantes : Une Ville Engagée pour les Droits des Femmes

Nantes, ville où Simone de Beauvoir a passé une partie de sa jeunesse, est un lieu emblématique de la lutte pour les droits des femmes. Le 28 septembre, une manifestation y a réclamé l'inscription du droit à l'avortement dans la Constitution et dans la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Cette mobilisation témoigne d'un engagement local fort en faveur de l'IVG. Des associations comme Solidarité Femmes Loire-Atlantique, Osez le Féminisme ! 44, l'Espace Simone de Beauvoir, 44 Vilaines Filles, Femmes Solidaires et la Ligue des Droits de l'Homme 44 se mobilisent activement pour défendre ce droit fondamental.

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Alain Chénard, maire de Nantes de 1977 à 1983 et député socialiste de la Loire-Atlantique, a également joué un rôle important dans la défense de la loi Veil. Son fonds d'archives, bien que non communicable avant 2038, contient des documents précieux sur le projet de reconduction définitive de cette loi.

La Loi Veil : Une Étape Cruciale, Mais Insuffisante

La loi Veil, promulguée le 17 janvier 1975, a marqué une avancée majeure en autorisant l'interruption volontaire de grossesse en France. Avant cette loi, l'avortement était clandestin, entraînant des complications graves et des décès. L'INED estimait entre 300 000 et 400 000 avortements clandestins par an, dont 5 000 décès liés.

Claudine Monteil, militante féministe, a participé activement à la lutte pour la légalisation de l'IVG. Elle a notamment signé le "manifeste des 343", publié en 1971, qui appelait à la légalisation de l'IVG en France.

Véronique Séhier, administratrice du planning familial du Nord, souligne que la loi Veil a été un "soulagement" pour de nombreuses femmes. Elle rappelle également que l'avortement concerne une femme sur trois, peu importe son milieu social.

Cependant, la loi Veil n'a pas suffi à garantir un accès égal et sans entrave à l'IVG. De nombreux défis persistent encore aujourd'hui.

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Les Obstacles à l'Accès à l'IVG

Malgré la légalisation de l'IVG, de nombreux obstacles entravent encore l'accès à ce droit en France.

  • La clause de conscience : Cette clause permet aux médecins de refuser de pratiquer un avortement, ce qui peut rendre difficile l'accès à l'IVG dans certains départements. Emma Chancé, représentante d’Osez le féminisme dans le Nord, souligne que l'avortement est toujours stigmatisé à cause de cette clause.

  • Le manque de professionnels de santé : Dans certains départements, il est difficile de trouver un professionnel de santé à proximité qui pratique l'IVG. Dans l'Aisne, par exemple, seules deux sages-femmes pratiquent l'IVG médicamenteuse.

  • Les entraves administratives : Certains médecins font traîner les choses, demandent des examens complémentaires pour allonger les délais, ce qui rend l'accès à l'IVG plus difficile.

  • Les mouvements anti-avortement : Les mouvements anti-avortement restent très actifs en Europe et en France. Ils s'acharnent à empêcher les femmes d'avorter et bénéficient de soutiens dans les médias. Véronique Séhier rappelle que le jour de l'inscription de l'IVG dans la Constitution, la devanture du Planning familial de Lille a été taguée.

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Ces obstacles montrent que le combat pour l'accès à l'IVG est loin d'être terminé.

La Recherche d'Archives sur les Luttes Féministes : Un Défi

La recherche d'archives sur les luttes féministes, notamment celles liées à l'IVG, peut s'avérer complexe. Les archives écrites relatives aux luttes féministes dans les années 1970 dans l’ouest de la France métropolitaine sont analysées.

Un chercheur témoigne de ses difficultés à trouver des documents pertinents dans les centres d'archives. Les mots-clés "MLF", "Veil", "trotskyste" ou "maoïste" ne donnent aucun résultat. Le mot "féminisme" est rarement utilisé dans les bases de données.

Cette invisibilité des luttes féministes dans les archives s'explique par plusieurs facteurs :

  • L'invisibilité des femmes dans l'espace public.
  • Leur exclusion de la sphère politique.
  • Le fait que les femmes se dévalorisent et laissent peu de traces écrites et matérielles.
  • Une réticence et une sélection quand il s'agit de préserver les archives de femmes.
  • Des documents et statistiques asexués qui cachent les « elles » au profit du « il ».

Face à ce manque de sources écrites, il est essentiel de compléter la recherche par des témoignages oraux.

L'Importance des Archives Orales

Les archives orales, constituées de témoignages de militantes et d'acteurs de la lutte pour l'IVG, sont une source précieuse d'informations. Elles permettent de donner une voix aux femmes qui ont vécu ces événements et de reconstituer l'histoire de ces luttes.

Plusieurs dizaines de témoignages ont été recueillis pendant une thèse et dans le cadre de l’engagement au sein de l’association Archives du féminisme.

La commission audiovisuelle d’Archives du féminisme travaille à rendre ces témoignages accessibles au public.

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