Dominique André débute son exploration au cœur des derniers hutongs de Pékin, ces ruelles emblématiques du vieux Pékin, à contre-courant du reste de la ville, où Xi Jinping est né le 15 juin 1953. Elle évite les caméras de surveillance, sort son magnétophone de poche et nous emmène avec elle aux abords de la Cité interdite où se trouve le palais présidentiel de Zhongnanhai. C'est ici même que Xi Jinping dirige aujourd'hui le pays. C'est aussi et surtout là où le leader chinois a grandi, ici même où Mao Zedong et le gouvernement de la République populaire de Chine s'installèrent et vivaient à partir de 1949. Un endroit totalement clos, isolé du reste de la population civile.

Une Filiation "Prince Rouge"

Xi Jinping est le fils de Xi Zhongxun, un des dirigeants fondateurs de la guérilla communiste, un des premiers compagnons de Mao Zedong, qui séjournent dans ce haut lieu du Parti. L'actuel président est le fils d'un cadre éminent de la première génération communiste. Une filiation qui fait de lui "un prince rouge", c'est ainsi que sont appelés les enfants des révolutionnaires qui ont fondé la Chine communiste en 1949.

En tant que fils d'un haut cadre du Parti, Xi Jinping bénéficie d'une enfance privilégiée. Il grandit au sein de l'aristocratie communiste, dans cette élite coupée de la grande pauvreté du peuple, où il ne croise que ses semblables.

S'il naît dans une période d'optimisme et d'espoir national, après la fin de la guerre de Corée (1950-1953) et l'unification de la Chine, l'échec de la politique du Grand Bond en avant de Mao Zedong, entre 1958 et 1963, marque une première grande rupture dans le parcours de Xi Jinping et de sa famille.

L'Épreuve de la Révolution Culturelle

En pleine crise, le pays plonge bientôt dans la révolution culturelle impulsée par Mao Zedong qui, lorsqu'il reprend en main le Parti, chasse le père de Xi Jinping (bien que compagnon de la première heure) ainsi que sa famille. Xi n'a que 9 ans.

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En 1966, Mao lance la Grande Révolution culturelle prolétarienne pour évincer ses opposants. Les écoliers communistes dénoncent, humilient et parfois tuent leurs enseignants accusés d’entretenir des idées « bourgeoises ». Les « catégories noires », dont fait partie le père, et les « fils de catégorie noire », tel Xi Jinping, alors adolescent, sont la cible des miliciens maoïstes, les Gardes rouges. Le rejeton est capturé : « Les Gardes rouges m’ont demandé d’estimer la gravité de mes crimes. Je leur ai répondu : “Qu’est-ce que vous en pensez… vous croyez que je mérite l’exécution ?” Ils m’ont dit que je méritais d’être exécuté cent fois… là je me suis dit qu’il n’y avait pas grande différence entre être exécuté une fois ou cent fois », a raconté Xi en 2000 dans une rare interview accordée au journaliste Yang Xiaohuai. « Après ça, je me suis mis à psalmodier les citations de Mao tous les jours et jusqu’à tard le soir. »

Le Grand Timonier fanatise la jeunesse et l’encourage à détruire le patrimoine culturel. Écoles et universités ferment. L’éducation du jeune Xi, 13 ans, s’interrompt. La Chine plonge dans un chaos inouï. Au moins 1 800 personnes sont exécutées à Pékin en deux mois, leurs cadavres souvent laissés à l’abandon en pleine rue. Le père de Xi est périodiquement exhibé face aux foules dans un camion, tête baissée, un écriteau accroché au cou. Bien qu’à peine âgé de 14 ans, Xi Jinping est lui-même exposé à la foule sur une estrade en compagnie de cinq « catégories noires ». Il doit tenir à deux mains un chapeau pointu en fer blanc. Lorsque la foule scande « À bas Xi Jinping ! », au pied de la tribune, sa mère n’a d’autre choix que de reprendre le slogan à l’unisson et de lever le poing. Une sœur aînée du jeune Xi se suicide.

L'Exil Rural et la Détermination

En janvier 1969, le futur président chinois a 15 ans. On l’expédie à la campagne comme des millions d’autres jeunes. Cet exil intérieur de sept ans constitue une expérience fondatrice de sa personnalité. Ces citadins bannis sont appelés les zhiqing, les « jeunes instruits ». Contrairement aux ruraux avec lesquels ils doivent cohabiter, eux savent au moins lire et écrire.

Xi est débarqué à Liangjiahe, un village du Shaanxi à la terre jaune, ravinée et aride, pratiquement dépourvue d’arbres. Il habite une maison troglodyte creusée dans la terre, et couche avec quelques autres bannis sur un même kang, ce lit de briques infesté de poux, chauffé par en dessous, qui empeste la suie. Ils parviennent à se débarrasser momentanément de la vermine en se mettant nus puis en faisant bouillir vêtements et couvertures. La nourriture est rare, les fosses dans lesquelles il faut déféquer, nauséabondes.

Partout dans le village et jusque dans les champs, des haut-parleurs braillent de la propagande maoïste. Dans des meetings de « critique-lutte », le jeune Xi doit encore dénoncer son père en lisant la liste de ses méfaits. Il devient lui-même l’instrument de son propre lavage de cerveau. « Même si tu ne comprends pas, on te force à comprendre… Tu deviens vite adulte », confie-t-il, en 1992, dans une interview au Washington Post. Au bout de quelques mois, il s’enfuit, et se réfugie chez sa mère à Pékin. Repris, il est envoyé creuser des trous dans un camp de travail, avant d’être réexpédié dans son calamiteux exil de Liangjiahe.

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Un ami d’enfance, Wang Qishan, a lui aussi été affecté dans un village de la région. Xi obtient des autorisations de déplacement qui lui permettent d’aller le voir. Ils partagent leur kang, quelques lectures, et échangent leurs idées. Wang est depuis resté l’homme en qui Xi a le plus confiance. Quand, en 2018, le Leader se nomme président à vie, il fait de son compagnon un « vice-président à vie ».

C’est durant ce bannissement que Xi ­choisit sa voie : il postule neuf fois pour entrer au Parti, sans succès. À chaque tentative, on lui rappelle qu’il demeure un « fils d’élément anti-Parti ». Jusqu’au jour où l’indulgent secrétaire du Parti du village le convoque pour lui dire qu’il est prêt à brûler l’extrait de son dangan (le dossier qui suit tous les Chinois) qui pose problème. Cet écart de discipline permet à Xi d’entrer enfin, en 1974, sous les ordres de la faucille et du marteau. Renier sa famille pour le Parti est alors considéré comme un des plus éminents signes de loyauté à Mao.

Ascension Méthodique

Dans l’aride Shaanxi à la terre jaune, Xi est interpelé par une initiative originale relatée dans le journal local : récupérer les excréments permet d’alimenter des réchauds à gaz. Entrepreneur, le jeune communiste crée sa petite « start-up » en développant des fosses à purin. Et ça marche. En 1975, rares sont les provinciaux qui peuvent entrer à l’université à Pékin. La seule place disponible pour tout le comté Shaanxi est accordée à celui que l’on surnomme désormais « Monsieur méthane ».

Admis à l’université Qinghua, section chimie, en tant qu’« ouvrier-paysan-soldat », Xi n’est pas très à l’aise. C’est la première fois qu’il remet les pieds dans une salle de classe depuis son éviction du système scolaire neuf ans plus tôt. Un autre « prince rouge » qui a lui aussi fait partie de ces millions de jeunes instruits déscolarisés, a écrit : « Ce qui caractérise notre génération, c’est qu’elle a forgé des gens qui ont beaucoup de culot, des lacunes éducatives et un gros complexe d’infériorité. »

La hantise d’être considéré comme un homme rustique poursuit Xi Jinping. « Quand il se rend en visite officielle à l’étranger, remarque le dissident Zhang Lifan, historien de la Chine moderne, Xi récite toujours une longue liste de romanciers célèbres qu’il aurait lus. » En France en 2014, il se vante devant François Hollande d’avoir lu ­Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Diderot, Saint-Simon, Fourier, Sartre, Montaigne, La Fontaine, Molière, ­Stendhal, Balzac, Hugo, Dumas père et fils, George Sand, Flaubert, Maupassant et Romain Rolland. En visite en Russie la même année, il cite une liste de grands auteurs russes tout aussi longue.

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Malgré ces lacunes, sa carrière décolle juste après la mort de Mao, en 1976. Alors que le réformiste Deng Xiaoping est rappelé aux affaires en 1978, la plupart des cadres victimes de purges idéologiques sont réhabilités - dont Xi Zhongxun, le père de Xi Jinping, qui languissait en prison. Quand le miraculé revoit son fils pour la première fois, c’est un choc : il ne le reconnaît pas. Pistonné par le ­revenant, Xi sert trois ans durant de secrétaire particulier au ministre de la Défense Geng Biao. Le vent en poupe, il épouse la fille de l’ambassadeur de Chine en Grande-Bretagne, mais ils divorcent quand elle lui annonce qu’elle préfère vivre à Londres.

En 1989, le père de Xi s’illustre en s’opposant à la répression sanglante. Sanctionné, il ne pourra plus remettre les pieds à Pékin jusqu’à la fin de ses jours.

Plus à l’aise les pieds dans la glaise que sur les parquets des chancelleries, Xi prend une voie différente de ses frères et sœurs, presque tous dans les affaires. Lui choisit de repartir « de la base », comme secrétaire du Parti de Zhengding, un petit comté de la province du Hebei. Travailleur, obéissant, terre à terre, il grimpe les échelons sans heurts. Au point de paraître un peu simplet. Même sa nouvelle femme, Peng Liyuan, chanteuse star de l’armée épousée en 1987, le taquine sur son air ingénu en lui donnant du « cul-terreux » de temps à autre.

Lorsqu’éclate le mouvement prodémocratique de Tian’anmen en juin 1989, Xi occupe un poste subalterne à la mairie de Fuzhou, ville côtière face à Taïwan. Son père s’illustre en s’opposant à la répression sanglante - sanctionné, il ne pourra plus remettre les pieds à Pékin jusqu’à la fin de ses jours. À l’inverse, Xi Jinping laisse son épouse chanter place Tian’anmen en l’honneur des « troupes de la loi martiale » qui ont perpétré le massacre de la nuit du 3-4 juin. « Xi Jinping est le fils biologique de Xi Zhongxun, mais c’est bel et bien le fils spirituel de Mao, note le biographe Yu Jie, exilé aux États-Unis. Tout comme Mao, il a soif de pouvoir. »

Il cache bien son jeu. Kerry Brown, diplomate britannique et auteur d’une biographie non autorisée du Leader, n’est pas du tout impressionné quand, en 2007, il rencontre Xi, alors secrétaire du Parti de Shanghai. « Je faisais partie d’une délégation de la municipalité de Liverpool, qui est jumelée avec Shanghai. Xi est venu saluer notre groupe de représentants. Il était bien informé mais rien ne le distinguait des autres cadres de haut rang, et surtout rien ne m’a donné à penser que ce type sans grand charisme allait devenir le leader de “la” superpuissance émergente mondiale… », dit-il. Et pourtant quelques mois plus tard, Xi est secrètement désigné pour succéder à Hu Jintao à la tête du pays à l’échéance de son mandat, en 2012.

Les Leçons du Père

Xi Zhongxun (1913-2002), le père de Xi Jinping, appartenait au premier cercle des dirigeants du PCC, héritiers directs des fondateurs du Parti en 1921. Purgé cinq fois, emprisonné quatre fois, dont trois sur ordre de ses propres camarades, il a connu deux fois un long exil intérieur - de 1962 à 1973, et à nouveau de 1990 à sa mort, quoique dans des conditions moins difficiles. Il joua un rôle charnière à plusieurs reprises, entre la direction centrale et des zones de guérilla du Nord-Ouest dans les années 30, dans l’historiographie du Parti en 1960, dans la gestion du dossier tibétain (en particulier en 1982-1985).

Joseph Torigian, dans sa biographie de Xi Zhongxun, explore si ce dernier fut un modèle ou un contre-exemple pour son fils, qui est devenu un maître de la tactique politique au point de détenir un pouvoir quasi égal à celui naguère détenu par Mao Zedong. Quelles sont les leçons que Xi Jinping a retenues de son père ?

Les daizi (fils de prince) ou hong’er dai (héritiers rouges) à l’intérieur du Parti communiste ont souvent défrayé la chronique, rempli les rangs des affairistes et pris une place d’autant plus grande qu’ils maîtrisaient les réseaux et connaissaient les codes du système.

Mao et la Révolution culturelle ont pourtant tout fait pour casser la logique d’héritage parental - les organisations de Gardes rouges s’opposaient à la théorie de la filiation révolutionnaire par le sang et ont démantelé non seulement l’échelon supérieur du Parti mais aussi les familles de cadres.

Longtemps encore, le Parti a assuré et assure encore son monopole en mettant des obstacles à la reproduction sociale telle que décrite exemplairement par Bourdieu : du début des années 50 à la décennie 90, une majorité d’étudiants sont issus de familles paysannes ou ouvrières ; les enfants d’entrepreneurs ou de classes moyennes ne prennent l’avantage que plus tard. Si les fils de cadres ne retrouvent jamais le quasi-monopole qu’ils avaient acquis à la veille de la Révolution culturelle, ce n’est qu’au début des années 2000 que la proportion d’enfants d’entrepreneurs dépasse celle des enfants de cadres politico-administratifs dans les universités. Cette éclosion d’une nouvelle élite - avec une diversification des étudiants qui dépasse tout de même celle de bien des pays occidentaux - est de nouveau freinée par Xi Jinping, quand celui-ci prend en 2021 des mesures pour limiter l’éducation privée et en pratique le bachotage organisé en vue du gaokao, le célèbre examen qui commande l’entrée aux universités.

À la lecture de la biographie de Xi Zhongxun par Joseph Torigian, on apprend que Xi Jinping, parvenu à l’âge adulte, a parfois fait le koutou traditionnel (prosternation) devant son père en signe de piété filiale. Une lettre de Xi fils à Xi père datée de 2001, également citée par Joseph Torigian, se termine par “ton fils. Jinping. Koutou”, en guise de salutation.

Parmi les points frappants : l’auto-renforcement des convictions au fur et à mesure des souffrances endurées. C’est non seulement parce que l’enfance de Xi Zhongxun a coïncidé avec deux terribles famines en Chine du Nord et du Centre (1920-1921 et 1928-1930), mais parce que sur quatre emprisonnements subis lors de son existence, c’est le Parti communiste qui en a ordonnés trois. On comprend mieux les références que son fils, Xi Jinping, fera plus tard à la nécessité pour les cadres d’être trempés comme l’acier. C’est non seulement une référence implicite à un célèbre roman soviétique bien diffusé en Chine après 1949 (Nikolaï Ostrovski, Et l’acier fut trempé, paru en 1934 en Union soviétique, est diffusé en Chine à des millions d’exemplaires dès 1952) mais bien l’influence de ces expériences paternelles. Zhongxun, le père, a gardé son culte de Mao Zedong et de la révolution jusqu’à sa mort. Quand lui-même, non encore réhabilité, revoit pour la première fois son fils (lui-même envoyé à la campagne pendant neuf ans) en juillet 1976, il lui fait réciter par cœur deux célèbres discours de Mao. Et dans toutes les circonstances, y compris à Zhongnanhai, Zhongxun a inculqué à ses enfants une discipline stricte et une vie spartiate, dont Jinping témoignera avec un véritable accent d’authenticité. Sur ce plan, on comprend la ténacité de la lutte de Xi Jinping contre une corruption endémique.

Pour Xi Jinping, il y a eu pire encore. Sa mère, Qi Xing, enseignante à l’École centrale du Parti, est persécutée à la fois pour son lien de mariage avec Xi Zhongxun et pour ses propres fautes politiques supposées. Avec la Révolution culturelle, Jinping ainsi que ses frères et sœurs deviennent des “enfants noirs”, et sont régulièrement humiliés et battus. Dans un épisode terrible entre mère et fils, Qi Xin doit applaudir à une parade publique invectivant son fils sur une estrade. Elle refusera de le nourrir quand il réussit à échapper à ses gardiens et retourne à la maison - et elle le dénoncera, un geste que Jinping aurait accepté en raison du danger qu’elle encourait pour elle-même. Xi Jinping prend brièvement la tête d’une bande d'”enfants noirs” et fait le coup de poing contre des attaquants de son père : un trait qui le rapproche de l’adolescence de Vladimir Poutine à Léningrad. Plus tard, Xi Jinping confiera qu’il ”a souffert bien plus que d’autres”.

L'Ascension au Pouvoir et la Concentration des Pouvoirs

Pourquoi lui ? Certes, c’est un « prince rouge », un fils de la première génération de révolutionnaires - un type d’hommes en qui les caciques du Parti ont instinctivement confiance. L’historien Zhang Lifan, érudit presque septuagénaire pour qui les arcanes du pouvoir n’ont que peu de secrets, y voit une autre explication : « Généralement, les clans au sein du Parti ne favorisent pas les personnalités fortes et préfèrent les candidats ordinaires, a priori plus faciles à ­contrôler pour le…

Depuis le printemps dernier, un amendement constitutionnel supprime la limite des deux mandats de cinq ans imposée aux présidents chinois depuis les années 1980. Xi est donc devenu un potentiel dirigeant à vie, comme l’était le fondateur de la ­République populaire, Mao Zedong. Chef de l’État, chef du Parti et chef des armées, il s’est conféré le titre de lingxiu (« leader »), comme Mao. Et tous les murs du pays affichent des citations de sa « pensée ».

Personnage obscur, kaléidoscopique, complexé, autoritaire, aussi pétri de contradictions que la Chine d’aujourd’hui, l’inaccessible autocrate a depuis cinq ans concentré tant de pouvoirs qu’on le surnomme le « président de tout ». Fini la direction collégiale instaurée voilà plus de trois décennies par le réformiste Deng Xiaoping. Xi est désormais au sommet d’un système pyramidal, où le chef a toujours raison. Son règne marque un tournant.

Le Virage Autoritaire et le Contrôle de la Population

L'un des traits les plus marquants des années de pouvoir de Xi Jinping se retrouve dans le renforcement de son pouvoir personnel. Le dirigeant s'est appuyé sur l'omnipotence du Parti communiste chinois (PCC), qui gouverne la Chine depuis la fin de la guerre civile de 1949, pour s'accrocher, sur le long terme, au sommet de l'État.

Rapidement, l'homme fort du parti communiste le plus puissant au monde s'attaque à la corruption. Sous le couvert d'une campagne sans pitié contre ce fléau, il se débarrasse de tous ses opposants, systématiquement emprisonnés. La purge touche tous les secteurs - particulièrement l'armée et la politique - et fait des centaines de milliers de victimes.

En parallèle, le leader de la république populaire de Chine fait inscrire, lors du XIXe Congrès du PCC (Parti communiste chinois) du 24 mars 2017, la "pensée Xi Jinping". Un honneur jusque-là réservé à Mao Zedong et à Deng Xiaoping. Il va encore plus loin un an plus tard en sollicitant l'Assemblée nationale populaire pour une modification de la Constitution. Il supprime alors la limitation à deux mandats, ouvrant la voie à une présidence à vie. Aucun rival ni éventuel successeur n'est plus, alors, susceptible de lui faire de l'ombre. Ces manœuvres s'accompagnent de la mise en place d'un culte de la personnalité et d'une inflexibilité idéologique : la seule ligne de conduite valable est celle que Xi Jinping définit.

Ce durcissement de la politique va de pair avec une batterie de mesures liberticides. La censure est durcie. Les libertés individuelles sont, elles, notablement réduites. Tout opposant à la ligne stricte du pays est emprisonné ou disparaît soudainement.

Xi Jinping a également tiré parti de la crise du Covid-19 pour resserrer, encore un peu plus, l'étreinte sur ses citoyens, en attestent les dispositions draconiennes prises à cette occasion. L'expérimentation du "crédit social" - un système qui distribue des bons et mauvais points aux citoyens en fonction de leurs actions quotidiennes -, qui s'appuie largement sur l'utilisation massive de la reconnaissance faciale et d'une surveillance systématique, va aussi dans ce sens.

La "Route de la Soie" et l'Ambition Mondiale

Loin de se contenter de réformes internes, Xi Jinping s'est tourné vers le commerce international. Son projet de "nouvelles routes de la soie" - baptisé Belt and Road Initiative (BRI) - vise à construire et à prendre le contrôle d'infrastructures stratégiques (chemins de fers, ports, aéroports) sur le globe. Initialement centrée sur l'Asie, cette initiative s'est rapidement étendue à l'Europe et à l'Afrique.

Les objectifs économiques de Pékin sont multiples : accroître les exportations, écouler la production et trouver de nouveaux marchés pour les entreprises chinoises. Avec un effet supplémentaire : pour certains pays, la dépendance économique se transforme en une véritable dépendance politique.

Devenue pierre angulaire de la politique étrangère chinoise, ce projet des "nouvelles routes de la soie" concerne aujourd'hui plus de 68 pays, regroupant 4,4 milliards d’habitants et représentant près de 40% du produit intérieur brut (PIB) de la planète, rapporte l'École Normale Supérieure de Lyon.

Ce système représente un véritable péril pour les pays occidentaux, a dénoncé Sigmar Gabriel, alors ministre allemand des Affaires étrangères, en 2018. "L'objectif de la Chine est de mettre en place un système global pour façonner le monde en fonction des intérêts chinois. Il ne s'agit pas seulement d'économie : elle développe une alternative au système occidental", a-t-il prévenu. "Xi Jinping veut montrer que la Chine est devenue une superpuissance, que le modèle chinois est désormais capable de concurrencer l'Occident ou de le dépasser", abonde Jie Yu, biographe de Xi Jinping en exil, dans un long reportage diffusé sur Arte.

Minorités et Tensions Régionales

Xi Jinping a lancé des mesures de répression de grande ampleur pour maîtriser les régions frontalières du Tibet, du Xinjiang et de Hong Kong, qui ont longtemps fait figure d'épines dans le pied de Pékin. Au Xinjiang, cette politique s'est traduite par l'internement massif de centaines de milliers de Ouïghours, une minorité musulmane. Des crimes dont se sont émus plusieurs ONG, comme Amnesty International, et l'Organisation des Nations unies.

Pour ce qui est de Hong Kong, Pékin a réagi aux impressionnantes manifestations pro-démocratie de 2019, en assenant un nouveau tour de vis. Une loi de sécurité nationale, d'une portée considérable, a notamment été adoptée. Le texte facilite le musèlement de l'opposition et, plus largement, de la société civile.

Tout cela s'inscrit dans un contexte de tensions croissantes avec Taïwan, une île sur laquelle que la Chine espère voir revenir dans son giron depuis de longues années.

Puissance Militaire Croissante

Pour remplir les objectifs de son agenda international, la Chine s'est dotée d'une armée aussi puissante que moderne. Le budget alloué à la Défense a plus que doublé en l'espace d'une décennie, passant de 103 milliards de dollars en 2008 à 245 milliards de dollars en 2020, a calculé l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (Sipri).

Avec cette puissance grandissante, Pékin n'hésite plus à se projeter hors de ses frontières, comme le démontre l'ouverture d'une base militaire d'envergure à Djibouti, en 2017. Mais c'est surtout dans le Pacifique et en Mer de Chine orientale que les poussées hégémoniques sont les plus fortes. Outre Taïwan, que Xi Jinping considère comme partie intégrante du territoire et à proximité de laquelle il multiplie les exercices militaires, les Chinois tentent de s'approprier de nombreuses îles des eaux territoriales japonaises, vietnamiennes ou philippines. Ils n'hésitent pas non plus à militariser certaines d'entre elles, comme les îles Spratleys. De quoi susciter de fortes tensions avec la superpuissance américaine concurrente.

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