L'élevage ovin, axé sur la valorisation des prairies, se divise en production de viande (troupeaux allaitants) et de lait (troupeaux laitiers). La brebis, animal saisonné dont le cycle de reproduction est influencé par les saisons, donne naissance à son premier agneau vers l'âge d'un an, généralement en début d'année. La gestion de l'alimentation de la brebis allaitante est cruciale pour assurer la santé de la mère, la vigueur des agneaux et la rentabilité de l'élevage. Cet article détaille les besoins nutritionnels des brebis allaitantes, en mettant l'accent sur les différentes phases de leur cycle de production.
Besoins Nutritionnels en Fonction du Stade Physiologique
Les besoins nutritionnels d'une brebis varient considérablement en fonction de son stade physiologique : gestation, lactation, période de repos (tarissement) et lutte.
Besoins en Début et Milieu de Gestation
S’il n’y a pas d’objectif de remise en état, une brebis en milieu de gestation (soit jusqu’à 6 semaines avant l’agnelage) est peu exigente au niveau alimentaire. En effet, ses besoins s’établissent à 0,8 UFL et 60 g de PDI par jour pour un poids de 70 kg et un état corporel de 2,5 à 3,5 sur une grille de 0 à 5, de très maigre à très grasse. Ainsi, des brebis en bon état en bergerie s’entretiennent avec une ration exclusivement à base de foin moyen de première coupe et sans légumineuses. Par contre, 200 à 300 g de céréales sont nécessaires si les brebis présentent un état corporel inférieur ou égal à deux.
Besoins en Fin de Gestation : Une Période Cruciale
Un focus a été fait sur l’importance de l’alimentation des brebis en fin de gestation. Laurent Solas, conseiller ovin à la chambre d’agriculture a rappelé que cette période est cruciale. C’est l’un des premiers axes de travail pour baisser la mortalité des agneaux. « Une bonne alimentation de la brebis, c’est une bonne production laitière, c’est un poids de naissance satisfaisant pour la suite et une bonne vigueur de l’agneau. N’oublions pas qu’une variation de 1 kilo du poids de naissance c’est un écart de 1 kilo du poids de carcasse. Pour arriver à un bon poids de naissance (entre 3,5 et 4 kilos pour les doubles et même les triples), à un mois et demi à trois semaines de l’agnelage, une brebis de 70 kilos a des besoins en UF de 0,9. Durant les trois dernières semaines, les besoins augmentent à 1,4UF. Au niveau des PDIN, les besoins à un mois et demi à trois semaines de l’agnelage s’élèvent à 100 g puis à 150 g durant les trois dernières semaines.
Pendant le dernier mois de gestation, l’alimentation des brebis est critique. Stimuler l’immunité passive transmise via le colostrum aux jeunes agneaux. Selon les résultats d’une étude réalisée au Ciirpo, un déficit alimentaire énergétique et azoté de 20 % (soit entre 200 et 300 g d’aliment en concentré en moins par jour) au cours des six dernières semaines de gestation a des conséquences importantes dès l’agnelage. Le poids des agneaux et leur vigueur sont directement impactés. Les agneaux lourds à la naissance donnent les plus belles carcasses. Les brebis nourries conformément à leurs besoins agnèlent plus facilement (14 % de brebis en plus qui agnèlent sans aide, 9 % de brebis en moins avec un agnelage difficile). Leurs agneaux sont plus lourds de 690 g à la naissance, et les aides majeures à la tétée, c’est-à-dire plus d’une fois pour le même agneau, sont diminuées de 19 %. L’alimentation en fin de gestation a donc un impact direct sur le nombre d’agneaux produits. De plus, des agneaux plus lourds à la naissance ont la capacité de présenter des poids de carcasse supérieurs sans augmenter l’état d’engraissement. Les impacts de l’alimentation de la brebis en fin de gestation sont donc importants sur le produit agneau de l’élevage. La facilité d’agnelage et les aides à la tétée ont des conséquences importantes sur le travail de l’éleveur.
