L'alimentation des veaux pendant la phase lactée est cruciale pour assurer une croissance optimale et une bonne santé. L'objectif principal est d'atteindre un gain moyen quotidien (Gmq) suffisant pour permettre un vêlage précoce des génisses laitières, idéalement à 24 mois. Pour atteindre cet objectif, les éleveurs doivent fournir aux veaux une quantité adéquate de lait, tout en veillant à ce que celui-ci soit administré de manière à favoriser une bonne digestion et à minimiser les risques de problèmes de santé. Le seau à tétine flottante est une méthode d'alimentation couramment utilisée, mais il est essentiel d'en comprendre les avantages et les inconvénients pour prendre des décisions éclairées.
Besoins Nutritionnels du Veau et Importance du Gmq
Pour un vêlage précoce des génisses laitières à 24 mois, l’objectif est d’obtenir un animal qui pèse au minimum 680 kg avant vêlage. Il faut donc tenir un Gmq moyen de 870 g par jour pendant toute cette durée. Or, pendant la phase lactée, il est très difficile d’atteindre ce rythme de croissance. Afin d’atteindre un Gmq suffisant pour un vêlage à deux ans, un veau devrait ingérer près de 8 litres de lait entier par jour, une très grosse quantité pour un petit système digestif. 4 à 5 l de lait entier par jour permettent un Gmq d’environ 500 g/jour. Mais il faut au moins 8 litres de lait par jour pour atteindre l’objectif de Gmq souhaité ! Encore faut-il que le veau puisse boire cette quantité sans problèmes digestifs.
Outre la quantité, il est important que le lait soit servi à la bonne température et qu’il arrive directement dans la caillette à vitesse réduite, sans transiter par le rumen. Pour cela, le veau ferme sa gouttière œsophagienne, un conduit reliant l’œsophage à l'entrée du feuillet. Cette gouttière sert également aux bovins adultes lorsqu'ils ont très soif.
Principes de Base de l'Alimentation du Veau avec un Seau à Tétine
L'alimentation du veau doit imiter le comportement naturel de têtée au pis de la vache. C’est pourquoi il est recommandé d’utiliser des seaux permettant une buvée de lait, avec la tête vers le haut. Préférer donc l’installation de seau à tétine, à 60 cm de hauteur, plutôt que d’acheter des seaux « tête en bas » avec tétine flottante. Le veau doit relever la tête pour stimuler la fermeture de la gouttière oesophagienne. La fermeture, dite réflexe, de la gouttière oesophagienne permet le passage des aliments liquides directement de l’œsophage à la caillette en évitant le réticulo-rumen chez le pré-ruminant (le veau). Cette fermeture évite au lait d’être fermenté par les micro-organismes du rumen et permet d’en préserver les qualités nutritionnelles.
Naturellement, à chaque succion du pis de sa mère, le veau lève la tête pour obtenir du lait. A ce moment-là, son réflexe provoque la fermeture de la gouttière œsophagienne. Plus le veau boit lentement, plus son ingestion est lente, sa digestion meilleure et son sentiment de satiété élevé. Les risques de diarrhée alimentaire sont donc réduits. La prévention consiste à donner le lait avec une tétine en hauteur et à laisser le veau « têter dans le vide » un petit moment avant de lui mettre le lait.
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Avantages du Seau à Tétine Flottante
L’alimentation lactée au bac à tétines présente donc de nombreux avantages :
- Minimise les chances de diriger le lait dans le rumen : moins de veaux gonflés. Les risques d’utiliser un seau ou une tétine flottante trop basse ? Un veau qui ballonne et les complications qui peuvent en découler, dont la mort subite. Le bon outil ? Le seau tétine. L’avantage ? Il permet de réduire la vitesse de buvée ce qui permet aux veaux d’ingérer plus de volumes.
- Augmente la durée de buvée et favorise donc la digestion du lait : moins de diarrhées.
