Essentiel durant la grossesse, le placenta, organe éphémère assurant le développement du fœtus, suscite des interrogations quant à son devenir après l'accouchement. Alors que certaines cultures le considèrent comme sacré, d'autres s'intéressent à ses potentuelles vertus nutritionnelles et énergétiques via la placentophagie. Cet article explore les différentes options concernant le placenta après l'accouchement, en France, en abordant les aspects légaux, les pratiques culturelles, les risques potentiels et les alternatives comme le don ou la création d'empreintes placentaires.
Rôle et Positionnement du Placenta Pendant la Grossesse
Le placenta est un organe vital qui se développe pendant la grossesse. Il sert de plateforme d'échange entre la mère et le bébé, sans que leurs sangs ne se mélangent. Grâce au cordon ombilical, le fœtus reçoit les nutriments et l'oxygène nécessaires à son développement, véhiculés par le sang maternel. Le placenta agit également comme une barrière protectrice, filtrant certaines bactéries, parasites et médicaments, bien que cette protection ne soit pas totale.
Le positionnement normal du placenta se situe en haut de l'utérus. Cependant, il peut arriver que le placenta soit mal inséré, ce qui peut entraîner des complications :
- Placenta accreta : Ce cas se présente lorsque l'utérus a été opéré et présente des lésions, par exemple après un curetage ou plusieurs césariennes. Le placenta risque alors de s'insérer profondément dans la paroi utérine, voire de s'y incruster.
- Placenta prævia : Dans cette situation, le placenta recouvre totalement le col de l'utérus, empêchant le bébé de sortir par les voies naturelles.
Dès les premiers jours de la grossesse, après la fécondation, l'œuf se divise et devient un blastocyste. On observe ensuite une séparation entre le futur embryon et ses annexes, incluant le cordon, les membranes de la poche amniotique et le trophoblaste. C'est ce trophoblaste qui se transformera en placenta, un processus qui se déroule à la fin du premier mois.
Après l'accouchement, le placenta est expulsé environ trente minutes après la naissance du bébé, lors de la délivrance.
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La Placentophagie : Consommer le Placenta, une Pratique Controversée
La placentophagie, ou l'acte de consommer le placenta après l'accouchement, est une pratique qui suscite un intérêt croissant, notamment suite à sa médiatisation par des personnalités. Elle consiste à consommer le placenta cru, cuit (par exemple à la vapeur), ou sous une forme déshydratée puis encapsulée. Les adeptes de cette pratique lui attribuent diverses vertus nutritives et énergétiques.
Les Arguments en Faveur de la Placentophagie
Les partisans de la placentophagie avancent plusieurs arguments :
- Riche en nutriments : Le placenta est considéré comme une source importante d'hormones, de vitamines (notamment le fer) et de minéraux.
- Facilitation des suites de couches : La consommation du placenta est censée réduire la douleur, diminuer la fatigue, prévenir la dépression post-partum et stimuler l'allaitement.
- Pratique ancestrale : Dans de nombreuses cultures (Amérique du Sud, Asie…), le placenta est considéré comme un organe sacré, constitué des mêmes cellules que celles du bébé. De plus, il est observé que la plupart des mammifères consomment leur placenta après la naissance.
Les Risques Potentiels et l'Absence de Preuves Scientifiques
Malgré ces arguments, aucune étude scientifique n'a à ce jour démontré les vertus de la consommation de placenta sur la santé humaine. Au contraire, certains médecins alertent sur les dangers potentiels de la placentophagie. Une étude publiée dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology en 2018 a conclu qu'il n'existe aucune preuve scientifique d'un quelconque bénéfice clinique de la placentophagie chez l'humain, et qu'aucun nutriment ni aucune hormone placentaire n'est conservé en quantité suffisante après l'encapsulation placentaire pour être potentiellement utile à la mère après l'accouchement.
De plus, l'encapsulation du placenta ne permet pas d'éliminer le risque d'infection, tant pour la mère que pour le nouveau-né. Un cas d'hospitalisation d'un nourrisson en Oregon en 2016, suite à une infection causée par des gélules de placenta contaminées aux streptocoques B, a conduit les Centres de prévention et de contrôle des maladies américains (CDC) à recommander d'éviter la consommation de capsules de placenta.
Les Différentes Formes de Consommation
Si une femme choisit de pratiquer la placentophagie, plusieurs options s'offrent à elle :
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- Cru : Le placenta peut être consommé cru, par exemple dans un smoothie.
- Cuit : Il peut être cuisiné à la vapeur, rôti, ou intégré à diverses recettes.
- Déshydraté et encapsulé : Le placenta est cuit à la vapeur, déshydraté, puis réduit en poudre et mis en gélules.
- Teinture mère : Le placenta est macéré dans de l'alcool.
Législation Française et Devenir du Placenta à l'Hôpital
En France, la conservation du placenta par les particuliers est strictement interdite. La collecte de produits du corps humain est encadrée par la loi de bioéthique de 1994, révisée en 2011.
Après l'accouchement, le placenta a deux destins possibles :
- Déchet opératoire : S'il n'est pas utilisé à des fins thérapeutiques ou scientifiques, le placenta est considéré comme un Déchet d'Activités de Soins à Risques Infectieux (DASRI) et doit suivre la procédure d'incinération prévue à cet effet, conformément à l'article R.1335-1 du Code de santé publique.
- Collecte à des fins scientifiques ou thérapeutiques : Le placenta peut être collecté dans un but scientifique ou thérapeutique, dans le respect de la loi de bioéthique. Le placenta n'appartient ni à la mère, ni au père, ni à l'enfant.
Face à la médiatisation de la placentophagie et à la création de sociétés proposant de transformer le placenta en gélules contre rémunération, le ministre de la Santé a réaffirmé le statut du placenta en France.
Alternatives à la Placentophagie : Don, Empreinte Placentaire et Enterrement
Si la placentophagie ne vous séduit pas, d'autres options existent pour honorer cet organe vital :
- Don du placenta : À l'occasion de la naissance de son enfant par césarienne programmée, une femme peut faire don de son placenta. Ce don est soumis à des examens sérologiques et à un consentement écrit de la future maman. La membrane amniotique, issue du placenta, est riche en substances cicatrisantes et peut être utilisée comme pansement biologique pour traiter des lésions de la cornée. Elle est prélevée par le chirurgien obstétricien et préparée par la banque multi-tissus du CHU de Nantes.
- Empreinte placentaire : De plus en plus de sages-femmes proposent de réaliser une empreinte placentaire à la naissance, créant ainsi un "arbre de vie" symbolique.
- Enterrement du placenta : Dans certaines cultures, les familles enterrent le placenta et plantent un arbre au même endroit, symbolisant le lien entre l'enfant et la terre. Dans l'Islam, l'enterrement du placenta et du cordon ombilical est recommandé par respect pour ces restes du corps humain.
Autres Usages Créatifs du Placenta
Au-delà des options traditionnelles, certaines personnes explorent des usages plus créatifs du placenta :
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- Création d'un jouet : Un designer anglo-saxon propose de transformer le placenta en nounours en le séchant et en le traitant avec des conservateurs naturels.
- Peinture à partir du placenta : Il est possible de créer des peintures abstraites à partir du placenta en suivant les instructions disponibles sur des sites de mamans.
- Teinture de vêtements : Le placenta peut être utilisé comme pochoir pour teindre des vêtements, comme des t-shirts.
- Fertilisant naturel : Enterrer le placenta dans son jardin peut servir de fertilisant naturel pour nourrir un arbre que l'on plante en même temps.
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