Lire aussi: Conseils nutrition nourrisson
Besoins en Lactation
Les besoins nutritionnels sont les plus élevés pendant la lactation, en particulier durant les premières semaines après l'agnelage. Les brebis ont besoin d'une alimentation riche en énergie et en protéines pour produire suffisamment de lait pour leurs agneaux.
Besoins Pendant la Période de Repos (Tarrissement) et la Lutte
La meilleure solution pour ne pas avoir des brebis maigres aux deux stades clefs que sont la mise à la reproduction et la fin de gestation est de ne pas les laisser maigrir en amont. Les brebis taries ou en milieu de gestation se satisfont de foin de qualité moyenne, à condition toutefois qu’elles soient en bon état corporel (notes de 3 ou plus sur une échelle de 0 à 5). Les brebis maigres sont alors triées et complémentées à raison de 300 g de céréales par brebis et par jour. Si les brebis qui vont être prochainement mises en lutte sont en bon état (notes de 3 ou plus sur une échelle de 0 à 5), il est inutile d’ajouter des céréales à la ration déjà composée de foin. Si elles ne maigrissent pas pendant la période de lutte, elles seront aussi fertiles. Le taux de prolificité ne sera pas diminué non plus sans apport de céréales pour assurer un flushing. Il restera de toute façon inférieur à celui de luttes avec de l’herbe pâturée.
Les Composantes de la Ration Alimentaire
La ration alimentaire des brebis est essentiellement constituée de fourrages, complétés par des concentrés et des minéraux.
Fourrages
La ration alimentaire est essentiellement constituée de fourrages. Il en existe plusieurs types qui se distinguent par leur mode de conservation :
- Les fourrages verts directement pâturés par les animaux pendant la belle saison : herbe, luzerne, colza, … ;
- Les fourrages récoltés et conservés pour une consommation pendant l’hiver, parmi lesquels :
- les fourrages secs comme le foin (herbe fauchée puis séchée sur le pré avant sa récolte), ou encore la paille ;
- les fourrages ensilés, stockés après broyage dans un silo et conservés par acidification en l’absence d’oxygène (ensilage de maïs, d’herbe, ou occasionnellement de sorgho ou de pulpe de betterave) ;
- les fourrages plus ou moins séchés, conservés à l’abri de l’air dans un film plastique, que les éleveurs appellent l’enrubannage d’herbe ou de légumineuses. C’est un produit intermédiaire entre un foin et un ensilage.
L’herbe tient une place prépondérante dans l'alimentation des ovins (60% en moyenne).
Lire aussi: Alimentation Optimale Vaches Allaitantes
L'Herbe : Le meilleur aliment pour les allaitantes reste l’herbe. L’herbe pâturée est très bien car plus équilibrée qu’une céréale. Quelque soit la saison, printemps ou automne, la valeur alimentaire est identique. L’herbe d’hiver a la valeur alimentaire d’un aliment complet. C’est un potentiel à exploiter pour les brebis vides ou en milieu de gestation avec une économie de 5 à 7 euros par animal pour un mois de pâturage par rapport à une conduite en bergerie. Les chargements doivent être limités (3 à 5 brebis par hectare). « Le pâturage hivernal n’a pas d’incidence sur la pousse du printemps.
Le Foin : Au bon foin qui peut provoquer des problèmes de prolapsus s’il n’est pas rationné, il est préférable de distribuer un foin moyen avec une ration bien équilibrée.
L'Enrubannage : L’enrubannage est à proscrire durant cette période car un problème de conservation peut être une source de listeria.
Compléments Alimentaires
Les fourrages ne couvrent pas toujours tous les besoins des ovins. L’éleveur, qui connait ses animaux et sait évaluer leurs besoins, va régulièrement adapter la ration qu’il leur distribue. En particulier, il va la compléter avec des aliments concentrés, d’origine végétale et minérale. Une grande partie des compléments de nature végétale est produite sur l’exploitation, notamment les céréales.
