La grossesse nerveuse, également appelée pseudo-gestation, lactation nerveuse ou lactation de pseudo-gestation, est un phénomène courant chez les chiennes non stérilisées. Elle se manifeste par des changements comportementaux et physiques similaires à ceux d'une chienne gestante, alors qu'elle ne l'est pas. Bien que généralement bénigne, elle peut causer de l'inconfort à l'animal et, dans certains cas, nécessiter une intervention vétérinaire.

Origines et Causes de la Grossesse Nerveuse

Chez les chiens sauvages vivant en meute, la grossesse nerveuse pourrait représenter un avantage. Les chiennes non gravides peuvent aider celles qui ont des chiots en s’en occupant et en les allaitant.

La grossesse nerveuse est due à un déséquilibre hormonal qui survient après les chaleurs et l’ovulation. Après les chaleurs, les hormones libérées sont presque identiques, que la chienne soit gestante ou non. À la fin des chaleurs (phase de metoestrus), l’hormone de grossesse, la progestérone, baisse, et l’hormone qui stimule la production du lait, la prolactine, augmente. La chienne peut alors « penser » qu’elle va avoir des chiots.

Plus précisément, après un accouplement réussi, le taux de progestérone reste stable, permettant à la grossesse de se dérouler correctement. Mais si aucune saillie n’a eu lieu, le taux de progestérone diminue dès la fin des chaleurs. Cette chute de progestérone peut être interprétée par le corps de la femelle comme une naissance de chiots, entraînant une augmentation du taux de prolactine. On estime que l’association de la chute rapide de la progestérone et la concentration importante de prolactine peut provoquer une grossesse nerveuse. Cependant, toutes les chiennes ne souffrent pas de grossesse nerveuse après leurs chaleurs, car elles réagissent de manières très différentes à la concentration en prolactine.

Ce déséquilibre hormonal peut occasionnellement survenir dans d’autres circonstances, indépendamment du cycle sexuel, par exemple chez des chiennes anxieuses qui peuvent présenter une sécrétion de lait permanente ou lors de tumeur ovarienne.

Lire aussi: Grossesse et constipation : un signe d'accouchement ?

Symptômes de la Grossesse Nerveuse

Les symptômes d’une lactation de pseudo-gestation sont visibles environ deux mois après les chaleurs, c’est-à-dire lorsque la grossesse est en route. Les manifestations persistent en moyenne entre 3 et 8 semaines. Les signes cliniques et comportementaux peuvent varier considérablement d'une chienne à l'autre, allant de légers changements à des manifestations plus prononcées.

Modifications Comportementales

  • Préparation du nid (phénomène de nidification) : La chienne prépare activement son nid et peut y mettre certains objets et les protéger comme s’il s’agissait de chiots. Elle peut apporter des couvertures ou d'autres objets dans son lit pour créer un nid, et peut être réticente à quitter cette zone.
  • Maternalisme : Elle peut materner des objets (jouets, peluches) comme des substituts de chiots, les transporter, les mettre dans son nid et les protéger.
  • Troubles de l'humeur : Certaines chiennes peuvent devenir plus agitées, nerveuses, anxieuses, irritables, agressives ou distantes. D’autres peuvent se montrer plus apathiques qu’à leur habitude.
  • Changements d'appétit : Certaines chiennes peuvent manquer d'appétit ou, au contraire, manger bien plus qu’à l'accoutumée.
  • Gémissements et inquiétude : La chienne peut paraître inquiète et gémir.

