Rachel Arditi, née à Paris, est une artiste aux multiples talents, naviguant avec aisance entre le théâtre, le cinéma et l'écriture. Fille du peintre marseillais Georges Arditi et demi-sœur du célèbre comédien Pierre Arditi, elle a grandi dans un environnement artistique stimulant qui a naturellement influencé son parcours. Cet article explore sa vie, sa carrière et son œuvre, en mettant en lumière les liens familiaux qui l'ont façonnée et les thèmes qui lui sont chers.

Un héritage familial artistique

Rachel Arditi est la fille cadette du peintre Georges Arditi, figure marquante de la scène artistique marseillaise. Elle est également la demi-sœur de Pierre et Catherine Arditi. Elle a grandi dans un univers imprégné d'art, entourée de ses frères et sœurs, tous acteurs. Cette atmosphère familiale a nourri sa vocation artistique et l'a encouragée à suivre les traces de ses aînés.

Petite, Rachel avait un lien fusionnel avec son père, le peintre Georges Arditi. Elle se souvient avec tendresse de cette époque où elle passait du temps dans son atelier, observant son travail et s'imprégnant de son univers créatif. Aujourd'hui, elle contribue à faire redécouvrir l'œuvre de son père au grand public, notamment à travers une grande exposition qui lui est consacrée au musée de la Piscine à Roubaix et au musée Estrine à Saint-Rémy-de-Provence.

Débuts et parcours de comédienne

C'est tout naturellement que Rachel aspire rapidement à suivre la voie tracée par ses aînés, et la brunette fait ses armes dans un cours de théâtre de la capitale. Baignant depuis toujours dans le monde des arts, elle s’intéresse tout naturellement à ce milieu et, tout comme son frère, elle décide de se lancer comme comédienne. Rachel suit une formation dans un cours de théâtre à Paris avant de faire ses premières armes d’actrice sur les planches. Dès 2001, son frère aimerait jouer à ses côtés et lui proposer un petit rôle dans sa série Sauveur Giordano, mais Rachel est trop jeune pour jouer le rôle qu’il a en tête.

Rachel Arditi fait ses premiers pas sur les planches avant de se tourner vers le petit et le grand écran. En 2009, elle décroche son premier petit rôle au grand écran et apparaît dans la série comique d’Alexandre Astier Kaamelott. Elle apparaît notamment dans la série humoristique Kaamelott. Deux ans plus tard, elle fait ses débuts au cinéma dans Le petit Poucet avant de jouer aux côtés de Charlotte Le Bon dans La Stratégie de la poussette. En 2011, Rachel joue aux côtés de son frère aîné dans la série Le Sang de la vigne, diffusée sur France 3. Rachel incarne le rôle de la fille de son frère, Pierre Arditi, un vigneron qui tâche de préserver son domaine des aléas de la crise. En 2011, la jeune femme fait son retour sur le petit écran en donnant la réplique à son frère dans Le Sang de la vigne, où elle interprète Margaux… sa fille. En 2013, elle tourne pour le cinéma dans La Stratégie de la poussette, une comédie avec Charlotte Le Bon.

Lire aussi: En savoir plus sur Rachel Binhas

En 2013, Rachel renoue avec le grand écran et apparaît dans Les Gazelles de Mona Achache. En 2014, Rachel reprend son indépendance et revient au cinéma en décrochant un rôle dans le film Les Gazelles. En 2014, elle tourne pour le cinéma dans Les Gazelles, de Mona Achache. En parallèle, elle continue de tourner dans de multiples téléfilms. A la télévision, elle apparaît notamment dans la série humoristique Kaamelott. On la voit dans le téléfilm A la maison pour Noël en 2011, avec Virginie Efira. En 2016, elle poursuit sa carrière sur les planches comme au cinéma.

Si elle rejoint les castings de téléfilms en commençant par Jack a dit en 2007, elle n'abandonne pas pour autant la scène.

"J'ai tout dans ma tête" : Un premier roman lumineux

Rachel Arditi est également l'auteure d'un roman intitulé "J'ai tout dans ma tête", publié chez Flammarion. C'est un roman joyeux sur un sujet tragique. Rachel Arditi, comédienne (le théâtre est une affaire de famille : elle est la sœur de Pierre Arditi), consacre son premier livre, J'ai tout dans ma tête, à son père, le peintre Georges Arditi, et à la maladie d'Alzheimer qui l'a emporté en 2012. Il faut voir Rachel Arditi parler de ce père adoré : ses grands yeux bruns s'illuminent, brillent, tantôt de joie, tantôt de tristesse, parfois des deux à la fois. Derrière le beau visage de la jeune femme, expressif, émotif, l'enfant Rachel rôde encore, tendre et sincère. On sent que c'est elle, aussi, qui prend la plume pour écrire ce fantastique roman : la petite fille qui ne se remet pas de la chance d'avoir eu ce père-là, penchée sur l'épaule de l'adulte qui lui rend hommage.

