L'univers des crèches, souvent perçu comme un cocon de douceur et d'éveil pour les tout-petits, est aujourd'hui secoué par des révélations inquiétantes. Depuis la parution du livre-enquête de Victor Castanet, « Les Ogres », la parole se libère, mettant en lumière des dysfonctionnements systémiques qui remettent en question la qualité de l'accueil et le bien-être des enfants. Taux d’encadrement non respectés, nourriture et couches rationnées, mauvaises conditions d’accueil, voire même maltraitances, le système des crèches, en particulier privées, suscite de vives interrogations.

Témoignages poignants : quand la maltraitance s'invite dans les crèches

L'histoire de France de la Neuville, dont le fils a été victime d'un geste de maltraitance dans une micro-crèche privée, est un exemple poignant des dérives qui peuvent survenir. Comme tous les soirs, France, récupère son fils Archibald, dans la micro-crèche privée où il est inscrit. Ce jour-là, on l’informe qu’Archibald s’est montré particulièrement turbulent. Une fois rentrée chez elle, à l’heure du bain, elle remarque un bleu sur son épaule. « Je lui ai demandé ce qui était arrivé. Il s’est pincé en disant « non non Archibald » et a mimé une scène assez violente en m’expliquant que c’était la personne qui s’occupait de lui qui avait fait ça. », se remémore France. Malgré les dénégations de la salariée et l'ouverture d'enquêtes, France n'a jamais été informée des conclusions. Le pédiatre d'Archibald lui a conseillé de retirer son fils de la crèche, même s'il aimait y aller, soulignant les conséquences potentiellement graves sur son développement.

Claudia Atzori, éducatrice de jeunes enfants (EJE) dans une crèche municipale, témoigne également des conditions de travail difficiles et du manque de respect envers la dignité humaine. Elle décrit une course au recrutement nivelé par le bas, avec des contrats précaires et un manque de soutien de la part de la direction.

Des conditions de travail délétères : un terreau fertile pour les maltraitances

Plusieurs facteurs contribuent à la dégradation de la qualité de l'accueil dans les crèches.

  • Le non-respect du rythme des tout-petits : Le stress des professionnelles, le manque d'espace et le nombre d'enfants entraînent des problèmes tels que la colère, l'excitation, les morsures et les disputes. Les enfants sont obligés de se partager un espace de vie exigu et un dortoir réduit, sans tenir compte de leurs rythmes et besoins individuels.

    Lire aussi: Solutions pour l'infertilité liée à l'ovulation

  • Des situations ubuesques : Claudia Atzori raconte des anecdotes surréalistes, comme l'obligation d'aérer une salle dont les fenêtres sont cassées en bloquant la porte avec un meuble et une professionnelle.

  • Des nuisances sonores permanentes : Le bruit incessant dans les crèches est une source de stress importante pour les enfants et les adultes.

  • Un taux d'encadrement inadapté : Le manque de personnel qualifié et le non-respect des taux d'encadrement mettent en danger la sécurité et le bien-être des enfants. Claudia Atzori se souvient d'un jour où elle était seule pour la fermeture et a dû uriner dans une couche faute de pouvoir se rendre aux toilettes.

  • Travail à la chaîne et course contre la montre : Les professionnelles sont constamment sous pression, avec un manque de temps pour les activités, l'observation et la réflexion. Elles sont fatiguées physiquement et psychologiquement, ce qui les empêche d'accueillir correctement les émotions des enfants.

Les conclusions alarmantes de l'IGAS : négligences et maltraitances avérées

Un rapport de l'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) publié en avril 2024 met en lumière des cas de maltraitances sur les enfants dans les crèches. Les inspecteurs ont visité 36 établissements et interrogé environ 5 000 directeurs, 12 000 salariés de crèches et 27 000 parents.

Lire aussi: Solutions pour l'alimentation de bébé

Le rapport souligne que les bambins peuvent être exposés à des risques de négligences. Beaucoup d'adultes interrogés ont décrit des situations s'apparentant à de la maltraitance, évoquant des enfants oubliés sur les toilettes, privés de sieste faute de lits en nombre suffisant, ou au contraire qu'on laisse pleurer jusqu'à ce qu'ils s'endorment. D'autres témoignages font état d'enfants à qui on ne donne pas à boire, « comme ça, on change moins les couches », que l'on laisse trop longtemps dans leur couche souillée, que l'on humilie ou insulte (« tu chouines pour rien », « tu sens mauvais »…), que l'on nourrit de force en leur pinçant le nez pour qu'ils ouvrent la bouche, ou même que l'on maltraite physiquement en leur tirant les cheveux ou en les attachant à un radiateur.

Si les données ne sont pas représentatives de l'ensemble des crèches, l'IGAS s'alarme de l'existence d'établissements « de qualité très dégradée » ce qui peut entraîner « des carences dans la sécurisation affective et dans l'éveil » des tout-petits.

Les risques professionnels pour les personnels de crèche

Les professionnels de la petite enfance sont confrontés à de nombreux risques, qu’ils soient physiques, psychologiques ou infectieux. Contusions, commotions, entorses, troubles du sommeil, stress, burnout, dépression, etc. Tout employeur doit prendre “les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale” de ses salariés. Il est ainsi tenu d'évaluer les risques et de mettre en place des actions de prévention, d'information et de formation. L’évaluation des risques doit être consignée dans le document unique d’évaluation des risques (DUER). Il est indispensable de former et d’informer les personnels des établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE) sur les risques et leur prévention. Si le risque 0 n’existe pas, il est possible de réduire les risques de chute, en installant par exemple des sols anti-dérapants et en gardant les sols et les escaliers propres, secs et non encombrés. La mise à disposition de matériels et d’équipements adaptés aux adultes, réglables en hauteur et faciles à déplacer (lits, postes de change, sièges, équipements à roulettes, etc.) permet d’éviter les mauvaises postures répétées. Pour prévenir ces risques, il convient d’analyser collectivement les pratiques professionnelles dans un premier temps, puis de définir les éléments d’information à transmettre et les modes de communication à adopter, et enfin de suivre et gérer les incidents afin de mieux identifier les causes récurrentes pour pouvoir les traiter. Mais aussi en choisissant des jouets et des équipements, notamment électroménagers, avec le niveau sonore le plus bas possible. Ces risques peuvent être limités par des mesures générales d’hygiène (lavage régulier des mains, nettoyage des surfaces, jouets, autres objets, ventilation des pièces, etc). Le personnel doit être formé à leur application rigoureuse.

La logique de rentabilité : un danger pour la qualité de l'accueil

Élodie, infirmière puéricultrice et directrice de crèche, témoigne de la pression exercée par la logique de rentabilité dans les crèches privées lucratives. Elle raconte qu'elle a rapidement déchanté en constatant que « on ne faisait pas de la garde d’enfant, on faisait du commerce ». La logique de rentabilité prenait le pas sur le reste, avec des cas de harcèlement et une vague de démissions.

Elle décrit des situations catastrophiques, avec un sous-effectif chronique, des enfants laissés pleurer en attendant un biberon et un manque de matériel pédagogique. Elle a finalement démissionné, refusant de faire de l’argent sur le dos des enfants et de leurs familles.

Lire aussi: Causes de l'incontinence après la naissance

Des pistes pour améliorer la situation

Face à ces constats alarmants, des mesures doivent être prises pour améliorer la qualité de l'accueil dans les crèches.

  • Création d'un fichier national des auxiliaires de puériculture : Le sénateur Xavier Iacovelli propose de créer un fichier national des auxiliaires de puériculture pour éviter que les personnes ayant commis des actes de maltraitance puissent être recrutées dans d'autres structures.

  • Interdiction du recrutement de personnel sans formation et rétablissement des taux d'encadrement : Il est essentiel de garantir un personnel qualifié et en nombre suffisant pour assurer la sécurité et le bien-être des enfants.

  • Amélioration des conditions de travail des professionnels de la petite enfance : Il est nécessaire de revaloriser les salaires, de réduire la pression et de favoriser la formation continue pour éviter l'épuisement professionnel et les dérives.

  • Changement du système de financement des crèches : Julie Marty-Pichon de la fédération nationale des éducateurs de jeunes enfants préconise de changer le système de financement des structures pour éviter la pression à avoir des crèches pleines et surbookées. Elle souligne que le secteur de la petite enfance ne doit pas être marchandisé.

  • Revalorisation de la formation des professionnels de la petite enfance : Il est essentiel de renforcer la formation initiale et continue des professionnels pour leur donner les compétences nécessaires pour accompagner les enfants dans leur développement et prévenir les risques de maltraitance.

tags: #problèmes #courants #dans #les #crèches

Articles populaires: