L'interruption volontaire de grossesse (IVG) est une décision personnelle importante, souvent entourée d'angoisses et d'incertitudes. Cet article vise à fournir des informations claires et structurées sur l'IVG médicamenteuse, en abordant notamment la question du seuil de la douleur, les témoignages de femmes, et les aspects médicaux et psychologiques liés à cette procédure.
Qu'est-ce que l'IVG Médicamenteuse ?
L'IVG médicamenteuse est une méthode d'avortement qui ne nécessite pas d'intervention chirurgicale. Elle consiste en la prise de deux médicaments, la mifépristone et le misoprostol, qui provoquent l'arrêt de la grossesse et l'expulsion de l'œuf.
La Mifépristone (Mifégyne)
La mifépristone, souvent appelée pilule abortive, est le premier médicament pris lors d'une IVG médicamenteuse. Elle bloque l'action de la progestérone, une hormone essentielle au maintien de la grossesse. En l'absence de progestérone, la grossesse est interrompue. Ce premier comprimé va déclencher l’IVG, mais pas la conclure.
Le Misoprostol (Gymiso ou MisoOne)
Le misoprostol est le deuxième médicament pris, généralement 36 à 48 heures après la mifépristone. Il provoque des contractions utérines qui entraînent l'expulsion de l'œuf. La prise de misoprostol est déconseillée par voie vaginale par les laboratoires en raison d'un risque de douleurs abdomino-pelviennes plus fréquentes. Durant la deuxième étape du traitement médicamenteux, l’action du misoprostol provoque l’expulsion du sac gestationnel. Dans 60% des cas, cela se produit environ 4 heures après la prise du comprimé.
Déroulement de l'IVG Médicamenteuse
- Première consultation médicale: Un entretien avec un médecin ou une sage-femme est nécessaire pour recevoir des informations complètes sur l'IVG, discuter des options disponibles, et obtenir un certificat de demande d'IVG. Ce certificat n'est pas engageant et permet un délai de réflexion minimum de 8 jours.
- Deuxième consultation médicale: La demande d'avortement est confirmée par écrit. Un examen gynécologique et une échographie sont réalisés pour dater précisément le début de la grossesse et localiser l'embryon.
- Prise de la mifépristone: Le premier comprimé est pris, généralement à l'hôpital ou chez le médecin. Cette substance fait en fait croire au corps que vous n’êtes plus enceinte.
- Prise du misoprostol: Deux ou trois jours plus tard, le misoprostol est pris, souvent à domicile, par voie orale ou vaginale, pour provoquer l'expulsion de l'embryon. Sans contre-avis médical, et à moins de 9 à 10 semaines de grossesse, vous pouvez reprendre ces mêmes comprimés de chez vous, dans votre vagin ou sous votre langue.
- Consultation de contrôle: Une consultation de contrôle est obligatoire 14 à 21 jours après la prise de la mifépristone pour s'assurer de l'arrêt de la grossesse et de l'absence de complications. Le professionnel de santé réalise alors un examen clinique, complété par un dosage sanguin des hormones hCG et/ou une échographie de contrôle.
La Douleur et l'IVG Médicamenteuse
La douleur est une préoccupation majeure pour les femmes envisageant une IVG médicamenteuse. Il est essentiel d'être bien informée et préparée à ce que l'on peut ressentir.
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Intensité de la douleur
La douleur pendant une IVG médicamenteuse est souvent comparée à celle de règles douloureuses, mais elle peut être plus intense. Pratiquer une IVG par médicaments peut entraîner des douleurs plus ou moins fortes et qui sont très variables selon les femmes. Ces douleurs sont liées aux contractions que fait l’utérus pour expulser l’œuf. Le rapport à la douleur est variable selon les femmes et pour une même femme selon les situations. Une étude a montré que 33,8% des patientes ont ressenti une douleur supérieure à 3/10 sur une échelle numérique au cours de l'intervention, tandis que 66,2% ont ressenti une douleur inférieure à ce seuil.
Facteurs influençant la douleur
Plusieurs facteurs peuvent influencer l'intensité de la douleur ressentie lors d'une IVG médicamenteuse, notamment :
- L'âge
- L'Indice de Masse Corporelle (IMC)
- La parité (nombre d'enfants)
- La gestité (nombre de grossesses)
- Les antécédents d'IVG
- L'existence de dysménorrhées (règles douloureuses)
- Des règles douloureuses habituelles semblent être un facteur prédisposant aux douleurs de l’IVG (douleurs plus fréquemment retrouvées dans ce cas).
Gestion de la douleur
Des anti-douleurs (antalgiques de la famille des anti inflammatoires non stéroïdiens couplet avec des anti-douleurs de niveau 2 disponible eux sur ordonnance) sont prescrits systématiquement par le ou la médecin ou sage-femme qui suit l’IVG et la prise de ces cachets est recommandée en prévention de la douleur 30 mn avant la prise de misoprostol. Il ne faut pas hésiter à les prendre au début de la douleur, ils seront d‘autant plus efficaces. La patiente ne doit pas hésiter à dire ses habitudes et ses préférences médicamenteuses en cas de douleur ainsi que ses intolérances ou allergies.
La prise en charge de la douleur n’est pas seulement médicamenteuse. Il est nécessaire que le processus soit bien expliqué au préalable et que la patiente ait pu, si besoin, exprimer ses craintes et ses inquiétudes et poser ses questions. Les téléphones d’un médecin ou d‘une sage-femme joignables à tout moment doivent être remis à la patiente. Par ailleurs, il est nécessaire d‘être accompagnée par la personne de son choix, pour ne pas être seule le jour de la prise des médicaments.
Témoignages et Vécu des Femmes
Il est essentiel de reconnaître que chaque femme vit l'IVG de manière unique. Les témoignages peuvent varier considérablement en fonction de la sensibilité personnelle à la douleur, du soutien émotionnel reçu, et de la qualité de l'accompagnement médical.
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Préparation à la douleur
L’enquête confirme que de nombreuses femmes ne sont absolument pas préparées à l'intensité de la douleur au point que certaines déclarent qu'elles auraient probablement choisi une autre option si elles l'avaient su. Il est donc crucial d'informer les femmes de manière réaliste sur l'intensité potentielle de la douleur afin qu'elles puissent prendre une décision éclairée.
Soutien émotionnel
Chaque femme va vivre l’IVG de manière singulière et si elle ressent le besoin de partager ses sentiments et d’en parler, elle pourra demander à être reçue en entretien individuel.
Visualisation de l'embryon
Très loin des images vues sur Google d’un prétendu « embryon de 3 semaines » très bien formé ; l’embryon n’est pas plus grand que 7 mm et ressemble plus à une petite graine de pomme gélatineuse qu’à un bébé. Cependant, lorsque le saignement a lieu il est théoriquement possible d’apercevoir l’embryon. En pratique, l’embryon, tout petit, se trouve mélangé à des caillots de sang, de la muqueuse utérine (comme lors des menstruations) et d’un tissu appelé “trophoblaste”, ébauche du futur placenta. Difficile d’y voir quelque chose au milieu de tout ça… il faut bien chercher pour distinguer l’embryon ! Néanmoins, nous vous conseillons de suivre votre ressenti et votre sensibilité sur ce sujet. Certaines femmes préfèrent s’abstenir de vérifier ce type de signes.
Effets Secondaires et Complications Possibles
Outre la douleur, l'IVG médicamenteuse peut entraîner d'autres effets secondaires et complications, bien que rares.
Saignements
Les saignements de la patiente lors d’une interruption de grossesse médicamenteuse peuvent survenir entre 30mn et 3 jours après la prise de médicament. Dans la grande majorité des cas, ils surviennent dans les 2 à 4 heures après la prise du 2ème médicament, le misoprostol. Dans 5% des cas, ces saignements surviennent dès la prise de la mifépristone (prévoir des protections menstruelles dès ce moment). Les saignements qui s’ensuivent, plus ou moins importants peuvent durer de 10 à 20 jours. Ils sont comparables ou plus abondants que les règles, plus épais avec des caillots (qui proviennent de la muqueuse utérine). Leur abondance dépend du stade de la grossesse et sont souvent plus abondants après 7 SA (semaines d’aménorrhées) c’est-à-dire 5 semaines de grossesse. On peut parfois voir une boule blanche gélatineuse qui correspond à l’œuf appelé aussi le sac ovulaire dans les saignements.
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Autres effets indésirables
Il peut survenir également des effets indésirables (douleurs, fièvre, vomissements, diarrhées, maux de tête, vertiges, malaises, frissons et bouffées de chaleur) insoutenables et/ou qui persistent plus de 24h. Dans ce cas, la femme doit se rendre aux urgences avec la fiche de liaison IVG que la personne professionnelle de santé lui a donné.
Complications rares
Bien qu’elles soient rares, il existe certaines complications à la suite d’une IVG médicamenteuse. Ces signes peuvent indiquer une infection ou une hémorragie. Parmi les complications possibles, on retrouve :
- Hémorragies
- Infections / septicémie
- Perforation utérine (entre 1 et 4 cas pour mille)
- Déchirure du col de l’utérus (inférieur à 1%)
Si vous avez de fortes douleurs et/ou une fièvre supérieure à 38.5°C appelez directement le 15.
Risque d'échec
Le risque d’échec de cette IVG médicamenteuse existe (5% des cas). Ce risque augmente quand le protocole n’est pas respecté (non-respect des doses ou du délai d’administration des médicaments) ou lorsque l’IVG est réalisée à un stade avancé de la grossesse. Les saignements qui apparaissent après la prise des comprimés ne témoignent pas systématiquement de l'expulsion totale de l’embryon ; ils ne doivent donc pas être perçus comme une preuve absolue de réussite de la procédure d’interruption de grossesse. Si l’avortement par voie médicamenteuse n’a pas fonctionné, une intervention chirurgicale est nécessaire. La prise d’un médicament avant l’opération permet de dilater le col de l’utérus. Durant l’intervention, le médecin effectue une aspiration endo-utérine. Il va donc aspirer le contenu de votre utérus à l’aide d’un petit tube.
Contre-indications
La Grossesse Extra Utérine (GEU) est une contre-indication à l’IVG médicamenteuse. Elle peut être repérée aux signes cliniques ainsi qu’avec la surveillance du dosage des BHCG. Cependant, en l’absence de facteurs de risque et de symptômes, une grossesse de localisation indéterminée ne contre-indique pas la prise des médicaments pour l’IVG. A contrario, les symptômes possibles d’une grossesse intra utérine peuvent être des seins tendus, des douleurs qui ressemblent aux douleurs de règles ou aux syndromes pré-menstruels, des nausées. Enfin, il existe d’autres contre-indications à pratiquer une IVG médicamenteuse comme les corticothérapies à long terme, porphyrie, troubles de la coagulation, insuffisance surrénale.
Fertilité et Conséquences Psychologiques
Avoir recours à un ou plusieurs avortements médicamenteux dans sa vie n’entraine pas de risque d’infertilité, n’a aucune conséquence sur la fertilité et ne diminue pas la fécondité, contrairement à certaines idées reçues. Les femmes qui pratiquent une IVG médicamenteuse ne développent pas non plus de troubles psychologiques systématiques post-IVG comme une dépression ou un comportement suicidaire si elles n’en avaient pas avant et elles ne seront pas forcément traumatisées.
Et stop aux idées reçues, l’intervention volontaire de grossesse n’augmente pas le risque de fausse couche plus tard, ni de grossesse extra-utérine, ni de mort fœtal in utéro. Quant à la stérilité, elle peut subvenir qu’en cas d’un syndrome rarissime, le syndrome d’Asherman. Il a lieu lorsque lors de l’intervention, un curetage important a été nécessaire et a endommagé les parties les plus profondes des muqueuses utérines. Désormais, La technique par aspiration limite beaucoup la réalisation de ces curetages, plus agressifs, autrefois réalisés.
Que faire en cas d'échec de l'IVG médicamenteuse ?
Si aucun saignement ne se déclenche après 24h, il faut reconsulter sans attendre. Le contrôle de l’efficacité de l’IVG médicamenteuse est indispensable car il existe entre 1 à 5% d’échec et ou de complications. Ce contrôle peut se faire par une échographie de contrôle ou par une prise de sang de dosage d’hormones de grossesse (Bêta HCG). Le résultat de cette prise de sang sera encore positif même si l’IVG a fonctionné. La vérification du fonctionnement de l’IVG médicamenteuse peut se faire par comparaison des dosages BHCG pré et post IVG. Lorsque le taux de Bêta HCG (dosage d’hormones de grossesse dans le sang), est inférieur à 2000 mUI/ml 2 semaines après l’IVG cela veut dire que l’avortement à fonctionné. Si le taux de Bêta HCG est supérieur au taux initial : la grossesse est évolutive et l’ivg par médicament n’a pas fonctionné.
Si vous choisissez de poursuivre votre grossesse jusqu’à son terme, un suivi particulier du futur enfant devra être effectué. En effet, les médicaments utilisés dans l’IVG médicamenteuse sont tératogènes c’est-à-dire qu’ils peuvent provoquer des malformations graves chez les enfants exposés pendant la grossesse (au niveau des membres, de la face, du cerveau). Si elle décide de poursuivre sa grossesse, informez-la du risque tératogène des médicaments utilisés. En effet, l’exposition prénatale au misoprostol ou à la mifépristone a été associée à une augmentation du risque malformatif multipliée par trois par rapport aux enfants dont les mères n’ont pas été exposées à l’une de ces molécules pendant la grossesse. Ces malformations graves peuvent notamment toucher les membres, la face, le cerveau.
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