Modifications Physiologiques

  • Développement mammaire : Les mamelles se développent et sécrètent ensuite du lait. Des gouttes de lait sont alors visibles quand on presse les tétines. Les mamelles augmentent de volume, elles sont congestionnées et un liquide blanchâtre (ou du lait) coule en quantité variable, suivant l’intensité du léchage qu’exerce la chienne dessus.
  • Léchage excessif des mamelles : La chienne lèche beaucoup sa région mammaire, ce qui entretient la sécrétion de lait.
  • Contractions abdominales : Leur ventre peut même se contracter.
  • Augmentation de la soif : Les chiennes atteintes d'une lactation nerveuse peuvent aussi avoir une soif accrue, ce qui signifie qu'elles ont besoin de faire pipi plus souvent.
  • Manque d'énergie
  • Vomissements

Diagnostic de la Grossesse Nerveuse

Le diagnostic de la grossesse nerveuse repose principalement sur l'observation des signes cliniques et comportementaux par le propriétaire et l'examen clinique réalisé par le vétérinaire.

  • Anamnèse : Le vétérinaire interroge le propriétaire sur le comportement de la chienne, le moment des dernières chaleurs et les signes observés. C’est principalement le discours du propriétaire qui va être précieux pour le vétérinaire lors de son diagnostic. Ce dernier pose des questions très précises au propriétaire de la chienne concernant des changements d’attitude et des changements physiques.
  • Examen clinique : Le vétérinaire procède à un examen clinique général pour évaluer l'état de santé de la chienne et exclure d'autres causes possibles des symptômes.
  • Examens complémentaires (si nécessaire) : Dans certains cas, des examens complémentaires peuvent être nécessaires pour confirmer le diagnostic ou exclure une véritable gestation.
    • Échographie : L’échographie va permettre de savoir s’il y a ou non des chiots dans le ventre de la chienne car c’est à l’échographie que l’on peut voir les cœurs.
    • Bilan sanguin : Des examens complémentaires tels qu’un bilan sanguin réalisé dans un laboratoire d’analyses vétérinaire peuvent permettre de confirmer ou non le diagnostic de grossesse nerveuse chez la patiente.
    • Dosage de la relaxine : Une autre possibilité consiste à réaliser une prise de sang et de mesurer le taux de relaxine. En cas de véritable gestation, la relaxine est détectable dans le sang à partir d’environ 21 jours.

Prise en Charge et Traitement de la Grossesse Nerveuse

La prise en charge de la grossesse nerveuse dépend de la gravité des symptômes et de l'état général de la chienne. Dans de nombreux cas, les symptômes disparaissent spontanément en quelques semaines. Cependant, un traitement peut être nécessaire pour soulager l'inconfort de la chienne et prévenir les complications.

Mesures Comportementales

L’objectif est de réduire les activités de maternage, qui entretiennent la pseudo-gestation.

  • Distraction : Distraire la chienne de ces activités (par exemple en augmentant la fréquence et la durée des promenades, en jouant avec elle). Essayez de « distraire » votre chienne de son obsession de maternage en confisquant les objets auxquels la chienne a tendance à s’attacher et en la sortant le plus fréquemment possible.
  • Retrait des objets de substitution : Retirer les objets qui constituent des substituts de chiots. Si elle s’est mise à materner certains de ses jouets, vous n’aurez alors d’autre solution que de les lui retirer et de tenter de lui changer les idées avec des promenades ou des séances de dressage qu’elle apprécie.
  • Ignorer les demandes excessives d'attention : Si son besoin de câlins et de caresses est vraiment trop pressant, il est conseillé de l’ignorer, même si cela peut vous faire mal au cœur.

Traitement Médical

L’objectif premier du traitement médical est de stopper la sécrétion de lait. Le traitement dépendra de la durée et de la gravité des signes cliniques et comportementaux observés.

