L'angoisse de séparation est une émotion vive liée à une prise de conscience. Il est normal que les bébés pleurent lorsque vous disparaissez de leur champ de vision ou qu'ils s'accrochent à vous lorsque vous les déposez le matin. L'enfant qui vit une séparation difficile ressent de la peur au départ des parents. C'est pourtant une réaction fréquente et tout à fait normale qui survient habituellement vers le 8ème mois. Durant cette période, le développement de sa mémoire et de sa capacité de raisonnement lui permet d’anticiper un événement. Selon les dernières recherches en neurosciences, nous savons que l’angoisse de séparation n’existe pas réellement. La plupart des jeunes enfants arrivent à surmonter cette phase de séparation avec un accompagnement ajusté de leur parent ou de leur figure principale d’attachement. Cette phase est souvent transitoire. Au fil du temps, votre bébé s'adaptera à son environnement et s'habituera à être au contact de nouvelles personnes. Il apprendra également à se détacher de vous.

Comprendre l'angoisse de séparation

L'angoisse de séparation se manifeste souvent au moment de l'entrée à la crèche, à la maternelle ou encore à l'école. Elle peut également survenir lorsque vous laissez votre enfant à la nounou ou à un proche, ou même lorsque vous quittez la maison alors que l'autre parent est présent. Cette angoisse est une étape normale du développement de l'enfant, apparaissant généralement entre 6 et 10 mois, avec un pic autour de 8 mois. Elle correspond au moment où l'enfant prend conscience que ses parents existent même lorsqu'il ne les voit pas. Cette angoisse peut durer quelques semaines à plusieurs mois, selon les enfants. Elle diminue progressivement si les séparations sont régulières, prévisibles et sécurisantes. Des pics peuvent réapparaître vers 12-18 mois ou autour de 2-3 ans, notamment lors de grands changements comme l’entrée à la crèche ou à l’école.

Un enfant qui n’a jamais été gardé en dehors de la maison par quelqu’un d’autre que ses parents ou sa famille, connait sa première véritable séparation lors de l’accueil à la micro-crèche. Pour le parent, c’est confier son enfant à d’autres personnes qu’il ne connait pas, par choix parfois, ou par obligation (la reprise du travail qui implique un nécessaire mode d’accueil). Pas évident, surtout si c’est la toute première séparation et que l’enfant est encore un nourrisson. Pour l’enfant, les premières séparations sont tout autant difficiles. Se retrouver avec des visages inconnus, adultes et autres enfants, dans un lieu qui n’est pas familier, avec un lit différent, des odeurs, un environnement parfois bruyant… tout est nouveau pour lui, et s’y adapter peut parfois prendre du temps. Toutes ces émotions sont normales.

Il est à noter également que c’est une période compliquée pour l’enfant, car il est à un stade où la motricité prend beaucoup de place, il est dans l’acquisition des postures, de la station assise notamment, et il est confronté à ses propres difficultés. Il grandit et prend conscience de beaucoup de choses. Pas étonnant alors si cette période est synonyme de plus de pleurs, moins de sommeil et une évolution dans ses rythmes. Pour les enfants plus grands que nous accueillons, chacun a des réactions différentes. Certains, sereins, n’auront pas de difficultés à se séparer, alors que d’autres, moins sécures, marqueront la séparation avec des pleurs, cris… de manière impressionnante. Les parents sont parfois étonnés, ils nous disent souvent, lors de la période d’adaptation, que leur enfant n’a pas de problème pour se séparer.

Préparer la séparation

Préparation en amont

Avant même le premier jour à la crèche, il est crucial que les parents se préparent mentalement et émotionnellement à cette transition. Prenez le temps d’exprimer vos propres sentiments et inquiétudes, que ce soit avec votre partenaire, des amis proches ou même un professionnel de la santé mentale si nécessaire.

Lire aussi: Conseils pour la séparation en crèche

Pour aider votre enfant à se familiariser avec son nouvel environnement, préparez-le à vivre la période d’adaptation à la crèche. Profitez de cette occasion pour rencontrer le personnel et le connaitre plus en profondeur et pour poser toutes les questions qui vous viennent en tête.

Mettre par écrit toutes les habitudes et les goûts de votre enfant peut également faciliter la transition.

