L'évolution des techniques de procréation médicalement assistée (PMA) et leur acceptation croissante dans la société soulèvent des questions complexes, oscillant entre progrès scientifique, aspirations individuelles et considérations éthiques. Cet article explore les raisons sociétales derrière cette évolution, les paradoxes qu'elle engendre, et les enjeux liés à l'acceptabilité sociale des nouvelles frontières du vivant.
L'Évolution de l'Opinion Publique : Vers une Acceptation Élargie de la PMA
Un sondage Ifop publié par la Croix a révélé qu'une majorité de Français se disent favorables à un élargissement de la PMA à toutes les femmes, ainsi qu'à la GPA et à l'euthanasie. Ces résultats, confirmés par un autre sondage Ifop publié dans l'Express, indiquent une évolution significative de l'opinion publique sur ces questions sensibles. Cette tendance est particulièrement marquée chez les moins de 40 ans, qui se montrent également critiques vis-à-vis du capitalisme.
Le Paradoxe : Condamnation du Capitalisme et Plébiscite de la PMA
Un paradoxe se dessine : ceux qui condamnent les dérives de l'économie libérale semblent ignorer que le marché du vivant, ouvert par les techniques d'assistance médicale à la procréation (PMA, GPA, utérus artificiel), représente un nouveau moteur du capitalisme mondialisé. On condamne le capitalisme et on plébiscite l'écologie, tout en en retirant ce qui touche au plus intime de l'homme lui-même, sans voir la contradiction.
Bien que les techniques d'assistance médicalisée à la procréation soient nées des progrès de la science et de la médecine, et non de l'imagination des traders de Wall Street, leur développement a naturellement trouvé un débouché industriel et un circuit de commercialisation, générant des profits.
De l'Infertilité Biologique à l'Infertilité Sociale
Initialement, ces découvertes avaient pour unique objet de traiter des cas d'infertilité biologique au sein de couples hétérosexuels. Des couples ne pouvaient pas avoir d'enfant, la science les y aidait. Dans un second temps, les couples homosexuels ont fait valoir qu'il n'y avait aucune raison de leur refuser l'accès aux mêmes techniques pour remédier à une forme d'« infertilité sociale ». Et l'on voit bien que l'opinion y semble acquise.
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Une troisième étape se profile, où quiconque en fera la demande pourra accéder à ces pratiques. Ce glissement de lois d'exception destinées à répondre à des situations de détresse, depuis des publics au départ ciblés et limités vers l'ensemble des citoyens, est une constante de notre vie sociale depuis plus d'un demi-siècle. Nous l'avons connu pour le divorce et l'avortement.
La Prévalence de la Notion de "Droits"
Ce tsunami libéral est d'une telle violence qu'au final aucun argument éthique n'a plus prise sur l'opinion. Seule la notion de "droits" semble prévaloir. Et n'évoquez pas une montée de l'individualisme, on vous rétorquera revendication d'autonomie. Sauf que dans toute société, à ce jour, les droits des uns étaient sensés se trouver limités par les droits des autres, et les droits de tous possiblement interrogés au nom du Bien Commun ou de l'intérêt général.
L'élargissement de la PMA à toutes les femmes, vivant en couple homosexuel mais également célibataires - et demain, à toutes les femmes vivant en couple hétérosexuel indépendamment de situations d'infertilité - est admise par l'opinion publique au nom de l'égalité des droits.
La Pénurie de Gamètes et les Implications Éthiques
Comme le reconnaît dans son rapport le Comité consultatif national d'éthique (CCNE), la demande actuelle de PMA, pourtant limitée aux seuls cas d'infertilité biologique pour des couples hétérosexuels, se heurte déjà à une pénurie de gamètes. En clair : il n'y a pas suffisamment de donneurs de sperme ! En France, les dons de gamètes - comme tous les dons d'organes - bénéficient de l'anonymat et de la gratuité. Sous la pression du « droit à… », va-t-on faire sauter ce double verrou ?
Si demain les gamètes devenaient un produit marchand, pour pouvoir porter l'offre à la hauteur de la demande, pourquoi pas après-demain la même commercialisation de reins, de cornées ou simplement de sang dont on sait combien le commerce clandestin est aujourd'hui florissant. Au nom de la liberté des pauvres de vendre le peu qui leur reste - eux - pour satisfaire les désirs des riches ! Et l’on nous dit que la PMA élargie serait sans problème ni conséquence ? Misère !
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La Jonction entre "Progrès" et Capitalisme
C'est ici-même que se fait la jonction entre le prétendu « progrès » des libertés, lié à ces réformes de société, et son instrumentalisation par le capitalisme. L'obsolescence programmée d'un aspirateur, d'un réfrigérateur ou d'un smartphone nous est devenue insupportable. Et nous accusons volontiers le système économique libéral qui génère ce gaspillage dans l'unique but de multiplier ses profits au risque d'épuiser notre terre.
Mais qui s'interroge sur l'obsolescence programmée du couple où chacun est invité à « jeter » son conjoint au premier disfonctionnement, plutôt qu'à tenter de réparer la relation conjugale ? Non que certains divorces ne soient parfois la seule issue raisonnable. « La fidélité est la peur du changement » enseigne-t-on dans les écoles de commerce. Le propos vise, bien sûr, les marques : d'automobile, d'huile ou de lessive… Mais qui ne voit, là encore, que la même logique consumériste s'est imposée dans la vie intime des individus parce que les mêmes discours sur la liberté conduisent aux mêmes pratiques.
La société de consommation n'aime rien tant que la personne seule et si possible déracinée qui « compense » sa solitude et son mal-être par une boulimie d'achats compulsifs !
PMA et Robots Sexuels : Vers un Futur Déshumanisé ?
Dans un futur proche, la PMA sera enfin accessible à toutes les femmes qui souhaitent y recourir, leur offrant la possibilité de satisfaire leur désir d'enfant, quand et comme elles le voudront. Dans le même temps, les robots sexuels dont les médias nous rebattent les oreilles auront enfin fait leur apparition sur le marché, libérant chacun de la quête d'un(e) partenaire.
PMA et robot sexuel, accessibles à tous les budgets, sonneront la victoire finale du progrès - et du capitalisme - sur l'obscurantisme judéo-chrétien.
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L'Acceptabilité Sociale : Un Enjeu Majeur des Mutations Biomédicales
La notion d'acceptabilité sociale apparaît ces dernières années dans les travaux de droit français associée aux interrogations sur la faisabilité des politiques publiques à venir dans des domaines très variés. Deux principales définitions de l'acceptabilité sociale se distinguent :
- L'acceptabilité sociale en tant que méthode : C'est le résultat d'un long processus de négociation et de coordination. La démocratie participative est intimement liée aux nouveaux ressorts de la légitimité. La dynamique d'acceptabilité sociale en tant que processus, voulant associer les citoyens, avait été initiée dès 2008 par la création d'Etats généraux de la bioéthique pour que les décisions difficiles et sensibles ne soient pas confisquées par les experts. Elle irradie actuellement les choix des décideurs politiques.
- L'acceptabilité sociale en tant qu'assentiment de la population : C'est l'assentiment de la population à un projet ou une décision résultant du jugement collectif que ce projet ou cette décision est supérieur aux alternatives connues, incluant le statut quo.
Notre société ne peut plus être réformée dans les champs de la biomédecine et de la santé sans cette acceptabilité de la société civile ou de certains de ses acteurs qui doivent mettre en application les mutations juridiques proposées. Des « outils » juridiques et des stratégies sont mis en place pour faire évoluer le niveau de tolérance. La pédagogie est également utilisée.
La méthodologie pour obtenir l'acceptabilité sociale peut aussi être la disparition de l'interdit, l'utilisation de la technique du « nudge » législatif voire le recours à la régulation plutôt qu'à la réglementation. Les mutations des droits de la biomédecine et de la santé sont donc dorénavant conditionnées en France à leur acceptabilité sociale.
Controverses et Limites de la Recherche : L'Exemple des Chimères Humain-Animal
La recherche sur les chimères, qui consiste à introduire des cellules humaines dans des embryons animaux, suscite de vives controverses éthiques. L'Office européen des brevets (OEB) a refusé de breveter une technologie de l'université du Minnesota visant à créer des organes humains dans des porcs, en raison de préoccupations concernant les conséquences involontaires de l'intégration de cellules humaines dans des zones sensibles du développement du porc, notamment le cerveau.
La chambre de recours a estimé que les implications potentielles de la création de chimères ayant des traits humains étaient incompatibles avec les normes éthiques et juridiques européennes. Cette décision réaffirme que l'OEB accorde une grande importance aux considérations éthiques dans le domaine de la biotechnologie.
Bien qu'elle représente un revers pour les efforts de l'Université du Minnesota visant à breveter sa technologie liée aux chimères, elle souligne l'engagement de l'Office européen des brevets à veiller à ce que le progrès scientifique s'aligne sur les valeurs sociétales.
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