Introduction
L'humour et la musique, en particulier la berceuse, peuvent sembler des concepts éloignés. Pourtant, l'humour s'insère parfois là où l'on s'y attend le moins, même dans des formes musicales douces et apaisantes comme la berceuse. Cet article explorera la présence de l'humour dans la chanson française, en prenant comme point de départ le cas de Camille, alias "La Demoiselle Inconnue", et en élargissant la perspective à d'autres artistes qui ont su intégrer l'humour à leur art.
La Demoiselle Inconnue : Entre Humour et Poésie
L'histoire de Camille, alias "La Demoiselle Inconnue", est singulière. Son nom de scène est né d'une improvisation lors d'un concert de Devendra Banhart, où elle a interprété une chanson avec son amie Aude. Le public l'a ensuite surnommée "la Demoiselle Inconnue".
Bien que sa discographie soit encore modeste, Camille a déjà marqué les esprits. Lauréate du "Grand Zebrock 2011" et du Prix Sacem, elle s'est distinguée parmi de nombreux groupes. Ses chansons, souvent interprétées d'une voix enfantine et saccadée, abordent des thèmes graves avec une touche d'humour.
Un exemple frappant est sa chanson "Il m’plaît pas", qui exprime une opinion tranchée avec une simplicité désarmante. Sur scène, Camille utilise des accessoires insolites, comme une poupée Barbie pour gratter les cordes de sa guitare, créant un univers à la fois intime et étrange. Elle reprend également des chansons d'autres artistes, comme "La nuit je mens" de Bashung, en y apportant sa propre sensibilité.
Camille a suivi une formation théâtrale, ce qui se ressent dans sa présence scénique. Elle affirme elle-même "faire le clown dans sa vie de tous les jours", ce qui influence son approche artistique. Avant de monter sur scène, elle manie à la fois la mini-guitare et le stylo, signe d'une créativité débordante.
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L'Humour dans la Chanson Française : Un Phénomène Social
Le rire et la chanson sont des phénomènes sociaux qui nécessitent un émetteur (l'auteur) et un récepteur (le public). Le succès d'une chanson humoristique dépend de la complicité entre ces deux éléments. Rire ou chanter avec quelqu'un implique d'adhérer à sa vision du monde, excluant ceux qui ne partagent pas cette adhésion. Le groupe qui rit se définit par une représentation du monde incarnée par la chanson.
L'étude de l'humour dans la chanson française permet de saisir une facette de l'identité culturelle française. Y a-t-il quelque chose de typiquement français dans le rire que provoque la chanson ? Cette question peut être abordée en examinant des artistes comme Georges Brassens et Bénabar, qui représentent différentes générations de la chanson française.
Brassens incarne l'auteur-compositeur-interprète idéal des années 1950 et 1960, tandis que Bénabar est considéré comme un chef de file de la "nouvelle vague" de la chanson française. Malgré leurs différences de style, ils ont tous deux établi une relation de complicité avec leur public, en suscitant le rire.
Brassens et Bénabar : Deux Approches de l'Humour
Brassens et Bénabar aiment raconter des histoires drôles devant un public. Brassens a écrit des chansons sérieuses et sentimentales, mais ses premiers succès étaient des textes comiques comme "Le Gorille" ou "Hécatombe". Ses chansons sont souvent de petites histoires ou des fables décrivant des personnages et des situations cocasses. Bénabar, quant à lui, est attiré par le cirque et les clowns, et son nom de scène est le verlan du clown Barnabé.
Cependant, l'humour de leurs chansons est souvent plus perceptible lors d'un concert en public que lors d'une écoute solitaire. Le rire du public dépend de l'atmosphère de la salle et de la manière dont le chanteur interprète la chanson. Parfois, ce ne sont pas les chansons elles-mêmes qui font rire, mais les aléas de la performance, l'attitude ou une réflexion du chanteur.
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L'analyse d'enregistrements de concerts permet d'examiner comment le rire naît de l'humour des chanteurs, mais aussi des relations et interactions qu'ils développent avec leur public.