Mettre en place des routines

Les routines jouent un rôle essentiel dans le confort et la sécurité des enfants. Avant le premier jour à la crèche, commencez à mettre en place des routines de transition qui aideront votre enfant à se préparer mentalement aux adieux du matin. La cohérence et la prévisibilité sont des éléments clés pour aider les enfants à se sentir en sécurité et en confiance. Assurez-vous que les adieux à la crèche suivent un schéma prévisible et cohérent, de sorte que votre enfant sache à quoi s’attendre chaque jour.

Communiquer avec votre enfant

Expliquez à votre enfant le pourquoi et le comment de cette séparation. Pour la crèche, même si l’enfant est très jeune, expliquez-lui que vous devez reprendre le travail, que vous ne pouvez plus vous occuper de lui à temps plein mais qu’il sera bien entouré et pris en charge par une équipe en qui vous avez entièrement confiance. La période d’adaptation d’une à deux semaines est également essentielle : ne bâclez surtout pas cette phase, elle permet à l’enfant de prendre connaissance des lieux, des nouvelles personnes qui vont s’occuper de lui et d’être en confiance progressivement.

Pour la rentrée des classes, valorisez l’école et expliquez à votre enfant que tous les enfants de son âge y vont, que vous y êtes allé aussi, que cela va lui permettre d’apprendre de nouvelles choses et de rencontrer d’autres enfants.

Lire aussi: Gérer la séparation quand on a des enfants

Côté timing, ce n’est pas la peine de lui en parler trop à l’avance : à 3 ans un enfant comprend les notions de demain et d’hier, mais pas plus.

Expliquez à votre bébé ce qu’il va se passer : vous allez reprendre le travail et le confier pendant la journée à d’autres personnes qui vont prendre soin de lui. Adaptez votre langage à son jeune âge. Si vous êtes angoissé(e), dites-le à votre enfant : « je suis triste de devoir te quitter mais je suis sûr(e) que tu passeras de bonnes journées ». Ou encore, « je suis inquiète de te laisser mais nous allons découvrir ensemble la crèche. On va apprendre ensemble.

La période d'adaptation

Toutes ces émotions sont normales. C’est pour ces raisons que nous proposons à la micro-crèche une « semaine d’adaptation », lorsque nous accueillons un nouvel enfant, afin que parents, professionnels et enfant se rencontrent, apprennent à se connaitre, à se familiariser. L’objectif étant de générer un climat de confiance afin que tout le monde puisse se sentir à l’aise. Notre but est bien sûr que l’enfant se sente bien, mais également le parent. Car un parent serein entraine des séparations plus faciles, car l’enfant se sent rassuré. Au contraire, le stress du parent peut retentir sur l’enfant qui aura plus de mal à avoir confiance en ce nouvel environnement. Ainsi, les premières séparations peuvent chambouler enfants et parents, mais avec le temps, un accompagnement adapté, il n’y a pas de raison pour que cela se passe mal.

Les professionnels sont là pour faire connaissance avec vous et votre enfant, tout comme vous êtes là pour faire connaissance avec eux. Vous allez découvrir de nouveaux lieux et leur fonctionnement. Aucune question n’est malvenue, les professionnels sont là pour vous répondre et vous rassurer. Lors de ces premiers temps d’accueil, vous allez surement observer beaucoup de nouvelles pratiques, n’hésitez pas à poser, aux professionnels, toutes les questions qui vous viennent. Ce temps est fait pour suivre votre rythme. On vous propose de partir et vous n’êtes pas prêt(e) ? Dites-le, la séparation n’est jamais obligatoire. Quand vous serez prêt(e) votre enfant le sera aussi et son accueil sera serein. C’est un partenariat que nous souhaitons créer avec les familles. Vous connaissez votre enfant et nous avons tout à apprendre de lui et de vous. Notre expertise de la petite enfance vous aidera à mieux comprendre la collectivité et notre conception de l’enfant et de ses soins.

Votre enfant n’a pas besoin de se séparer de vous pour « s’habituer » à son nouvel environnement bien au contraire ! Il a besoin de vous, de se sentir en sécurité pour explorer et rencontrer sereinement la nouveauté. Rien ne sert de le préparer en le faisant garder auparavant ou à l’habituer à de « nouveaux » bras.

Lire aussi: Séparation et grossesse : les droits

Gérer le moment de la séparation

Adopter la bonne attitude

Votre attitude en tant que parent peut avoir un impact significatif sur la manière dont votre enfant gère les adieux à la crèche. Restez calme, confiant et positif, même si vous ressentez de l’anxiété ou de l’appréhension à l’idée de laisser votre enfant.

Dites-lui quelle est la personne qui viendra le chercher à l’école et à quelle heure. Respectez toujours l’heure des retrouvailles pour gagner sa confiance.

Ritualiser la séparation

N’hésitez pas à instaurer un rituel de séparation avec votre enfant. Par exemple : faire un câlin, 3 bisous, lui dire au revoir, l’informer que vous allez venir le rechercher après le goûter et partir. Chaque parent peut inventer son propre rituel. Les rituels rassurent les enfants en rendant la séparation prévisible. Exemple : Vous pouvez user d'un rituel des mains unique que vous aurez créé ensemble, et qui ne manquera pas de susciter la curiosité et l'admiration de ses camarades.

Quelques exemples de rituels :

  • Un « Tope-là à Retournement » : faites un "high-five" classique, puis tournez la main pour une tape inversée (paume contre paume). Terminez avec un "fist bump" (poings fermés qui se touchent).
  • Un Slap & Snap : Frappez la main de l'autre puis faites un claquement de doigts en reculant.
  • Un Double Pouce & Paume : Tapez une fois dans la main de l'autre, puis touchez-vous les pouces en signe de "pouce en l'air" avant de faire une dernière tape paume contre paume.

Ces rituels ajoutent une touche unique et personnalisée à chaque séparation ou retrouvaille, tout en renforçant le lien avec votre enfant !

Ne pas prolonger le moment

Lorsque vous déposez votre bébé, rassurez-le et dites-lui au revoir. Toutefois, évitez les interminables câlins qui risquent de rendre la séparation plus difficile. Même si c’est difficile, ne faites pas trop traîner le moment de dire au revoir.

L'objet transitionnel

Donnez-lui un objet de réconfort avant de partir. Par exemple : un doudou, une peluche ou un foulard avec votre odeur. Son doudou, une petite peluche qu'il affectionne, bref un grigri réconfortant qu'il pourra garder dans son sac pour le sentir ou le toucher quand il se sent triste.

Valoriser la crèche

Plus le parent est serein, plus l’enfant l’est. Et puis on peut aussi lui parler des personnes / enfants qu’il va retrouver à la crèche. L’enfant comprend très bien ce qu’on lui dit, même s’il ne comprend pas exactement les mots qu’on lui adresse. Il est essentiel alors de beaucoup parler à l’enfant, et lui expliquer qu’on le laisse mais qu’on reviendra. Cela permet de le rassurer.

Le jour J

Ça y est, c’est le grand jour, celui lors duquel vous déposez votre bébé à la crèche. Ainsi, à la suite de la période de familiarisation, le lieu est connu, les bruits, les odeurs, …. votre enfant a déjà fait connaissance avec le ou les professionnels, les autres enfants, mais aussi… les nouveaux jouets ! Aujourd’hui, vous revenez avec le sourire et l’indispensable doudou. Les câlins et les paroles rassurantes sont nécessaires pour sécuriser votre enfant.

Faire confiance aux professionnels

Les professionnels sont là pour faire connaissance avec vous et votre enfant tout comme vous êtes là pour faire connaissance avec eux. Vous allez découvrir de nouveaux lieux et leur fonctionnement. Rappelez-vous aucune question n’est malvenue, les professionnels sont là pour vous répondre et vous rassurer. C’est dans une connaissance réciproque entre parents et professionnels, que se tisse la relation de confiance, dans l’intérêt de l’enfant.

