La bande dessinée franco-belge a été marquée par des figures emblématiques, et Ric Hochet en fait assurément partie. Né dans les pages du journal Tintin dans les années 1950, ce héros a traversé les décennies, se réinventant sans cesse tout en conservant son identité propre. Cet article explore l'histoire de Ric Hochet, son évolution à travers le temps, et son impact sur le monde de la bande dessinée.

Un Héros Né dans le Journal Tintin

Ric Hochet apparaît dans les pages du journal Tintin dans les années 1950, Ric Hochet est d'abord le prototype du journaliste enquêteur qui n'hésite pas à se confronter physiquement aux criminels. Rapidement, il séduit les jeunes garçons de l'époque. Son image, figée en 1964, est celle d'un rouquin athlétique portant un col roulé rouge, une veste pied de poule blanche mouchetée de noir, et conduisant une Porsche Carrera jaune.

L'Ère Tibet et Duchâteau : Une Formule qui Marche

Pendant plus de 40 ans, Ric Hochet a vécu 78 aventures signées Tibet au dessin et André-Paul Duchâteau au scénario. Tibet devait dessiner vite, à une cadence infernale : 76 albums en 34 ans, soit 1,65 albums par an avec le scénariste André-Paul Duchâteau ! Son trait, dans tous les albums de Ric Hochet, est à la fois simple et précis. Il suffit pour s’en convaincre de l’avoir vu en dédicace, ou de jeter un coup d’oeil à ses crayonnés : ce sont des coups de crayon (ou de feutre) rapidement posés sur le papier. Tibet devait exécuter des crayonnés très rapides et laisser à l’encreur le soin de lier ses différents coups de crayon. Le visage de tous ses personnages est construits quasiment sans ruptures de plans, et paraît incroyablement figé, mis à part quelques personnages. Avec un panel d’expressions faciales limité, le dessin des personnages se simplifie et pose moins de problèmes au dessinateur. De même, les corps : zones d’ombres, raccourcis sont signifiés par des aplats sombres ou des traits parallèles censés donner du volume. Les décors sont simplifiés au maximum, les murs seront toujours d’un ton uni ainsi que les paysages, souvent monochromes. Pour ce qui est des coloris, justement, peu voire pas de modelé, des visages aux teints toujours semblables, des vêtements aux couleurs vives, peu de dégradés et aucune nuance de ton, mais encore une fois de grands aplats de couleur. Les plans, enfin, sont rarement obliques, sauf pour quelques scènes très dramatisées qui sont les moments fort de l’album, ainsi que pour les couvertures, elles aussi toujours très dramatiques. Au fil des ans, le visage des personnages évolue : le style devient moins réaliste et peut-être moins compliqué à exécuter. Restent les yeux, souvent plissés. Pour ce qui est des autres personnages, qu’on ne présente plus, l’évolution se fait dans le même sens d’une assez légère schématisation qui fait de Ric Hochet une bande dessinée semi-réaliste, passé d’une pratique de la ligne claire assez fidèle aux canons de Jacobs, à des personnages bien plus typés bande dessinée pour enfants. Les personnages empruntent globalement aux canons de la bande dessinée policière destinée à la jeunesse, ou encore à Tintin. Guère plus d’inventivité dans les méchants, souvent nantis d’un sourire narquois. En revanche, tout change autour : le mot d’ordre est toujours une stricte contextualisation. Le premier album, Traquenard au Havre, reflète la décoration de l’époque, et même les extérieurs fleurent bon l’atmosphère urbaine de l’époque, avec ses inévitables cafés pris sur un comptoir en zinc et ses meubles en formica. La voiture du héros évolue elle aussi : la Porsche du héros, détruite dans quasiment tous les albums d’une manière spectaculaire (voir la couverture d’Epitaphe pour Ric Hochet), réapparait dans bien l’opus suivant, mais c’est le nouveau modèle sorti entretemps que le journaliste (ou son assurance) a payé. Les vêtements et les coiffures, eux aussi, ont subi une évolution. Ric Hochet a fièrement porté la patte d’éléphant dans les années ’70, avant de revenir à des coupes plus classiques. Seule constante : le sous-pull à col roulé rouge et la veste blanche piquée de gris, et le trench-coat. Le dessin évolua sans bouger, certes, mais le scénariste, A.P. Duchâteau, ne fut pas en reste. Chaque scénario, mis à part quelques perles, s’inspira avec beaucoup d’à propos d’un film ou d’un livre qui avait fait date, ou bien d’un grand classique réadapté, ou encore d’une idée dans l’air du temps.

