Introduction

Le SIBO, ou pullulation microbienne de l'intestin grêle, est un trouble digestif caractérisé par une prolifération excessive de bactéries dans l'intestin grêle. Bien que plus souvent associé aux adultes, il peut également affecter les nourrissons et provoquer divers symptômes. Cet article vise à explorer les causes, les symptômes et les options de traitement de la pullulation microbienne chez les nourrissons.

Qu'est-ce que le SIBO?

Le SIBO (Small Intestinal Bacterial Overgrowth), ou pullulation microbienne de l’intestin grêle, est un trouble digestif caractérisé par la prolifération excessive de bactéries dans l’intestin grêle. Normalement, les bactéries sont plus abondantes dans le gros intestin, où elles aident à la digestion des fibres. Cependant, lorsque ces bactéries migrent vers l'intestin grêle ou que des bactéries anormales s'y développent, cela peut entraîner des problèmes digestifs.

Causes de la Pullulation Microbienne chez le Nourrisson

Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la pullulation microbienne chez les nourrissons :

  • Immaturité du système digestif: Chez les nourrissons, le système digestif est encore en développement, ce qui peut entraîner une motilité intestinale plus lente et une acidité gastrique réduite. L’estomac produit normalement de l’acide chlorhydrique pour acidifier le bol alimentaire.
  • Anomalies anatomiques: Dans de rares cas, des anomalies structurelles de l'intestin peuvent favoriser la prolifération bactérienne.
  • Troubles de la motilité intestinale: Des problèmes de motilité, comme une réduction des vagues du complexe moteur migrant (CMM), peuvent empêcher l'élimination efficace des bactéries de l'intestin grêle. Chez les patients atteints du SIBO, une étude constate une réduction de 70% des vagues du CMM. Une des explications possibles est que certaines bactéries pathogènes (telles que E. coli, Shigella, Campylobacter et Helicobacter) produiraient une toxine appelée CDT (cytolethal distending toxins). Le complexe moteur migrant (CMM) correspond à une vague puissante de nettoyage qui intervient de façon cyclique entre les repas.
  • Déficits immunitaires: Un déficit immunitaire constitutionnel (déficit immunitaire commun variable par exemple) ou acquis (dénutrition sévère, SIDA) peut également favoriser ce phénomène.
  • Utilisation d'inhibiteurs de la pompe à protons (IPP): L'utilisation prolongée d'IPP est déconseillée, car ils peuvent réduire l'acidité gastrique et favoriser la prolifération bactérienne. Meta-analyse: proton pump inhibitors moderately increase the risk of small intestinal bacterial overgrowth.

Symptômes de la Pullulation Microbienne chez le Nourrisson

Les symptômes de la pullulation microbienne chez le nourrisson peuvent varier, mais ils incluent souvent :

  • Régurgitations: Le fait qu’un nourrisson régurgite correspond à une forme d’immaturité du fonctionnement du tube digestif et non de l’anatomie. Même si les régurgitations peuvent être importantes, bien souvent, elles ne dérangent pas votre bébé, ne le font pas pleurer, ne gênent pas son sommeil ni sa croissance.
  • Ballonnements et gaz: Les bactéries font alors fermenter le bol alimentaire, produisant des gaz dérangeants (hydrogène, méthane, hydrogène sulfureux…).
  • Irritabilité et pleurs: La grande majorité des nourrissons qui régurgitent et qui pleurent, ne souffrent pas d’un RGO pathologique, ces symptômes peuvent être associés à des régurgitations fonctionnelles et sans complications. Les pleurs s’accompagnent alors de difficultés pour téter et pour terminer les biberons, et d’un infléchissement de la courbe de poids.
  • Diarrhée ou constipation: Transit perturbé… Connaissez-vous le SIBO ?
  • Difficulté à prendre du poids: Votre bébé présente un ralentissement de la croissance, du fait d’une gêne importante à l’alimentation et d’une diminution des rations bues.
  • Inconfort abdominal: De par ses symptômes digestifs, le SIBO peut handicaper le malade.

