L'avancée des technologies de reproduction et de génétique a ouvert la voie à la sélection génétique embryonnaire, une pratique qui suscite à la fois espoir et controverse. Cet article explore les arguments pour et contre cette technique, en tenant compte des aspects éthiques, sociaux et scientifiques.

Introduction au Diagnostic Préimplantatoire (DPI)

Le diagnostic préimplantatoire (DPI) est une technique proposée aux couples ou aux femmes célibataires porteurs d’une maladie génétique grave et incurable, leur permettant de concevoir un enfant sans risquer de lui transmettre cette maladie. Un projet parental avec DPI est une démarche qui dure plusieurs mois et peut être éprouvante. Le DPI comprend un diagnostic génétique réalisé sur des embryons obtenus par fécondation in vitro. Cette analyse permet de rechercher, sur une ou plusieurs cellules de ces embryons, la maladie génétique familiale qui pourrait être transmise par l’un des parents, ou les deux. Les embryons qui se révèlent non atteints de cette maladie sont conservés. Avant la réalisation d’un DPI, l’accord d’un centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal (CPDPN) est indispensable.

Le Parcours du DPI

Le parcours de DPI est généralement long. Il commence par une fécondation in vitro (FIV). Elle est effectuée grâce aux spermatozoïdes recueillis précédemment chez l’homme et aux ovocytes recueillis chez la femme (les cellules reproductrices). L’anomalie génétique familiale est recherchée sur ces cellules. Un embryon non atteint de la maladie est transféré dans l’utérus de la femme : il s’agit du transfert embryonnaire. Si d’autres embryons ne sont pas atteints de la maladie génétique, ils pourront être congelés pour un prochain transfert. Environ deux semaines plus tard, un test de grossesse est réalisé par une prise de sang. Un accompagnement personnalisé et un test génétique spécifique sont mis en place pour chaque situation.

Arguments en Faveur de la Sélection Génétique Embryonnaire

Prévention des Maladies Génétiques Graves

L'argument le plus convaincant en faveur de la sélection génétique embryonnaire est la possibilité d'éviter la transmission de maladies génétiques graves et incurables. Pour les couples porteurs d'une telle maladie, le DPI offre l'espoir d'avoir un enfant en bonne santé, épargnant à la fois à l'enfant et à la famille les souffrances physiques et émotionnelles associées à la maladie.

Amélioration des Chances de Succès de la FIV

La recherche préclinique consiste à développer de nouvelles méthodologies et procédures pour une éventuelle utilisation ultérieure à visée thérapeutique. On peut aussi chercher à améliorer les techniques de procréation médicalement assistées (PMA), par exemple en testant de nouvelles conditions de culture embryonnaire ou en identifiant des marqueurs biologiques permettant de caractériser les embryons ayant les meilleures chances de se développer. Rappelons qu’aujourd’hui les chances de succès de la FIV varient entre 17% et 30%, ce qui est faible, et des dizaines de milliers d’embryons sont inutilement conçus et transférés chaque année en France.

Lire aussi: Tout sur le dossier AP

Recherche Scientifique et Compréhension du Développement Embryonnaire

La recherche sur l'embryon, autorisée en France depuis 2013 sous conditions strictes, est essentielle pour comprendre le développement précoce de l'embryon et ses perturbations éventuelles. Ces recherches, qu'elles soient fondamentales ou précliniques, sont soumises à l'autorisation de l'Agence de la biomédecine (ABM). Elles peuvent également permettre de développer de nouvelles méthodes de thérapie cellulaire.

Edition Génomique : Une Solution Potentielle pour des Cas Exceptionnels

Dans des cas bien précis mais exceptionnels, l’édition génomique pourrait offrir une solution aux couples concernés si elle s’avérait efficace et sûre. Il s’agirait alors de corriger la mutation redoutée chez l’embryon ou, encore mieux, au niveau des cellules germinales avant la fécondation, comme on envisage de le faire chez des enfants et des adultes avec la thérapie génique.