- Diminue le tétage entre les génisses.
- Améliore l’efficacité du travail d’alimentation des génisses : on peut servir le lait et revenir plus tard pour ramasser les seaux à tétines.
Inconvénients Potentiels et Précautions à Prendre
Malgré ses avantages, le seau à tétine flottante peut présenter certains inconvénients si certaines précautions ne sont pas prises :
- Mauvais comportements de tétage : Le réflexe naturel du veau est de téter quelques minutes après avoir commencé la buvée. Si le repas de lait ne dure qu’un peu plus d’une minute, le besoin de téter n’aura pas été comblé et devra l’être autrement. C’est là que les comportements indésirables de tétage surviennent, et s’entretiennent ensuite.
- Choix et entretien des tétines : Le choix des tétines est important : elles doivent être « dures ». Il ne faut pas se donner bonne conscience en coupant le bout de la tétine pour augmenter le débit ! Il est également important de choisir des tétines faciles à nettoyer. Les modèles de bacs à tétines existent pour les cases collectives ou individuelles. Il ne faut pas couper le bout des tétines pour augmenter le débit. De plus, l’apport de salive s’avère insuffisant pour assurer une digestion correcte.
Facteurs Complémentaires pour une Croissance Optimale
L'utilisation d'un seau à tétine flottante n'est qu'un élément d'une stratégie d'alimentation réussie. D'autres facteurs doivent également être pris en compte :
- Eau et concentrés : Dès 4 à 5 jours, il faut apporter de l’eau à volonté, le lait ne suffit pas à couvrir les besoins hydriques. Le concentré a également rapidement son importance, plus que les fibres. C’est le concentré qui va encourager le développement du rumen.
- Préparation au vêlage : « Le point de départ, c’est la bonne préparation au vêlage, estime Jean-Marc Héliez, vétérinaire nutritionniste chez Chêne Vert. Des vaches correctement nourries, sans excès d’énergie, avec une bonne prévention des hypocalcémies (magnésium , baca,…) et avec des apports suffisants en protéines et en oligoéléments et vitamines adaptées à la période. Cela va conditionner la tonicité du veau et surtout que la quantité et la qualité du colostrum. » Il faut une vache en bonne santé au tarissement et au vêlage sinon cela ne commence pas bien pour le veau. On évite aussi les vaches grasses car ce sont des vaches à problèmes et cela a un impact négatif sur le vêlage. Une note d’état corporel de 3 à 3,5 au vêlage donne un bon indicateur.
- Colostrum de qualité : Le colostrum, c’est la chose la plus importante pour nos veaux. C’est aussi un excellent milieu de culture pour les bactéries. Seaux, tétines, bouteilles, sondes, mamelles et trayeurs : l’hygiène autour du colostrum doit être irréprochable au risque de contaminer les veaux qui, à la naissance, n’ont pas acquis toutes leurs défenses immunitaires et ont l’intestin encore perméable. On évitera aussi les transferts d’un récipient à un autre. Côté conservation : pour une utilisation immédiate, maximum 2 heures à température ambiante ; au frigo, maximum 48 heures ; plus, il faudra y ajouter un conservateur.
- Hygiène : Les vétérinaires sont unanimes : l’idéal reste le box dédié au vêlage à proximité du troupeau, mais il faut être vigilant quant à son entretien. Il doit être nettoyé entre chaque vêlage, sinon cela peut vite devenir l’endroit le plus contaminé de l’élevage.
Alternatives et Compléments au Seau à Tétine
Plusieurs outils sont disponibles pour la distribution du lait aux veaux, chacun ayant ses avantages et ses inconvénients :
- Speedy : Le premier outil possible pour la distribution du lait auprès des veaux est le Speedy. Cet outil se présente sous la forme d’une bouteille avec une tétine et permet de donner le lait directement au veau. Ils possèdent généralement 3 vitesses d’alimentation qui contrôlent la prise d’air dans la bouteille. Il existe également le Speedy drencher qui possède une sonde à la place de la tétine et permet d’envoyer le liquide directement dans la caillette. L’utilisation d’un biberon Speedy permet de contrôler la quantité qui est bue et notamment de donner facilement le colostrum au nouveau-né. De plus, les 3 vitesses du Speedy permettent de contrôler la prise d’air dans la bouteille.
