La grossesse est une période de changements physiologiques importants. Il est donc essentiel d'être particulièrement vigilant quant à la prise de médicaments, y compris ceux vendus sans ordonnance. L'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) le rappelle d'ailleurs dans ses campagnes d'information : « Enceinte, les médicaments, ce n'est pas n'importe comment ! ». Cet article vous offre un guide complet des médicaments à éviter pendant le premier mois de grossesse, en mettant l'accent sur les risques potentiels pour le développement du bébé et les alternatives possibles.
Importance de la préparation à la grossesse
Il est essentiel de bien préparer sa grossesse avec son médecin ou sa sage-femme, d'autant plus si vous prenez des médicaments au quotidien. N'arrêtez jamais un traitement de votre propre initiative si vous êtes enceinte ou si vous désirez un enfant. Une consultation pré-conceptuelle avec votre médecin permettra de faire le point sur les médicaments contre-indiqués au cours de votre grossesse. Si vous avez un doute sur un médicament, vous pouvez contacter le centre de pharmacovigilance de votre région.
Les phases de la grossesse et leurs spécificités
La grossesse se divise en deux phases principales :
- La phase embryonnaire : Elle couvre les trois premiers mois de la grossesse, période cruciale où les bases de tous les futurs organes du bébé sont établies. C'est pendant cette phase que les médicaments tératogènes, particulièrement toxiques pour l'embryon, peuvent avoir des effets dévastateurs.
- La phase fœtale : Elle s'étend sur les six mois suivants, durant lesquels le bébé se développe et ses organes se perfectionnent. Certains médicaments, bien que moins susceptibles de provoquer des malformations, peuvent affecter la croissance ou la maturation des organes du fœtus.
Il est crucial de noter que certains médicaments peuvent être pris à un stade de la grossesse, mais comporter des risques à un autre stade. Des informations importantes sont présentes dans la notice présente dans la boîte des médicaments et accessibles depuis la base de données publique des médicaments, ainsi que dans le résumé des caractéristiques des produits (RCP) destiné aux professionnels de santé.
Les différents types d'effets des médicaments sur le bébé
L'exposition à certains médicaments pendant la grossesse peut entraîner divers effets néfastes sur le bébé :
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- Effets malformatifs (tératogènes) : Ils se traduisent par la survenue de malformations chez l’embryon lors de son développement (anomalie du cœur, bec de lièvre, défaut de formation des membres, etc.).
- Effets foetotoxiques : Ils se traduisent par un retentissement sur la croissance ou la maturation des organes (faible poids à la naissance, atteintes rénales, etc.).
- Effets néonataux : Ils sont liés le plus souvent à des expositions survenues en fin de grossesse ou pendant l’accouchement.
- Effets à distance de la naissance : Ces effets sont diagnostiqués chez l’enfant à distance de la naissance (par exemple : troubles cognitifs, troubles du comportement, troubles survenant à la seconde génération, etc.).
Par ailleurs, pendant la grossesse, les nombreux changements physiologiques peuvent entraîner des modifications de l’efficacité de certains médicaments.
Médicaments tératogènes à éviter absolument
Les médicaments tératogènes sont extrêmement toxiques pour l'embryon et doivent être absolument évités pendant le premier trimestre de la grossesse. Si une femme en âge de procréer doit suivre un traitement avec l'un de ces médicaments, elle doit impérativement utiliser une contraception efficace. Voici quelques exemples de médicaments tératogènes :
- Traitements de l'acné : Isotrétinoïne (Contracné®, Curacne®). L'isotrétinoïne est responsable de graves malformations chez l'enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. La patiente reçoit une notice et doit signer un document conservé par le médecin, dans lequel elle atteste avoir reçu les informations nécessaires. Tous les mois, lors de chaque renouvellement de traitement, un test sanguin de grossesse négatif datant de moins de trois jours doit être présenté au médecin. L'acitrétine (Soriatane) est également responsable de graves malformations chez l’enfant à naître en cas de prise pendant la grossesse. Une contraception rigoureuse est indispensable avant le début du traitement et pendant toute sa durée. Par prudence, la contraception est poursuivie trois ans à compter de l’arrêt du traitement, en raison de la persistance de la substance dans l’organisme.