Ne pas culpabiliser

Nous avons observé lors de nos expériences qu’un enfant qui ne marque pas ou plus la séparation ne veut pas dire qu’il ne la marquera pas plus tard. Il y a parfois des retours en arrière, durant lesquels l’enfant pleure de nouveau à la séparation. Et puis, cela dépend des jours… Comme nous adultes, certains jours, l’enfant se sent « bien » et gère moins bien le stress de la séparation. Pas de panique, cela ne veut pas dire que l’enfant est traumatisé ou qu’il est malheureux. Ce temps de pleurs ne dure jamais bien longtemps. L’accompagnement des professionnelles, les paroles et les jeux le rassurent. Ce moment de pleurs et de séparation est vite oublié. Il est alors important pour le parent de déculpabiliser sur le fait qu’il laisse son enfant à la crèche… plus l’enfant sent que son parent a du mal à le quitter, plus il risque de marquer la séparation. Certains parents attendent parfois que leur enfant marque la séparation ! Aborder cette séparation de manière positive aide aussi l’enfant à être rassuré.

Après la séparation

Dialoguez avec les professeurs de l’école. N’hésitez pas à communiquer avec les enseignants et les personnes qui s’occupent au quotidien de votre enfant.

Accueillir ses émotions sans le juger. Quel que soit son âge, et quelles qu’en soient les raisons, il est important de laisser son enfant exprimer ses émotions. Ce n’est pas en niant son anxiété ou en lui faisant des reproches qu’on pourra l’aider. Si votre enfant pleure, c’est tout simplement pour libérer une émotion.

Encouragez aussi votre enfant à partager son ressenti à votre retour, à nommer ses émotions avec des mots. Exemple : "Alors ça a été difficile ? Pauvre chéri.e… Tu t'es senti triste ? »… « Oh ! Viens me faire un gros câlin ? ça va mieux ? »… « Mais tu vois bien que je suis revenu.e ! Maman/Papa reviennent toujours »… « Qu'est-ce qui pourrait t'aider plus la prochaine fois ? »… « Tu veux qu'on fasse des cookies pour te consoler ? »… « Ce soir, tu veux que je te lise 2 histoires ?

Quelques astuces supplémentaires

  • Jouer à coucou-caché ou à cache cache. Derrière ce jeu très amusant, il y’a un apprentissage. Il permet à votre bébé d’intégrer le fait que même lorsqu’il ne vous voit plus, vous revenez systématiquement. Les jouets de « caché / coucou » permettent de voir que si quelque chose disparait, il revient. Les enfants, avant de bien intégrer la séparation et la réapparition, ont besoin d’être rassurés sur le fait que quelque chose / quelqu’un qui s’en va revient. Dans la même idée, l’adulte qui se cache (derrière un tissu, ou qui se cache le visage avec les mains…) et joue avec l’enfant à « coucou - me voilà » est un jeu qui fait beaucoup rire les enfants et les aide à prendre conscience de la disparition et la réapparition.
  • Dessiner un cœur sur vos poignets respectifs comme un clin d'œil qui le suivra toute la journée.
  • Préparer l'enfant à la séparation : "Maman va faire les courses et revient dans une heure.
  • Impliquer l'enfant dans une activité : « Et si tu me préparais un joli goûter surprise avec ta pâte à modeler ? », « Tu ne voudrais pas me dessiner un petit monstre affreux que je pourrais accrocher à mon bureau pour surprendre et faire rire mes collègues ?
  • Responsabiliser l'enfant : Invitez votre petiot.e à ranger ses affaires après le repas ou à préparer son sac d'école tout.e seul le matin.
  • Procéder par étapes : Commencez par confier votre enfant à une personne de confiance pour 15 minutes, puis passez à 30 minutes, puis à une heure.

Quand consulter un professionnel ?

Parfois, une aide professionnelle peut débloquer des situations ! Si vous pensez avoir besoin d'une aide professionnelle, nous vous invitons à découvrir gratuitement les meilleurs professionnels de l'enfance et du bien-être de la famille sur notre site dédié et gratuit www.popmoms-PRO.fr.

Il arrive qu’un enfant ait des inquiétudes ou des craintes que les parents et les experts de la petite enfance ne remarquent pas tout de suite. Les enfants très réservés ont parfois des difficultés à être acceptés dans le groupe et vivent le quotidien de la crèche comme très stressant. Demandez à discuter avec les éducateurs et demandez-leur de décrire la vie quotidienne de votre enfant au sein de la crèche afin d’écarter ces difficultés.

tags: #séparation #crèche #difficile #conseils

Articles populaires: