Introduction
La période post-natale représente une phase de transition majeure pour la femme, souvent associée à un stress accru et une vulnérabilité psychologique. Comprendre les facteurs qui influencent cette vulnérabilité est crucial pour favoriser la santé mentale maternelle et infantile. Cet article explore l'importance de l'évaluation de l'attachement post-natal à travers des questionnaires, les enjeux liés à la dépression périnatale et les perspectives d'amélioration du dépistage et de la prise en charge.
L'Attachement Mère-Enfant: Un Lien Fondamental
L'attachement maternofœtal est un concept relativement récent qui décrit la relation entre une femme enceinte et son fœtus. Il se réfère aux précurseurs du "bonding" de la mère envers son enfant, c'est-à-dire le sentiment d'attachement de celui qui donne le soin au petit dont il s'occupe. Ce lien particulier fait partie du système de "caregiving".
Évaluation du lien mère-enfant
Un questionnaire de 25 questions, synthétisable en dix questions, permet d’évaluer la création du lien mère-enfant dans le mois qui suit l’accouchement. Aux États-Unis, un questionnaire comportant 25 items, le PBQ (Postpartum Bonding Questionnaire) permet d’évaluer le lien mère-enfant. Pour faciliter son utilisation dans des études médicales, une version courte a été éditée, le S(hort)- PBQ, avec seulement une dizaine de questions. Les réponses sont notées de 10 à 50 sachant que plus la note est élevée, plus le lien mère-enfant est important.
Une étude portant sur 3005 femmes enceintes primipares (âge moyen 27, 4 ans) a révélé qu'à la fin du premier mois après l’accouchement, le score moyen était de 47,65. De manière surprenante, les femmes les plus âgées et ayant un niveau d’éducation plus élevé avaient un moins bon score d’attachement, de même que les femmes mariées et celles qui se sentent à l’abri de la pauvreté.
Les modalités d’accouchement n'ont pas d'influence significative sur le niveau de lien, sauf en cas de douleurs persistantes chez la mère ou de coliques du bébé. Allaiter ou ne pas allaiter ne modifierait pas le score, contredisant une conviction répandue. La présence du bébé dans la chambre de la maternité n'est pas non plus un facteur déterminant, sauf lorsque le bébé n'y est que "parfois", ce qui peut indiquer une séparation décidée par la mère.
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Impact de l'Attachement Insécure et de la Régulation Emotionnelle
Plusieurs études mettent en évidence l'importance de l'attachement et de la régulation émotionnelle dans la période périnatale.
Attachement et régulation émotionnelle
Une étude portant sur 46 femmes a examiné la relation entre les représentations d’attachement et la régulation émotionnelle, du dernier trimestre de grossesse aux 3 mois du bébé. Les participantes ont répondu à un questionnaire sociodémographique, un entretien d’évaluation de l’attachement et une échelle d’évaluation des difficultés de régulation émotionnelle.
Attachement, régulation émotionnelle et santé mentale
Une seconde recherche a étudié la régulation émotionnelle comme médiateur dans la relation entre les représentations d’attachement et la symptomatologie anxiodépressive, en utilisant l'échantillon de l'étude précédente. Les femmes ont également répondu à des questionnaires d’évaluation des symptomatologies dépressives et anxieuses.
Évolution de la régulation émotionnelle et troubles anxiodépressifs
Une troisième recherche a porté sur l’évolution des capacités de régulation émotionnelle maternelles selon la présence ou l’absence de troubles anxiodépressives. 69 femmes ont été recrutées et évaluées entre leur dernier trimestre de grossesse et les 3 mois de leur bébé à l’aide d’un questionnaire d’évaluation des difficultés de régulation émotionnelle et de questionnaires d’évaluation de la symptomatologie anxiodépressive.
Résultats clés
- L’insécurité de l’attachement est un facteur de vulnérabilité pour la mère en périnatalité, affectant à la fois les capacités de régulation émotionnelle et la santé mentale maternelle. Les stratégies d’hyperactivation au conjoint jouent un rôle central pour les capacités de régulation émotionnelle et les symptomatologies anxieuses et dépressives.
- La régulation émotionnelle est un élément central en périnatalité, médiatisant la relation entre attachement et santé mentale. Elle connaît une amélioration (gestion de l’impulsivité) chez toutes les mères entre la fin de la grossesse et le post-partum immédiat, mais cette amélioration ne suffit pas à modérer la continuité des symptômes au cours du post-partum.
La Dépression Périnatale: Un Enjeu de Santé Publique
La dépression périnatale est un trouble de l'humeur qui survient pendant la grossesse ou la première année de vie de l'enfant, période pendant laquelle les parents sont parfois plus vulnérables. Elle touche 10% à 20% des femmes. Il est crucial de distinguer la dépression post-partum du "baby blues", une période de légère tristesse qui disparaît rapidement. La dépression périnatale ne se manifeste pas de la même manière chez toutes les mères, avec des symptômes et une intensité variables.
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Facteurs de risque et idées reçues
La dépression périnatale est causée par une combinaison complexe de facteurs hormonaux, biologiques, environnementaux et psychologiques. Contrairement à une idée reçue, la dépression n'est pas héréditaire, bien qu'avoir un parent qui a souffert de dépression puisse augmenter le risque. La maladie peut toucher tout le monde, et il est essentiel de reconnaître les symptômes et de bénéficier d'une aide appropriée.
Dépression paternelle
Il est important de noter que la dépression post-partum peut également toucher le père, avec des symptômes tels qu'un retrait, des difficultés à s'occuper du bébé ou des variations d'humeur importantes. La dépression n’est pas réservée aux mères et peut très bien toucher le père, concomitamment à la mère ou non.
Méthodes de dépistage
Le repérage et le traitement précoces de la dépression périnatale peuvent significativement améliorer la qualité de vie du parent et de l’enfant, et favoriser un environnement familial plus sain. L’importance cruciale de la répétition de ces échelles de dépistage (à la consultation prénatale précoce, durant la grossesse, avant la sortie de la maternité et en postnatal) permet de repérer aux différents instants de la périnatalité les personnes à risque.
Plusieurs méthodes de dépistage sont utilisées :
- Questionnaires et échelles de dépistage :
- Échelle de dépression postnatale d’Édimbourg (EPDS) : Un questionnaire de 10 questions utilisé pour évaluer les symptômes de dépression, d’anxiété et les idées suicidaires pendant la grossesse et dans les semaines suivant l’accouchement.
- Consultations médicales et visites de la PMI :
- Les professionnels de la santé, comme les obstétriciens, les sages-femmes, les pédiatres ou les médecins de famille, les infirmières puéricultrices peuvent mener des entretiens pour évaluer les symptômes de dépression en posant des questions spécifiques sur l’humeur, l’anxiété, le sommeil, l’appétit, l’énergie, et les pensées de culpabilité ou de désespoir.
Étapes pour se faire dépister
- Consulter un professionnel de la santé :
- Prénatal : Lors de l’entretien prénatal précoce et lors des visites prénatales régulières, discutez de tout changement d’humeur ou de symptômes dépressifs, de troubles du sommeil persistant, difficulté à sortir de votre domicile ou de vous concentrer sur vos activités quotidiennes avec votre obstétricien ou votre sage-femme.
- Postnatal : Après l’accouchement, lors de l’entretien post natal et des visites de suivi postnatal, informez votre médecin, sage-femme ou pédiatre de toute difficulté rencontrée, changement émotionnel et symptôme dépressif persistant: : impossibilité de vous reposer lorsque votre enfant dort, manque de plaisir dans la relation avec votre enfant, idées tristes ou suicidaires, pensée que d’autres s’occuperait mieux de votre enfant que vous-même.
- Auto-évaluation :
- Utilisation de questionnaires : Certaines femmes peuvent choisir de remplir des questionnaires comme l’EPDS ou le PHQ-9 à la maison et discuter des résultats avec leur professionnel de la santé.
- Oser parler :
- Oser parler de ses symptômes ou de vos doutes avec votre professionnel de la santé (sage femme, médecin traitant, puéricultrice, personnel de PMI etc… ), qui pourra trouver avec vous les ressources pour vous aider.
- Soutien des proches :
- Impliquer les proches et l’entourage : Les membres de la famille, les amis ou le milieu professionnel peuvent encourager le futur ou nouveau parent à discuter de ses sentiments et à consulter un professionnel si des signes de dépression sont présents.
- Mise en place d’aide concrète : TISF au domicile en cas d’isolement, Intervention de la PMI pour soutenir les capacités parentales
L'attachement prénatal : un outil d'évaluation précoce
L'attachement prénatal permet d’appréhender au plus tôt les déterminants de la sensibilité et de la compétence maternelle. Il reste maintenant à explorer d’éventuels liens entre ce concept et les écueils de la période néonatale (dépression post-natale, pathologie du lien et de l’attachement) en vue de cibler au plus tôt les interventions thérapeutiques.
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L’exploration de ce concept n’est pas aisée car il n’existe actuellement que très peu d’outils et aucun de langue française. La Prenatal Attachment Inventory, échelle de langue anglaise la plus utilisée actuellement est un auto-questionnaire simple, de 21 items. Son étude a été réalisée à partir d’un échantillon de 112 femmes enceintes suivies à la maternité de Port-Royal durant les mois de janvier et février 2007. La PAI est apparue comme une échelle facile d’utilisation et bien acceptée. Sa fiabilité et sa dimensionnalité sont bonnes. Cette échelle, de maniement aisé, permet d’étudier dès la grossesse, l’investissement maternel et ses implications dans la future interaction avec le bébé.
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