Quel phénomène naturel touche chaque mois la moitié de l’humanité mais reste malgré tout un objet de gêne et de non-dit ? Les règles, bien sûr ! Mais les mentalités évoluent et des initiatives contribuent à briser les tabous et faire des règles un réel enjeu d’égalité des chances, partagé par toutes et tous.
Introduction
Les menstruations, un processus biologique naturel qui concerne la moitié de la population mondiale, demeurent un sujet entouré de tabous et de non-dits. Cet article explore le regard de la société sur les menstruations, en mettant en lumière les réalités, les mythes, les défis et les évolutions en cours.
L'invisibilité des menstruations : un problème persistant
Pourquoi les règles sont-elles encore si absentes du débat et de l’espace publics et peinent à être visibles en dehors des magazines ou des rayons produits d’hygiène des supermarchés ? Pourquoi ce processus physiologique qui concerne directement ou indirectement tout le monde porte aujourd’hui encore atteinte à la dignité, au bien-être et à la liberté de très nombreuses personnes ici et ailleurs ?
En France, comme ailleurs, les menstruations sont souvent associées à la honte, à la souillure et à la gêne. Cette invisibilité se manifeste de plusieurs manières :
- Le silence dans les conversations quotidiennes : Aborder le sujet des règles est souvent considéré comme inapproprié, voire tabou, dans les discussions informelles.
- L'absence de représentation dans les médias : Les menstruations sont rarement représentées de manière réaliste et positive dans les films, les séries télévisées et les publicités.
- Le manque d'éducation : L'éducation sur les menstruations est souvent insuffisante, ce qui contribue à perpétuer les mythes et les idées fausses.
Cette invisibilité a des conséquences néfastes sur la vie des femmes et des jeunes filles :
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- La stigmatisation : Les femmes et les jeunes filles peuvent se sentir honteuses et mal à l'aise à cause de leurs règles.
- La précarité menstruelle : La difficulté d'accès aux protections hygiéniques peut entraîner des problèmes de santé et d'hygiène.
- L'impact sur la santé mentale : La stigmatisation et le manque de soutien peuvent avoir un impact négatif sur la santé mentale des femmes et des jeunes filles.
La précarité menstruelle : une réalité préoccupante
La précarité menstruelle désigne la difficulté à se procurer des produits d’hygiène intime de première nécessité et donc à vivre dignement ses règles. 500 millions de femmes à travers le monde seraient concernées par ces difficultés chaque mois. En Bretagne comme ailleurs, la précarité menstruelle est une réalité qui concerne des femmes et des jeunes filles.
Les femmes sans-abri sont particulièrement vulnérables à la précarité menstruelle. L’accès aux protections périodiques, le change de ces dernières pendant la journée ainsi que le soin du corps en l’absence d’espace privé ou d’accès à l’eau constituent de nombreux écueils. Elles doivent se débrouiller pour gérer leurs règles dans ces circonstances défavorables, tout en essayant de répondre aux exigences sociales de présentation de soi et de souscrire ainsi aux normes intériorisées de propreté.
La vie précaire rend difficile l’accès à ces « technologies de passage », ce qui n’est pas sans impact sur le sentiment d’identité des femmes concernées. En effet, l’une de leurs préoccupations centrales est de trouver des moyens pour que le sang passe inaperçu. Pour certaines, ne pas réussir à utiliser des protections devient source de souffrance et de mésestime de soi.
Les douleurs menstruelles : un sujet minimisé
On a longtemps considéré que cette souffrance allait de pair avec les règles et que les « malheureuses » devaient prendre leur mal en patience pendant cette période. Les douleurs menstruelles peuvent avoir plusieurs origines et être ressenties à différents moments du cycle. Si vos douleurs vous empêchent de vivre une vie normale, il est essentiel de ne pas rester seul∙e et d’agir.
Pourtant, près d’une femme sur deux souffre de règles douloureuses. Ce taux s’élève à 60% chez les plus jeunes femmes, âgées de 15 à 19 ans, dont 20% déclarant avoir des règles très douloureuses. Malgré les récents progrès dans la reconnaissance des maladies gynécologiques comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques, le fait qu’une proportion massive de Françaises soit encore réduite à subir ces complications lors de leur cycle menstruel témoigne d’un manque de prise en compte du vécu des femmes par la société et le corps médical.
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Les initiatives pour briser les tabous et promouvoir l'égalité
Face à ces constats, des initiatives se multiplient pour briser les tabous et promouvoir l'égalité en matière de menstruations.
- L'éducation : Des associations et des organisations mettent en place des programmes d'éducation sur les menstruations dans les écoles et les communautés. La Région ayant mis à disposition des distributeurs de protections hygiéniques gratuites et écologiques dans plus d’une centaine de lycées bretons, nous avons décidé de venir compléter ce dispositif par la réalisation de vidéos de sensibilisation. La première vidéo revient sur le fonctionnement biologique des règles et les tabous qui l’entourent.
- La sensibilisation : Des campagnes de sensibilisation sont menées pour informer le public sur les menstruations et lutter contre la stigmatisation. Un projet créé par Angèle Marrey, Justine Courtot et Myriam Attia présente de manière ludique, pédagogique et sans tabou le phénomène de menstruations.
- L'accès aux protections hygiéniques : Des initiatives sont mises en place pour faciliter l'accès aux protections hygiéniques pour les femmes et les jeunes filles en situation de précarité. La Région a d’abord mené une expérimentation au sein d’une quinzaine de lycées, expérimentation qui a été très favorablement accueillie et a atteint ses objectifs. De son côté, le Conseil régional des jeunes (CRJ), très engagé sur les questions d’égalité, a incité la collectivité à généraliser rapidement le dispositif, pour que tout∙e∙s les lycéen∙ne∙s puissent en bénéficier. La Région n’est pas seule dans cette aventure. Elle s’appuie sur la société Marguerite et Compagnie qui, en tant que partenaire, apporte son expertise et fournit le matériel et les protections. Pour répondre aux engagements de la Région, les protections hygiéniques proposées par Marguerite et Cie sont saines, sans plastique et biodégradables. L’installation des distributeurs a démarré en mars 2022.
- La recherche : Des recherches sont menées pour mieux comprendre les menstruations et leurs impacts sur la santé et le bien-être des femmes.
L'évolution des représentations sociales : un long chemin
Les représentations sociales des règles se sont modifiées et le marché des protections périodiques y a significativement contribué.
Au cours des décennies suivantes, la qualification du problème que représentent les règles pour les femmes se déplace : d’un enjeu d’hygiène, on passe à une inquiétude sur le confort et la mobilité, ce qui est toujours l’angle marketing principal aujourd’hui. La vertu désodorisante des serviettes devient également un argument central de vente. Le rôle des protections périodiques est de permettre que les règles demeurent invisibles et inodores, dissimulées, en absorbant non seulement le sang mais aussi l’inquiétude d’éventuelles « fuites ». Les vêtements blancs deviennent l’attribut incontournable des messages publicitaires, aujourd’hui encore.
Conclusion
Les menstruations sont un phénomène naturel qui concerne la moitié de l'humanité. Il est essentiel de briser les tabous et de lutter contre la stigmatisation pour permettre aux femmes et aux jeunes filles de vivre leurs règles dignement et en toute sérénité. Les initiatives en faveur de l'éducation, de la sensibilisation et de l'accès aux protections hygiéniques sont essentielles pour promouvoir l'égalité et améliorer la santé et le bien-être des femmes.
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