Le Rire Spontané : L'Exemple de Brassens aux Trois Baudets
Un enregistrement de Brassens au cabaret des Trois Baudets en 1954 illustre la spontanéité du rire en concert. Lors de l'interprétation de sa chanson comique "Putain de toi", le public se met à reprendre en chœur le refrain, surprenant le chanteur. Brassens se met à rire, ce qui provoque l'hilarité du public. Il en oublie son texte, qui lui est soufflé par une femme de l'assemblée, puis par un de ses collègues.
Dans cet extrait, le rire n'est pas provoqué par le comique de la chanson, mais par la participation du public. Brassens est déstabilisé, ce qui met en danger la relation entre public et interprète. Normalement, le public s'attend à ce que le chanteur maîtrise la situation. Or, Brassens oublie les paroles de sa chanson et ne parvient plus à chanter.
La déstabilisation de Brassens, qui se traduit par son rire, joue en sa faveur pour deux raisons. D'abord, en riant, il montre qu'il n'est pas totalement adapté à la situation de représentation, ce qui le rend plus accessible et authentique. Ensuite, en répondant par le rire à une réaction des spectateurs, il se met du côté du public, établissant une complicité.
Parodie et Autodérision : L'Humour de Bénabar à l'Olympia
Un enregistrement de Bénabar interprétant sa chanson "Le slow" à l'Olympia en 2002 illustre une autre forme d'humour. Bénabar fait le pitre et fausse la situation de représentation en faisant délibérément une mauvaise chanson et en introduisant trop d'éléments "extra-diégétiques" dans sa performance.
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Sa chanson est une parodie de mauvaise chanson, contenant des éléments que Bénabar estime désagréables pour son public. Il prévient d'emblée qu'il va "interpréter un slow", puis chante que sa création n'est pas "une chanson d'amour" mais "une parodie", et enfin avoue qu'un slow "c'est mal vu, ça fait con de nos jours".
Bénabar abandonne souvent son personnage au cours de la chanson, s'interrompant pour commenter les réactions du public ou pour insérer des commentaires personnels sur sa propre chanson. Il s'adonne à des effets de voix exagérément ridicules, et lorsque le public se met à rire, il lui demande d'arrêter "de [se] foutre de [s]a gueule". Il ponctue également sa prestation de nombreuses références au processus de création de la chanson, nommant les différents instruments intégrés à la mélodie.
La source du comique de cet enregistrement est double : la parodie et l'autodérision. Bénabar se moque de clichés qu'il sait ridicules et excessivement sentimentaux, mais dont il avoue qu'ils peuvent malgré tout être occasionnellement séduisants. Il raille des préjugés tout en avouant qu'ils ne lui sont pas totalement étrangers, confessant sa propre mauvaise foi et s'en moquant, tout en sachant qu'elle est largement partagée.
L'Humour : Un Art de la Relation
Chez Brassens et Bénabar, l'humour émerge d'une relation triangulaire particulière entre le chanteur, sa persona et le public. Au sommet du triangle se trouve un personnage qui chante qu'il est un "sale type" ou un excentrique. À un deuxième sommet, un chanteur qui, en provoquant le rire, rappelle à son public qu'il est honnête et sympathique. Au troisième sommet, un public satisfait de rire en toute bonne conscience et séduit par la complicité sans prétention que le chanteur sympathique établit avec lui.
Pour que l'interaction entre ces trois pôles soit comique, plusieurs conditions doivent être remplies. La persona du chanteur doit savoir être un "sale type", assumer le ridicule, être bougonne et quelque peu aigrie. Chez Brassens, cela se caractérise par des narrateurs attirés par le "péché" et peu soucieux des normes sociales. La persona de Bénabar est désagréable et grincheuse, mais plus franchement que celle de Brassens.
Reprises Humoristiques : Quand l'Humour Transforme une Chanson
L'humour peut également se manifester dans les reprises de chansons. Certains artistes transforment des chansons sérieuses en œuvres humoristiques, ou inversement. Ces reprises peuvent surprendre, dérouter, mais aussi révéler de nouvelles facettes de la chanson originale.
Par exemple, on peut citer le projet Nouvelle Vague, qui transformait en chansons bossa les chansons emblématiques des années 1980. Bien que s'éloignant de l'idée initiale, ces reprises apportaient une touche d'humour et de légèreté à des morceaux parfois sombres.
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