L'allaitement maternel est un sujet complexe, influencé par des facteurs médicaux, sociaux, culturels et personnels. Cet article explore les diverses dimensions de la promotion de l'allaitement maternel, en mettant en lumière les perspectives en Suisse, les défis rencontrés par les mères, et les recommandations actuelles.

L'allaitement maternel : un choix éclairé

Une table ronde qui s'est tenue à Paris a mis en évidence les enjeux de l'allaitement pour les femmes vivant avec le VIH. Le professeur Laurent Mandelbrot a souligné que la science n'a pas encore tranché définitivement sur la question de la transmission du VIH par l'allaitement, même avec une charge virale indétectable. Bien que les nouvelles recommandations françaises autorisent l'allaitement maternel dans des conditions optimales (mère sous traitement avec charge virale indétectable et suivi régulier), la prudence reste de mise. La Prep du nourrisson ne fait pas partie des conditions requises pour proposer l’allaitement chez les PVVIH. Elle est à discuter au cas par cas avec la personne et en RCP. Cette stratégie vise à pallier les imprévus, tels qu’un rebond viral. « Cela rassure les équipes et les mères », insiste le Pr Mandelbrot, tout en soulignant que les recherches se poursuivent sur le passage des antirétroviraux dans le lait maternel et sur de nouveaux anticorps neutralisants destinés à protéger les bébés.

En contraste, la Dre Ndeye Rama Diagne, du CHU de Dakar, a rappelé que le renoncement à l'allaitement maternel est un véritable drame social en Afrique, où l'allaitement est la norme. Les recommandations sénégalaises encouragent donc un allaitement protégé, associant trithérapie maternelle et prophylaxie néonatale pendant six semaines, malgré les défis liés au suivi biologique, aux ruptures d'approvisionnement et à la pression familiale.

Le Dr Christian Kahlert, de l’hôpital de Saint-Gall (Suisse), décrit une approche plus souple fondée sur la confiance et l’autonomie des femmes. « Nous n’imposons pas l’allaitement exclusif », explique-t-il. En Suisse, les recommandations générales prévoient déjà un allaitement exclusif de quatre mois pour toutes les mères ; il semble donc logique d’adapter ce cadre aux femmes vivant avec le VIH. Les études suisses montrent que les concentrations d’antirétroviraux dans le lait maternel restent très faibles (autour de 10 % du taux sanguin) et qu’aucune transmission n’est observée. « Atteindre un risque nul est sans doute impossible, mais un risque inférieur à 1 % est déjà une réussite scientifique majeure », résume le Dr Kahlert. Reste à mieux comprendre les facteurs sociaux qui influencent les choix maternels : attachement, représentations culturelles, rapport au corps.

Ces différentes perspectives soulignent l'importance d'une approche individualisée et adaptée aux contextes spécifiques. La clé n'est plus tant de dire « oui » ou « non » à l'allaitement, mais de créer les conditions pour que les personnes concernées soient informées, protégées et accompagnées.

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Témoignages de mères : entre espoir et difficultés

Les témoignages de Mélissande, Véronique et Bibiche illustrent les complexités émotionnelles et pratiques de l'allaitement.

Mélissande, diagnostiquée séropositive, a choisi d'allaiter son enfant après mûre réflexion, mais a regretté le manque de coordination entre les professionnels de santé et le sentiment d'isolement face aux jugements.

Véronique, également séropositive, a vécu une expérience positive d'allaitement pour son troisième enfant, grâce au soutien de sa sage-femme et de sa gynécologue, malgré les réticences initiales du chef du service de pédiatrie.

Bibiche, en revanche, s'est vu interdire d'allaiter à l'hôpital, malgré une charge virale indétectable, et a subi des pressions psychologiques qui l'ont contrainte à arrêter. Elle appelle à des espaces d'écoute et de formation pour les femmes dans sa situation.

Ces témoignages mettent en évidence le besoin crucial d'un accompagnement adapté et respectueux des choix des mères, ainsi que d'une meilleure formation des professionnels de santé.

