Devenir parent est un désir profondément ancré chez de nombreuses personnes, un jalon important dans la vie d'un individu ou d'un couple. Cependant, le chemin vers la parentalité peut être semé d'embûches, notamment lorsqu'il est confronté à l'infertilité, aux échecs de la procréation médicalement assistée (PMA), ou à la décision d'adopter. Ces défis peuvent engendrer des souffrances psychologiques considérables, nécessitant un accompagnement spécialisé pour surmonter les épreuves et envisager l'avenir sereinement.
Les Défis de l'Infertilité et de la PMA
Selon l’Inserm, en France, 1 couple sur 8 consulte en raison de difficultés à concevoir un enfant. 10 % des couples restent infertiles après 2 ans de tentatives. Par ailleurs, la moitié des femmes ne pourraient plus procréer au-delà de 40 ans et la fonction de reproduction deviendrait quasi nulle après 45 ans.
L'infertilité est une épreuve qui met à mal les liens du couple, modifie les relations entre les espaces intrapsychique et intersubjectif, et active des fantasmes inconscients relatifs à la sexualité et au désir d'enfant. Les avancées médicales, bien qu'elles pallient les dysfonctionnements du corps, peuvent accentuer un clivage entre le corps et la psyché.
Les parcours de PMA, souvent longs et éprouvants, sont loin d'être une garantie de succès. Virginie Rio de l’association BAMP souligne l'importance d'une information objective dès le début du parcours, rappelant qu’un couple sur deux sort de la PMA sans enfant. L'optimisme initial du corps médical peut contraster avec la brutalité de l'arrêt des traitements, laissant les couples dans un état de sidération.
L'accompagnement psychologique est essentiel pour aider les couples à traverser ces étapes difficiles, à accepter la possibilité de ne pas avoir d'enfant biologique, et à envisager d'autres options, comme l'adoption.
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L'Adoption : Un Chemin Alternatif vers la Parentalité
L'adoption est une voie possible pour les couples confrontés à l'infertilité ou qui ne souhaitent pas recourir à la PMA. Cependant, elle ne doit pas être envisagée comme un pis-aller, mais comme un projet parental à part entière, nécessitant une préparation psychologique adéquate.
Deuil de l'Enfant Biologique
Avant de se lancer dans une procédure d'adoption, il est crucial de faire le deuil de l'enfant biologique. Ce processus, qui peut être long et douloureux, permet aux futurs parents d'accueillir l'enfant adopté avec un cœur ouvert et de le considérer comme leur propre enfant, sans regret ni comparaison.
La psychologue clinicienne Laure Camborieux souligne que le deuil de parentalité est différent de celui lié à la perte d’un proche, car on n'a rien vécu avec l'enfant imaginaire. Les étapes de colère, déni et négociation existent dans toutes les situations de non-parentalité subie, mais n'obéissent pas à un ordre particulier.
PMA et Adoption : Deux Projets Compatibles ?
Autrefois, il était mal vu par les travailleurs sociaux de mener les deux projets de front, considérant que cela signifiait un manque de deuil de l'enfant biologique. Aujourd'hui, cette position est moins fréquente, mais il est important de faire preuve de transparence et d'expliquer clairement ses motivations.
Il est conseillé de ne pas trop insister sur l'envie d'enfant biologique, mais plutôt de mettre en avant le désir d'adopter. Il est possible d'évoquer l'espoir d'avoir un jour un enfant biologique, tout en soulignant que le projet actuel est l'adoption et que l'ordre d'arrivée des enfants importe peu.
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Certains témoignages indiquent que les psychologues et assistants sociaux peuvent être intransigeants et exiger l'abandon de la PMA pour obtenir l'agrément. Dans ce cas, il peut être nécessaire de mentir et de dire que l'on se consacre uniquement à l'adoption, tout en poursuivant les tentatives de PMA en secret.
Les Enjeux de l'Agrément et les Attentes des Services d'Aide Sociale à l'Enfance (ASE)
Les ASE ont pour mission de trouver la meilleure famille pour un enfant, et non pas d'aider un couple en détresse à avoir un enfant. Il est donc important de comprendre que les couples sont en position de faiblesse vis-à-vis des ASE, et que les entretiens avec les assistants sociaux et les psychologues doivent être considérés comme des entretiens d'embauche.
En France, les ASE ont tendance à voir d'un mauvais œil les couples qui demandent l'agrément tout en continuant à faire des tentatives de PMA. C'est pourquoi il est conseillé de rectifier le tir et d'expliquer que l'on abandonne la PMA, ou de glisser dans la conversation que l'on a terminé la PMA si l'on commence la procédure d'agrément.
L'Adoption Internationale : Choisir son Pays ?
Il est important de noter que l'on ne choisit pas son pays d'adoption. De moins en moins de pays sont ouverts à l'adoption internationale, et les Organismes Agréés pour l'Adoption (OAA) filtrent les demandes. On est orienté vers ce qui correspond à son projet au moment M, et il faut avoir la chance d'être accepté par un OAA.
De plus, le profil des enfants adoptables à l'international a changé : ce sont souvent des enfants plus âgés (au moins 3-4 ans) et parfois porteurs de handicaps. Il faut donc faire le deuil du bébé en bonne santé, sauf si l'on se lance uniquement sur un pupille de l'état français, auquel cas on peut adopter un bébé de 2-6 mois en bonne santé (avec une attente de 3 à 8 ans selon le département).
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Particularités Médicales et Handicaps : Être Prêt à Accueillir un Enfant Différent
L'ouverture à des enfants ayant des besoins particuliers est un aspect important de la réflexion sur l'adoption. Il ne s'agit pas de minimiser les difficultés, mais d'être conscient des défis et des ressources nécessaires pour accompagner un enfant ayant une fente labio-palatine, un pied bot, une cardiopathie, une anomalie des membres, une hépatite, une séropositivité, ou une grande prématurité.
Il est important de se renseigner sur les différentes pathologies et de se préparer à y faire face. L'adoption d'un enfant ayant des besoins particuliers peut être une expérience enrichissante, mais elle exige une grande disponibilité, de la patience et un soutien solide.
L'Accompagnement Psychologique : Un Soutien Indispensable
Tout au long du parcours de l'infertilité, de la PMA et de l'adoption, l'accompagnement psychologique est un soutien précieux pour les individus et les couples. Il permet de :
- Exprimer et gérer les émotions difficiles (tristesse, colère, frustration, culpabilité).
- Faire le deuil de l'enfant biologique et accepter la réalité de l'infertilité.
- Clarifier ses motivations et ses attentes par rapport à l'adoption.
- Se préparer aux défis de la parentalité adoptive.
- Maintenir la communication et la cohésion au sein du couple.
- Prévenir les troubles psychologiques (anxiété, dépression).
- Construire un projet de vie épanouissant, avec ou sans enfant.
Des professionnels spécialisés dans la périnatalité et l'adoption peuvent offrir un accompagnement adapté aux besoins de chacun. Les associations de soutien aux personnes infertiles ou adoptantes peuvent également être une source d'information et de réconfort.
Le Rôle des Associations
Les associations jouent un rôle crucial dans l'accompagnement des personnes confrontées à l'infertilité et à l'adoption. Elles offrent un espace d'écoute, de partage et de soutien, où les individus et les couples peuvent échanger avec d'autres personnes vivant des expériences similaires.
Des associations comme BAMP (association d'aide aux personnes confrontées à l'infertilité) et EFA (Enfance et Familles d'Adoption) proposent des groupes de parole, des webinaires, des livres, des entretiens téléphoniques, et des rencontres amicales, permettant de rompre l'isolement et de trouver des réponses à ses questions.
Reconstruire son Identité et Trouver un Nouveau Sens à sa Vie
L'échec de la PMA ou la difficulté à concevoir peuvent ébranler l'identité et le sens de la vie. Il est important de se reconstruire et de trouver de nouvelles sources de satisfaction et d'épanouissement.
Sandrine Dumont, fondatrice de l’association Happy Moi, témoigne de son propre parcours et de la manière dont elle a réussi à accepter de ne jamais avoir d'enfant et à profiter de la seconde moitié de sa vie. Elle souligne l'importance de célébrer ce que l'on a et de se faire accompagner par des experts en santé mentale pour remonter la pente.
Catherine Bergeret-Amselek, psychanalyste, évoque la possibilité de devenir parent sans avoir d'enfant, en faisant des bébés symboliques : transmettre, aider les autres, faire un passage. Il s'agit de cesser d'être l'enfant de ses parents pour endosser un nouveau rôle et trouver un nouveau sens à sa vie.
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