- Concentrés: Les concentrés sont utilisés pour compléter l'apport énergétique et protéique des fourrages. Ils peuvent être constitués de céréales (orge, blé, maïs), de tourteaux (soja, colza, tournesol) ou d'autres sources d'énergie et de protéines.
- Minéraux et Vitamines: Des compléments minéraux (calcium, phosphore) et vitaminiques peuvent être apportés pour assurer une bonne santé et une production optimale.
Un complément protéique est apporté par les tourteaux, obtenus à partir des graines de plantes oléagineuses comme le soja, le lin, le tournesol ou encore le colza, après extraction de l’huile. Un complément énergétique est apporté par des céréales riches en glucides telles que le blé, l’orge et le maïs ou d’autres végétaux tels que les betteraves sous forme de pulpe.
Lire aussi: Enrubannage pour vaches allaitantes : guide pratique
Rationnement et Alternatives Fourragères
Plusieurs alternatives sont envisageables pour économiser le stock de fourrage disponible :
- Rationner le foin et l’enrubannage afin de limiter le gaspillage sans pour autant pénaliser les performances des animaux. Les besoins d’une brebis sont couverts avec 1 à 1,5 kg brut de foin pour une brebis vide et gestante et entre 1,5 et 2 kg pour une femelle qui allaite.
- Opter pour des rations à base de paille pour les agneaux et les agnelles de renouvellement. Pour les brebis à l’entretien, l’apport de 300 à 500 g de céréales suffit avec une ration « paille » dans la mesure où elles sont en bon état.
- Distribuer des rations mixtes, avec par exemple du foin le matin et de la paille le soir pour les brebis en fin de gestation et en lactation. Les quantités de concentré est alors à majorer pour équilibrer la ration
- Acheter des aliments riches en fibres qui autorisent une économie de 40 à 50 % de fourrage grossier. Sur ce sujet, consultez votre distributeur d’aliments pour en déterminer l’intérêt économique par rapport aux autres solutions.
Le troupeau peut également bénéficier d’opportunités avec d’autres surfaces que les prairies dès que la pluie sera revenue, sur l’exploitation ou bien en dehors. C’est le cas par exemple :
- des couverts végétaux semés en intercultures : adaptés à tous les types d’animaux en automne et en hiver sous réserve d’espèces adaptées aux ovins avec par exemple les pois, l’avoine….
- des prairies des bovins : pour les brebis vides ou en milieu de gestation et les agnelles de renouvellement en hiver,
- des vergers, des vignes : pour les brebis vides ou en milieu de gestation en automne et en hiver,
- des surfaces pastorales : pour les brebis à faibles besoins à des saisons diverses selon leur type : bois, landes, friches, pelouses.
Importance de l'Eau
L'eau est un nutriment essentiel pour les brebis, en particulier pendant la lactation. Les brebis doivent avoir accès à de l'eau propre et fraîche en permanence. La quantité d'eau nécessaire varie en fonction de la température ambiante, du stade physiologique et du type d'alimentation.
Gestion de l'Alimentation et Santé des Agneaux
La fin de gestation est une période clé dans la maîtrise de la santé des agneaux. En effet l’alimentation des brebis pendant les six semaines avant la mise bas a des conséquences directes sur la vigueur des agneaux à la naissance, entraînant des répercussions sur le travail à l’agnelage et le revenu des éleveurs.
Colostrum
A la naissance, les agneaux boivent le colostrum, c’est-à-dire le premier lait riche en anticorps maternels qui protègent contre diverses infections.
Alimentation des Agneaux Après la Naissance
Au bout de quelques jours d’allaitement maternel, les agneaux issus d’élevages laitiers consomment un lactoremplaceur - aliment d’allaitement complet et équilibré - qui est un mélange composé de poudre de lait et de compléments nutritionnels, dilué dans de l’eau chaude. Les agneaux sélectionnés pour leur qualité bouchère, en revanche, tètent le lait de leur mère jusqu’au sevrage. A la naissance, chez le jeune agneau comme chez le jeune veau, seule la caillette est développée et leur permet de digérer le lait ou lactoremplaceur qu’ils tètent. Le système digestif de ruminant deviendra fonctionnel au fur et à mesure de l’introduction de végétaux fibreux dans leur régime alimentaire. Après le sevrage, l’agneau valorise aussi bien une alimentation concentrée riche en céréales qu’une alimentation exclusivement à base d’herbe. Les agneaux sont nourris avec des fourrages verts ou des fourrages conservés : foin, paille, maïs-ensilage. Leur aliment de complément est, dans la plupart des cas, constitué de céréales, avec de la graine de soja déshuilée appelée tourteau de soja, aliment très riche en protéines. Ces agneaux sont essentiellement produits dans les zones herbagères du Nord et de l’Ouest du Massif Central. Ils naissent à la fin de l’hiver et tètent leur mère pendant environ trois mois ou plus. Leurs premiers jours se passent en bergerie, le reste de leur existence au pâturage. La plupart sont nourris à l’herbe exclusivement, parfois avec un peu de complémentation en céréales (quelques kilos). Ils sont abattus entre 35 et 40 kg (les mâles étant en général abattus plus lourds) vers 4 à 5 mois d’âge ; cette durée d’engraissement peut s’allonger. Certains (moins de 20 % d’entre eux) sont aussi élevés en bergerie.
Optimisation de la Ration et Économies
Un autre levier consiste à faire coïncider au mieux la qualité du fourrage et les besoins des animaux afin de distribuer le moins d’aliment concentré possible (tableau). Par exemple, les fourrages stockés de très bonne qualité (enrubannage et foin) sont à réserver aux brebis qui allaitent. Les analyses pour déterminer leurs valeurs alimentaires sont alors d’une aide appréciable. Si les stocks d’herbe récoltés ne sont pas suffisants pour passer l’automne et l’hiver, il est possible de commander de la paille supplémentaire. Un camion de 18 tonnes livrées, soit environ 1 700 €, assure la ration de base de 200 brebis pendant 3 mois. Les rations à base de paille sont d’un bon rapport qualité/prix pour les agneaux en bergerie, avec les mêmes quantités de concentré qu’avec du foin de première coupe. La paille peut également de substituer au foin pour les brebis vides et en milieu de gestation avec un apport de céréale et pour les brebis en lactation avec une ration de base mixte foin/paille et un peu plus de concentré.
Suivi et Adaptation de la Ration
L’éleveur, qui connait ses animaux et sait évaluer leurs besoins, va régulièrement adapter la ration qu’il leur distribue.
Note d'État Corporel (NEC)
La note d’état corporel (NEC) permet d’apprécier le niveau de réserves corporelles de l’animal.
Diagnostic de Gestation
Laurent Solas rappelle quelques éléments clés : la pratique de durées courtes de lutte (entre 5 et 6 semaines) et la mise en place de diagnostic de gestation (échographie) à partir de 42-45 jours. « Une échographie coûte 1 euro par brebis et cela tranquillise l’éleveur. Il peut ainsi adapter la ration de fin de gestation entre simple et double. Cela permet également de remettre en lutte les brebis vides et ne pas les alimenter comme les gestantes ». L’échographie permet d’alloter les brebis selon leurs besoins et de bien répartir les qualités de fourrages. Trier les brebis vides et les brebis pleines, c’est une économie de 11 euros par brebis vide.
Vente des Réformes
Trier et vendre les réformes. Avec un marché porteur, il est conseillé de réformer le plus rapidement possible afin de limiter le nombre de brebis non productives sur l’exploitation :
- Lors du constat de gestation : les brebis adultes vides sur lutte d’automne, les récidivistes sur lutte de printemps et d’été,
- A la fin de l’agnelage : les femelles qui n’ont pas d’agneau,
- Au tarissement : les brebis qui ont atteint la limite d’âge, celles qui présentent des mammites et des boiteries etc…
Sauf avec de l’herbe de printemps, engraisser les brebis de réforme coûte trop cher ! Il est donc conseillé de les vendre en l’état.
tags: #ration #brebis #allaitante #besoins #nutritionnels
