Dès les premières heures de la grossesse, le corps de la femme enceinte subit des transformations orchestrées par un grand jeu hormonal. Parmi ces hormones, la progestérone joue un rôle essentiel, notamment au cours du premier trimestre. Cet article explore le rôle crucial de la progestérone durant cette période, ses effets sur le corps de la femme et son importance pour le bon déroulement de la grossesse.
Le Rôle des Hormones au Début de la Grossesse
Les premières semaines de grossesse, souvent qualifiées d'"invisibles", sont pourtant le théâtre de changements physiologiques majeurs. Le corps s'active pour accueillir et faire grandir un bébé. Le cœur gonfle, la respiration s'accélère, la capacité pulmonaire se réduit, et la filtration glomérulaire des reins augmente. Ces transformations rapides sont orchestrées par les hormones de la grossesse.
La première hormone détectée est l'hCG (hormone gonadotrophine chorionique). Elle est sécrétée dès le début de la nidation et maintient le corps jaune, qui produit la progestérone essentielle pour maintenir la grossesse. L'hCG est également à l'origine des nausées, des vomissements et de la grande fatigue ressentis par de nombreuses femmes enceintes au premier trimestre.
Ensuite, une réaction en chaîne de production d'hormones se met en place, incluant :
- La progestérone : Elle prépare l’utérus pour l’implantation de l’embryon et maintient la paroi utérine pendant la grossesse. Elle empêche également les contractions utérines prématurées. Elle peut causer une grande fatigue, des maux de tête et une constipation. Mais elle a aussi un effet calmant qui peut améliorer le sommeil.
- Les œstrogènes : Sécrétés tout au long de la grossesse, ils stimulent la croissance de l’utérus et des seins, améliorent la circulation sanguine et aident à la formation des organes du fœtus. En revanche ils contribuent à la rétention d’eau, aux changements de la peau (comme l’hyperpigmentation) et peuvent aussi provoquer des sautes d’humeur.
- La relaxine : Sécrétée dès le début de la grossesse, avec des pics durant le premier et le dernier trimestre, elle entraîne une plus grande flexibilité des articulations, elle assouplit les ligaments et les tendons, prépare le bassin pour l’accouchement (ce qui peut causer des douleurs pelviennes ou dorsales).
- La HPL (hormone lactogène placentaire) : Sécrétée par le placenta dès le second trimestre de grossesse, elle prépare les glandes mammaires pour l’allaitement, régule le métabolisme de la mère pour fournir plus de nutriments au fœtus.
La Progestérone : Hormone Clé de la Grossesse
La progestérone, souvent qualifiée d'"hormone de la nidation", est essentielle pour la grossesse. Elle est produite naturellement après l'ovulation et crée les conditions idéales pour la fécondation.
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Rôle et Effets de la Progestérone
- Préparation de l'endomètre : Le principal rôle de la progestérone, avant la grossesse, est de préparer l’endomètre (la paroi de l’utérus) à accueillir un ovule fécondé. Si la fécondation n'a pas lieu, l’endomètre se dessèche et est évacué sous la forme des règles. En cas de fécondation de l'ovule, le taux de progestérone augmente pour maintenir la grossesse.
- Maintien de la grossesse : La progestérone imprègne la muqueuse utérine pour la préparer à la nidation, c’est-à-dire à l’implantation de l’embryon. Elle joue sur le maintien de l’endomètre, la croissance utérine et la régulation des contractions du myomètre. La progestérone, en tant que traitement, permet ainsi de favoriser le maintien de l’embryon.
- Développement fœtal : Au premier trimestre, elle permet notamment de préparer l’utérus pour que l’embryon s’implante, puis elle joue un rôle important dans le développement fœtal et la maturation de l’utérus.
- Prévention des contractions : Elle a un effet relaxant sur les fibres de l’utérus, limitant ainsi les risques de contraction et d’expulsion prématurée du fœtus.
- Préparation à l'allaitement : L’hormone progestative a pour rôle d’accroître la surface des glandes mammaires et, de ce fait, de préparer le corps de la future maman à l’allaitement.
Production de Progestérone Pendant la Grossesse
Quand l'ovaire libère un ovule, la phase lutéale commence : le corps jaune se forme à partir du follicule d’ovule non fécondé, et commence à produire de la progestérone. Le corps jaune est une glande temporaire qui agit au début d’une grossesse si l'ovule est fécondé. La progestérone provoque un épaississement de la muqueuse utérine, ce qui crée un environnement favorisant l’implantation de l'ovule s'il est fécondé. Si l'ovule n'est pas fécondé, le corps jaune se décompose.
En revanche, si un ovule est fécondé par un spermatozoïde, le corps jaune continue de libérer de la progestérone. Celle-ci va rendre la muqueuse utérine épaisse et riche en vaisseaux sanguins, qui vont fournir des nutriments essentiels au développement de l’ovule fécondé. L’ovule fécondé est maintenant devenu un embryon. Une fois le placenta formé, c'est cet organe qui assurera la production de progestérone pendant la grossesse.
Pendant la grossesse, le taux de progestérone augmente chaque trimestre. Il atteint son niveau le plus élevé au cours du troisième trimestre de grossesse.
Impact de la Progestérone sur le Corps de la Femme Enceinte
La progestérone peut provoquer divers effets sur le corps de la femme enceinte :
- Constipation, ballonnements et flatulences : Elle a aussi une action sur les fibres musculaires intestinales, provoquant un ralentissement du transit, à l’origine d’une constipation et de ballonnements. En fin de grossesse, cet inconfort s’accentue en raison de la baisse de l’activité physique et de la pression que le fœtus, en raison de sa taille, exerce mécaniquement sur les organes.
- Jambes lourdes : Les hormones de la femme enceinte (œstrogènes et progestérone) ont tendance à diminuer l'élasticité des veines. Moins toniques, elles deviennent plus dilatées lorsque la pression sanguine augmente.
- Troubles du sommeil : L’élévation des taux d’œstrogène, de progestérone et de prolactine seraient plus particulièrement impliqués dans ces troubles du sommeil.
- Hypersensibilité, hyperémotivité et sautes d'humeur : L’élévation des taux d’hormones de grossesse (œstrogènes et progestérone) a un impact sur les émotions et la sensibilité de la future maman.
Supplémentation en Progestérone
Dans certains cas, une supplémentation en progestérone peut être nécessaire.
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Quand la Supplémentation est-elle Nécessaire ?
- Procréation Médicalement Assistée (PMA) : Une supplémentation en progestérone est obligatoire et impérative pour la femme enceinte grâce à une méthode de procréation médicalement assistée (PMA), et notamment par fécondation in vitro (FIV). C'est une condition pour mener la grossesse à terme dans ce cas-là.
- Menace d'accouchement prématuré : La supplémentation en progestérone pendant la grossesse peut également être prescrite dans des cas particuliers de menace d’accouchement précoce, notamment quand il s’agit d’une grossesse monofoetale asymptomatique avec un col court et sans antécédent d’accouchement prématuré.
- Insuffisance lutéale : Certaines femmes souffrent généralement d’un déficit de sécrétion en progestérone, que l’on appelle aussi insuffisance lutéale. « Selon les cas, pour soutenir cette implantation, des ovules de progestérone pourront être prescrits par le gynécologue ».
Administration de la Progestérone
La progestérone peut s’administrer par voie orale, par voie intramusculaire ou par voie vaginale. Cependant, la voie vaginale est toujours privilégiée, pour plusieurs raisons. La supplémentation par voie orale est évitée, car les doses nécessaires pour atteindre l’utérus sont importantes, ce qui expose à des risques d’effets secondaires comme la cholestase hépatique (la progestérone étant une hormone stéroïde dérivée du cholestérol). Les injections intramusculaires sont également peu utilisées, car ces dernières sont douloureuses et doivent être effectuées très régulièrement.
Quand Arrêter la Progestérone ?
Il est ensuite recommandé de ne pas continuer la supplémentation en progestérone au-delà du premier trimestre, car l’action bénéfique de la progestérone n’est plus prouvée. Si la progestérone est prise dans le cadre de la prévention d’une menace d’accouchement prématuré avec un col court, la prise devra être arrêtée à 34-36 semaines d’aménorrhée, car, au-delà de cette période, aucun bénéfice prouvé n’a été établi.
Effets Secondaires de la Progestérone
- Voie orale : Somnolence, vertiges 1 à 3 heures après la prise du médicament, léger saignement, règles plus fréquentes. Ces effets sont le plus souvent le signe d'un surdosage.
- Voie vaginale : Le principal désagrément sont les pertes vaginales qui peuvent varier d’une femme à l’autre et être parfois très abondantes.
Taux de Progestérone et Grossesse
Taux de Progestérone pour Tomber Enceinte
Généralement, on admet que si le niveau de progestérone dépasse les 5 ng/ml en phase lutéale, cela indique qu’une ovulation a bien eu lieu. Une concentration inférieure à cette valeur peut ainsi diminuer les chances d’ovulation à chaque cycle. Des taux faibles (dont la norme varie d’une femme à l’autre) peuvent signer une insuffisance lutéale.
Taux de Progestérone Pendant la Grossesse
Au premier trimestre, le dosage peut être réalisé en cas d’antécédents de fausses couches à répétition ou de saignements. Pendant la grossesse, le taux de progestérone est très élevé. Pendant les premières semaines d’aménorrhée, le taux peut varier entre 15 et 50 ng/ml, pour atteindre plus de 95 ng/ml en fin de grossesse.
Conseils pour Gérer les Modifications Hormonales
Les hormones sont souvent à l’origine des maux de la grossesse : nausées, fatigue, mal de dos, jambes lourdes, sautes d’humeur… En avoir conscience et s’informer sur les changements hormonaux permet déjà de mieux les accepter. S’ils impactent votre quotidien, n’hésitez pas à en parler au professionnel de santé qui vous suit : il saura vous donner les bons conseils voire vous prescrire le bon traitement.
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Quelques actions simples peuvent soulager :
- Conserver une activité physique (marche, nage, cela peut être une pratique douce).
- Se reposer au maximum.
- Adopter une alimentation équilibrée pour soutenir le corps pendant la grossesse.
- Fractionner vos repas en 6 collations légères.
- Éviter les mauvaises graisses saturées et les aliments transformés.
- Manger des aliments qui vous plaisent à haute valeur énergétique car vous avez besoin d’une alimentation riche en bons gras (graisses insaturées et protéines).
- Afin de ne pas vous réveiller l’estomac complètement vide le matin, prenez un deuxième repas léger le soir juste avant de vous coucher.
- Bien vous hydrater est important pour faire travailler vos reins afin d’éliminer les toxines et de drainer les hormones. Buvez petite gorgée par petite gorgée en dehors des repas pour ne pas surcharger votre estomac.
- Faites-vous des infusions aux feuilles de framboisier. Celles-ci sont riches en vitamine E et A, en calcium et en fer. Elles agissent en neutralisant l’acidité de l’estomac pour estomper les sensations de nausée et les vomissements.
- Prenez de la vitamine B6 (25 mg par jour).
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