La série Ric Hochet, créée par Tibet et André-Paul Duchâteau, a marqué des générations de lecteurs avec ses enquêtes policières complexes et son héros attachant. Après une période d'incertitude suite au décès de Tibet en 2010, la série a connu un renouveau avec l'arrivée de nouveaux auteurs. Cet article se penche sur l'album "Signé Caméléon", un épisode emblématique de la série, et analyse sa valeur et son impact sur l'ensemble de l'œuvre.

Un Classique Revisité : "Signé Caméléon" dans la Continuité de l'Œuvre

"Signé Caméléon", inclus dans l'album "Traquenard au Havre", marque les débuts de Ric Hochet en 1964. Cet épisode est particulièrement important car il introduit le Caméléon, l'un des ennemis les plus redoutables du héros. L'histoire présentée s'intègre chronologiquement dans la série d'origine, précisément en mai 1968, comme le prouvent de nombreux indices disséminés dans la BD.

L'album de 1964 est un classique qui pose les bases de la série. La scène finale où l'on voit Ric Hochet récupérer un avion sur le toit d'un immeuble est une scène d'introduction du quatrième album de la série "L'Ombre de Caméléon". Zidrou a choisi le Caméléon comme source d'inspiration pour un premier scénario dans la continuité de l'œuvre de Tibet, décédé en 2010.

Le Renouveau de Ric Hochet : Un Équilibre Délicat Entre Tradition et Modernité

Le Lombard, souhaitant insuffler un vent de fraîcheur à la série, a confié les nouvelles aventures de Ric Hochet à Zidrou et Van Liemt. À la différence d'autres héros repris par des auteurs modernes, ce Ric Hochet n'est pas un reboot, mais un rafraîchissement salutaire, puisque les auteurs réutilisent le Caméléon, l'un des ennemis les plus coriaces du héros. Zidrou, plus habitué aux séries humoristiques, s'en sort bien, en revoyant un peu la définition du personnage, mais sans le dénaturer. Il lui laisse étrangement son fameux veston en tweed, la période sixties est également conservée. L'apparence physique de Ric est plus juvénile, de nombreux éléments sont conservés pour garder une sorte de cohérence, les personnages modernisés, et son univers bien respecté, parsemé de clins d'oeil.

Ce renouveau est salué par de nombreux lecteurs qui apprécient le respect de l'essence de la série tout en intégrant des éléments plus modernes. La dernière page est un clin d'oeil évident à l'épisode 4 "L'Ombre de Caméléon", le dessinateur reprenant la situation de Ric sur une façade d'immeuble, et en utilisant des cadrages identiques. En résumé, on a de bonnes innovations, un respect de l'essentiel qui a fait le succès de la série, un scénario bien ficelé, de l'érotisme soft, un dessin moderne pas désagréable mais qui devra s'améliorer un peu.

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L'Intrigue et les Thèmes : Le Double et la Manipulation au Cœur de l'Action

Le thème du double, du sosie, est un classique de la bande dessinée. C'est le cas ici. Ric Hochet est aux prises avec le Caméléon, personnage déjà rencontré dans la série, qui, comme le suggère son surnom, est capable de revêtir plusieurs apparences, y compris celle de Ric. Et ce n'est rien de dire que dans cet album, il ne s'en prive pas. Il parvient même à prendre sa place dans presque toutes les planches, et son entourage n'y voit que du feu. Même sa petite amie Nadine tombe dans le panneau, et semble métamorphosée sous son charme.

L'originalité de ce tome repose sur le fait que le narrateur du récit est le méchant en personne, ce dernier tenant d'ailleurs le rôle principal. Ce choix des auteurs est intéressant mais ne manquera pas d'en agacer certains. Quand on lit une aventure de Ric Hochet, c'est pour retrouver Ric Hochet et personne d'autre. Bien sûr, tout dans le récit nous rappelle à quel point le reporter est un détective hors pair et un garçon formidable. S'il a un rôle mineur, il occupe absolument tout l'espace, toutes les pensées. J'imagine que ce choix a été motivé par l'envie des auteurs et de la maison d'édition de rappeler à un plus jeune public qui est Ric Hochet, tout en jouant à chaque page avec les souvenirs des plus vieux lecteurs. C'est donc probablement un parfait récit de transition mais sans doute pas sa meilleure enquête.

Analyse des Différences et des Évolutions de la Série

Plusieurs différences marquent ce renouveau de la série par rapport aux albums originaux. Le changement de ton est manifeste : le héros de la série n'en mène pas large et semble être totalement dépassé par les événements. La cible de cette BD est-elle finalement le jeune lecteur actuel ? Ou le vieux lecteur nostalgique de la série initiale, à la recherche d'anciennes émotions oubliées ? Ou bien les deux à la fois ? Peut-être fallait-il, pour mieux se les approprier, désacraliser ainsi les héros. Peut-être fallait-il humilier le trop parfait Ric Hochet et passer par perte et profit la pudeur de Nadine, pour rendre les personnages plus acceptables aux yeux des lecteurs d'aujourd'hui.

Le lecteur se laisse entraîner dans une intrigue suffisamment complexe et haletante, au scénario ponctué de passages certes plus violents et adultes que ce qu'aurait permis la série d'origine, mais qui ajoutent un peu de piment à l'action. Le défi à relever était particulièrement ambitieux. Il n'était pas facile, en effet, d'endosser des habits vieux de cinquante ans (rappelons que la série a été lancée en 1964) et d'en faire une série plus moderne, plus violente, adaptée aux goûts actuels des jeunes lecteurs habitués aux émotions fortes.

Réception et Critique : Un Avis Partagé

La réception de ce nouvel album est mitigée. Certains lecteurs apprécient la modernisation de la série et l'introduction d'éléments plus adultes, tandis que d'autres regrettent l'innocence et la simplicité des premiers albums.

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Une petite remarque au passage mais dites-moi si je me trompe : Je suis loin d'être choqué par l'apparition d'une femme nue dans les pages d'une bd, mais dans le cadre d'un aventure de Ric Hochet, de cette école de BD franco-belge, c'est très déstabilisant. Nous sommes certes à la fin des années 1960, en pleine libération sexuelle, mais cela m'a semblé un peu forcé. D'autant que les auteurs insistent quelques pages plus loin pour nous montrer la même jeune femme (Nadine) topless sur la plage. Plus généralement, le ton semble hésitant : on trouve quelques vieilles expressions comme "Nom d'une pipe" mais aussi quelques termes anachroniques comme "biopic" ainsi que des phrases qui n'auraient figuré dans aucun album antérieur à celui-ci: "Elle est à croquer cette petite ! Je me demande si Ric l'a déjà…" le fait de ne pas prononcer le mot clef n'empêche aucun lecteur de le faire. Rien de grave, mais j'ai l'impression que les auteurs ont hésité entre le ton sérieux des aventures précédentes et une modernisation légèrement ironique de ses aventures, comme s'il fallait se moquer un peu de lui et proposer par ailleurs des choses plus "adultes" pour pouvoir proposer, aujourd'hui, un récit avec Ric Hochet comme héros.

Enfin, au delà de la couverture, le dessin, simple et coloré comme il se doit, est très beau. Verdict ? Les dessins sont bien réalisés, donnant un look rétro à Ric Hochet, comme dans ses premiers albums, lorsqu'il était jeune. Effectivement, si j'avais pris la peine de lire le résumé de l'album avant ma lecture, j'aurais compris qu'il se déroulait 2 ans après l'évasion du Caméléon. 1968. De même pour la voix : même en travaillant avec un imitateur professionnel, il est impossible d'avoir la même voix que la personne remplacée. Oui, je pinaille un peu, je tenais à souligner la chose en passant.

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