Dès son arrivée au pouvoir en 1974, Valéry Giscard d'Estaing a initié une pratique inédite : s'inviter à dîner chez les Français. Cette initiative, présentée comme une volonté de "regarder la France au fond des yeux", a marqué une rupture dans la communication politique et a suscité un vif intérêt.
L'initiative de Valéry Giscard d'Estaing : une révolution dans la communication présidentielle
Valéry Giscard d'Estaing, soucieux de moderniser la communication présidentielle, a mis en place ces dîners mensuels chez des Français sélectionnés par l'Élysée. L'idée, annoncée en décembre 1974, a suscité l'enthousiasme des Français. Ces rencontres se voulaient un moyen pour le président, souvent perçu comme distant, d'établir un lien direct avec ses concitoyens.
L'objectif était de prendre le pouls de l'opinion publique et de mieux comprendre les préoccupations des Français. Cependant, certains observateurs ont émis des doutes sur la sincérité de cette démarche, la considérant comme un simple artifice communicationnel. Ils soulignaient le contraste entre ces dîners chez l'habitant et les réceptions plus formelles organisées à l'Élysée ou à Chambord.
Les premiers dîners : entre spontanéité et protocole
Le premier dîner a eu lieu en janvier 1975 chez les Cucchiarini, un couple d'encadreurs d'art du 7e arrondissement de Paris qui avait déjà travaillé pour l'Élysée. Madame Cucchiarini a raconté avoir été contactée par le chef de cabinet du président pour fixer le rendez-vous et avoir ressenti de la panique face à l'organisation et au menu.
Le menu se composait de champagne, d'un potage de cresson, d'un bar avec une sauce mousseline, d'une côte de bœuf garnie de tomates, de cresson et d'une jardinière de légumes, de fromage, de salade et d'une charlotte en dessert. Les conversations ont porté sur des sujets variés tels que la faim dans le monde, les problèmes sociaux et la natalité. Le président s'est montré intéressé par le travail de chacun et a posé de nombreuses questions.
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D'autres familles ont ensuite reçu le président, comme les Nehou dans l'Eure, les Baschou à Orléans et les Echelard dans le Morbihan. Ces dîners étaient préparés avec soin, mais l'Élysée insistait pour que les familles ne se sentent pas obligées d'acheter de la vaisselle ou du champagne.
En décembre 1975, Jean et Annick Baschou à Orléans ont eu la surprise de recevoir un télégramme de l'Élysée leur annonçant la venue du président pour le réveillon du 31 décembre. L'événement était gardé secret pour des raisons de sécurité. Le repas, simple et convivial, comprenait un plat de charcuterie (apporté par l'Élysée), du lapin de l'élevage de Jean Baschou, des haricots, de la salade du jardin et un gâteau préparé par Annick Baschou.
Les motivations et les enjeux de ces rencontres
L'idée de ces dîners venait de Valéry Giscard d'Estaing lui-même, mais c'est Philippe Sauzay, son chef de cabinet, qui était chargé de sélectionner les familles. L'objectif était de donner l'image d'un président proche du peuple, à l'écoute de ses préoccupations.
Christian Delporte, dans son livre "Une histoire de la séduction politique", voit dans cette démarche une volonté de Giscard de se rapprocher de son modèle en communication politique, John Kennedy. Lors d'une visite officielle aux États-Unis en 1976, Giscard s'était rendu sur la tombe de JFK et avait déclaré : "Sa tentative d'amener de la spontanéité et de la gaieté dans la vie publique fut, et est toujours ce que le public attend".
L'évolution de la perception de ces dîners
Si l'initiative a suscité l'enthousiasme au début, l'opinion publique est devenue plus critique à mesure que la situation économique et sociale se dégradait. Les Français n'étaient pas dupes de la manœuvre et reprochaient à Giscard son arrogance et sa "dérive monarchique".
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En 1977, lors d'une visite à Roscoff, il a été confronté à une foule de manifestants qui avaient accroché des cochons aux pales de l'hélicoptère présidentiel. Cette image symbolise le déclin de la popularité de Giscard et le désenchantement des Français.
La gastronomie à l'Élysée : une affaire d'État
La gastronomie a toujours occupé une place importante dans la vie politique française. Les repas à l'Élysée sont préparés par une brigade de cuisiniers et de pâtissiers diplômés des meilleures écoles hôtelières, sous la direction d'un chef. La batterie de cuivres, souvent centenaire, est l'une des plus belles de France.
Les choix de plats et les erreurs de protocole peuvent avoir des conséquences diplomatiques. Servir du bar grillé à Raymond Barre ou des "petits pois à la Clamart" à De Gaulle après l'attentat du Petit Clamart n'a pas été apprécié. En 1999 et 2004, des incidents diplomatiques ont été évités de justesse avec l'Iran en raison de la présence de vin à table.
François Mitterrand, quant à lui, aimait les produits du terroir et avait choisi Danièle Delpeuch comme cuisinière personnelle. Cette dernière préparait des plats simples et savoureux, mettant en valeur les produits de nos régions. Le film "Les saveurs du Palais" s'inspire de son histoire et rend hommage à la cuisine française et à ses traditions.
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