Le stage infirmier en pédiatrie et néonatologie représente une étape cruciale dans la formation d’un infirmier. Il offre une opportunité unique de se familiariser avec les soins spécifiques aux nouveau-nés, aux nourrissons et aux enfants, tout en développant des compétences techniques et relationnelles essentielles. Cet article vise à fournir des conseils pratiques et des informations clés pour réussir au mieux cette expérience.
Introduction à la réanimation néonatale et aux soins intensifs pédiatriques
La réanimation néonatale est un service de soins intensifs dédié aux prématurés et aux nouveau-nés nécessitant une prise en charge immédiate après la naissance ou dans les premières semaines de vie (jusqu’à 4 semaines). Cette unité spécialisée est essentielle pour les nouveau-nés confrontés à des problèmes de santé graves, mettant en jeu leur pronostic vital à court ou moyen terme, tels que des pathologies respiratoires, infectieuses, neurologiques, digestives, métaboliques ou des malformations. En France, sur environ 830 000 naissances annuelles, 20 000 à 25 000 nouveau-nés nécessitent une prise en charge en réanimation néonatale.
Les soins intensifs pédiatriques (désormais appelés « Soins Critiques ») regroupent les « Unités de Soins Continus » (USC), les « Unités de Soins Intensifs » (USI) et les services de « Réanimation ». Ils prennent en charge les enfants de moins de 18 ans souffrant de pathologies chirurgicales ou médicales affectant diverses fonctions physiologiques.
Rôle de l'infirmier(e) en réanimation néonatale et en soins intensifs pédiatriques
En réanimation néonatale, le rôle de l’infirmier(e) est primordial. Il/elle utilise divers dispositifs médicaux de pointe, applique rigoureusement les protocoles de soins et assure une surveillance continue pour détecter tout signe avant-coureur de complications potentiellement fatales. Les nouveau-nés admis dans ce service peuvent provenir de différentes unités hospitalières, notamment la néonatalogie, le bloc obstétrical, la maternité, les urgences pédiatriques, la pédiatrie ou à la suite d’un transfert inter-hospitalier par le service mobile d’urgence et de réanimation (SMUR) pédiatrique.
En soins intensifs pédiatriques, l’infirmier(e) évalue et surveille continuellement l’état de santé de l’enfant et applique les protocoles de soins, incluant les traitements pharmacologiques et la surveillance des dispositifs de suppléance d’organes. La charge de travail est réglementée par le Code de la santé publique, et le travail se déroule tout au long de l’année, y compris les week-ends et jours fériés.
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Organisation des soins néonatals en France
Le système de gradation défini par le plan de périnatalité de 1994 et les SROSS (Schémas Régionaux d’Organisation des Soins) représente la pierre angulaire de l’organisation des soins néonatals et obstétriques en France.
- Centres de type II : Assurent 24h/24 la surveillance et les soins spécialisés des nouveau-nés à risque, dont l’état s’est déstabilisé après la naissance.
- Centres de type III : Prennent en charge la surveillance et les soins spécialisés des nouveau-nés qui présentent des détresses graves ou des risques vitaux nécessitant des soins de réanimation.
Pathologies fréquemment rencontrées en réanimation néonatale et en soins intensifs pédiatriques
En réanimation néonatale
Le service de réanimation néonatale prend principalement en charge des prématurés, définis par l’OMS comme naissant avant la 37e semaine d’aménorrhée (moins de 259 jours depuis le 1er jour des dernières règles). La prématurité est un facteur de risque important en raison du développement incomplet des organes, notamment les poumons, le système cardiovasculaire et le système neurologique.
En soins intensifs pédiatriques
Les enfants accueillis en soins critiques pédiatriques peuvent souffrir de diverses pathologies :
- Infections respiratoires : Souvent exacerbées par l’exposition au tabagisme passif et à la pollution de l’air. La prématurité et les premiers mois de vie constituent également des facteurs de risque significatifs.
- Crises vaso-occlusives (CVO) et syndrome thoracique aigu (STA) : Les crises vaso-occlusives peuvent être déclenchées par le froid, le stress, les infections, la déshydratation ou l’altitude.
- Défaillances métaboliques : Comme un diabète ou des pathologies métaboliques plus rares.
Particularités de la prise en charge en pédiatrie
En pédiatrie, il est crucial de connaître les particularités liées à l’âge et au poids de l’enfant, car les normes des paramètres vitaux, le matériel utilisé et les médicaments varient en conséquence.
Système respiratoire
Plusieurs facteurs peuvent facilement obstruer les voies respiratoires des enfants, tels que l’occiput proéminent, une langue relativement grande, des voies aériennes étroites et des amygdales hypertrophiées. L’immaturité des muscles respiratoires exige un effort supplémentaire pour respirer, ce qui entraîne une fatigue rapide. De plus, un estomac distendu peut comprimer le thorax et gêner la respiration. Le thorax, très flexible, peut subir des contusions sans fracture en cas de traumatisme, tandis que les poumons, moins élastiques, sont plus vulnérables aux dommages lors de la ventilation mécanique.
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Système hémodynamique
Chez les enfants, l’hypotension apparaît tardivement lors d’un choc, ce qui en fait un signe peu fiable. La tachycardie, ou accélération du rythme cardiaque, est souvent le premier indicateur de détresse hémodynamique.
Évaluation neurologique
La fontanelle antérieure, un espace mou sur le dessus du crâne, se ferme entre 8 et 18 mois. Cet espace est un indicateur clé de l’état neurologique de l’enfant. Sa tension permet d’évaluer la pression intracrânienne et de détecter rapidement des anomalies neurologiques ou des signes d’infection.
Techniques et dispositifs médicaux utilisés
En réanimation néonatale
- Ventilation non invasive (VNI) : Fréquemment utilisée pour soutenir les nouveau-nés ayant des difficultés respiratoires modérées.
- Ventilation invasive (VI) : Peut être nécessaire dans les cas plus sévères.
- Oxygénation à haut débit (HOOD) : Permet une oxygénation à haut débit.
- Couveuse : Fournit un environnement stable et contrôlé aux nouveau-nés, en particulier s’ils sont nés prématurément ou ont des besoins médicaux spécifiques. Il existe des couveuses ouvertes, offrant un accès facile au nouveau-né pour les soins, et des couveuses fermées, utilisées pour les nouveau-nés ayant une capacité réduite à maintenir leur température.
En soins intensifs pédiatriques
- Oxygénothérapie à haut débit (OHD) : Pour l’insuffisance respiratoire aiguë hypoxémique avec acidose respiratoire, l’OHD délivre un débit élevé de gaz réchauffé et humidifié via des canules nasales.
- Ventilation non invasive (VNI) : En cas de dégradation, l’enfant peut être placé sous VNI avec diverses interfaces (masque nasal, naso-buccal, full face). La ventilation peut être à un niveau de pression (CPAP) ou à deux niveaux (BiPAP).
Prise en charge de la douleur et de l'inconfort
La prise en charge de l’inconfort et de la douleur du nouveau-né en réanimation néonatale est une priorité pour l’équipe soignante.
- Succion non nutritive : Le besoin de succion est un mécanisme de réconfort important pour les nouveau-nés.
- Enveloppement et cocon : Créer un environnement rassurant par l’enveloppement du bébé dans un lange, en position de flexion avec les mains proches du visage, peut l’aider à se sentir en sécurité.
- Prévention et gestion de la douleur : L’évaluation régulière de la douleur est essentielle. Si nécessaire, un traitement antalgique peut être administré pour soulager le bébé. Des moyens non médicamenteux sont également utilisés pour limiter la douleur et l’inconfort pendant les soins.
- Le toucher contenant : Les nouveau-nés prématurés ont une peau extrêmement sensible ; par conséquent, bien que les caresses puissent sembler inconfortables, un toucher doux et contenant peut être très apaisant.
En soins intensifs pédiatriques, l’administration prolongée d’opiacés et/ou de Midazolam (notamment chez les enfants intubés) peut provoquer un syndrome de sevrage à leur arrêt, qu’il est important de surveiller afin d’instaurer un traitement le cas échéant. Cette évaluation se fait via des échelles dont la plus utilisée est la SOS-PD.
Allaitement en réanimation néonatale
Dans un contexte de réanimation néonatale, l’allaitement est fortement encouragé et soutenu en raison de ses bénéfices nutritionnels et immunologiques, particulièrement pour les nouveau-nés prématurés ou en état critique. Dès les premières heures suivant la naissance, il est important de commencer à stimuler la lactation. Le colostrum, bien que produit en petite quantité, est extrêmement riche en nutriments et doit être donné au nouveau-né sans délai. L’équipe de réanimation néonatale, y compris les infirmières et les puéricultrices, fournira un accompagnement personnalisé pour la mise en place et le maintien de l’allaitement. Tout le matériel nécessaire pour l’expression et le stockage du lait est mis à disposition dans le service. Les étudiant(e)s doivent former les mères aux bonnes pratiques de collecte, d’étiquetage, de conservation et de transport du lait. Si l’allaitement maternel n’est pas possible ou non désiré, il est important de proposer des alternatives adaptées.
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L'importance de la relation avec la famille
L’intégration de la famille est essentielle dans la prise en soins de l’enfant. Les parents doivent être inclus dans une relation triangulaire enfant/parent/soignant(e), avec la possibilité de participer aux soins quotidiens. Il est également important de les inciter à se reposer et de leur offrir un soutien psychologique, car ils subissent un stress et un épuisement importants. En néonatologie, la relation de soin se fait en triade : les parents-l’enfant-les soignants. Cette triade relationnelle est quasiment indissociable de la prise en charge d’un enfant.
Conseils pour réussir son stage
- Faites preuve de curiosité : Soyez proactif/proactive dans votre apprentissage, posez des questions et cherchez à comprendre les fondements des soins prodigués. S’intéresser, se questionner et interroger les membres de l’équipe pour établir des liens et comprendre la globalité des prises en charge.
- Demandez systématiquement de l’aide en cas de doute : Il n’y a pas de place pour l’improvisation dans ce service hautement spécialisé. La moindre erreur peut avoir de graves conséquences.
- Saisissez l’opportunité d’apprendre avec l’équipe multidisciplinaire : Profitez de l’expertise et de l’expérience des professionnels de santé qui travaillent autour de vous. N’hésitez jamais à solliciter les membres de l’équipe pour des explications ou des démonstrations pratiques.
- Maîtriser les procédures et protocoles d’urgence spécifiques au service.
- Respectez les règles d’hygiène et d’asepsie : L’adhésion stricte aux règles d’hygiène et d’asepsie est primordiale pour prévenir les infections nosocomiales.
- N’hésitez pas à interpeller les professionnels de santé s’il y a des choses que vous ne comprenez pas ; mais essayez également de rechercher par vos propres moyens à l’aide des différents outils (ou ressources) à votre disposition dans le service.
Spécificités de la néonatologie
La néonatologie prend en charge les enfants nés trop tôt et/ou trop petits, ceux qui présentent une détresse lors de la naissance et dans les heures qui suivent. Vous rencontrerez seulement des nouveaux-nés, de la naissance à quelques semaines de vie. La prématurité est définie selon l’OMS comme « une naissance avant 37 semaines d’aménorrhée (SA), soit 4 semaines avant la date théorique du terme ». La prématurité extrême correspond à une naissance avant 28 SA. La grande prématurité se situe entre la 28ème et la 32ème SA.
Après le stage
Le stage en réanimation néonatale et en soins critiques pédiatriques offre aux stagiaires une immersion dans un environnement hautement spécialisé, leur permettant de développer des compétences dans la prise en charge de nouveau-nés et d'enfants. Ils apprendront à gérer des situations d’urgence vitales, à interpréter des signes vitaux complexes et à appliquer des soins spécifiques aux prématurés et aux nourrissons malades.
Après cette expérience enrichissante et une fois diplômé(e), il est possible de se spécialiser davantage. Vous pouvez poursuivre une formation d’un an pour devenir infirmier(e) puériculteur(trice), ce qui vous offre une expertise approfondie dans les soins aux enfants et aux nouveau-nés. Une autre option est de suivre une formation de deux ans pour devenir infirmier(e) anesthésiste diplômé(e) d’État (IADE). Des diplômes universitaires (DU) en soins infirmiers pédiatriques ou en réanimation, voire en réanimation pédiatrique, sont également disponibles pour ceux qui souhaitent approfondir leurs connaissances et compétences dans ces domaines.
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