L'avancée fulgurante des biotechnologies offre à l'humanité des pouvoirs immenses, notamment en matière de modification génétique de l'embryon humain. Ces avancées suscitent un intérêt considérable, mais aussi des interrogations profondes quant à leurs conséquences éthiques, juridiques et sociales. La connaissance de plus en plus fine de notre génome, associée à sa manipulation, ouvre la voie à la réduction du fardeau génétique des générations futures. Parmi les techniques émergentes, le séquençage de nouvelle génération (NGS) et les interventions sur les mitochondries embryonnaires occupent une place centrale.
Le Séquençage de Nouvelle Génération (NGS) : Un Outil Révolutionnaire
Qu'est-ce que le NGS ?
Le NGS, acronyme de l’anglais « Next Generation Sequencing », désigne le séquençage de nouvelle génération. Cette technologie permet d’identifier les anomalies chromosomiques numériques (aneuploïdies) des embryons avec une précision inégalée. Le NGS représente la technologie de dépistage chromosomique la plus récente et la plus complète.
La Méthode NGS dans le Traitement de Fécondation In Vitro (FIV)
Grâce au test NGS, les embryons obtenus par traitement de fécondation in vitro (FIV) sont analysés génétiquement de manière rapide et efficace, permettant de sélectionner les embryons sains pour le transfert. L’avantage majeur de la méthode NGS dans le traitement FIV est qu’elle augmente significativement les chances de grossesse par transfert et réduit les risques de fausse couche. La technologie de séquençage de nouvelle génération permet d’examiner les 24 chromosomes (dépistage chromosomique complet). Les embryons présentant des anomalies chromosomiques sont identifiés avant leur transfert dans l’utérus, augmentant ainsi les chances de grossesse en transférant uniquement les embryons sains.
Qui devrait effectuer le test NGS ?
La méthode NGS est particulièrement recommandée aux patientes de plus de 35 ans suivant un traitement FIV. Avec l’âge, le risque que les embryons ne soient pas génétiquement normaux augmente. Alors que ce risque est inférieur à 40 % chez les femmes de moins de 35 ans, il dépasse 70 % chez celles de plus de 42 ans.
Comment le Test NGS est-il Réalisé ?
Le dépistage génétique préimplantatoire basé sur le NGS est effectué sur des embryons ayant atteint le stade de blastocyste. Une biopsie embryonnaire est réalisée en prélevant quelques cellules des trophoblastes de l’embryon au stade blastocyste.
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Avantages et Caractéristiques du Test NGS
- Augmentation des taux de transfert et de grossesse: La sélection des embryons chromosomiquement normaux augmente les chances de grossesse après transfert.
- Précision accrue par rapport aux autres tests génétiques: Le risque de faux négatif est réduit à environ 5 %.
Les Mitochondries et l'Embryon : Un Enjeu Crucial
Rôle et Importance des Mitochondries
Les mitochondries sont des organites cellulaires essentiels, souvent décrites comme les « usines énergétiques » de la cellule. Elles sont issues de bactéries qui se sont introduites dans les cellules pourvues d'un noyau il y a environ un milliard d'années et sont devenues des vassales spécialisées dans la production énergétique. Elles possèdent leur propre génome (l’ADN mitochondrial ou ADNmt), dont la transmission est exclusivement maternelle. Tous les gènes portés par l’ADNmt sont dédiés à la production de sous-unités des complexes de la chaîne respiratoire.
Pathologies Mitochondriales et Hétéroplasmie
Les mutations de l’ADNmt, fréquentes en pathologie humaine, sont responsables de maladies sévères (les cytopathies mitochondriales) sans traitement curatif à ce jour. Ces maladies peuvent se manifester sous diverses formes, telles que myopathies, maladies neurodégénératives, surdité, cécités, et certaines formes de diabète. Elles ont la particularité d’être portées le plus souvent à l’état hétéroplasmique, c’est-à-dire que coexistent dans les différents tissus/cellules de l’individu, à la fois des molécules d’ADNmt mutées et sauvages, dont les quantités respectives définissent un taux d’hétéroplasmie. Seuls les taux d’hétéroplasmie élevés, dépassant un seuil, sont associés à une expression clinique. Ce taux seuil est cependant variable d’un tissu à l’autre, et d’une mutation à l’autre, voire d’un individu à un autre, expliquant, du moins en partie, l’hétérogénéité clinique intra et interfamiliale pour une mutation donnée, et compliquant considérablement le conseil génétique de ces affections.
Prévention des Maladies Mitochondriales : Le Transfert Mitochondrial
Face au risque de transmission de maladies mitochondriales, plusieurs techniques de transfert mitochondrial ont été développées. L'une d'elles consiste à remplacer les mitochondries défectueuses d'un ovule par celles d'une donneuse saine. Dès 2009, des chercheurs ont remplacé les mitochondries d'une cellule souche de primate, ce qui conduit à vouloir faire de même dans l'espèce humaine. Le Conseil de bioéthique britannique a permis l'utilisation de cette technique pour écarter les mitochondries porteuses de mauvais gènes, en utilisant celles d'une autre femme.
