La fascination pour la Lune et son influence supposée sur nos vies est un thème récurrent dans la culture humaine. L'idée que la Lune, en tant que corps céleste majeur, puisse influencer les cycles menstruels féminins est un sujet de débat et de recherche depuis l'Antiquité. Cet article se penche sur les études scientifiques explorant la relation entre les marées (influencées par la Lune) et les menstruations, en tenant compte des perspectives historiques, des découvertes récentes et des facteurs culturels.
Le Lien Historique : Lune, Marées et Féminité
Depuis l'Antiquité, l'humanité a observé un lien potentiel entre la Lune et le corps féminin. La Lune influençant les marées et le corps humain étant composé à 70 % d’eau, il semblerait, de prime abord, plutôt logique que l’astre influence les « lunes » des femmes (à savoir leurs cycles menstruels). Aristote définissait la lune comme un astre féminin et humide, par opposition au soleil. Dans la médecine hippocratique, les femmes étaient associées à l'humidité et à la lune, tandis que les hommes étaient associés à la sécheresse et au soleil. Cette vision a persisté à travers l'histoire, influençant la manière dont les cycles féminins étaient perçus et étudiés.
L’étymologie du terme « menstruations », autre mot pour désigner les règles, vient de mene, lune en grec. « Avoir ses lunes » a donc bien un sens ! D’ailleurs, cela semble logique : comme le cycle lunaire, le cycle menstruel est découpé en 4 phases. Comme sous l’influence de la Lune, nos menstruations et chaque période de notre cycle féminin jouent sur nos humeurs. Qui n’a jamais pensé : « je n’ai plus d’énergie, je vais avoir mes règles » ? Et qui n’a jamais songé que certaines sautes d’humeur étaient en lien avec la Pleine Lune (les femmes qui ont des enfants savent) ? L’énergie lunaire joue sur notre santé physique et morale, sans aucun doute.
La Chronobiologie et les Cycles Infradiens
La chronobiologie, une discipline en plein essor, étudie les rythmes biologiques dans l'organisme. La plupart des fonctions biologiques sont soumises à un rythme "circadien", qui désigne un cycle d'une durée d'environ 24 heures (sommeil, production d'hormones, vigilance, circulation sanguine…). Mais les cycles menstruels, eux, ont un rythme supérieur à 24 heures (dit "infradien"). Un cycle ovulatoire classique dure en moyenne 29,3 jours, avec des variations de durée d'une personne à une autre et d'un cycle à l'autre chez une même personne.
Une équipe de recherche internationale associant l'Inserm, le CNRS et l'université Claude Bernard Lyon 1 s'est penchée sur la régularité des cycles menstruels afin de comprendre leur mécanisme. Pour le savoir, les auteurs de l'étude ont épluché des données portant sur 32 000 cycles mensuels chez 3 000 femmes européennes et nord-américaines. Et leurs résultats sont formels : les cycles peuvent durer plus ou moins longtemps, mais la durée cumulée de plusieurs cycles successifs est globalement stable. "Les cycles ont tendance à osciller autour de leur moyenne, explique à franceinfo René Ecochard, médecin aux Hospices civils de Lyon (HCL). "On trouve une corrélation entre un cycle et celui qui le précède de trois ou quatre mois, ce qui est impressionnant. Les cycles ne sont pas indépendants. "Cette rythmicité est très précisément contrôlée avec des corrections à long terme", poursuit Claude Gronfier, co-auteur de l'étude et chronobiologiste à l'Inserm. A ce stade, toutefois, personne ne sait si l'horloge concernée est la même que celle guidant le rythme circadien depuis l'hypothalamus. L'hypothèse est toutefois plausible.
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La Lune, un Synchroniseur Potentiel ?
Les auteurs ont ensuite voulu vérifier si la Lune pouvait jouer un rôle de "synchroniseur" des cycles menstruels, comme peut le faire la lumière dans les rythmes circadiens. L'existence d'un lien entre le satellite naturel de la Terre et l'intimité des femmes, jusqu'ici, n'a jamais été réellement tranché. "Il n'y a pas de consensus sur la question, souligne Claude Gronfier. Un tiers des études ont montré un lien, un autre tiers n'en ont pas montré, et un dernier tiers des études étaient trop mal faites.
Cette fois-ci, les auteurs ont pu appliquer leurs méthodes statistiques à un important jeu de données, avec la collaboration de collègues américains. "Le cycle menstruel dérive à sa propre vitesse. Le cycle lunaire dérive à sa propre vitesse. Et, à un moment donné, les deux vont se croiser. Principal enseignement de l'étude : cette brève corrélation temporelle existe chez toutes les femmes. "Il y a un lien avec la Lune. Il est modeste, mais il existe. Il n'y a pas de doute", résume René Ecochard. A ce stade, pour autant, cette observation ne permet pas de dire que la Lune "synchronise" les cycles menstruels régulés par une horloge interne. "Nous ne savons pas à quoi cette association peut servir et nous n'arrivons pas à l'expliquer pour l'instant", explique Claude Gronfier. "Nous découvrons qu'il existe une horloge interne pour les cycles menstruels. Il faudra des études plus poussées pour savoir si la Lune joue réellement un rôle dans la régularité des cycles menstruels. Et même si cela est avéré, il faudra encore un modèle statistique complexe, avec un ensemble de données bien plus vaste, pour évaluer l'importance de cet élément dans l'harmonisation des cycles. "L'effet hebdomadaire est bien plus fort qu'un effet éventuel de la Lune, avertit René Ecochard. Les gens ne le voient pas trop, mais les règles viennent le plus souvent les jeudis et vendredis. Je travaille sur le pourquoi, et notamment sur les données de sommeil.
Interprétations et Controverses Scientifiques
Les études scientifiques sur le lien entre la Lune et les menstruations ont produit des résultats mitigés. Certaines études suggèrent une corrélation, tandis que d'autres ne trouvent aucun lien significatif. Cette absence de consensus a conduit à des interprétations variées et à des controverses au sein de la communauté scientifique.
- Études Contradictoires : Une étude rétrospective d'un an portant sur 74 femmes en âge de procréer a contredit l'idée que la Lune avait son mot à dire dans les cycles menstruels. L'étude n'a trouvé aucune association entre les menstruations, la fertilité et les phases de la Lune.
- Synchronisation Intermittente : Une analyse des agendas de 22 femmes, notant les dates de début de leurs règles pendant plusieurs années, a révélé que seulement 10 femmes montraient une synchronisation avec les phases lunaires, et cette synchronisation était intermittente.
- Facteurs Confondants : De nombreux facteurs peuvent influencer les cycles menstruels, tels que le stress, l'alimentation, le sommeil et les conditions environnementales. Il est difficile de dissocier l'influence potentielle de la Lune de ces autres facteurs.
Le Tabou Culturel et son Impact sur la Recherche
Le tabou entourant les menstruations dans de nombreuses sociétés a également un impact sur la recherche scientifique. Montrer ainsi les menstruations peut être choquant. En polynésien, le mot « tabou » signifie « menstruation ». Dans son article Le sang menstruel, Marie-Claire Célérier (2005) décrit l’histoire du traitements des menstruations dans différentes sociétés patriarcales. Tout d’abord, on a découvert très tôt, dans l’Antiquité, la périodicité des menstruations et donc fait des hypothèses sur leur lien avec la lune et les marées.
Jusqu’au XXème siècle, la virginité des jeunes filles était totalement sacralisée par l’Église et pour cette raison on ne parlait jamais de menstruation, de puberté ou de sexualité aux jeunes filles. Il n’y avait pas de place pour ces sujets dans l’environnement familial. Cependant, on apprend aux filles qu’elles deviennent à ce moment-là des femmes, l’arrivée de la fertilité étant associée à la féminité, et c’est donc la fertilité et la capacité à être mère qui fait d’elle des femmes, c’est là leur rôle dans la société. A cette sensation de fierté du passage à l’âge adulte s’oppose la honte et le dégoût de ce sang impur et sale, qu’il faut absolument cacher. Les potentielles tâches sont sources de honte, on s’inquiète de l’odeur, les différentes protections doivent être cachées, aucune trace de doit subsister. Les mythes et légendes antiques ne sont donc finalement pas si éloignés de ce que peuvent vivre les filles et les femmes aujourd’hui à propos de leurs menstruations et plus généralement leur statut de femme.
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Cette stigmatisation peut entraver la collecte de données, limiter le financement de la recherche et influencer la manière dont les résultats sont interprétés et diffusés.
Les Mécanismes Physiques Possibles
Si un lien entre la Lune et les menstruations existe, les mécanismes physiques sous-jacents restent obscurs.
- Gravitation : La gravité via les marées est suggérée comme cause de cette « forte synchronicité » : les humains seraient capables de sentir les changements de pression atmosphérique liés aux marées ou les oscillations de champs électromagnétiques.
- Lumière : Certains chercheurs argumentent que le Mondlicht pourrait modifier la production de mélatonine, ce qui pourrait influencer la régulation du cycle menstruel.
- Champs Électromagnétiques : D'autres théories suggèrent que les champs électromagnétiques produits par la Lune pourraient interagir avec le corps humain.
Cependant, aucune de ces théories n'a été prouvée de manière concluante.
La Lune et le Bien-Être Féminin : Au-Delà de la Science
Même en l'absence de preuves scientifiques solides, de nombreuses femmes continuent de ressentir un lien personnel avec la Lune et ses cycles. « T’as tes lunes ? » Ben oui, je suis une femme, j’ai mes règles, mais quel rapport avec la Lune ? Derrière cette expression (un peu surannée, certes) se cache une croyance ancrée depuis des générations : nos cycles menstruels seraient liés aux cycles lunaires. Phase croissante, décroissante… Cela ressemble à s’y méprendre à la courbe de notre énergie et nos émotions durant l’ovulation ou les règles ! Peut-être y a-t-il réellement une influence de la Lune sur le cycle menstruel des femmes ? Petite étude de la Terre à la Lune.
Comme le cycle menstruel féminin, s’étalant sur une période de 28 jours en moyenne, le cycle lunaire a une durée de 29 jours. Des cycles relativement similaires, ce qui facilite leur synchronisation. Du point de vue du calendrier, il n’est donc pas rare pour les femmes d’avoir leurs règles au moment de la Pleine Lune ou de la Nouvelle Lune. Ces deux phénomènes menstruels ont d’ailleurs un nom. Pour la femme ayant ses règles lors de la phase de Pleine Lune, on parle de Lune Rouge. Et le terme de Lune Blanche est utilisé pour les femmes en période de menstruations pendant la Nouvelle Lune.
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De plus, la Lune possède une énergie puissante qui contrôle les flux sur Terre. L’influence de la Lune sur les marées est incontestable, alors pourquoi n’y aurait-il pas un effet sur le flux menstruel des femmes, c’est-à-dire leurs règles ?
L'observation des cycles lunaires peut offrir un cadre pour comprendre et honorer les différentes phases de l'expérience féminine. Même si les études scientifiques se contredisent, chaque femme est libre d’écouter son corps et de ressentir le fort lien spirituel qui l’unit à la Lune.
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