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L'importance du soutien et de l'information

Le Comité des Familles a publié des recommandations françaises des experts-es sur « VIH & allaitement » qui a ouvert « la voie à de nouvelles possibilités, tout en soulignant un besoin crucial : celui d'outils pour accompagner les patients et les soignants dans ce choix ». Dans ce contexte, l’association, particulièrement engagée sur ce sujet, a développé « deux guides complémentaires, conçus pour informer, rassurer et autonomiser les personnes concernées ». Le premier document est un « guide destiné aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et à leurs partenaires. » Il aborde de manière claire et accessible les critères d'éligibilité (charge virale indétectable, observance stricte du traitement), les bénéfices et les risques de l'allaitement. Il inclut également des conseils pratiques et met en avant l'importance des ressources multimédias (vidéos, podcasts, témoignages) et du soutien par les pairs. « L'objectif est de permettre aux personnes de prendre une décision éclairée, en toute confiance », explique le Comité des Familles. Le second document est un « guide pour les professionnels de santé ». Il prend la forme d’un condensé des "10 points essentiels" pour un accompagnement efficace. Les deux documents sont téléchargeables en versions numériques sur le site de l’association.

Allaitement et prévention du cancer du sein

En France, le cancer du sein continue malheureusement à progresser. On sait aujourd’hui que la consommation d’alcool, le surpoids et l’obésité ou encore la sédentarité accroissent le risque de développer la maladie. Mais un autre facteur de risque est peut-être moins connu du public : le fait de ne pas avoir allaité au cours de sa vie. Les scientifiques ont commencé à élucider les mécanismes qui en sont à l’origine. Pour chaque douze mois cumulés d’allaitement, la réduction du risque de cancer du sein est estimée à 4,3 %. Dans ce contexte, une femme qui a deux enfants et qui nourrit chaque enfant au sein pendant douze mois aura une diminution de risque de cancer du sein de 8,6 %.

En France, les données de l’Agence nationale de santé publique montre que le taux d’allaitement diminue avec le temps. Si, en 2021, le taux d’initiation à l’allaitement maternel était de 77 %, à l’âge de 2 mois seuls 54,2 % des enfants étaient encore allaités. À 6 mois, cette proportion tombe à 34 % des enfants encore allaités (dont 29 % tout en ayant commencé une diversification alimentaire). Cette situation contraste avec certains pays d’Europe, où le taux d’allaitement est nettement plus élevé. Ainsi, en Norvège, 98 % des enfants sont allaités à la naissance, 71 % des enfants sont encore allaités à l’âge de 6 mois et 35 % à 12 mois.

Divers travaux de recherche ont tenté d’éclaircir les mécanismes de protection. Lors de l’allaitement, la structure du sein se modifie, ce qui augmente la différenciation de l’épithélium mammaire et rend les cellules moins sensibles à la transformation maligne. Par ailleurs, l’allaitement retarde la reprise des cycles ovulaires après la grossesse et réduit le taux d’œstrogènes dans le sein, ce qui se traduit par une plus faible exposition du tissu mammaire aux hormones.

Allaitement à la demande : une approche individualisée

L'allaitement « à la demande » semble particulièrement subversif parce qu’il exclut toute notion de repère temporel. Il s’agit d’allaiter à chaque fois que le bébé en montre l’envie, ce qui peut paraître d’une simplicité sans équivoque, mais entre en contradiction profonde avec l’ordre temporel linéaire qui domine nos sociétés industrielles. Malgré un consensus mondial du milieu médical reconnaissant la supériorité de l’allaitement à la demande, dans leur pratique, à l’instar des mères, les professionnel(le)s accompagnant l’initiation à l’allaitement restent souvent attaché(e)s à des critères temporels et quantitatifs pour évaluer le bon déroulement d’un allaitement - écart temporel entre deux tétées, durée de chaque tétée, prise de poids de l’enfant. Ces normes correspondent à une évaluation quantitative de l’allaitement, au détriment d’une approche qualitative et ont également pour effet de disqualifier le savoir subjectif des mères, issu de leur expérience singulière et de la connaissance spécifique de leur enfant.

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Dans le contexte actuel marqué par un message fort de promotion de l’allaitement, émanant des professionnel(le)s de la naissance et des institutions de santé publique, les mères sont très fortement incitées à allaiter. Ces dernières années, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a édicté différentes initiatives concernant l’allaitement qui ont notamment occasionné l’établissement de repères temporels reconnus comme déterminants pour le succès de l’allaitement et l’optimisation de ces effets bénéfiques sur la santé des enfants. En dépit de ces recommandations, la durée totale de l’allaitement dans la plupart des pays industrialisés dépasse rarement quelques mois, ce qui correspond aussi à la durée du congé maternité. La reprise d’une activité professionnelle marque souvent l’arrêt de l’allaitement, les conditions de travail, articulées aux structures de garde des enfants étant souvent peu favorables à sa continuation. Des facteurs d’ordre économique et social pèsent ainsi lourdement sur les pratiques d’allaitement des mères.