Des Scénarios Inspirés par l'Époque

Duchâteau puisait son inspiration dans l'air du temps, adaptant des thèmes de films, de livres ou de faits divers marquants.

Quelques exemples :

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  • Traquenard au Havre : le premier opus de la série fait référence à un kidnapping et au chantage exercé sur de riches parents.
  • Opération 100 milliards : ou comment la disparition d’un chanteur à succès booste les ventes et déchaîne l’hystérie.
  • La nuit des vampires : sans doute l’un des plus pittoresques, avec son lord anglais ruiné, son château sinistre, et les cadavres qui s’amoncellent dans la crypte du château et refusent de se décomposer alors que la nuit de Walpurgis approche.

Ces albums s’expliquent par leur contexte et s’interprètent soit par leur époque, soit par une autre oeuvre ou par un effet de mode. Mais cette rapide simplification ne saurait dissimuler des faits importants : les rebondissements sont multiples, les scènes d’action, voire de violences rarement dissimulées (les scènes où le héros, ou un protagoniste, sont assommés par derrière par un adversaire sont récurrentes), et les images chocs s’accumulent : cadavres exsangues, sang, attaques à main armée. L’inévitable embuscade tendue au héros en milieu d’album est toujours un grand moment.

Les Personnages Secondaires : Un Univers Familier

Les personnages secondaires, bien que parfois stéréotypés, contribuent à l'univers familier de Ric Hochet. Ric Hochet a un père (qui lui ressemble, mais en plus voyou, et en plus vieux), une fiancée, nièce du commissaire, qui ressemble à Seccotine, un acolyte, le commissaire Bourdon, qui tient à la fois du Maigret et du Dupont, un meilleur ami, Bob Drumont, au demeurant rarement vu (qui lui ressemble, mais en plus trapu), un savant fou, le professeur Hermelin (le seul au visage vraiment expressif car ridé et grimaçant), et bien entendu une quantité impressionnante d’ennemis, dont l’ennemi récurrent qu’est le Bourreau, chauve et obèse, tout droit sorti d’un film d’espionnage et qui finit cloué dans un fauteuil roulant. Ces personnages se résument plus à leurs actions qu’aux renseignements biographiques distillés d’un album à l’autre : on apprend peu sur eux.

Ric Hochet Revu et Corrigé : La Modernisation par Zidrou et Van Liemt

Après le décès de Tibet en 2010, Ric Hochet a connu une renaissance grâce au scénariste Zidrou et au dessinateur Simon Van Liemt. Cette nouvelle équipe a entrepris de moderniser le personnage tout en respectant son héritage.

Un Héros Adapté aux Années 2020 ?

Raconter les aventures de Ric Hochet dans les années 2020 revient à se poser la question : faut-il faire du neuf avec un héros si daté ? Zidrou, qui était un fan du personnage dans son enfance, a pris les rênes de son destin. Pour Zidrou, Ric Hochet, c’était un de mes grands frères quand j’étais tout gamin. On se voyait chaque mardi quand j’achetais le journal Tintin. C’était un héros sans beaucoup de failles, un jeune homme dans lequel je pouvais me projeter. Eh bien justement, c’est quoi Ric Hochet aujourd’hui pour Zidrou ? C’est devenu mon fils. Il a une fiancée qui est très chouette. Dans la série originelle, elle était un peu nunuche, je l’ai modernisée. La fiancée s’appelle Nadine. C’est la fille du commissaire Bourdon, qui portait déjà moustache et cheveux blancs en brosse, dans les années 1960. À l’époque, Ric et Nadine flirtaient gentiment. Aujourd’hui, ils couchent, que voulez-vous…

Dépoussiérer le Mythe

Zidrou a eu l'intelligence de ne pas tomber dans la nostalgie béate. Il a déconstruit le mythe du héros infaillible, en tournant en ridicule son allure impeccable et son attitude trop cool. Zidrou a le bon goût de nous dire que ce n’était pas des années de rêve. Derrière le grand Guignol que Tibet et Duchâteau se sont amusés à mettre en scène pendant près de 80 représentations, la société était bien souvent archaïque. Les gens oublient quelles étaient les libertés civiles dans les années 1960. Ils oublient qu’on sort à peine de la guerre d’Algérie, qu’il y a des prisonniers politiques, les pressions du ministère de l’Intérieur sur la télévision. La France des années 1960 vue par les Belges d’aujourd’hui, Les nouvelles enquêtes de Ric Hochet, déjà cinq volumes aux éditions du Lombard. Dernier titre paru : Commissaire Griot. R.I.P. Ric ! Incroyable, mais vrai, revoilà Ric Hochet ! Le héros imaginé par André-Paul Duchâteau et le dessinateur Tibet, décédé en 2010, a déjà vécu des aventures pendant plus de 40 ans dans 78 albums, et on pensait qu’il goûtait à une retraite méritée. D’autant que le charme de ses enquêtes était depuis longtemps évaporé au profit de mornes chasses aux meurtriers franchement ringardes. Mais les héros ne meurent jamais, paraît-il. En tout cas, Ric Hochet, lui, se paie une jolie renaissance. En plus d’être prolifique (La Peau de l’ours, L’Élève Ducobu, Merci, Boule à zéro, Les Folies Bergère…), Zidrou est un scénariste malin, très malin. On ne l’attendait pas forcément dans ce registre, mais il démontre à nouveau son sens du dialogue et des situations, pour dépoussiérer un héros qui sentait la naphtaline à des kilomètres. Première bonne idée : dévoiler le méchant dès le départ, et donc rompre avec le ressort « murder party » trop souvent utilisé par Duchâteau. Autre excellente initiative, dézinguer le mythe dès les premières cases, tournant en ridicule ce héros à la mèche parfaite, au costume impossible, à l’attitude trop cool pour être honnête. En quelques mots, il se rit de son personnage et, du coup, pique l’attention du lecteur. Il ira même assez loin dans son détournement des codes, notamment en glissant du sexe (oui, oui, vous avez bien lu) dans son intrigue, faisant de la potiche Nadine une sacrée coquine et de Ric un boy scout cocu !

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Un Graphisme Vintage et Sympathique

Simon Van Liemt, quant à lui, propose un graphisme vintage qui rappelle les premières aventures du reporter détective.

Les Thèmes Récurrents et les Évolutions de la Série

Au-delà de la modernisation du personnage, Ric Hochet a toujours abordé des thèmes variés, allant de l'espionnage aux histoires fantastiques.

Des Enquêtes Classiques aux Récits d'Anticipation

Faut-il encore présenter Ric Hochet, le plus fameux journaliste-détective du monde de la BD ? Investigations classiques, récits d'anticipation, histoires fantastiques en apparence : au hasard des dangereux pièges qui lui sont tendus, la résistance et la sagacité du bouillant chroniqueur de «La Rafale» ne sont jamais prises en défaut. Avec plus de 78 bande dessinées racontant les aventure de ce personnage atypique. Ces aventures ont commencé en 1955 au sein du magasine BD Tintin. Journaliste, le personnage principal coopère avec les autorités de police pour résoudre différentes affaires. Entre mystère et aventure, Ric Hochet devient peu à peu détective malgré lui ! Les aventures ont un certain côté fantastique qui donne scène à de nombreuses histoires toujours incroyables et uniques.

L'Évolution du Dessin et des Décors

Au fil des albums, le dessin de Tibet a évolué, passant d'un style réaliste à un style plus schématique. Les décors, quant à eux, ont toujours reflété l'époque dans laquelle se déroule l'histoire.

L'Héritage de Ric Hochet

Malgré ses aspects datés, Ric Hochet a su fidéliser un lectorat grâce à la fréquence de parution des albums et à la capacité des auteurs à créer un univers familier.

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Une Formule qui a Fait Ses Preuves

Que reste-t-il, au bout du compte, de cette longue série ? Rien d’original, ni dans le dessin, ni dans les scénarios. Il reste la force de la fréquence, la capacité de ces deux auteurs à publier presque deux albums par an durant plus d’un demi-siècle a constitué une réponse au grand défi de tous les auteurs : fidéliser le lectorat en raccourcissant le délai de l’attente. Répondre à la soif d’action, de mystère et d’éléments dramatiques. Stimuler la capacité de réception aux images chocs, par l’emploi toujours mesuré, de la violence et de la mort, de manière à frapper tout en formant l’imaginaire. Permettre au lecteur de retrouver, à chaque nouvelle parution, un univers familier dont il maîtrise les codes. Bref, combler les attentes du grand public, satisfaire un besoin d’aventure tout en restant rassurant, faire grandir, aussi.

Une Influence sur la Bande Dessinée Policière

Ric Hochet a marqué son époque et a influencé de nombreux auteurs de bande dessinée policière.

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