Diagnostic de la Pullulation Microbienne chez le Nourrisson

Diagnostiquer le SIBO chez les nourrissons peut être difficile en raison de la non-spécificité des symptômes. Les méthodes de diagnostic comprennent :

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  • Anamnèse et examen clinique: Le médecin évaluera les symptômes du nourrisson et ses antécédents médicaux.
  • Tests respiratoires: Le « breath-test » ou test respiratoire : évalue la quantité de gaz produite après l’ingestion de glucose ou de lactulose. Les tests respiratoires mesurent la quantité d'hydrogène et de méthane dans l'haleine après l'ingestion d'un sucre (glucose ou lactulose). Une augmentation rapide de ces gaz peut indiquer une prolifération bactérienne dans l'intestin grêle.
  • Culture d’aspiration jéjunale: La culture d’aspiration jéjunale : on aspire le contenu de l’intestin grêle et on étudie les bactéries présentes. Au-delà d’un seuil de bactéries, et si celles-ci sont des bactéries coliques, on peut établir le diagnostic du SIBO.
  • Tests d'exclusion: Il est important d'exclure d'autres conditions médicales qui peuvent provoquer des symptômes similaires, telles que l'allergie aux protéines de lait de vache (APLV).

Traitement de la Pullulation Microbienne chez le Nourrisson

Le traitement de la pullulation microbienne chez le nourrisson vise à réduire la prolifération bactérienne et à soulager les symptômes. Les options de traitement peuvent inclure :

  • Antibiotiques: La prescription d’antibiotiques représente la base du traitement du SIBO. Les antibiotiques, tels que la rifaximine, peuvent être prescrits pour réduire le nombre de bactéries dans l'intestin grêle. Cependant, leur utilisation chez les nourrissons doit être soigneusement évaluée en raison des risques potentiels.
  • Modifications alimentaires: Une adaptation de l’alimentation pourra être réalisée sur conseils du médecin afin de limiter les aliments favorisant la prolifération des bactéries. Des modifications alimentaires peuvent aider à réduire la prolifération bactérienne. Cela peut inclure la réduction de l'apport en sucres fermentescibles (FODMAPs) et l'adaptation du type de lait (par exemple, un hydrolysat de protéines en cas d'APLV suspectée).
  • Probiotiques: L’utilisation de probiotiques peut être faite lorsque les étapes précédentes sont bien avancées. Bien que controversée, l'utilisation de probiotiques peut aider à rétablir l'équilibre de la flore intestinale. Cependant, il est important de choisir des souches probiotiques appropriées et de surveiller attentivement la réaction du nourrisson. La place des probiotiques pour le traitement du SIBO reste sujette à caution : certaines études, menées sur de petits effectifs, sont positives. Une étude plus récente suggérait même que les probiotiques pouvaient être responsables d’un tableau clinique associant ballonnement, flatulences, et « brouillard cérébral ». La présence d’un SIBO était attesté par un test respiratoire au glucose positif, avec une amélioration des symptômes à l’arrêt des probiotiques et une cure d’antibiotiques.
  • Traiter les causes sous-jacentes: La première considération en présence d’un SIBO avéré est d’identifier la ou les causes potentielles et leur correction possible. Il est essentiel de traiter toute condition médicale sous-jacente qui pourrait contribuer à la pullulation microbienne, telle qu'une anomalie anatomique ou un déficit immunitaire.
  • Mesures de soutien: La prise en charge des régurgitations simples se limitera à des mesures de diététique et de puériculture. Des mesures de soutien, telles que l'élévation de la tête du lit, des tétées plus petites et plus fréquentes, et des pauses pendant l'alimentation pour favoriser les rots, peuvent aider à soulager les symptômes.
  • Protecteurs de la muqueuse œsophagienne: En fonction de l’évolution, le médecin pourra prescrire un protecteur de la muqueuse œsophagienne de façon ponctuelle, devant des symptômes d’inconfort sans autre retentissement.
  • Laits AR: Pour cela vous pouvez utiliser des spécialités vendues en pharmacie (Magic mix®, Gumilk®, Gelopectose®). les “laits AR“, plus épaissis, vendus exclusivement en pharmacie et faisant partie des denrées alimentaires destinées à des fins médicales spéciales (DADFMS) et donc soumis à une règlementation spécifique. Il existe 3 types de laits AR, soit par l’ajout d’amidon (plus de 2 g/100 ml), soit par l’ajout de caroube, soit par un mix des 2 épaississants. Les laits AR amidon peuvent entraîner une constipation modérée et les laits AR caroube plutôt un ramollissement des selles (et parfois une augmentation de l’émission de gaz).Les laits AR mixtes auraient moins d’effets secondaires.

Conseils de Diététique et de Puériculture

  • donner les repas très tranquillement en faisant des pauses pour faciliter les rots.
  • surélever légèrement (10 à 15°) la tête du lit.