Par ailleurs, au-delà de ces contraintes structurelles, s’il est fortement encouragé d’allaiter un nourrisson, continuer d’allaiter un(e) enfant plus âgé, est globalement perçu comme inapproprié dans les sociétés occidentales. Indépendamment des recommandations médicales, il semble donc qu’il existe un âge culturellement identifié comme adéquat pour l’arrêt de l’allaitement.

De son initiation jusqu’au moment du sevrage, l’allaitement est ainsi encadré par différentes normes temporelles qui définissent ses modalités et sa durée. Ces normes sont émises par les organismes de santé publique et les expert(e)s en lactation et nutrition infantile, mais il s’agit aussi de normes culturellement construites, qui ne trouvent pas toujours leur justification dans un raisonnement scientifique ou médical : elles circonscrivent également la « fenêtre » dans laquelle il est encouragé socialement d’allaiter.

Le rôle des sages-femmes dans l'accompagnement de l'allaitement

Dans le sens commun, l’allaitement est généralement perçu comme un acte « naturel » et inné. Cependant, en dépit du caractère « naturel » qui lui est reconnu, l’allaitement est également perçu comme une technique corporelle qui nécessite un certain apprentissage et une période d’adaptation. À ce titre, il est communément admis que l’aide d’un(e) professionnel (le) est conseillée pour effectuer cet apprentissage et/ou pour optimiser la « technique » d’allaitement.

Au cours des visites post-partum à domicile, l’allaitement occupe une place centrale. Une visite dure le plus souvent entre 1h15 et 1h30 et se déroule habituellement en trois temps. Un moment est consacré à la discussion avec la mère, ses préoccupations et son état de santé, ensuite le bébé est pesé, puis il est mis au sein. Cet ordre peut différer en fonction des dispositions du bébé - éveillé ou endormi, repus ou affamé - à l’arrivée de la sage-femme, et des spécificités liées à la situation.

Durant la tétée, les sages-femmes suggèrent parfois un réajustement de la position, en cas de douleur de la mère, par exemple. Mais au-delà des conseils « techniques », les sages-femmes invitent les mères à une observation clinique de la tétée en les rendant attentives par exemple aux mouvements de la tempe du bébé indiquant que toute sa mâchoire est sollicitée par la succion, aux bruits de déglutition ou de contentement, ou au relâchement musculaire qui s’effectue à mesure que la sensation de satiété s’installe. Conjointement à cette observation minutieuse, les sages-femmes évoquent d’autres indicateurs comme l’alternance de phases de sommeil et d’« éveil calme » du bébé ou le fait qu’il urine régulièrement. Pour Marie, l’une des sages-femmes que j’ai accompagnée, se référer à ces indicateurs qualitatifs peut donner aux mères un sentiment de maîtrise et de compétence sur leur allaitement : « Si vous vous référez qu’à la balance, ça peut être déstabilisant parce que le contrôle vient de l’extérieur ». Selon sa perspective, « le poids, c’est juste la dernière information, juste de la curiosité ».

Défis et obstacles à l'allaitement

La plupart des enquêtes relèvent un lien fort entre confiance, estime de soi et réussite de l’allaitement. La moindre fréquence de l’allaitement dans les classes moins favorisées a ici son origine. Le passage d’une société rurale à une société urbaine et l’absence de transmission mère-fille, joints à une médicalisation parfois excessive de l’accouchement, sont également des facteurs négatifs. S’y ajoute une vision déformée de l’allaitement, perçu comme une servitude et un envahissement susceptible, de plus, d’être préjudiciable à l’esthétique du corps féminin…

La pression commerciale des aliments de substitution dans les revues spécialisées, au cours des réunions et des congrès, sur les murs même des maternités, la distribution d’échantillons ou de bons de réduction, ont contribué au déclin progressif de l’allaitement maternel. Le Code international des substituts du lait maternel (1981) reste mal appliqué ou mal connu, tout comme les dix recommandations de l’OMS à l’origine du label «Hôpital, ami des bébés » (1991). Il n’existe pas actuellement en France de comité national fédérateur des actions en faveur de l’allaitement.

La reprise du travail représente encore un facteur important d’arrêt de l’allaitement, sauf si la durée hebdomadaire du travail est inférieure à vingt heures. Une majorité des mères fait face, au cours des premières semaines, à des difficultés d’ordre technique (crevasses, prise du sein, engorgement ou insuffisance de lait), mal prises en charge par le milieu médical. La solution trop souvent préconisée consiste à arrêter l’allaitement. La formation des professionnels de santé est souvent insuffisante et le degré de compétence faible.

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