Pour s'assurer que les cellules du futur bébé sont pourvues de "bonnes" mitochondries, on va désormais pouvoir remplacer, lors d'une fécondation in vitro, dans l'ovule d'une femme porteuse de bonnes mitochondries, le noyau originel par un noyau d'ovule de la mère "biologique" possédant de mauvaises mitochondries, puis injecter le spermatozoïde du père pour réaliser un embryon. Cette approche aboutit à la création de bébés à trois parents (deux mamans et un papa). Cette thérapeutique concerne l'enfant traité, mais également sa descendance.
Les Défis et les Incertitudes
Bien que prometteuses, ces techniques soulèvent des questions importantes. Des études menées sur des modèles murins suggèrent que l’hétéroplasmie par elle-même serait source de dysfonctionnements cellulaires. Les souris nées après transfert cytoplasmique entre 2 espèces de souris porteuses de séquences d’ADNmt qui diffèrent par quelques polymorphismes, mais sans pathologie associée, peuvent développer de l’hypertension artérielle, des modifications cardiaques en rapport avec une hypertension pulmonaire, une augmentation de la masse et de la graisse corporelles, et présentent des anomalies électrolytiques et hématologiques. Une étude plus récente a montré que des souris hétéroplasmiques présentent une réduction de leur consommation alimentaire et des échanges respiratoires, une réponse accentuée au stress, une réduction de leur activité et même, une déficience cognitive par rapport à leur contrôle homoplasmique.
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Implications Bioéthiques et Juridiques
La Nécessité d'un Cadre Juridique Clair
Les avancées scientifiques en matière de modification génétique de l'embryon humain posent des défis considérables à la communauté juridique. Il est impératif de définir un cadre juridique clair et précis pour encadrer ces pratiques, en tenant compte des enjeux éthiques, sociaux et scientifiques. Les juristes doivent s'informer, comprendre et éviter d'utiliser des mots ou des expressions équivoques.
Les Interdits et les Autorisations
La création d’embryons à des fins de recherche est actuellement interdite, mais la recherche sur les embryons humains est autorisée sous conditions. L’article L. 2151-2 du Code de la santé publique (CSP) interdit la création d’embryons transgéniques ou chimériques. Enfin, l’article 16-4 du Code civil dispose que : « sans préjudice des recherches tendant à la prévention et au traitement des maladies génétiques, aucune transformation ne peut être apportée aux caractères génétiques dans le but de modifier la descendance de la personne ». Les dispositions de l’article 13 de la convention d’Oviedo prévoient quant à elles « [qu’]une intervention ayant pour objet de modifier le génome humain ne peut être entreprise que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques et seulement si elle n’a pas pour but d’introduire une modification dans le génome de la descendance ».
Les Défis Terminologiques : Embryons Transgéniques et Chimériques
Les qualificatifs d’embryons transgéniques et chimériques illustrent parfaitement cette problématique. Le législateur a interdit la création d’embryons transgéniques et chimériques. Ces expressions ont-elles la même signification pour la communauté juridique, pour les biologistes et pour les généticiens ? Comment ces appellations sont-elles comprises ? Il n’est pas possible de faire l’impasse sur la terminologie lorsque l’on se propose de discuter de la possibilité d’autoriser la création d’embryons transgéniques à des fins de recherche ou de concevoir un bébé à partir de l’ADN de trois personnes.
Embryon Transgénique : Définition et Enjeux
Si l’on s’en tient à la définition proposée par le dictionnaire Larousse, la transgénèse consiste à modifier « [le] génome d’un être vivant par introduction d’un fragment d’ADN au stade d’ovule ou de jeune embryon, au cours d’une expérience ». Des précisions sont apportées pour la transgénèse végétale. Il s’agit de « la modification héréditaire d’un génome à la suite de l’intégration et de l’expression d’un gène étranger ». Il résulte donc de ses définitions qu’un organisme est transgénique dès lors qu’on a ajouté un fragment d’ADN au génome d’un organisme.
ADN Mitochondrial : Une Nouvelle Dimension
Jusqu’alors, la transgénèse ne concernait que l’ADN nucléaire, c’est-à-dire l’ADN contenu dans le noyau d’une cellule. Or, la conception d’un bébé à partir de 3 ADN au Mexique, pratique autorisée en Grande-Bretagne depuis 2015, conduit à s’interroger sur la modification de l’ADN mitochondrial. Il s’agit de l’ADN extranucléaire contenu dans les mitochondries présentes dans toutes les cellules eucaryotes et notamment dans les cellules humaines. Lors de la fécondation, les mitochondries de l’embryon sont transmises uniquement par les ovocytes de la mère. L’ADN mitochondrial est donc d’origine exclusivement maternelle.
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L'Importance du Débat Public et de l'Information
Face aux possibilités offertes par les nouvelles technologies quant à la modification de l’embryon, si l’on veut responsabiliser l’ensemble des acteurs concernés, il faut éviter toute ambiguïté relative à une terminologie souvent équivoque. Les juristes bénéficient d’un crédit auprès des citoyens qui peut être mis au service du débat public. Ils doivent pouvoir proposer leur argumentation.
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