La série de bandes dessinées Ric Hochet, créée par Tibet et André-Paul Duchâteau, a marqué plusieurs générations de lecteurs. Avec la reprise de la série par Zidrou et Van Liemt, des questions se posent quant à la fidélité à l'esprit originel et à l'évolution du personnage. L'album « La Main de la Mort » suscite de vives réactions, oscillant entre adhésion et déception. Cet article se propose d'analyser les différents points de vue exprimés par les fans et les critiques, en s'appuyant sur les discussions et les analyses approfondies.
Rationalisme contre Sorcellerie : Un Thème Central
Dans « La Main de la Mort », Zidrou explore l'opposition entre la logique cartésienne et la sorcellerie africaine. Initialement, il semble vouloir démontrer que la « pensée marabout » n'est qu'illusion et supercherie, en mettant en scène des événements inexplicables qui trouvent ensuite une explication rationnelle. Cependant, l'introduction de Michel Thieu, employé des pompes funèbres, vient semer le trouble. Zidrou cherche-t-il à remettre en question la logique cartésienne en suggérant une possible possession par l'esprit d'un mort ?
Le lecteur régulier de Ric Hochet sait que le surnaturel est généralement étranger à la série. C'est pourquoi il est naturel de supposer que Michel Thieu souffre d'une maladie psychiatrique, comme dans « L'Ennemi à travers les siècles ». Néanmoins, Zidrou complexifie l'intrigue en impliquant Ric Hochet lui-même, qui semble être « marabouté » après avoir été violemment assommé.
La scène où Ric Hochet reprend connaissance, avec un cadavre dans la baignoire et l'apparence d'un meurtrier, est particulièrement troublante. Elle rappelle « Le Scandale Ric Hochet », où le héros tire sur un kidnappeur et le blesse. Cependant, le dénouement de cette histoire apportait une explication cohérente. La question se pose alors : Zidrou ose-t-il réellement introduire le surnaturel dans l'univers de Ric Hochet ?
Pour rester fidèle à Duchâteau et Tibet, il est difficile d'accepter une telle intrusion. La solution se trouve peut-être dans les cases précédant l'agression de Ric. L'hypothèse d'une drogue versée dans un gâteau ou une bière est plausible, mais l'identité du responsable et les motivations restent obscures. Est-ce Ric Hochet qui a poignardé « Cupidon », ou Nadine ? Un suicide de « Cupidon » avec le sang de Ric sur les mains est également envisageable.
Lire aussi: Développement de bébé grâce au hochet
Malgré tout, il est difficile de croire que Zidrou ait osé transgresser les règles établies. Dans « Dernier Duel », Duchâteau avait déjà surpris en faisant d'un ami de longue date de Ric Hochet un tueur. La fin de « La Main de la Mort » reste ouverte, laissant le lecteur imaginer sa propre interprétation.
Une Fin Elliptique et Semi-Fantastique : Rupture ou Renouveau ?
De nombreux lecteurs regrettent l'absence d'une explication rationnelle et cohérente à la fin de « La Main de la Mort ». Contrairement à Duchâteau, Zidrou ne fournit pas de « dernière page » révélant la vérité, laissant planer le doute et frustrant les fans habitués aux dénouements logiques.
Ric Hochet s'écroule au moment où Michel se pend, un événement qui marque une rupture avec le personnage habituel. En mourant, Michel semble lui transmettre l'âme vengeresse d'Élisabeth, qui prend possession de lui et le pousse à commettre des actes de violence meurtrière dont il n'a aucun souvenir. Cet élément surnaturel, qui aurait dû être expliqué rationnellement, reste sans réponse.
L'ellipse narrative où Ric Hochet commet un acte qu'on ne voit pas est également problématique. Alors qu'il est censé être sous le contrôle d'Élisabeth, il s'attaque à Charles sans raison apparente. Le parallèle avec la maladie mentale évoquée dans le tome 26 ne tient pas, car un autre meurtre par possession survient après la mort du supposé malade et le transfert d'Élisabeth de Michel vers Ric.
Pour certains, cette fin est bâclée et témoigne d'une volonté de casser les codes de Ric Hochet. L'histoire, jugée trop touffue, aurait peut-être mérité d'être développée sur deux tomes. Zidrou, bien que talentueux, est considéré comme moins rigoureux que Duchâteau sur le plan policier. Son style, plus axé sur l'humour, sacrifie parfois la cohérence et la crédibilité de l'intrigue.
Lire aussi: Outil Essentiel pour Bébé : Hochets Noirs et Blancs
L'avenir dira si le sixième tome apportera une explication plausible à ces événements. Cependant, certains craignent que Zidrou ne se contente d'une pirouette scénaristique, laissant le lecteur sur sa faim.
Le « Contrat » Ric Hochet : Fidélité aux Ingrédients de l'Aventure
Les continuateurs de Ric Hochet sont tenus de respecter un certain « contrat » avec les lecteurs, en conservant les ingrédients qui font le succès de la série : un héros courageux et intelligent, des énigmes complexes et des dénouements rationnels. Or, dans « La Main de la Mort », Ric Hochet flanche au moment où on attend qu'il fasse preuve de ses qualités habituelles.
La cause de son échec est si délirante qu'elle rompt avec la tradition héroïque du personnage. Ric n'a jamais été sujet à des « bouffées de chaleur » ou à des moments de faiblesse lors de ses enquêtes. Son courage et sa détermination sont des éléments essentiels de son identité.
Le ton plus vulgaire et l'introduction de thèmes comme la cigarette ou la vengeance peuvent être considérés comme des évolutions acceptables, car ils étaient déjà présents en germe dans l'œuvre classique. Cependant, le côté gratuit d'une fin semi-fantastique et elliptique est plus problématique.
Certains estiment que le nouveau public de Ric Hochet se satisfera de cette approche, tandis que les fans historiques seront déçus par le manque de rigueur scénaristique. Les critiques positives et les bonnes ventes semblent indiquer que Zidrou et Van Liemt souhaitent tourner une page sans se soucier du riche héritage de la série.
Lire aussi: "Ric Hochet : Main basse sur le plutonium" : Résumé et interprétation
Le Racisme et la Xénophobie : Un Thème à Controverse
Zidrou aborde également des sujets sensibles comme le racisme et la xénophobie. Il utilise l'humour pour dédramatiser certaines situations, notamment celles impliquant le commissaire Dior, qui est initialement suspecté en raison de ses origines africaines.
Cependant, certains lecteurs regrettent que Zidrou ait choisi de faire de Ledru, un personnage habituellement attachant, un raciste. Les propos xénophobes tenus par certains personnages, bien que réalistes, peuvent choquer et susciter un malaise.
Le titre « Commissaire Griot » soulève également des questions. S'agit-il d'une référence au commissaire Bourdon, qui joue le rôle du grand sorcier, ou au commissaire Dior, dont on aurait pu attendre une attitude plus typique d'un Africain à Paris ? Zidrou choisit de présenter Dior comme un commissaire de la métropole, sans explorer son identité culturelle.
Enfin, l'utilisation de l'image de Banania, avec son tirailleur sénégalais au sourire « niais », peut être perçue comme une caricature raciste. Bien que l'histoire se déroule dans les années 1970, cette identité publicitaire reste associée à une vision colonialiste et condescendante du Noir.
tags: #ric #hochet #la #main #de #la
