La lactation est un processus physiologique complexe et crucial pour la production laitière. Cet article explore en détail les différentes étapes de la lactation chez la vache, de la lactogenèse à la gestion de la reproduction, en passant par l'importance du colostrum et les facteurs influençant la fertilité.
Lactogenèse : Le Démarrage de la Lactation
La lactogenèse est la transformation de la glande mammaire qui permet le démarrage de la lactation, assurant ainsi l'alimentation du veau dès sa naissance. Elle se divise en deux stades principaux :
Stade I : Colostrogenèse
Avant le vêlage, la synthèse et la sécrétion du lait sont très limitées. La colostrogenèse coïncide avec la sécrétion du colostrum et la période d'absorption des immunoglobulines du sang maternel. Chez les ruminants, cette phase peut commencer jusqu'à trois mois avant la mise bas.
Stade II
À ce stade, le lait contient déjà tous ses composants et la sécrétion est abondante. Le passage de la sécrétion du colostrum au lait normal est progressif. Quatre à cinq jours après la naissance, la composition de la sécrétion lactée est déjà très différente de celle du colostrum. Le "lait colostral" est produit à un stade intermédiaire entre la sécrétion du colostrum et celle du lait (c'est pourquoi il est également appelé "lait intermédiaire"). Du point de vue technique et juridique, il n'est pas considéré comme du lait et ne doit donc pas être commercialisé.
Importance du Colostrum
Le colostrum est la première sécrétion liquide produite par la glande mammaire immédiatement après la naissance. Il est essentiel pour le veau, lui fournissant une grande quantité d'énergie (graisse et lactose), de protéines, de vitamines et de minéraux nécessaires à ses fonctions métaboliques, sa croissance et le développement de son système immunitaire.
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Immunité Passive
Le colostrum est l'exemple le plus important d'immunité passive, car c’est une source importante d'immunoglobulines (Ig) ou d'anticorps, dont l'absorption au niveau digestif est essentielle pour protéger les veaux contre tous les types d'infections, en particulier les infections entériques, qui sont la principale cause de mortalité au cours des premières semaines de vie des veaux. Les immunoglobulines du colostrum proviennent du sang ou sont produites par les plasmocytes locaux.
Déclenchement de la Lactation
Le taux de progestérone de la vache marque le début de la sécrétion du colostrum d'abord et du lait ensuite. La concentration de cette hormone diminue au moment du vêlage, ce qui stimule le début de la lactation.
Gestion de la Reproduction en Élevage Laitier
En élevage laitier, la gestion de la reproduction conditionne fortement la productivité de l'exploitation. Elle peut donc induire un fort impact économique, sous forme de manque à gagner comme de pertes, et doit faire l'objet d'un compromis selon les objectifs de l'éleveur et son organisation du travail.
Objectifs de Fécondité
Dans les élevages laitiers, on considère le plus souvent que l'objectif de fécondité est de 1 veau / vache / an dépendant de la fertilité qui est la capacité d'une vache à se reproduire ou le nombre d'insémination nécessaire à l'obtention ou non d'une gestation. Sachant que la gestation d'une vache a une durée de 275 jours environ, l'insémination fécondante doit donc avoir lieu dans les 3 mois (90 jours) qui suivent la mise bas pour atteindre l'objectif de fécondité énoncé plus haut.
Involution Utérine et Fenêtre de Fécondation
Pendant les 30 premiers jours après vêlage a lieu l'involution utérine, c'est à dire la phase durant laquelle l'utérus reprend sa taille normale. Et même si pendant cette période, les premières chaleurs apparaissent, la fécondation est impossible. Il faut donc attendre le cycle suivant (45-50 jours) avant d'espérer pouvoir inséminer pour la première fois la vache. Pour garder un cycle de 365 jours, la fenêtre temporelle de fécondation est donc de 45 jours. C'est dans cette période qu'il faut surveiller les chaleurs des animaux.
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Indicateurs Clés : IVV et IVIAF
- IVV (Intervalle Vêlage - Vêlage) : On considère qu'il est optimal à 365 jours pour des vaches produisant environ 8 000 L de lait par an.
- IVIAF (Intervalle Vêlage - Insémination Artificielle fécondante) : Pour un IVV de 365 jours l'IVIAF doit idéalement être inférieur à 90 jours.
Baisse de la Fertilité et Impact Économique
Durant les dernières décennies, on a observé une baisse globale de la fertilité chez les vaches laitières, et particulièrement chez la race Holstein, les raisons invoquées étant l'orientation de sélection et l'émergence d'épizooties. Il est estimé qu'en Europe, les coûts engendrés par une dérive de la fécondité peuvent osciller entre 15 et 34€/vache/an, ceux ci peuvent peser lourds sur des élevages dont les marges sont serrées ainsi que ceux avec un cheptel important.
Insémination Par l'Éleveur (IPE)
En France l'insémination des animaux par l'éleveur, réglementée depuis 2006, est une pratique de plus en plus mobilisée.
Observatoire des Pratiques de Reproduction
Du 25 février au 30 avril 2021, un observatoire des pratiques de reproduction a été réalisé par le EILYPS (Conseil en Élevage) sur des exploitations du sud de l'Ille et Vilaine (35), majoritairement composées de Prim'holsteins (87%). Les observations ont été effectuées en interrogeant en face à face des éleveurs laitiers. Une fois extraites, ces dernières ont pu être analysées et offrir une vue d'ensemble de la façon dont la reproduction y est gérée.
IVV Cible vs. Réel
Sur les 195 élevages recensés, 157 (80%) avaient déterminé un "IVV cible" dans leur réflexion autour de la reproduction. En moyenne cet objectif de délai moyen entre deux vêlages était de 400 jours, avec 2 stratégies principales qui se dégagent du lot : autour de 400 jours, et autour de 370 jours. Il est également intéressant de noter que sur l'ensemble des 195 exploitations interrogées, seulement 115 (59%) ont été en mesure d'estimer un IVV moyen dans leur élevage.
Taux de Réussite de la Première Insémination Artificielle (IA1)
Comme pour l'IVV, la majeure partie (80%) des éleveurs interrogés ont déclaré avoir un taux de réussite cible, avec là encore plusieurs tendances stratégiques : un objectif à 50% (un quart des réponses), un objectif à 60% (un tiers des réponses) et un à 70% (un cinquième des réponses). Sur l'ensemble de l'échantillon, on observe un écart moyen de 17,4 points : le taux cible moyen étant de 59,1% et le taux réel moyen de 41,7%. De fait, l'immense majorité (98%) des éleveurs ont obtenu un taux de réussite réel inférieur à leur objectif. Si on considère que la perte d'un point sur le taux de réussite de la première IA engendre un coût de 3€, alors sur l'échantillon on peut estimer une perte moyenne de 51€ par vache laitière.
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Âge au Premier Vêlage des Génisses
Abaisser l'âge auquel les génisses d'un élevage mettent bas permet, entre autres, de raccourcir la période durant laquelle ces dernières génèrent des charges (aliments etc.) sans être "productives". Optimiser ainsi les charges liées à cet atelier pourrait permettre d'économiser environ 40€ / mois / génisse. De fait l'objectif moyen de 188 éleveurs interrogés est de faire vêler leurs génisses à 25 mois. Les valeurs ont été très resserrées autour de cette valeur puisque 82% des réponses ont donné un objectif compris entre 23 et 26 mois. En comparaison l'âge réel moyen calculé sur les exploitations des répondants est de 27 mois : la perte potentielle est donc de 80€ par génisse.
Facteurs Influant sur la Production Laitière et la Santé de la Vache
Alimentation et Hydratation
L’eau est indispensable à la vie des vaches et joue un rôle important dans la production de lait. D’une manière générale, les vaches boivent 7 à 12 fois par jour, de préférence après la traite ou lorsqu’elles mangent. Une vache boit entre 60 et 100 litres d’eau par jour en fonction de la météo ou de son alimentation.
La vache est un herbivore mais aussi un ruminant. Elle a besoin de grosses quantités de fibres pour que son système digestif fonctionne bien. Elle ingère en moyenne 54 kg de nourriture par jour. Son alimentation - composée à 90 % de végétaux - varie selon le climat, la saison, la zone géographique (plaine ou montagne) et les cultures disponibles dans la région. Au pâturage, les vaches mangent de l’herbe. À l’étable, elles consomment essentiellement des fourrages conservés (ensilage de maïs, d’herbe ou foin) complétés par des aliments concentrés nécessaires à l’équilibre de sa ration. Il s’agit essentiellement de céréales (blé, orge, maïs…), d’oléo-protéagineux (tourteaux de soja, colza, pois, féverole, lupin, lin, etc.), ou encore de pulpes de betteraves, drèches de brasserie ou de distillerie (produits issus de la distillation). Pour équilibrer son alimentation et éviter tout risque de carence, des vitamines, des minéraux (calcium, phosphore, potassium, magnésium, sodium) et des oligo-éléments sont ajoutés à la ration au pré comme à l’étable.
Contrôle de la Qualité du Lait
Avant la traite, l’éleveur vérifie que chaque vache est en bonne forme notamment en inspectant la mamelle et l’état des trayons. Ensuite, il examine minutieusement les premiers jets de lait afin d’écarter des laits d’apparence anormale (grumeaux, couleur inhabituelle…). Les éleveurs font régulièrement analyser le lait de chacune de leur vache. À l’arrivée en laiterie, la citerne de chaque camion est testée (aux antibiotiques notamment).
Bien-Être Animal
Le bien-être animal (BEA) comprend la santé physique et mentale de l’animal et inclue de très nombreux aspects tels le confort physique, l’absence de faim ou de maladies, la possibilité d’exprimer son comportement, etc. Les points forts de l’élevage laitier français, en matière de bien-être animal sont nombreux : alimentation, confort, prévention et traitement des maladies…. Ils sont essentiellement liés au fait que l’élevage laitier français reste de « taille humaine » avec des effectifs qui permettent à l’éleveur d’entretenir une relation individuelle avec ses animaux.
Troubles Métaboliques du Peripartum : L'Hypocalcémie
À l’approche du vêlage, l’ingestion de la vache diminue fortement tandis que le fœtus prend de plus en plus de place par rapport au rumen. En parallèle, ses besoins en énergie et minéraux augmentent significativement. Un des principaux troubles métaboliques du peripartum est la fièvre de lait, aussi appelée hypocalcémie, définie comme une chute de la concentration en calcium sanguin. En effet, les besoins en calcium vont augmenter brutalement lors de la synthèse du colostrum. Cette forte mobilisation du calcium se poursuivra jusqu’au pic de lactation où près de 50g de calcium par jour seront exportés ou éliminés.
La forme clinique (aussi nommée « fièvre de lait »), la plus connue et la plus redoutée par les éleveurs, est due à une baisse de la calcémie (<50 mg/L) suivant les premiers jours après vêlage. Alors que la fièvre de lait se fait rare dans les élevages français (environ 8% selon Meschy (2010)), une étude américaine (Reinhardt et al. 2011) et une étude française (Gillet et Millemann, 2014) ont montré que l’hypocalcémie subclinique touche un quart des primipares et la moitié des multipares.
Au sein de l’organisme le calcium intervient, entre autres, dans l’immunité (fonctionnement des neutrophiles) et dans les contractions musculaires. Bien qu’elles ne soient pas directement associées à l’hypocalcémie subclinique par les éleveurs, ces conséquences ont pourtant un impact économique considérable pour l’exploitation puisqu’elles jouent sur la santé de l’animal (frais vétérinaires engendrés) et, dans certains cas, sur sa production laitière (environ 14% du coût du trouble d’après Weaver et al. (2016)). Selon Oetzel (2013), chaque vache en hypocalcémie subclinique coûte près de 110€, contre 262€ pour une fièvre de lait. Il est possible de mesurer la calcémie d’un animal via des analyses de sang. Bien sûr, il va sans dire que les facteurs environnementaux doivent aussi être maîtrisés au tarissement tels que l’hygiène de l’environnement, le confort, les interactions sociales, etc. Pour prévenir les hypocalcémies subcliniques, une solution innovante à base de pidolate de calcium a été développée.
Optimisation de l'Intervalle Vêlage-Vêlage (IVV)
Réduire l’intervalle vêlage-vêlage est un objectif souvent mis en avant pour améliorer les performances laitières. « Selon les situations, les gains peuvent aller de 10 à 40 € par vache pour 10 jours d’IVV en moins », affirme Fabrice Bidan, chef de projet reproduction des ruminants à l’Institut de l’Élevage. Avancer l’âge au premier vêlage des génisses augmente la production de lait par jour de vie. L’efficacité de la reproduction a un impact direct sur les performances économiques des élevages laitiers.
Indicateur Synthétique de la Reproduction
Pour Fabrice Bidan, chef de projet reproduction des ruminants à l’Idele, « il n’y a pas de modèle unique, mais l’IVV reste l’indicateur le plus synthétique de la gestion de la reproduction pour les animaux adultes ». L’intervalle vêlage-vêlage (IVV) est, en effet, l’illustration de la fécondité d’une vache ou, en moyenne, d’un troupeau.
Stratégies pour Réduire l'IVV
« Un IVV trop long, c’est avant tout un IVV qui dépasse les objectifs qu’on s’est fixé, reprend Fabrice Bidan. Si l’éleveur investit des moyens en alimentation, en détection, en traitement hormonaux et que la réussite ne suit pas, il faut s’interroger et chercher quels leviers peuvent être actionnés. Le confort du logement, la surveillance des chaleurs ou le suivi de gestation améliorent généralement sensiblement la fécondité. « Dans certaines situations, on peut aussi mettre en place des méthodes de gestion active de la reproduction, ajoute l’expert de l’Idele. Il faut se fixer des objectifs et quand les seuils sont dépassés, appliquer des mesures correctives sur certains animaux, comme le groupage des chaleurs. La mise en œuvre de ces bonnes pratiques peut aussi contribuer à réduire l’IVV. Objectif : revenir plus rapidement au pic de lactation pour accroître la production laitière. Une démarche pour laquelle les bénéfices économiques sont avérés.
Diminution de l'Âge au Premier Vêlage
Autre moyen de gagner du lait par jour de vie, diminuer l’âge au premier vêlage. Les bénéfices sont multiples : faire vêler entre 24 et 30 mois limite l'effectif de génisses pour un taux de renouvellement identique, tout en réduisant les besoins fourragers. « Les principaux essais réalisés sur des mises à la reproduction précoces ne montrent pas de conséquences négatives sur le reste de la carrière, conclut Fabrice Bidan. » Selon l’Idele, la diminution de l’âge au premier vêlage a aussi un effet positif sur l’empreinte carbone des élevages, qui est abaissée de 2 à 9 %, sans pour autant affecter le résultat économique. Dans tous les cas, mathématiquement, la diminution de l’âge au premier vêlage réduit le nombre de génisses présentes sur l’exploitation.
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