Dans son roman, le personnage principal, une héroïne elle aussi comédienne dont la carrière ne décolle pas vraiment, espère ardemment jouer le rôle de Tatiana dans une adaptation théâtrale du roman de Pouchkine Eugène Onéguine. Quand elle ne travaille pas à ce projet d'adaptation, que lui a confié une amie metteuse en scène, elle se rend à la maison de retraite pour artistes où son père est résident. Ce roman explore deux douleurs : celle de devoir se frayer un chemin dans un milieu professionnel qui ne fait aucun cadeau et celle de voir un être cher sombrer dans un mal incurable. Il y avait là de quoi écrire une œuvre déprimante. Mais ces deux épreuves sont éclaboussées par la joie qui irradie tout le texte.

Elle provient d'abord du père, dont la fille dit qu'il a eu un « Alzheimer joyeux », sans que l'on sache s'il a vraiment « perdu la tête », comme on le dit, avec grâce et sans violence, ou si cette perception n'est pas liée à l'immense amour que lui porte sa fille, et au regard si tendre qu'elle pose sur le vieil homme en perte de repères. Elle relève ses bizarreries, note la poésie de ses errances, témoigne de la force du lien qui, malgré les absences, perdure et se tisse plus serré encore. La joie du livre est également dans la force de son héroïne, qui avance aussi droit qu'elle le peut dans un monde bien souvent tordu.

Lire aussi: Rachel Garrat-Valcarcel : une journaliste engagée

On ne lui fait pas de cadeau ? Qu'importe. Le trésor, elle l'a déjà : c'est la fierté d'être soi, dernier don que lui abandonne son père, celui qui jamais ne la quittera. La joie du livre, enfin, est dans les mots de l'autrice, qui sait faire naître la fantaisie partout, cultive dans le texte un doux sourire qui berce et porte le lecteur. Sa plume est caressante, parfois mordante - jamais cruelle, certainement pas amère. Derrière ce roman de théâtre et de poésie, d'amour, de deuil et de reconnaissance, c'est la naissance d'une écrivaine que l'on célèbre.

Le livre aborde avec sensibilité et humour la maladie d'Alzheimer qui a emporté son père, le peintre Georges Arditi. Rachel Arditi y explore les thèmes de la mémoire, de la filiation et du deuil, tout en célébrant la joie et la vitalité de son père.

Genèse du roman

Rachel Arditi : J'avais très envie d'écrire sur mon père depuis longtemps. D'abord parce que c'était quelqu'un de très romanesque par nature, truculent, vif, d'une liberté d'esprit totale. Le personnage m'a toujours beaucoup amusée, j'étais un peu au théâtre quand je l'écoutais parler, que je le regardais vivre. L'autre raison est que, quand on lui a diagnostiqué Alzheimer - il était déjà très âgé, il avait 89 ans -, j'ai éprouvé la nécessité de tout noter, tout consigner, pour lutter contre la perte, dans tous les sens du terme. Plus il perdait ses mots, plus j'écrivais. Je voulais saisir mon père avant qu'il ne m'échappe. Le fixer. J'écrivais contre la mort.

C'est finalement un travail de deuil que j'ai effectué, mais sans en avoir conscience, et de façon anticipée puisqu'il était encore vivant. Pendant longtemps, je n'ai rien fait de tout ce que j'avais écrit. Et puis, des années après sa mort, j'ai traversé une période douloureuse dans mon métier d'actrice, comme si, d'un coup, je perdais toutes mes illusions, que tous mes rêves s'étaient écroulés. Cela a tout déclenché : j'avais envie de raconter comment un deuil, réel ou symbolique, peut dans le même temps ouvrir quelque chose dans l'existence. Finalement, comment un deuil est aussi une (re)naissance.

Un rapport "ouvrier" à la langue

Rachel Arditi : J'ai toujours eu un rapport « ouvrier » à la langue. Enfant, je voulais être à la fois grammairienne et philologue. Ce que ça signifiait était à la fois vague et extrêmement précis : j'aimais analyser le langage, l'observer en tant que pensée, décortiquer les phrases, les mots, etc. C'était un matériau très concret : comme de petits outils. Mon tout premier choc littéraire, je crois que c'est La Vie devant soi, de Romain Gary, lu à 16 ans. Outre l'émotion, la drôlerie, j'étais bouleversée de constater qu'on pouvait réinventer la langue, utiliser ses composants d'une façon nouvelle pour créer un matériau inédit.

Lire aussi: Vie de Rachel Legrain-Trapani, Miss France

Pendant ses études de lettres modernes à Paris-VII, elle a beaucoup lu. J'ai découvert pêle-mêle Georges Perec, Fiodor Dostoïevski, Marcel Proust, François-René de Chateaubriand, mais aussi Yasunari Kawabata, John Fante (que j'ai lu de façon frénétique et exclusive pendant plusieurs mois) et enfin Roland Barthes, qui a été très fondateur. Tout comme avec Proust, je me sentais plus intelligente en le lisant et je n'avais plus peur de suivre le chemin de ma pensée : elle n'était pas un territoire abstrait et confus mais, au contraire, un terrain de promenade dans ma tête dans lequel je pouvais circuler librement. Proust et Barthes ont ça en commun pour moi : contrairement aux apparences, ils ne sont ni compliqués ni cérébraux, mais au contraire très concrets.

Au fond, écrire, c’est ça : parler librement, sans quiconque pour vous couper la parole.

Pour autant, elle n'avait pas spécialement le projet d'écrire. C'est plus tard, quand je me suis mise à travailler sur ce livre, que je me suis rendu compte que mon ordinateur était rempli de projets commencés, plus ou moins développés, dont certains contenaient en germe des thématiques que j'ai abordées. Je ne m'étais jamais formulé que j'écrivais, parce que je ne me l'autorisais pas. Au fil de l'écriture, et en constatant que je m'étais astreinte si facilement à un travail journalier, j'ai compris, admis, que j'étais en train d'écrire un livre. Et, tout le temps qu'a duré l'écriture, je n'ai eu qu'une obsession : que ce que j'écrivais soit conforme à ce que je voulais dire.

Au fond, écrire, c'est ça : parler librement, sans quiconque pour vous couper la parole. Mon unique problématique, quand j'écrivais, était d'aller au bout de ma pensée. Comme ces personnages dans les pièces de Lagarce qui disent en même temps qu'ils formulent leur pensée « ce que je veux dire, ce que je veux te dire, et maintenant je veux aller au bout de ma pensée, ce que je veux te dire depuis le début »,etc. Bien entendu, le mec est toujours interrompu. C'est le cauchemar des rapports entre les humains. La littérature a cet avantage sur la vie : personne ne peut vous empêcher de parler !

Articulation des thèmes

Rachel Arditi articule deux sujets : la carrière de comédienne de la narratrice, son rêve d'incarner Tatiana dans Eugène Onéguine, et la maladie d'Alzheimer de son père. Effectivement, les deux sujets n'ont a priori rien à voir entre eux. Il fallait donc trouver une manière de les articuler. Mon outil a été l'adaptation, au sens propre comme au figuré, avec toutes ses nuances. La narratrice se voit confier l'adaptation d'Eugène Onéguine pour le théâtre. Elle accepte ce travail, qui lui est parfaitement étranger, dans l'espoir que la metteuse en scène lui confiera le rôle de Tatiana. De l'autre côté, il y a ce père que la maladie affaiblit, et que la narratrice voit petit à petit disparaître. Elle est dans une double adaptation : à la foi concrète - celle d'un texte littéraire - et symbolique à une réalité imminente, la mort de son père.

Mais l'adaptation ultime pour elle, c'est encore la découverte d'une part d'elle-même qu'elle n'avait pas prévue : son rapport à l'écriture, qui fait, grâce à Eugène Onéguine, une entrée fracassante dans sa vie. Elle découvre qu'il est peut-être plus confortable pour elle de regarder le monde, de l'écrire, plutôt que d'être regardée. Elle prend plaisir à être celle qui regarde, et non pas (ou pas seulement) celle qui est regardée. C'est une autre forme d'adaptation. Elle s'adapte intérieurement à de nouvelles dimensions intimes, en quelque sorte. C'est le sens le plus poétique du mot « adaptation », celui qui traverse le texte dans toutes ses dimensions.

L'écriture comme chemin de liberté

Écrire ce livre m’a ouvert un chemin de liberté que je n’avais jamais connu avant de cette façon.