- Milk bar : Autre outil qui permet la distribution du lait : le Milk Bar. L’utilisation du Milk Bar est idéale durant toute la phase lactée des veaux, agneaux et chevreaux. A l’inverse du Speedy, cela permet de nourrir plusieurs veaux en même temps. Cependant, il peut être moins évident de contrôler la prise de chaque animal si le Milk Bar n’est pas compartimenté.
- Sacs de colostrum : Les sacs de colostrum permettent d’administrer le colostrum aux veaux (existent aussi en version agneaux-chevreaux) grâce à un système de drenchage.
- Appareils d'allaitement automatiques : Autre outil : les machines d’allaitement comme la louve Lac-Tek. On retrouve également la Nurselac, appareil d’allaitement automatique permettant d’alimenter en « libre service » jusqu’à 200 chevrettes/agneaux ou 40 veaux.
- Tétines flottantes: Les tétines flottantes sont conçues pour un nourrissage au seau ou à l’auge.
- Accessoires complémentaires : Le chariot à lait, ou taxi à lait, est un outil qui permet de faciliter la distribution du lait. Il permet d’abreuver les jeunes animaux avec du lait à bonne température partout où ils se trouvent. On retrouve aussi le Stericolostrum qui permet la thermisation du colostrum des chèvres.
Importance de l'Hygiène et de la Prévention des Diarrhées
Les premiers jours de vie du veau sont indispensables pour garantir une bonne croissance et une santé solide. Plusieurs plans lactés sont possibles selon les objectifs de croissance et le temps de travail de l’éleveur.
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- Diarrhées : Même bénignes, les diarrhées des veaux sont sources de retard de croissance. Une énorme faille dans l’élevage des veaux, c’est que l’on ne sait pas pourquoi on a des diarrhées. Pour adapter la prévention, il faut connaître l’agresseur - virus, bactérie, parasite - en réalisant des analyses. On ne vaccine pas contre les diarrhées mais contre certains germes !
- Niches à veaux : Le top, c’est la niche en extérieur ou la niche en pouponnière sur roulettes que l’on peut sortir pour nettoyer dehors. Pour les plus gros élevages, avoir deux salles de nurserie permet de réaliser un vide sanitaire. Côté nettoyage des cases individuelles, curage, nettoyage puis désinfection, avec un produit contre les virus, les bactéries et les parasites, sont le trio gagnant. Un bon nettoyage élimine 90 % des germes entre chaque veau. C’est plus efficace qu’une désinfection seule. Et attention au nettoyeur haute pression, particulièrement en bâtiment : Le brouillard généré va déposer de la cryptosporidiose partout ! Autre idée : le nettoyeur vapeur, radical contre les germes.
- Litière : On peut réduire de 30 % les maladies des veaux avec des litières sèches et épaisses et obtenir de bien meilleurs résultats qu’en changeant l’aération du bâtiment de la nurserie. Si un éleveur gère bien sa litière, cela peut compenser un problème d’ambiance. La bonne hauteur de paille ? Quand les pattes du veau sont cachées. Sur caillebotis, outre le bien-être des veaux, la paille évitera les ponts thermiques par le sol. Car la zone de confort en termes de température pour les petits veaux est plus haute que pour les vaches, dont l’activité ruminale dégage énormément de chaleur : entre 10 et 25 degrés en bâtiment et moins de 8 à 10 degrés d’écart entre le jour et la nuit. En extérieur, c’est un peu moins (4 à 5 degrés de moins), car un microclimat se crée dans les niches.
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