Arguments Contre la Sélection Génétique Embryonnaire

Statut de l'Embryon et Questions Éthiques

La question du statut de l'embryon est au cœur des débats éthiques. En France, l'embryon n'a pas d'existence juridique, mais la perception de sa valeur évolue en fonction de la destinée qui lui est promise. Le respect dû à l'embryon, compte tenu de son origine humaine, doit être maintenu, y compris lorsque son développement doit être interrompu ou lorsqu'il devient sujet de recherche.

Risque d'Eugénisme et Dérive Vers la Sélection de Caractéristiques Non Médicales

L'une des principales craintes associées à la sélection génétique embryonnaire est le risque d'eugénisme, c'est-à-dire la sélection d'embryons en fonction de caractéristiques non médicales, telles que le sexe, la taille, le QI potentiel ou d'autres traits considérés comme souhaitables. Cette pratique soulève des questions fondamentales sur la valeur de la diversité humaine et le risque de discrimination envers les personnes handicapées.

Impact Psychologique et Social

Le parcours du DPI est généralement long et éprouvant pour les couples. De plus, la sélection d'embryons peut avoir des conséquences psychologiques importantes pour les parents, qui peuvent ressentir une pression accrue pour choisir "le meilleur" embryon possible.

Lire aussi: Sélection embryonnaire : aperçu législatif mondial

Accès Inégal et Justice Sociale

La sélection génétique embryonnaire est une technologie coûteuse qui n'est pas accessible à tous. Cela soulève des questions d'équité et de justice sociale, car elle pourrait potentiellement creuser les inégalités en matière de santé et de bien-être.

Conséquences Inconnues à Long Terme

Les conséquences à long terme de la sélection génétique embryonnaire sur la santé des individus et sur la diversité génétique des populations sont encore inconnues. Il est important de mener des recherches approfondies pour évaluer ces risques potentiels.

L'Eugénisme : Une Préoccupation Majeure

L’eugénisme, cette notion inventée par Francis Galton en 1883, désigne les théories et les pratiques qui visent à « améliorer les caractéristiques héréditaires de l’espèce humaine, notamment par le contrôle des naissances et la sélection des individus jugés aptes à se reproduire ». L’idée générale est celle de la promotion des caractéristiques génétiques considérées comme « supérieures », et de la suppression de ceux qui seraient dès lors « indésirables ».

Eugénisme « Privé » et Aveuglement

En réalité, la France semble s’illustrer par un aveuglement légitimé par la notion d’eugénisme « privé », créée par le Comité consultatif national d’éthique. Très concrètement, en France, les technologies médicales permettant la sélection des embryons sont assez larges : dépistages de masse, diagnostics disponibles pour connaître les anomalies chromosomiques in utero (dont le dépistage prénatal non invasif (DPNI) constitue l’une des étapes), tri morphologique in vitro, diagnostic préimplantatoire des maladies héréditaires (DPI), dont l’élargissement aux anomalies chromosomiques (DPI-A) est déjà envisagé.

L'Avenir de la Recherche sur l'Embryon

Plusieurs pays autorisent la création d’embryons à des fins de recherche comme la Belgique, le Royaume-Uni, la Suède, la Russie, le Japon, etc. Cette pratique est interdite en France mais sujette à discussions. Elle permettrait par exemple de disposer d’embryons présentant une mutation génétique particulière pour tenter de trouver les moyens de la corriger. Ces embryons pourraient être créés à partir de gamètes de personnes porteuses de la mutation et qui auraient été données pour la recherche.

Lire aussi: Critères Sélection Crèche

Encadrement et Gouvernance de l'Édition Génomique

L’OMS a choi­si de pro­po­ser un cadre de gou­ver­nance plu­tôt que de tenir une conven­tion inter­na­tio­nale. Si le recours aux outils d’édition du génome pour trai­ter un can­cer ne heurte pas par prin­cipe la bioé­thique, d’autres fina­li­tés sont dis­cu­tables. L’option la plus inquié­tante implique des modi­fi­ca­tions héri­tables, c’est-à-dire concer­nant soit le gamète soit l’embryon. Dans ces cas, les modi­fi­ca­tions seront trans­mises à la des­cen­dance du patient. Cette pra­tique est inter­dite dans la plu­part des pays du monde.

tags: #sélection #génétique #embryon #arguments #pour #et

Articles populaires: