La grossesse non désirée est une réalité complexe qui touche des femmes de tous âges et de tous horizons. Loin d'être un phénomène marginal réservé aux adolescentes, elle survient à tous les âges de la vie et dans tous les milieux. Elle peut être vécue comme une surprise, un défi, voire une crise, et soulève des questions importantes sur la contraception, la sexualité, le désir d'enfant, et le soutien nécessaire aux femmes confrontées à cette situation.
La réalité des grossesses non désirées
Contrairement aux idées reçues, ces grossesses inopinées sont loin d’être réservées aux adolescentes mal informées (à peine 2% des naissances), mais surviennent dans tous les milieux et à tous les âges de la vie. Comme des passagers clandestins, les bébés surprises embarquent ainsi dans la vie de leurs parents à la faveur d’un accroc du destin.
Témoignages et expériences
- Blandine: Rejoint malgré elle le bataillon des toutes jeunes mères : celle que l’on prend encore souvent, à 25 ans, pour la baby-sitter de son fils Gabriel (6 ans ce mois-ci) s’est retrouvée enceinte alors qu’elle vivait encore chez ses parents. « J’étais en 2ème année de droit, je connaissais le papa depuis 9 mois, on était jeunes, amoureux… Mais on n’avait évidemment pas prévu d’être parents si tôt ! Et pour Thibaut et moi, garder ce bébé, c’était comme un challenge. Car, passer des examens de licence une semaine après avoir accouché, ça n’a rien d’évident ! »
- Delphine: A 44 ans, elle avait fait depuis longtemps le choix d’une vie sans enfant. « Ma liberté, c’est sacré, explique-t-elle. Alors, un bébé ! J’ai ruminé la nouvelle pendant trois jours, et pleuré, pleuré… Si mon ami ne m’avait pas dit « On le garde », j’aurais envisagé une IVG. » Aujourd’hui, maman d’un petit François de 11 mois, Delphine n’est toujours pas revenue de sa métamorphose. « Un bébé, c’est fabuleux, ça apporte un équilibre incroyable, s’enthousiasme-t-elle.
- Marie-José: 45 ans, mariée, mère de 4 enfants (24, 17, 11 et 2 ans) est tombée enceinte de sa dernière à 43 ans. « J’ai pensé à l’IVG, parce qu’au niveau financier, c’était pas possible d’avoir un 4ème, mais en fait, je voulais pas trop. Mon mari, lui, était pour l’IVG. Je me suis rendue compte que j’étais enceinte à environ 2 mois de grossesse. J’ai essayé d’avorter à Paris, mais le médecin n’a pas voulu. Impossible d’aller à l’étranger, c’était trop cher. Du coup, à la fin, j’ai décidé de le garder. Maintenant, c’est une belle petite fille. Elle a 2 ans, elle s’appelle Stéphanie. »
- Claire: « Je sais, se laisser surprendre après 3 enfants, ça paraît complètement fou, convient Claire, 38 ans. Mais j’en avais assez de la pilule (…). Je suis restée ainsi un an à jouer au « pas vu, pas pris ». Même quand, a priori, on est ouvert à l’arrivée d’un enfant supplémentaire, le choix d’accueillir le trouble-fête reste une décision difficile à assumer.
- Anaïs: « Je m’étais toujours dit : si un jour arrive un enfant non attendu, je le garde. Mais quand Raphaël s’est annoncé six mois après son grand frère, raconte Anaïs, ça m’a fait un choc. Moi qui voulais évoluer dans mon métier d’infirmière, j’étais bonne pour un nouveau congé de maternité ! «
Ces témoignages illustrent la diversité des situations et des réactions face à une grossesse non désirée. L'âge, la situation personnelle, le contexte familial et professionnel, les convictions personnelles, autant de facteurs qui influencent la manière dont chaque femme vit cette expérience et prend sa décision.
Grossesse non prévue : une nouvelle déstabilisante ?
Si vous ne l’avez pas planifié, le fait d’apprendre que vous êtes enceinte peut être vécu comme une magnifique surprise… ou comme un drame. Dans tous les cas, cette annonce peut être déstabilisante. Quelles que soient les situations particulières, il y a plusieurs options possibles.
Les causes et les facteurs de risque
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à une grossesse non désirée :
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- L'échec de la contraception: Oubli de pilule, glissement ou déchirement de préservatif. Deux IVG sur trois sont réalisées chez des femmes qui utilisaient une méthode de contraception à la date de la conception. Les grossesses non prévues sont en effet souvent liées à un problème dans l’usage de la contraception. Le moyen de contraception que vous choisissez doit être celui qui correspond le mieux à votre mode de vie. Si celui-ci ne vous convient pas (ou plus), vous pouvez en changer.
- Le manque d'information et d'éducation sexuelle: Faute de moyens et à cause de tabous liés à la sexualité, les filles, et plus largement les enfants, ne reçoivent pas d’éducation sexuelle et reproductive. Elles ne connaissent pas ou mal ni les moyens de contraception ni les risques liés à une grossesse précoce.
- L'accès limité à la contraception: 127 millions de femmes n’utilisent pas de contraception et 257 millions des femmes qui ne souhaitent pas d’enfant n’ont pas accès des moyens de contraception sûrs et modernes. L’accès à la contraception peut être freiné par la pauvreté, les tabous, le manque d’information, et/ou les distances trop grandes pour accéder à un magasin ou un centre de santé les distribuant.
- Les violences sexuelles: La violence sexuelle est une autre cause de grossesse non désirée dans certains pays en développement.
- Les mariages forcés: 9 grossesses précoces sur 10 ont lieu dans le cadre d’un mariage ou d’un concubinage. Une fois mariées, les filles sont forcées d’avoir des relations sexuelles avec leur mari et de prouver leur fécondité.
- Les tabous liés à la culture: Dans certains pays, parler de sexualité est tabou.
- Une dimension irrationnelle du désir d'enfant: Depuis l’avènement de la contraception, nous vivons dans l’illusion d’une maîtrise totale de la procréation. Or le désir d’enfant garde une dimension irrationnelle. A côté du bébé dû, programmé, le bébé « don », celui dont on disait justement autrefois qu’il était « l’enfant du désir », n’a pas disparu. Chez certains couples, il peut même y avoir une satisfaction à ne pas tout maîtriser.
Grossesse précoce : un défi spécifique
Chaque année en France, plusieurs milliers d'adolescentes deviennent mères. Ce choix de la maternité précoce n’est pas simple à assumer, et il demande compréhension, soutien et bienveillance. En 2013, près de 20 000 bébés sont nés de mamans âgées de moins de 19 ans. Les activités sexuelles, tellement banalisées de nos jours, touchent désormais les adolescentes dès le collège. Il faut savoir qu’aucune contraception n’est totalement efficace.
Risques et conséquences
Les deux grands risques d'une grossesse précoce sont un petit poids de naissance ou une prématurité. "La maternité précoce peut augmenter les risques pour les nouveau-nés ainsi que pour les jeunes mères. Les risques liés à la grossesse ne constituent pas les seules difficultés auxquelles se retrouvent confrontées une jeune fille enceinte. Pendant l'adolescence, elle se trouve dans une période d'instabilité générale entre insouciance, mal-être, transformations du corps et passage à l'acte. Le fait d'être dans l'adolescence et dans la grossesse provoque une double crise de maturation, parfois complexe à régler. Malgré son jeune âge, l'adolescente va devoir assumer la responsabilité et le rôle de mère.
Une grossesse précoce a des conséquences catastrophiques non seulement pour la mère, mais aussi pour l’enfant et le développement de leur communauté et du pays tout entier :
- Chaque jour, 194 filles meurent des suites d’une grossesse précoce. Pourtant, 90 % des causes liées à ces décès pourraient être évitées.
- Les complications liées à la grossesse et à l’accouchement constituent la 2e cause de décès pour les filles de 15 à 19 ans dans le monde.
- Chaque année, près de 3 millions de filles âgées de 15 à 19 ans subissent également des avortements à risque avec des conséquences sur leur santé mentale et physique.
- D’après une étude menée par Plan International, 58 % des filles ne retournent jamais ou rarement à l’école après avoir eu un enfant.
- Dans beaucoup de sociétés, l’honneur de la famille repose sur la virginité des filles. Celles qui sont enceintes hors mariage sont donc victimes de discriminations et de marginalisation.
- Les mariages et les grossesses précoces maintiennent les filles dans leur statut inférieur à l’homme et ne leur permettent pas de sortir de la pauvreté.
Soutien et accompagnement
Il est essentiel d'offrir aux adolescentes et aux jeunes des solutions aux grossesses précoces. Pour cela, voici ce dont la future maman va avoir le plus besoin :
- Un entourage bienveillant, notamment la famille, dont sa mère, pour accompagner la future maman, la rassurer, la sécuriser dans sa maternité, l’aider dans les soins et la garde de l’enfant lorsqu’il sera là.
- Des liens amicaux et sociaux avec des jeunes de son âge.
- Dans la mesure du possible, la présence du futur papa.
- Une réintégration facilitée vers la poursuite d’études ou la recherche d’un travail.
- Les aides de la société pour une autonomie de la nouvelle famille.
"Le grand danger, c'est l'isolement, à la fois pour la santé psychique et physique de la maman mais aussi celle de son enfant. Il est important de créer un tissu social autour de ces jeunes mamans (parents, éducateurs, PMI, services de quartier, assistante sociale…) qui seront autant de soutien.
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Options et décisions face à une grossesse non désirée
Lors d’une grossesse imprévue, plusieurs options sont possibles :
- Poursuivre la grossesse et accueillir un enfant.
- Poursuivre la grossesse et confier l’enfant à l’adoption.
- Interrompre la grossesse.
Si la décision est évidente pour certains, elle est beaucoup plus complexe pour d’autres. N’hésitez pas à vous faire accompagner dans vos interrogations et démarches en demandant conseil à des proches ou à des professionnels de santé. Vous pouvez également contacter par téléphone ou par tchat le numéro vert national « IVG, contraception, sexualités ».
L'Interruption Volontaire de Grossesse (IVG)
Toute femme enceinte, même mineure, peut avoir recours à l’IVG. 1 femme sur 3 aura recours à une IVG au cours de sa vie.
Importance de l'entourage et du soutien
Du côté de l’entourage, la nouvelle fait souvent l’effet d’une petite bombe. Sortir de la norme du bébé programmé au « bon » moment, c’est effectivement s’exposer à des regards surpris, voire à une franche incompréhension.
Ce qui a le plus de chances de garantir le futur bonheur de ce bébé ? Une mère aimante, un père protecteur, et la sécurité physique et affective. Ces éléments, chacun, chacune peut les offrir à l’enfant, que sa venue ait été désirée ou non, s’il s’en remet uniquement au réel : voulu ou pas, désormais, l’enfant est là ! Nul besoin de partir en réflexions, rêveries, reproches ou regrets : désormais, la réalité est ainsi, et la seule chose à faire, qui est possible pour tous est : créer les meilleures conditions possibles pour son accueil et sa croissance.
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