- Traitements de la bipolarité ou de l'épilepsie : Valpromide (Depamide®), Divalproate de sodium (Depakote®). L’acide valproïque est l'antiépileptique qui a l'effet tératogène le plus important. Il peut entraîner des malformations notamment du cœur, du squelette, de l'appareil digestif ou du système nerveux. D'autres antiépileptiques (carbamazépine, phénobarbital, topiramate par exemple) sont susceptibles d'induire des risques de malformations. En conséquence, un désir de grossesse peut nécessiter une réévaluation du traitement antiépileptique en cours par le médecin.
- Traitements de la sclérose en plaques : Fingolimod (Gilenya®), Tériflunomide, (Aubagio®, Terebyo®).
- Traitements du myélome multiple ou d'autres pathologies du sang : Hydroxycarbamide (Hydrea®, Siklos®), Lénalidomide (Revlimid®), Pomalidomide (Imnovid®), Thalidomide.
Cette liste n'est pas exhaustive, il est donc crucial de partager votre projet de grossesse avec votre médecin afin qu'il puisse trouver des alternatives thérapeutiques sans risque pour le futur bébé.
Médicaments foeto-toxiques à surveiller
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS), comme l'ibuprofène, le naproxène, le kétoprofène ou encore le diclofénac, ainsi que l'aspirine, utilisés contre l'inflammation, la douleur ou la fièvre, sont considérés comme foeto-toxiques. Ils sont particulièrement dangereux à partir du 6ème mois de grossesse, où ils sont absolument contre-indiqués. Avant le 6ème mois, leur utilisation doit être évitée car ils peuvent augmenter le risque de fausse couche ou de problèmes de formation ou de croissance des organes du bébé. Ces médicaments peuvent causer des dommages potentiellement irréversibles, voire mortels, aux reins et au système cardio-pulmonaire du fœtus.
En cas d'hypertension artérielle ou d'insuffisance cardiaque, les inhibiteurs de l'enzyme de conversion ou les antagonistes de l'angiotensine 2 (captopril, lisinopril, énalapril, valsartan, losartan) sont également contre-indiqués pendant la grossesse. Les inhibiteurs de l'enzyme de conversion (IEC) et les antagonistes de l'angiotensine II sont formellement contre-indiqués à partir du quatrième mois de la grossesse : ils exposent à une toxicité pour les reins du fœtus. Ils sont déconseillés pendant le premier trimestre de la grossesse. En conséquence, un désir de grossesse nécessite le remplacement de l'IEC ou de l'antagoniste de l'angiotensine II par un autre antihypertenseur.
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Médicaments courants et grossesse : précautions à prendre
Même les médicaments vendus sans ordonnance doivent être utilisés avec prudence pendant la grossesse. Voici quelques exemples de médicaments courants et les précautions à prendre :
- Antalgiques : Le paracétamol est généralement conseillé pour traiter la douleur pendant la grossesse. La codéine, utilisée pour soulager les douleurs modérées à fortes, ne doit être prise qu'après avis médical en raison du risque d'insuffisance respiratoire chez le nouveau-né si la mère en prend à des doses élevées peu avant l'accouchement.
- Migraine : Les dérivés de l'ergot de seigle sont contre-indiqués en raison de leur effet vasoconstricteur sur le placenta et le cordon ombilical. L'utilisation du paracétamol est possible à tout moment de la grossesse pour soulager une crise de migraine.
- Rhume : Les médicaments contenant un AINS sont formellement contre-indiqués au cours des quatre derniers mois de la grossesse. Les traitements contenant des vasoconstricteurs décongestionnants (pseudoéphédrine, phényléphrine) sont déconseillés pendant toute la grossesse. Les antihistaminiques sédatifs sont déconseillés au cours de premier trimestre de la grossesse. Ils ne doivent être prescrits après cette période qu’en cas de nécessité absolue. Les antihistaminiques non sédatifs (tels que la cétirizine) n’ont pas montré d’effet malformatif ou toxique chez l'animal et les études publiées chez la femme enceinte sont rassurantes.
- Antibiotiques : Les antibiotiques de la famille des quinolones sont habituellement contre-indiqués ou déconseillés. Des atteintes articulaires ont été observées chez les enfants traités après la naissance avec des quinolones. Certaines familles d'antibiotiques sont sans danger pour le fœtus et peuvent être prescrites au cours d’une grossesse, c’est notamment le cas des pénicillines qui sont utilisées pour soigner l’angine.
- Vaccins : Le vaccin contre la rubéole est contre-indiqué. Le vaccin contre la fièvre jaune n’est pas recommandé. Toutefois, le risque lié à la fièvre jaune est infiniment supérieur à celui que fait courir la vaccination.
Infections à risque fœtal : dépistage et prévention
Outre les médicaments, certaines infections peuvent également présenter un risque pour le fœtus. Il est donc important de se faire dépister et de prendre des mesures de prévention appropriées. Voici quelques exemples d'infections à surveiller :
- Cytomégalovirus (CMV) : Le dépistage systématique pendant la grossesse n’est actuellement pas recommandé par le haut conseil de la santé publique. L’information sur les mesures d’hygiène doit quand même être faite. En cas de séroconversion à CMV pendant la grossesse, un traitement préventif de la transmission materno-fœtale doit être proposé dès le diagnostic de l’infection maternelle : valaciclovir 2 g quatre fois par jour.
- Herpès : En cas d’infection herpétique pendant la grossesse, aucun suivi de diagnostic prénatal spécifique n’est recommandé. En cas de présence de lésions herpétiques au moment de l’accouchement, une césarienne de protection fœtale est indiquée, s’il s’agit d’une infection initiale primaire.
- VIH : En cas de séropositivité pour le VIH, un suivi multidisciplinaire doit être mis en place avec une surveillance régulière de la charge virale et du taux de lymphocytes CD4. Un traitement antirétroviral est instauré afin d’obtenir une charge virale indétectable. La césarienne prophylactique n’est pas systématique. Elle est indiquée au cas par cas en fonction de la charge virale. L’allaitement maternel est contre-indiqué. Le nouveau-né reçoit un traitement par AZT pour une durée de six semaines.
- Rubéole : Si les IgG sont négatives, on dose les IgG à 20 SA, dans le même laboratoire. Si elles restent négatives, on arrête la surveillance, et la vaccination est faite à la naissance. Une infection par la rubéole prouvée avant 18 SA impose la recherche d’une infection fœtale reposant sur la réalisation d’une amniocentèse avec recherche du virus par PCR.
- Hépatite B : Le dépistage de l’infection maternelle est obligatoire au 6e mois de grossesse. Il consiste en une recherche de l’antigène HBs. La prévention repose sur la sérovaccination des nouveau-nés de mère Ag HBs+. L’allaitement n’est pas contre-indiqué.
- Hépatite C : Son dépistage (recherche d’anticorps anti-VHC) n’est pas obligatoire au cours de la grossesse, mais doit être demandé en cas de situation à risque.
- Parvovirus B19 : En cas de séroconversion pendant la grossesse, un suivi échographique, à la recherche de signes d’anémie (vitalité fœtale, vitesses cérébrales…), est instauré de façon rapprochée pendant trois mois. En cas d’anémie fœtale, un traitement purement symptomatique reposant sur une transfusion in utero est mis en place.
- Varicelle : En cas de contact d’une femme enceinte séronégative avec un sujet infecté, avant 20 SA, il est nécessaire d’instaurer un traitement antiviral préventif par aciclovir, ainsi qu’un traitement par immunoglobulines spécifiques si le contage date de moins de dix jours. Si l’infection maternelle est confirmée, le traitement est le même et est associé à un suivi échographique fœtal spécialisé et rapproché, à la recherche de signes évocateurs d’embryofœtopathie.
- Toxoplasmose : La prévention de la toxoplasmose congénitale repose sur un dépistage sérologique systématique en début de grossesse, puis un suivi sérologique mensuel des femmes séronégatives. En cas de séroconversion maternelle, le risque est la diffusion hématogène et le passage transplacentaire de T. gondii pouvant infecter le fœtus.
- Syphilis : Le dépistage repose sur une sérologie syphilis en début de grossesse à renouveler dans les populations à risque. L’infection maternelle nécessite la mise en place d’un traitement antibiotique par benzathine benzylpénicilline (1 injection intramusculaire de 2,4 millions d’unités).
- Listériose : Toute fièvre chez une femme enceinte est une listériose, jusqu’à preuve du contraire. Le traitement repose sur une antibiothérapie par voie veineuse, par amoxicilline 6 g par jour pendant vingt et un jours.
- Streptocoque B : Son portage est dépisté de façon systématique par prélèvement vaginal, entre 34 et 38 SA, afin de déterminer la nécessité d’un traitement antibiotique perpartum.
Informations complémentaires et ressources utiles
En cas de questionnement et de besoin d'informations complémentaires pendant la grossesse, vous pouvez consulter les sites Internet suivants :
- Celui de l'ANSM
- Celui du CRAT
Ces sites vous permettront de trouver des réponses à vos questions concernant la sécurité des médicaments pendant la grossesse.
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