Être comédienne, est-ce souffrir ? C'est un métier merveilleux, mais il faut être effectivement armé ! Plus que dans n'importe quel métier, on est l'objet de son propre commerce. Ce qu'on vend, ce n'est pas seulement une compétence, c'est soi-même : le corps de l'acteur se confond avec un rôle, il en est l'incarnation immédiate et visible. Donc oui, c'est un métier difficile, dans lequel on est sans cesse exposé au regard et par conséquent au désir de l'autre, des autres.

Allez-vous quitter ce métier pour celui d'écrivaine ? Non, mais écrire ce livre m'a ouvert un chemin de liberté que je n'avais jamais connu avant de cette façon. Je ne pourrai désormais plus me passer de cette liberté. Il faut que j'aménage ma vie d'actrice avec cette nouvelle nécessité.

Le roman est drôle, plein de fantaisie. Comment avez-vous cultivé cette joie au cœur même du deuil ? Si on ne rit pas de sa propre misère, on ne peut pas s'en plaindre. Je crois qu'on ne peut se plaindre ou souffrir qu'à condition aussi de pouvoir rire. Sinon, ce n'est ni intéressant ni touchant. C'était très important pour moi de dépasser la douleur de cette façon. Je ne sais pas faire autrement, je crois.

Comment le lien de filiation continue-t-il d'évoluer malgré cette épreuve de l'Alzheimer d'un parent ? Mon père a eu la chance d'avoir un « Alzheimer joyeux ». Il a été très épargné par rapport à d'autres, et d'une certaine façon la maladie lui a même été profitable puisque tous ses rêves les plus fous sont devenus sa réalité, y compris d'aller faire un tour sur la Lune. Je n'ai jamais senti de distance se creuser entre nous. Le pire qui a pu se produire, c'est qu'il ne se souvienne pas de mon prénom, et encore, de façon très transitoire. Mais la nature de notre lien, la tendresse qui circulait entre nous, même dans des moments silencieux, n'ont jamais été altérées. Je pense qu'à la fois j'ai eu de la chance et à la fois j'ai entretenu ce lien précieux jusqu'au bout, en allant le voir souvent, en ne m'effrayant pas de sa diminution, en continuant à observer mon père avec le recul nécessaire dont je parlais plus haut : le rire, l'amusement. Et, plus que tout encore, en tant que terrain poétique.

Regard sur l'œuvre de son père

Avec le temps qui passe, mon regard sur certains tableaux (de mon père) a beaucoup évolué.

Un tableau de vous en tant que petite fille figure sur le bandeau du livre. Quel regard posez-vous sur lui ? J'adore ce portrait. C'est un de ceux que je préfère. Il est très ressemblant. Malheureusement, ceux qu'il a peints par la suite ne sont pas aussi ressemblants. Ce qui n'en fait pas pour autant de mauvais portraits ! Certains, sans être ressemblants, sont très réussis, mais je ne les mettrais pas nécessairement chez moi ! J'ai des avis très arrêtés sur la peinture de mon père. Il y a beaucoup de choses que j'adore, notamment toute cette période de mon enfance, les années 1980, c'est vraiment une peinture magnifique. Mais il y a des choses qui me touchent beaucoup moins…

Cela dit, c'est ce que je trouve génial avec le temps qui passe, mon regard sur certains tableaux a beaucoup évolué, notamment sur sa période abstraite, à laquelle je ne m'intéressais pas du tout plus jeune et que je suis en train de découvrir. Il y a des choses sublimes ! On est en train de préparer une très grande exposition [au musée de la Piscine à Roubaix, du 6 octobre 2023 au 7 janvier 2024, puis au musée Estrine à Saint-Rémy-de-Provence, de fin janvier à fin juillet 2024, NDLR], et c'est l'occasion pour moi de redécouvrir des tas de choses. Et de prendre la mesure, surtout, de l'immense peintre qu'il a été. Mon but aujourd'hui est de faire découvrir ou redécouvrir son œuvre au grand public.

Avez-vous appris des choses sur votre père en écrivant ce livre ? Pas vraiment appris, mais pris la mesure de certaines choses, oui. Ce que j'ai appris, peut-être, est plutôt en quoi on se ressemble fondamentalement : par ce besoin de s'exprimer de façon totalement libre et non contrainte. Lui par la peinture, moi sur scène et, quand ce n'est pas possible sur scène parce que le jeu est par nature soumis à toutes sortes de limites, par l'écriture. C'est aussi ce que raconte mon livre : ce que mon père m'a transmis en tant que créateur.

tags: #rachel #arditi #biographie

Articles populaires: