Dans le contexte actuel de l'année 2025, marqué par des prix d'aliments élevés, les éleveurs de vaches laitières et allaitantes sont confrontés à la nécessité de réduire leurs coûts alimentaires afin d'améliorer leurs marges. Cet article explore des stratégies d'alimentation axées sur l'utilisation de l'enrubannage, un fourrage conservé, pour optimiser le rationnement des vaches allaitantes, tout en tenant compte des besoins nutritionnels spécifiques à chaque stade de leur cycle de vie. L'objectif est de fournir des informations pratiques et des exemples concrets pour aider les éleveurs à prendre des décisions éclairées en matière d'alimentation.
Besoins Nutritionnels Variables des Vaches Allaitantes
Calculer la ration des vaches allaitantes est une tâche complexe, car leurs besoins évoluent considérablement en fonction de la période dans laquelle elles se trouvent : gestation, sevrage, vêlage, post-vêlage (lactation), reproduction ou post-sevrage. Il est donc essentiel d'adapter la ration en conséquence pour assurer la santé et la productivité des animaux.
Rations Traditionnelles et Alternatives
Traditionnellement, les éleveurs français distribuent à leurs vaches à l'étable une ration à base d'herbe, composée de foin à volonté, complétée par environ 1 kg de blé tendre par jour. Cependant, il est possible d'optimiser cette ration en supprimant le blé tendre, ce qui permet de rééquilibrer l'apport d'énergie (UFL) et de réduire l'excès de protéines. Dans ce cas, les PDIE (protéines digestibles dans l'intestin, calculées à partir de l'énergie) restent élevées grâce à un foin de première coupe, riche en énergie.
Les besoins des vaches allaitantes évoluent au cours de l'hiver, avec une augmentation des besoins en énergie, notamment dans les semaines suivant le vêlage.
Exemple de Ration Classique et Optimisation
Voici un exemple de ration classique pour un troupeau de 50 vaches ou génisses charolaises de 24 mois à l'engrais :
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- 4,27 kg d'ensilage de maïs
- 1,32 kg de paille de blé
- 2,59 kg de maïs
- 2,60 kg de blé tendre
- 1,32 kg de tourteau de soja 48
- 0,3 kg de minéral 10 20 par vache et par jour
Cette ration est généralement bien équilibrée, mais peut offrir un excès de PDIN et PDIE, des protéines issues de l'azote et de l'énergie ingérées. Elle permet d'obtenir de bonnes performances avec un GMQ (Gain de poids Moyen Quotidien des animaux) de 1 260 grammes.
Une ration optimisée pourrait conserver la base de 4,27 kg d'ensilage de maïs et 2,6 kg de blé tendre, mais remplacer le tourteau de soja par de la drèche de blé. L'ajout de maïs épi, considéré comme un fourrage intéressant en termes de rapport qualité-prix en cas de manque d'énergie, peut également être envisagé. Cette seconde ration est plus équilibrée, notamment au niveau des quantités d'azote apportées.
L'Enrubannage : Un Fourrage Clé
L'enrubannage est une méthode de conservation du fourrage qui consiste à envelopper de l'herbe fauchée et préfanée dans des balles en plastique. Cette technique permet de conserver un fourrage de qualité, riche en nutriments, qui peut être utilisé pour l'alimentation des vaches allaitantes, en particulier pendant la période hivernale.
Expérimentations et Résultats
La ferme expérimentale bio de Thorigné-d’Anjou (Maine-et-Loire) a mené des essais intéressants sur la simplification des stratégies alimentaires pour les vaches allaitantes. Les résultats ont montré qu'il est possible de se passer de céréales et de minéraux, à condition de privilégier le pâturage et d'utiliser des fourrages de qualité.
Dans le cadre de ces essais, deux lots de vaches vêlant à l'automne ont été comparés. Le premier lot recevait un fourrage complémentaire de Procer (riche en protéagineux), tandis que le second lot recevait de l'enrubannage de luzerne en 1ère et 2ème coupe. Les résultats ont été positifs pour le second lot, avec une prise de poids des vaches et une satisfaction de leurs besoins nutritionnels. L'enrubannage de luzerne s'est avéré être une solution robuste et efficace.
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En revanche, le premier lot (Procer) a rencontré des problèmes de refus en raison des brins trop longs. Les animaux ont perdu du poids, mais ont réussi à compenser cette perte pendant la période de pâturage suivante. De plus, les vaches ont produit un litre de lait de moins que le lot luzerne, ce qui a eu un impact sur la croissance des veaux.
Suppression de la Complémentation Minérale
Les essais menés sur les vaches de printemps (vêlages fin février) ont également permis de vérifier s'il était possible de se passer de complémentation minérale sur les vaches gestantes. Les résultats ont montré que les performances zootechniques n'étaient pas altérées, à condition que les animaux aient des besoins énergétiques modérés et qu'ils bénéficient d'une période de pâturage.
Deux lots ont été constitués pendant trois hivers avec une ration commune de foin (de qualité modeste, pauvre en azote) et de féverole. Le premier lot n'avait pas de compléments minéraux, tandis que le second en avait. Aucune différence significative n'a été constatée entre les deux lots en termes de performances zootechniques, de conditions de vêlage, de qualité du colostrum, de performances des vaches et de GMQ des veaux.
Ces résultats suggèrent qu'il est possible de se passer de complémentation minérale, sous certaines conditions : période d'hivernage courte, ration de base légèrement déficitaire et accès au pâturage. Cette absence de complémentation minérale permet de simplifier le travail et de réaliser des économies potentielles.
L'Enrubannage pour Réduire les Concentrés et Baisser le Coût d'Engraissement
La ferme expérimentale de Jalogny s'est intéressée à l'engraissement des vaches de réforme avec des rations à base d'herbe enrubannée. Les essais ont montré que l'enrubannage permet de réduire la part de concentrés dans les rations d'engraissement, à condition que l'herbe récoltée soit de qualité suffisante (fauchée tôt).
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Par rapport au foin, l'enrubannage précoce permet d'augmenter la consommation de fourrage et de réduire la part de concentrés jusqu'à 300 kg par vache finie. Cependant, il est important de noter que les charges en engrais et la mécanisation ne sont pas prises en compte dans cette analyse.
La qualité de l'enrubannage est primordiale. Une fauche plus précoce permet de réduire la consommation de céréales de 90 à 230 kg, voire de supprimer le tourteau.
Rations Sèches Fibreuses : Simplification du Travail au Détriment du Coût
L'engraissement des vaches de réforme avec des régimes secs en libre-service permet de simplifier le travail de l'éleveur, mais peut entraîner un surcoût alimentaire. Les essais ont montré que les rations sèches en libre-service permettent des prises de poids plus rapides, mais avec une consommation de fourrage inférieure et une consommation de concentrés plus élevée.
Le surcoût alimentaire peut être trop élevé par rapport à l'économie de mécanisation sur la récolte de foin. Cette technique ne peut être justifiée que par une motivation liée à l'organisation du travail.
Stratégies de Récolte et de Rationnement
Mathieu Aubignac, éleveur de 60 limousines à Neuvic (Corrèze), a mis en place une stratégie d'alimentation qui lui permet de ne pas acheter de concentrés pour ses vaches pendant l'hiver. Cette stratégie repose sur des dates de vêlage avancées et la récolte de fourrages riches.
Mathieu fauche ses prairies jeunes composées de dactyle x ray-grass hybride x trèfle dès que la météo le permet, généralement à la mi-mai (900 °C). Il vise avant tout la qualité, même si la quantité n'est pas optimale. Il récolte environ 3 t de MS/ha et réalise une deuxième coupe en juin, voire un tour de pâturage avant l'été.
Il fauche avec une conditionneuse à fléaux de 3 m, fane le lendemain et enrubanne le fourrage 48 à 72 heures après, lorsqu'il a atteint 60 % de MS. Au cours de l'hiver dernier, le menu des vaches était équilibré avec 6 kg de matière sèche (MS) d’enrubannage de prairies temporaires, 2,5 kg de MS de foin et 4,5 kg de MS d’ensilage de maïs.
Préparation au Vêlage : Une Étape Clé
Le vêlage est une étape capitale pour une vache allaitante, car son veau est son unique production de l'année. Il est donc essentiel de veiller à ce que la vache soit en bon état général afin qu'elle ait un veau en bonne santé, une lactation optimale et un retour en chaleur rapide.
Les besoins de la vache varient considérablement suivant le stade de gestation ou de lactation. En fin de gestation, la vache a des besoins de plus en plus élevés pour assurer la croissance du fœtus et la production de lait. Pour l'énergie, les besoins sont augmentés de 1 à 2 UF pendant les 2 mois précédant le vêlage, soit des besoins de 7 à 9 UF suivant la race, l'état d'entretien ou le gabarit (et de 700 à 850 grammes de PDI par jour).
La ration des bovins doit prendre en compte trois paramètres principaux : la fibrosité pour faire ruminer, les apports énergétique et protéique. En fin de gestation, la capacité d'ingestion diminue en raison du volume du veau. Il est donc important de ne pas rationner les vaches dans le dernier mois de gestation.
Minéralisation et Oligoéléments
Si l'apport de sel est indispensable toute l'année, la minéralisation peut être gérée sur les périodes de besoin spécifique. Pour le calcium et le phosphore, une distribution sur les 4 mois entourant le vêlage est souvent suffisante en élevage allaitant. Le choix de la composition se fera en fonction de la ration.
Les oligoéléments jouent un rôle déterminant dans la santé des animaux, par leur pouvoir anti-oxydant, leur rôle dans le fonctionnement des hormones ou l'immunité. Les carences les plus importantes observées concernent le sélénium, l'iode et le cuivre.
Gestion de l'Eau et du Parasitisme
L'eau est une composante majeure de la ration. Une eau de mauvaise qualité conduit à une baisse de l'ingestion pouvant aller jusqu'à 30 %. Ce point est donc particulièrement important en fin de gestation.
Les parasites internes des bovins spolient les animaux à plusieurs niveaux : baisse de croissance et de production, forte consommation d'oligoéléments et baisse des défenses immunitaires. Il est donc important de mettre en place des traitements antiparasitaires adaptés.
Adaptation des Rations aux Besoins des Animaux
Pour ajuster au mieux les rations aux besoins des animaux, il est essentiel de faire coïncider au mieux la qualité des fourrages aux besoins des animaux afin de réduire les quantités de concentrés à apporter. Les fourrages stockés de bonne qualité sous forme d’enrubannage et de foin sont à réserver aux vaches en lactation.
Stratégies en Cas de Déficit Fourrager
En cas de déficit fourrager, le premier levier est d'anticiper les ventes des animaux à réformer. L'objectif est de réserver l'herbe encore disponible aux reproductrices qui ont souffert du déficit fourrager. Il est également possible de remplacer la paille de litière par une autre matière première, partiellement ou totalement, comme l'exemple des plaquettes de bois.
Une repousse d'herbe automnale est encore possible et pourrait en partie compenser les déficits fourragers actuels. Pour profiter au mieux des prochaines pluies, il est important de laisser le temps aux prairies de récupérer. Une fois les prairies bien reparties, il est recommandé de reprendre un pâturage tournant pour offrir aux vaches une herbe de qualité, propice à la reconstitution de leurs réserves corporelles.
Optimisation de l'Engraissement des Bœufs
Afin de conserver l'autonomie alimentaire de l'atelier bovin allaitant, l'éleveur peut être amené à diminuer le nombre de vaches au profit des animaux à l'engraissement. Les bœufs sont conduits au moindre coût, dans un objectif de valoriser au maximum l'herbe.
Les croissances hivernales sont limitées à 600 grammes par jour maximum, afin de profiter de la croissance compensatrice au pâturage suivant. Celle-ci pourra atteindre plus de 1 000 grammes par jour au printemps uniquement avec l'herbe.
Exemple de Ration d'Engraissement
La ration du premier hiver est constituée de 6 Kg de foin et de 0,8 Kg d’un mélange orge-féverole (ou autre mélange céréales-protéagineux) par animal et par jour. La ration du deuxième hiver peut être constituée de 9 Kg de foin (soit à volonté) par animal et par jour et 0,6 Kg d’orge-féverole (ou céréales-protéagineux).
La phase de finition dure 4 à 5 mois avec un concentré constitué uniquement de céréales, qui suffisent à équilibrer la ration. La finition peut être basée sur le foin comme unique fourrage. Dans ce cas, pendant la finition, la ration est complétée par du concentré dont la quantité est plafonnée à 5,5 Kg par jour, en commençant par en distribuer 3 Kg par jour et en augmentant de 1 Kg par semaine.
Pour réaliser ces rations, il est nécessaire d’avoir un foin et/ou un enrubannage de bonne qualité.
Étude de Cas : Le Gaec de Sèvres
À Sazeray aux confins de l’Indre et de la Creuse, Claude et David Yvernault du Gaec de Sèvres conduisent leurs 200 mères charolaises en vêlages groupés. Ils se déroulent sur seulement six semaines en début d’automne. Ce choix de réduire le plus possible la période des mises bas a un impact sur toute la conduite d’élevage, l’alimentation et la gestion du système fourrager.
Pour améliorer l’autonomie de la ration d’engraissement, les deux frères ont modifié la ration de finition des réformes. Pour simplifier la conduite et être compatible avec le temps de travail, les quelque 60 vaches réformées chaque année continuent à être finies en bâtiment où elles sont scindées en trois lots. Après avoir nourri leur veau tout au long de l’hiver au cours duquel leur ration se compose d’une association foin et enrubannage, elles sont globalement en bon état en début d’engraissement.
Pour obtenir de bons résultats avec ce type de ration, il est indispensable de disposer d’un enrubannage de toute première qualité, récolté tôt avec d’excellentes valeurs alimentaires. En 2021, ils ont enrubanné leurs premières bottes le 30 mars. D’après les analyses, la teneur en matières azotées totales était de 14 %. C’est ce qui a permis de faire de réelles économies sur les achats de tourteaux et céréales.
Bien que récolter une forte proportion d’enrubannage ait forcément un coût comparativement à du foin, cela représente quand même de sacrées économies. Le poids moyen de carcasse de ces vaches de réforme a en revanche reculé d’une vingtaine de kilos. Il est passé de 494 kg en 2020 à 472 en 2021 alors que le potentiel des animaux est très similaire.
Désormais, ils fauchent pour récolter en enrubannage ou en foin autour de 250 hectares par an en incluant dans ce chiffre des secondes et troisièmes coupes. L’autre impact positif de ce changement de stratégie pour les dates de récolte est la propreté des parcelles.
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