Les ménorragies, ou règles abondantes, sont une source d'inquiétude et d'inconfort pour de nombreuses femmes. Il est essentiel de comprendre les causes potentielles, les options de diagnostic et les traitements disponibles pour gérer efficacement cette condition.
Définition des Ménorragies
On parle de ménorragie lorsque les règles sont anormalement abondantes. Les ménorragies s’installent souvent progressivement, de telle sorte que les femmes qui en sont atteintes n’en prennent pas immédiatement conscience. On parle de ménorragie lorsque la durée des règles dépasse la durée habituelle (trois à sept jours) ou lorsque la quantité des écoulements n’est plus contrôlée par les moyens habituels (tampons ou serviettes). Vous pouvez considérer que vous souffrez de règles hémorragiques si vous avez une perte de sang excessive (plus de 90 ml), du mal à maîtriser le flux avec des protections hygiéniques classiques (tampons, serviettes), et/ou si la durée de vos règles excèdent 7 jours.
Différencier Ménorragie, Métrorragie et Spotting
Il est important de distinguer la ménorragie de la métrorragie et du spotting :
- Ménorragie : Règles abondantes et/ou prolongées survenant à intervalles réguliers.
- Métrorragie : Saignements en dehors de la période des règles.
- Spotting : Petits saignements entre les règles.
Causes des Ménorragies
Les causes des règles abondantes (ménorragies) peuvent être multiples.
- Déséquilibre hormonal : Dans 80% des cas, ces règles abondantes sont dues à un déséquilibre hormonal et sont qualifiées de « fonctionnelles » sur un utérus souvent de taille normale. Au moment de la puberté, vos règles peuvent être plus abondantes et peuvent vous faire penser à des règles hémorragiques. Cela arrive fréquemment car pendant les premiers cycles, il n’y a parfois pas d’ovulation (anovulation), ce qui limite la production de progestérone qui agit sur la muqueuse de l’utérus (endomètre). Les œstrogènes provoquent alors une croissance excessive de l’endomètre qui se détache de façon abondante, irrégulière et prolongée. Durant la préménopause (la période qui précède la ménopause), vous pouvez observer des règles abondantes avec la présence de caillots, mais cela ne se produit pas forcément à chaque cycle. En effet, l’ovulation commence à être aléatoire ce qui crée un déséquilibre entre progestérone et œstrogène. Ainsi, la cause la plus fréquente de saignements vaginaux inhabituels est la baisse dans le sang des hormones féminines (œstrogènes et progestérone). Parfois, il n’y a pas d’ovulation (cycle anovulatoire) ou celle-ci intervient plus tardivement au cours du cycle menstruel. Dans ce cas, l’endomètre s’est développé plus longtemps et il y aura plus de tissu à éliminer au moment des règles, ce qui se traduit par des saignements abondants ou ménorragies.
- Fibromes : Les cellules musculaires de la paroi de l’utérus peuvent parfois proliférer et former des nodules, appelés fibromes. Les parois de l’utérus sont composées de cellules musculaires qui peuvent proliférer. On appelle cela des fibromes. Ils peuvent être de tailles variées et passent parfois inaperçus, mais ils peuvent aussi entraîner des saignements, ainsi que des douleurs ou des envies fréquentes d’uriner. Les fibromes sont une cause fréquente de ménorragies. Un quart des femmes de plus de 40 ans auraient des fibromes. Présents chez un quart de la population féminine de plus de 40 ans, les fibromes varient de la taille d’une groseille à celle d’un pamplemousse.
- Stérilet au cuivre : Le DIU (dispositif intra-utérin) en cuivre, anciennement appelé stérilet en cuivre, est sans hormone et ne bouleverse donc pas le taux d’œstrogène ou de progestérone. En revanche, la présence de cuivre peut engendrer une inflammation de l’utérus et donc de l’endomètre qui croit excessivement. Le stérilet en cuivre peut provoquer des règles hémorragiques surtout dans les premiers mois qui suivent la pose. Plus rarement, le stérilet hormonal provoque des petits saignements entre les règles (des spottings).
- Autres causes : D’autres maladies, responsables notamment de troubles de la coagulation du sang, peuvent entraîner des ménorragies.
Diagnostic des Ménorragies
Pendant des années, des croyances ont été transmis de génération en génération sur la normalité des règles abondantes. Il est important de bien préparer sa consultation chez le gynécologue. Réfléchissez en amont aux questions que vous souhaitez lui poser et faites la liste de vos problèmes. Cependant, pour parvenir à ce diagnostic, il faut éliminer les autres causes de saignements. C’est le médecin qui en vous examinant, en demandant de l’imagerie médicale (échographie, voire IRM ou scanner), va permettre d’établir un diagnostic.
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- Auto-évaluation : Le diagnostic de ménorragies se fonde sur une auto-évaluation par la patiente elle-même de la quantité de flux menstruel. Pour évaluer la quantité de flux, vous pouvez utiliser l’indice de Higham. Pour cela, il convient de compter le nombre de serviettes et de tampons remplis chaque jour de vos menstruations. Score totalUn score supérieur à 100 points correspond à un saignement supérieur à 80 ml du sang (définition de la ménorragie).
- Examens complémentaires : Pour les patient.es à bas risque de fibromes, polypes, adénomyoses ou de toutes autres anomalies de la cavité utérine et de sa muqueuse (endomètre), un traitement médicamenteux peut être proposé d’emblée par un·e professionnel·le de santé2. Pour les autres femmes, des examens complémentaires (échographie, hystérographie etc.) peuvent être prescrits avant la mise en place d’un traitement. Le risque de saignements abondants est l’anémie : le gynécologue prescrit donc une prise de sang avec la NFS (numération de la formule sanguine) et la numération des plaquettes.
Traitements des Ménorragies
Les traitements des règles hémorragiques sont variés et adaptés en fonction de leur cause, de la gravité des saignements, ainsi que des préférences et de la situation de la patiente. Le traitement des ménorragies vise à corriger ses causes. D’une femme à l’autre, le traitement peut varier et être ajusté.
Traitements Médicamenteux
Les traitements médicamenteux peuvent être divisés en deux groupes : les traitements hormonaux et les traitements non hormonaux.
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) : Les anti-inflammatoires non stéroïdiens ou AINS comme l’ibuprofène permettent de réduire les ménorragies fonctionnelles qui ne sont pas liées à une pathologie. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont souvent le premier choix pour traiter les règles hémorragiques. Ces médicaments réduisent le flux menstruel et les douleurs associées en diminuant la production de prostaglandines, responsables de l'inflammation et des contractions utérines. « Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) diminuent le flux des règles et peuvent être indiqués en cas de ménorragie accompagnée de douleurs pelviennes, et chez les femmes qui désirent une grossesse. Les AINS ne doivent jamais être pris en auto-médication.
- Antifibrinolytiques : Les antifibrinolytiques facilitent la circulation sanguine dans les petits vaisseaux. Les antifibrinolytiques sont également efficaces pour contrôler les saignements abondants. Ces médicaments favorisent la coagulation, limitant ainsi la perte de sang pendant les menstruations.
- Contraceptifs hormonaux : Les contraceptifs hormonaux, tels que les pilules contraceptives ou les stérilets hormonaux (SIU), sont très efficaces pour réguler les saignements menstruels. Ces traitements rétablissent l'équilibre hormonal, ce qui réduit le flux menstruel. L’utilisation d’un stérilet hormonal (SIU)2 est également possible. L’emploi de progestatifs permet d’améliorer les symptômes de certaines ménorragies, soit sous forme d’une contraception orale, soit sous forme non contraceptive entre le 16e et le 25e jour du cycle. Le stérilet (DIU) hormonal au lévonorgestrel offre une diffusion locale des hormones. Le stérilet permet un amincissement la paroi de l’endomètre et épaissit le mucus du col, faisant obstacle à l’entrée des spermatozoïdes dans l’utérus.
- Autres traitements hormonaux : Lorsque les traitements hormonaux décrits précédemment ne sont pas efficaces pour réduire le flux menstruel, le médecin peut proposer le danazol ou un analogue de la gonadolibérine. Les injections d’acétate de médroxyprogestérone, méthode de contraception peu employée, sont parfois prescrites. Un traitement hormonal à base de progestatifs, administré entre le 16e et le 25e jour du cycle, permet en général de réduire les saignements et l’abondance des règles.
Traitements Chirurgicaux
Lorsque les traitements médicamenteux sont insuffisants ou si une anomalie utérine est à l'origine des règles hémorragiques, des solutions chirurgicales peuvent être envisagées.
- Hystéroscopie : L'hystéroscopie est une procédure permettant de diagnostiquer et de traiter les anomalies intra-utérines, comme les polypes et les fibromes. Elle peut consister en l'ablation de ces lésions ou une résection de l'endomètre pour réduire les saignements.
- Ablation de l’endomètre : L’ablation de l’endomètre est le traitement chirurgical le plus utilisé pour réduire les saignements abondants liés à un développement exagéré de l’endomètre. Cette intervention consiste à amincir la paroi interne de l’utérus à l’aide de différentes techniques. La thermocoagulation de l'endomètre ou la résection de l'endomètre par hystéroscopie opératoire sont des interventions visant à diminuer l'épaisseur de la paroi interne de l'utérus, afin de réduire les saignements. Il est toutefois à noter que ces procédures peuvent avoir un impact sur la fertilité. Cependant, l’effet du traitement peut ne durer que quelques années.
- Curetage : Le curetage, rarement employé, consiste à gratter la couche superficielle de la paroi utérine.
- Hystérectomie : En dernier recours, et principalement chez les femmes sans projet de grossesse, une hystérectomie (ablation de l'utérus) peut être proposée. L’hystérectomie, opération consistant à retirer chirurgicalement l’utérus. Il est aujourd’hui devenu un traitement de dernier recours. Cette solution est définitive et élimine tout risque de récidive. Si aucune option thérapeutique n’est satisfaisante et que les saignements se poursuivent, une hystérectomie (ablation, retrait de l’utérus) peut être proposée en dernier recours et comme option définitive 2 chez des femmes n’ayant plus de projet de grossesse. Chez les femmes qui désirent des enfants, on enlève le fibrome en préservant l’utérus. En cas de gêne provoquée par un fibrome de grande taille, un traitement chirurgical est envisagé.
Traitement des Complications Associées
Les règles hémorragiques peuvent entraîner des complications, telles que l'anémie ferriprive due à la perte chronique de sang. Enfin, des règles abondantes peuvent s’accompagner d’autres symptômes, douleurs pelviennes par exemple, ou en entraîner comme une anémie par carence en fer.
- Supplémentation en fer : Une supplémentation en fer par voie orale est souvent nécessaire pour corriger la carence en fer et réduire les symptômes associés, comme la fatigue, la pâleur, les vertiges et l'essoufflement. Pour l’anémie, un traitement médicamenteux correctif peut être mis en place pour réduire les symptômes liés à la carence en fer (fatigue importante, pâleur, vertiges, essoufflement, etc.). Il s’agit généralement d’une supplémentation en fer par voie orale d’une durée de 3 mois minimum.
Conseils et Précautions
- Préparation de la consultation : Avant de consulter un médecin, pensez à recueillir des informations sur vos menstruations afin de pouvoir répondre à ses questions plus précisément, et qu’il puisse orienter plus facilement le diagnostic.
- Que faire si vous avez les symptômes des règles abondantes ? En premier recours, vous pouvez prendre des anti-inflammatoires non-stéroïdiens (sur avis médical favorable). Ils permettent de réduire le flux des menstruations ainsi que les douleurs au bas ventre. Si vous avez un DIU en cuivre, il peut être remplacé par un SIU (système intra-utérin) aux hormones qui diffuse un progestatif. Ce type de contraceptif est assez efficace contre les règles hémorragiques tout en évitant la plupart des effets secondaires liés à la pilule.
- Repos et hygiène de vie : Si vous souffrez de ménorragies, il est conseillé de se reposer, de manger sainement et surtout de faire de l’exercice régulièrement pour réduire les douleurs.
- Éviter l'automédication : Les AINS ne doivent jamais être pris en auto-médication.
Quand consulter ?
Si vous avez présenté au moins deux fois des règles excessivement abondantes ou hémorragiques, nous vous conseillons d’en parler rapidement à votre médecin, un gynécologue ou une sage-femme. Globalement, en cas de ménorragie, il est conseillé de consulter un gynécologue une fois par an, voire plus en cas de problème particulier. Les saignements abondants, type hémorragies, pendant ou en dehors des règles sont une des causes les plus fréquentes de consultation en gynécologie. Si vous en souffrez, vous devez rapidement consulter un médecin ou une sage-femme afin d’en déterminer l’origine et trouver un traitement.
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