Pierre Ryckmans, connu sous le pseudonyme de Simon Leys, fut un écrivain, essayiste, critique littéraire et sinologue belge d'expression française et anglaise, dont la vie et l'œuvre ont marqué le paysage intellectuel du XXe siècle. Décédé le 11 août 2014 à Sydney, en Australie, où il dirigea la section des études chinoises à l'université de 1987 à 1993, Leys a laissé derrière lui un héritage complexe, notamment en raison de son opposition au maoïsme et de son analyse critique de la Révolution culturelle en Chine. Cet article explore la biographie de Simon Leys, en mettant un accent particulier sur sa vie familiale, un aspect souvent entouré de mystère.
Jeunesse et Formation
Né le 28 septembre 1935 à Uccle, en Belgique, Pierre Ryckmans est issu d'une famille de la bourgeoisie belge, aux origines tant malinoises qu’anversoises. Petit-fils d'un bourgmestre d'Anvers, il grandit dans un milieu catholique. Il étudie le droit et l'histoire de l'art à l'Université catholique de Louvain. À la fin des années 1950, l'université de Louvain était l'un des phares du monde intellectuel catholique, attirant des étudiants du monde entier.
En 1955, à l'âge de dix-neuf ans, il participe à un voyage d'un mois en Chine en tant que membre d'une délégation de jeunes Belges invités par le gouvernement chinois. Frustré de ne pouvoir entrer que superficiellement dans le monde qu’il venait de découvrir, le jeune homme se mit immédiatement à l’étude de la langue chinoise. À partir de 1959, il poursuit des études de langue, littérature et art chinois à Taïwan, Singapour et Hong Kong. Il acquiert pendant cette période une science profonde du monde chinois en plus d'une expérience quotidienne de réalité de la Chine à cette époque.
Son parcours académique l'amène à se spécialiser dans les études chinoises, une discipline qui orientera de façon déterminante sa vie et son œuvre. La découverte de la Chine, de sa culture et de ses complexités, influencera profondément sa vision du monde et façonnera sa personnalité.
Le Mariage et la Famille
En 1964, Simon Leys épouse Hanfang Chang, une journaliste chinoise. Le couple aura quatre enfants, dont des jumeaux, Marc et Louis, nés à Hong Kong en 1967. En 1970, la famille s'installe en Australie. La vie familiale de Simon Leys, alias Pierre Ryckmans, demeure empreinte de mystère. L'installation familiale en Australie en 1970 et la nationalité de ces enfants, sujet à controverse, ont alimenté les spéculations.
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La question de la nationalité des enfants de Simon Leys ajoute une couche supplémentaire de complexité et de mystère à l'histoire familiale. Nés à Hong Kong, de père belge et de mère chinoise, leurs statuts juridiques et leur appartenance nationale ont fait l'objet de longs et pénibles démarches administratives. Le récit de ces difficultés, qui ont conduit à une situation d'apatridie temporaire pour les jumeaux Marc et Louis, révèle une dimension inattendue de la vie privée de Simon Leys. Cette situation administrative a profondément affecté la famille, ajoutant une pression supplémentaire à un contexte déjà complexe. Le combat mené par Simon Leys pour obtenir la reconnaissance de la nationalité belge de ses enfants, et finalement obtenir gain de cause en 2013, témoigne de son engagement indéfectible envers sa famille et de sa volonté de surmonter les obstacles bureaucratiques.
L'Œuvre et l'Engagement Politique
Simon Leys a marqué son époque par son œuvre critique et son engagement politique. En 1971, sur les conseils de son éditeur, il décide de prendre un pseudonyme avant de publier "Les habits neufs du président Mao", pour ne pas risquer de devenir persona non grata en République populaire de Chine. Il choisit comme nom "Leys", référence au personnage du roman de Victor Segalen, René Leys, publié en 1922 ; et comme prénom "Simon", référence au nom originel de l'apôtre Pierre.
Son premier ouvrage majeur, Les Habits neufs du président Mao, publié en 1971, dénonce l'idéologie maoïste et la réalité de la Révolution culturelle. Cet essai, qui connut un succès mondial, lui valut de nombreuses critiques et l'ostracisme d'une partie de l'intelligentsia française, fascinée par le maoïsme. Choqué par l’image totalement fausse du pays qu’offrait la presse française, Simon Leys, vivant alors à Hongkong, décida de prendre la plume pour condamner l’aveuglement des intellectuels, la propagande et les mensonges.
Il dit avoir vu les cadavres charriés par le fleuve jusque sur les rives de la colonie. Il publia donc, sous le pseudonyme de Simon Leys, une série d’articles où il déchiffrait les événements, hors des mensonges de la propagande et de l’aveuglement des maolâtres. Simon Leys éleva pourtant la voix à plusieurs reprises. Après Les Habits neufs, ce furent Ombres chinoises, Images brisées, La Forêt en feu, autant d’ouvrages au service de la vérité qui s’attirèrent les foudres des idéologues. On accusa même l’auteur d’être à la solde de la CIA.
Ses autres ouvrages, tels que Ombres chinoises (1974) et Images brisées (1976), poursuivent son analyse critique du régime communiste chinois. Simon Leys affirmait qu’il n’avait fait que lire les textes de ce « grand penseur » et la presse du régime. Pour lui, la maolâtrie était d’autant plus choquante qu’il suffisait de regarder l’image de la réalité fournie par la presse officielle pour se rendre compte de l’atrocité du régime.
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L'Affaire Apostrophes
C’est seulement en mai 1983 que le public français le découvrit. Bernard Pivot, célèbre - mais prudent - animateur de l’émission Apostrophes, avait convoqué quelques auteurs autour du thème : « Les intellectuels face à l’histoire du communisme ». Simon Leys est intervenu dans l'émission "Apostrophes" de manière fracassante à la fin des années 70, enfonçant un coin terrible dans la conscience de ceux qui rêvaient de Mao.
Un moment marquant de sa carrière fut son intervention dans l'émission "Apostrophes" en 1983, où il débat avec Maria-Antonietta Macciocchi, une intellectuelle italienne pro-maoïste. Ses propos, incisifs et sans concession, marquèrent les esprits et contribuèrent à briser l'image idéalisée de la Chine maoïste.
Simon Leys enchaîne : « L’autre point plus fondamental encore, c’est évidemment le mythe selon lequel le maoïsme, au fond, constitue la rupture avec le stalinisme. » Suivit un implacable réquisitoire qui épingle les sottises du livre.
Héritage et Postérité
L'héritage de Simon Leys est celui d'un intellectuel engagé, d'un esprit libre et d'un écrivain talentueux. Son œuvre continue d'éclairer les enjeux politiques et culturels de la Chine contemporaine. Au début 2014, un silence fort gêné avait entouré la mort de l’éminent sinologue et écrivain d’origine belge. Il faut dire qu’il avait beaucoup à se faire pardonner, surtout en France : Belge, anti-maoïste de la première heure, catholique solidement convaincu, aristocrate de la culture, voyageur enraciné, tout faisait obstacle à ce que les médias fassent de lui l’une de ces idoles à encenser à l’heure de leur mort.
Son influence se fait sentir dans le monde de la sinologie et au-delà, notamment grâce à sa rigueur intellectuelle et son honnêteté intellectuelle sans faille. Son œuvre, marquée par un engagement intellectuel profond et une rigueur analytique sans faille, a contribué à une meilleure compréhension de la Chine et de son histoire complexe.
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Simon Leys et la Mer
On ne peut terminer cet hommage (trop !) tardif rendu à Simon Leys sans évoquer son amour de la mer. Amour pratiqué et vécu, dans des voyages autour du monde et la pratique de la voile apprise aux Glénans. En témoignent à la fois un curieux ouvrage : Le naufrage du Batavia, et une originale (au moins dans le monde francophone) anthologie littéraire maritime : La Mer dans la littérature française de François Rabelais à Pierre Loti (2003), comme par hasard quasiment introuvable aujourd’hui.
Allais, qui commença sa carrière comme pharmacien à Honfleur, a eu amplement l'occasion d’observer la mer. Les familles, l'été venu, se dirigent vers la mer en y emmenant leurs enfants, dans l'espoir, souvent déçu, de noyer les plus laids. La mer est salée parce qu'il y a des morues dedans.
La Famille : Une Enigme Persistante
La place de la famille dans la vie et l'œuvre de Simon Leys est un sujet paradoxal. Si sa vie publique est largement documentée, sa vie privée demeure entourée d'un voile de mystère. Bien que son engagement intellectuel et politique ait occupé une place prépondérante dans sa vie, il est clair que sa famille était un élément essentiel de son existence. Cependant, la discrétion dont il a toujours fait preuve quant à sa vie familiale rend difficile l'analyse de la place réelle qu'elle occupait.
L'absence de références directes et explicites à sa famille dans ses écrits ne permet pas de tirer des conclusions définitives sur la manière dont elle a influencé sa pensée et son œuvre. Néanmoins, certains thèmes récurrents dans ses écrits, comme la quête de vérité, l'importance de l'intégrité morale et la défense des plus faibles, pourraient être interprétés comme le reflet de ses valeurs familiales. L'énigme persiste : la famille était-elle une source d'inspiration pour son œuvre, ou bien un espace de refuge et de réconfort face à l'engagement politique et intellectuel parfois tumultueux de sa vie publique ? Le mystère demeure, ajoutant à la fascination qu'exerce la personnalité complexe de Simon Leys.
L'analyse de la famille de Simon Leys demeure une énigme persistante. La discrétion de l'écrivain concernant sa vie privée, couplée à l'absence de témoignages directs de ses enfants, rend difficile toute tentative d'interprétation exhaustive. Les informations éparses disponibles, extraites de biographies et d'articles de presse, ne permettent qu'une compréhension partielle et fragmentaire de la dynamique familiale. Le contraste entre la vie publique très exposée de Simon Leys et le mystère qui entoure sa vie privée renforce cette impression d'énigme.
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