Lire aussi: Tout savoir sur les Pertes Blanches pendant la Grossesse

  • Inhibiteurs de la prolactine : Le vétérinaire peut prescrire des médicaments pour arrêter la production de prolactine, l'hormone responsable de la lactation. Ces traitements sont généralement bien tolérés et permettent une amélioration rapide des signes cliniques. Le plus souvent prescrit est la cabergoline. C’est une molécule qui provoque peu d’effets secondaires chez la chienne.
  • Traitement local : Il peut être utile pour réduire un œdème et une congestion marqués des mamelles et aider à prévenir les complications de mammite. Ce traitement peut consister en l’application sur les mamelles d’emplâtres ou de pommades, sans massage. Pour prévenir le risque de mammite quand les mamelles sont très gonflées, vous pouvez appliquer des emplâtres ou des pommades drainantes pour faciliter leur désengorgement. Un pansement légèrement compressif renouvelé quotidiennement peut être ensuite réalisé afin d’empêcher la chienne de se lécher et favoriser la résorption de l’œdème.
  • Diurétiques : Si la lactation est vraiment très forte, ou lorsqu’il y a un œdème des mamelles, le vétérinaire pourra prescrire un traitement diurétique pendant quelques jours.

Il est contre-indiqué de masser les mamelles, de chercher à évacuer le lait en appuyant sur les tétines car cela stimule la lactation. Si votre chienne a des montées de lait, surtout ne lui touchez pas les mamelles (massage, tirage de lait…). Si vous pensez la soulager, sachez que votre action ne fera que stimuler la production de lait et aura donc les effets inverses de ceux que vous souhaitiez. N’essayez pas non plus de traiter les montées de lait avec des baumes rafraîchissants, en touchant les mamelles ou en les enveloppant avec des tissus frais.

Mesures Hygiéniques

  • Restriction alimentaire : Un jeûne de 24 à 48 heures, en limitant en outre la consommation d’eau le premier jour, contribuerait à l’arrêt de la sécrétion lactée. Il est également possible de limiter l’apport énergétique ; cela permettra de stopper la fabrication de lait. Il est classiquement recommandé de mettre la chienne à la diète pendant 24 à 48 heures, en limitant l’abreuvement, pour obtenir le tarissement.
  • Collerette : Il est conseillé de lui éviter de se lécher les mamelles. Par conséquent, n’hésitez pas à lui mettre une collerette lorsque vous ne la surveillez pas, par exemple la nuit. Si même en étant distraite, elle ne peut s’empêcher de se lécher, faites-lui porter un T-shirt pour l’en dissuader. Le port d’une collerette peut être judicieux dans certains cas.
  • Body : Vous pouvez également lui fabriquer un body à l’aide d’un vieux t-shirt, l’idée étant que cela ne la sert pas.

Approches Alternatives

  • Homéopathie, phytothérapie, aromathérapie, acupuncture : Il est possible de tenter certaines approches thérapeutiques comme par exemple la phytothérapie, l'aromathérapie ou bien l'acupuncture avec lesquelles on obtient parfois de bons résultats. Le vétérinaire peut également vous recommander un traitement homéopathique. Les deux remèdes homéopathiques les plus indiqués dans cette indication sont Thuja occidentalis et Urtica urens dont l’efficacité clinique a été montrée dans certaines études.

Prévention de la Grossesse Nerveuse

La pseudo-gestation est courante chez les chiennes non stérilisées et les récidives sont très fréquentes. Elles peuvent même devenir systématiques, faisant alors suite à chaque période de chaleurs. Faire se reproduire la chienne ne permet pas de prévenir les grossesses nerveuses. Certains vous conseilleront de faire réellement accoupler votre chienne pour mettre un terme à ses grossesses nerveuses. Sachez qu’une mise bas ne réglera pas le problème.

La mesure de prévention la plus efficace est la stérilisation par ovariectomie ou ovario-hystérectomie. La stérilisation vétérinaire fait partie de la médecine préventive et est réalisée en ambulatoire, vous déposez votre chienne le matin à jeun à la clinique et vous la récupérez en fin de journée. Le chirurgien procède à une ovariectomie (retrait des ovaires) ou une ovario-hystérectomie (retrait des ovaires et de l’utérus) en fonction de l’état de l’utérus de votre femelle.

La stérilisation doit cependant être effectuée hors période d’ovulation et jamais pendant une grossesse nerveuse. La chienne sera traitée médicalement pendant sa grossesse nerveuse et le vétérinaire attendra que la lactation soit stoppée pour intervenir chirurgicalement.

Il est important de comprendre qu’une grossesse nerveuse est un bouleversement hormonal chez la chienne. Nul besoin de rappeler que si vous ne souhaitez pas faire reproduire votre chienne, la stérilisation est vivement conseillée afin de lui éviter de vivre cette période qui chamboule complètement ses émotions, son caractère, et son état physique. Une femelle non stérilisée a également plus de risques de souffrir de maladies liées à ses hormones. La stérilisation demeure la meilleure solution. Une chienne stérilisée risque moins de cancers ou tumeurs mammaires et d'infections urinaires.

Lire aussi: Détection de grossesse rapide

Après la stérilisation, le risque de grossesse nerveuse est réduit à zéro. Par conséquent, dans les cas de pseudo-gestation les plus graves, la stérilisation peut être considérée comme une solution judicieuse.

Si vous décidez d’y avoir recours, vous devrez donc ou diminuer sa ration journalière de nourriture ou lui permettre de se dépenser plus.

Complications Possibles

Bien que la grossesse nerveuse soit généralement bénigne, elle peut entraîner des complications dans certains cas :

  • Mammites : Si ce phénomène est répétitif, la pseudo gestation peut effectivement entraîner des mammites, il s’agit d’infections ou inflammations des mamelles, du fait de la présence de lait qui stagne. La femelle peut alors ressentir une gêne, voire des douleurs. Le risque lorsqu’une chienne fait une grossesse nerveuse est qu’elle développe une mammite. En effet, les montées de lait sans chiot pour téter peuvent causer une infection des mamelles.
  • Dermatoses : De plus, la chienne lèche beaucoup sa région mammaire, ce qui entretient la sécrétion de lait, et peut également conduire au développement d’affections de la peau (dermatoses).
  • Tumeurs mammaires : Les chiennes ayant présenté des lactations de pseudogestation courent plus de risques de développer des tumeurs mammaires que les chiennes chez qui aucun comportement de ce type n’a été détecté. La prédisposition aux tumeurs mammaires chez les chiennes ayant présenté une lactation nerveuse pourrait s’expliquer par la distension chronique des mamelles où s’accumulent les produits de dégradation du lait stagnant. Ces substances pourraient exercer un effet cancérogène quand elles sont en contact prolongé avec le tissu mammaire interne. La grossesse nerveuse augmente le risque de tumeurs mammaires, d’infections utérines.

Quand Consulter un Vétérinaire ?

La grossesse nerveuse ne relève généralement pas d'une urgence vétérinaire. Tout dépend en fait des symptômes éventuels qu'il ne faut alors pas sous-estimer et qui implique de réagir. Dans le cas où vous pensez que votre femelle souffre d’une grossesse nerveuse, prenez rendez-vous dans une clinique vétérinaire afin qu’un traitement lui soit prescrit. Ses symptômes disparaîtront dans ce cas en une semaine environ. Une visite chez le vétérinaire s’impose. Il va vérifier que la chienne n’est pas gestante et en fonction, il vous donnera des médicaments pour arrêter la production de prolactine.

Il est important de consulter un vétérinaire si :

  • Les symptômes sont sévères ou persistent plus de quelques semaines.
  • La chienne présente des signes de mammite (douleur, rougeur, chaleur au niveau des mamelles, écoulement de pus). C'est le cas si vous observez la présence de pus, de la fièvre ou bien encore que des plaintes et/ou gémissements se font entendre.
  • La chienne présente d'autres symptômes, tels que fièvre, perte d'appétit ou léthargie.
  • Vous n'êtes pas sûr que la chienne soit réellement gestante ou non.

tags: #signes #grossesse #nerveuse #chienne

Articles populaires: