L'anémie post-partum est une condition courante qui peut affecter significativement la santé et le bien-être des mères après l'accouchement. Cet article vise à fournir une vue d'ensemble des recommandations actuelles pour la prise en charge de l'anémie post-partum, en tenant compte des causes, du diagnostic et des options de traitement disponibles.
Définition et contexte de l'anémie post-partum
L’anémie chez la femme enceinte se définit différemment de celle en dehors de la grossesse, en raison de la dilution physiologique du perpartum. Au cours de la grossesse, le volume plasmatique augmente progressivement, atteignant son maximum entre 32 et 34 semaines d'aménorrhée (SA). Cette augmentation est supérieure à celle de la masse des globules rouges, entraînant une diminution du taux d’hémoglobine, de l’hématocrite et de la numération des globules rouges. Ainsi, les seuils d'hémoglobine définissant l'anémie varient selon le trimestre de la grossesse.
L'anémie post-partum est souvent la conséquence d'une anémie ferriprive non traitée pendant la grossesse et/ou de pertes sanguines importantes lors de l'accouchement ou dans les jours qui suivent.
Causes de l'anémie post-partum
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à l'anémie post-partum :
- Carence martiale : La carence martiale est la cause la plus fréquente d’anémie chez la femme enceinte, représentant plus de 90 % des cas. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 25,5 % des femmes en âge de procréer sont carencées en fer, ce qui signifie qu'elles ont des réserves insuffisantes dès le début de la grossesse. Les besoins en fer augmentent considérablement pendant la grossesse pour soutenir la synthèse de l'hémoglobine, la croissance fœtale, le développement placentaire et compenser les pertes sanguines lors de l'accouchement. La lactation en post-partum nécessite également un apport supplémentaire de fer.
- Hémorragies du post-partum (HPP) : L'hémorragie du post-partum (HPP) est définie par des pertes sanguines supérieures ou égales à 500 mL après l'accouchement et touche 5 à 10 % des accouchements. Bien que la mesure précise des pertes sanguines soit difficile en pratique clinique, l'HPP contribue significativement à l'anémie post-partum.
- Autres causes : Dans certains cas, l'anémie peut être liée à des hémoglobinopathies (drépanocytose, hémoglobinose S-C, bêta- et alpha-thalassémies), en particulier chez les femmes originaires de certaines régions du monde (Méditerranée, Moyen-Orient, Extrême-Orient, Afrique, Caraïbes et Océan Indien). Les carences en folates et en vitamine B12 peuvent également être responsables d'anémies macrocytaires.
Dépistage et diagnostic
En France, le dépistage de l’anémie par un hémogramme est systématique et obligatoire au 6e mois de grossesse (entre 25 et 28 SA) pour toutes les femmes enceintes depuis 1992. Cependant, le dépistage de l'anémie devrait idéalement commencer dès la période préconceptionnelle, car une femme sur quatre en âge de procréer est à risque de carence martiale ou de faibles réserves en fer en France.
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Le diagnostic de l'anémie post-partum repose sur un hémogramme, qui permet de mesurer le taux d'hémoglobine. En post-partum, une hémoglobinémie inférieure à un certain seuil (généralement 10 g/dL, mais cela peut varier) indique une anémie. Il est important de rechercher la cause de l'anémie, notamment en évaluant les réserves en fer (ferritine plasmatique) et en recherchant d'autres causes possibles.
Impact de l'anémie post-partum
L'anémie post-partum peut avoir des conséquences significatives pour la mère et l'enfant :
- Morbidité maternelle : L’anémie augmente le risque de morbidité maternelle (physique et psychique). Elle majore le risque d’accouchement par césarienne, d’infection intra-utérine, d’hémorragie du post-partum et de transfusion en péri-partum.
- Dépression post-partum : La dépression du postpartum touche près de 20% des femmes après un accouchement. Le risque de dépression du postpartum est augmenté chez les femmes qui présentent une anémie, définie par un taux d’hémoglobine bas, inférieur à 11,0 g/dL.
- Conséquences pour l'enfant : Les conséquences physiques et psychiques péjoratives de l’anémie pour la mère et l’enfant concernent également la période du post-partum.
Recommandations pour la prise en charge
La prise en charge de l'anémie post-partum dépend de la sévérité de l'anémie et de sa cause sous-jacente. Les principales options de traitement sont les suivantes :
Supplémentation en fer
- Fer oral : Si l’hémoglobine est comprise entre 8 et 11 g/dL, une supplémentation en fer per os est prescrite, associée à la prise d’acide folique pendant trois mois ; l’efficacité du traitement est contrôlée à un mois par un hémogramme. La prise de fer per os a des effets indésirables gastro-intestinaux bénins tels que douleurs abdominales, constipation, diarrhée, coloration des selles en noir, nausées, conduisant fréquemment à une inobservance du traitement. En cas de mauvaise tolérance digestive, une prise discontinue (un jour sur deux) peut être proposée.
- Fer intraveineux : Si l’hémoglobine est inférieure à 8 g/dL, il faut envisager une cure de fer par voie intraveineuse ou une transfusion, selon la tolérance clinique. L’administration de fer par voie intraveineuse permet une correction plus rapide de l’anémie ferriprive (2 à 3 semaines) par rapport au fer per os, et les effets indésirables sont généralement mineurs. Contrairement à la supplémentation par voie orale, le dosage de la ferritine plasmatique doit être systématique avant l’injection. Il n’est pas nécessaire de poursuivre la supplémentation en fer per os après une cure de fer par voie intraveineuse. Une étude rétrospective a montré un gain moyen d’hémoglobine avec un traitement par fer intraveineux de 1,9 g/dl en 7 jours et de 3,1 g/dl en 14 jours sans effet secondaire grave.
Transfusion sanguine
Dans les cas d'anémie sévère avec mauvaise tolérance clinique, une transfusion sanguine peut être nécessaire pour augmenter rapidement le taux d'hémoglobine.
Prise en charge des hémorragies du post-partum
La prise en charge des hémorragies du post-partum (HPP) est essentielle pour prévenir et traiter l'anémie post-partum. Elle comprend des mesures pharmacologiques (ocytociques, acide tranexamique) et, dans certains cas, des interventions chirurgicales.
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Autres mesures
Une alimentation riche en fer (viande rouge, légumes verts, légumineuses) peut contribuer à améliorer les réserves en fer. Dans certains cas, une supplémentation en folates et en vitamine B12 peut être nécessaire.
Rôle du pharmacien
Le pharmacien d’officine a un rôle essentiel dans la prévention de l’anémie du post-partum, tout d’abord pendant la grossesse, lorsque la femme enceinte se présente à la pharmacie avec une prescription de fer per os. En effet, la bonne compréhension du traitement et les conseils associés sont primordiaux pour une bonne adhérence de la patiente au traitement et donc une meilleure efficacité.
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