Médicaments

  • L’alginate de sodium (Gaviscon®) : gel visqueux qui vise à limiter la fréquence et le volume de ce qui est reflué de l’estomac vers l’œsophage ; il permet aussi une atténuation des douleurs liées à l’acidité refluée en s’interposant entre la muqueuse œsophagienne et le liquide gastrique. Ce médicament est efficace (à condition de le donner avant les repas) et sans effets secondaires mis à part la possibilité d’une légère constipation.
  • Le dompéridone (Motilium® Péridys®), le métoclopramide (Primpéran®), la métopimazine (Vogalène®) sont de moins en moins utilisés car ils ont une efficacité très discutée et ne sont pas dénués d’effets secondaires…Les contre-indications sont importantes et la Dompéridone n’est plus du tout prescrite avant l’âge de 2 ans.
  • les IPP: ésoméprazole (Inexium®), oméprazole (Mopral®), etc. Leur autorisation de mise sur le marché débute à 12 mois, donc chez le plus petit, ils seront prescrits hors AMM et donc après étude précise par le médecin des bénéfices / effets secondaires. Ne pas écraser l’IPP s’il est prescrit sous forme de granules contenues dans un sachet ou une gélule. L’utilisation prolongée d’un IPP sans diagnostic certain de RGO est déconseillée. Les effets secondaires des IPP, survenant dans plus de 14 % des cas, doivent être mis en balance avec leurs bénéfices. Ainsi ces médicaments doivent être utilisés pendant des durées limitées, et pas en première intention, et toujours associés aux mesures diététiques et de puériculture. Ce type de traitement sera arrêté en cas d’inefficacité après 1 à 2 semaines ou en cas d’effets secondaires.

Importance d'un Suivi Médical

Si vous pensez que votre nourrisson pourrait souffrir de pullulation microbienne, il est essentiel de consulter un médecin ou un spécialiste pour un diagnostic précis et un plan de traitement adapté. L'automédication peut être dangereuse et retarder un diagnostic approprié. Si je pense être atteint du SIBO, je prends rendez-vous avec un médecin ou un spécialiste pour établir un diagnostic et m’indiquer un traitement adapté.

Reflux Gastro-Œsophagien (RGO)

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) est une condition courante chez les nourrissons, caractérisée par le retour du contenu de l'estomac dans l'œsophage. Bien que les régurgitations soient souvent bénignes, un RGO pathologique peut entraîner des complications.

Symptômes du RGO compliqué

  • Votre bébé présente un ralentissement de la croissance, du fait d’une gêne importante à l’alimentation et d’une diminution des rations bues.
  • Il pleure souvent pendant les biberons et a des troubles du sommeil.
  • La survenue ou l’aggravation de maladies respiratoires par micro-inhalation directe de liquide gastrique dans les bronches : bronchiolites à répétition, bronchites à répétition, asthme du nourrisson, etc.
  • La survenue ou l’aggravation de maladies ORL : aggravation d’un stridor congénital. A noter que le stridor congénital est souvent bénin, mais dans certains cas, un RGO pourra aggraver le stridor et nécessiter une prise en charge médicamenteuse. Le stridor est un bruit rauque survenant à l’inspiration et particulièrement audible lors des tétées et des pleurs. Le RGO pourrait être responsable de pharyngites gênantes à répétition avec difficultés alimentaires, d’otites à répétition ou otites chroniques séro muqueuses, etc.

Diagnostic du RGO

  • existe-t-il un RGO ? La pH-métrie1 est l’examen de référence.
  • le reflux est-il responsable de la pathologie et des symptômes observés ? La pH-métrie apporte la réponse si le tracé montre que les chutes du pH œsophagien (par remontée acide de l’estomac vers l’œsophage) sont en relation directe avec les symptômes observés (toux, pleurs, malaise).
  • existe-t-il une œsophagite ? L’endoscopie oesogastroduodénale3 permet le diagnostic direct des lésions inflammatoires d’œsophagites.

Allergie aux Protéines de Lait de Vache (APLV)

L’APLV est une cause fréquente de troubles digestifs avec vomissements et une cause de pleurs chez le nourrisson nourri au lait artificiel. Un lait spécifique (hydrolysat extensif de protéines du lait de vache ou hydrolysat de protéines du riz) pour les enfants allergiques aux protéines du lait de vache sera prescrit dans cette hypothèse pendant 2 à 4 semaines, Il s’agit d’un test diagnostique d’éviction, suivi d’une réintroduction.

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