L'univers de la pornographie est en constante évolution, s'adaptant aux nouvelles technologies et aux fantasmes changeants des internautes. Récemment, un nouveau phénomène a émergé, suscitant des inquiétudes quant à la sexualisation de l'allaitement maternel. Des créatrices de contenu pour adultes contournent la censure des réseaux sociaux en simulant l'allaitement avec des poupées, utilisant des hashtags pertinents pour attirer l'attention sur leurs vidéos de poitrine. Cette pratique soulève des questions éthiques et sociales importantes, notamment en ce qui concerne l'image de l'allaitement et son impact sur la société.
Les nouvelles règles de l'Arcom et la vérification de l'âge
L'accès à la pornographie en ligne est de plus en plus encadré. À partir de cette année, les sites pornographiques devront suivre les nouvelles consignes de l'Arcom concernant la vérification de l'âge. Pendant quelques mois, une simple carte bancaire pourra suffire, mais ensuite, il faudra envoyer une pièce d'identité ou un selfie à un service de vérification indépendant. Cette mesure, débattue depuis des années, est loin de faire l'unanimité. En 2020, une étude Ifop pour le site spécialisé La Voix du X avait interrogé un échantillon de personnes à ce sujet. Un peu plus de la moitié (56 %) estimait qu'une vérification de l'identité pour accéder aux sites pornographiques constituait une atteinte à la vie privée. La majorité n'avait confiance ni dans les sites, ni dans les organismes privés, ni dans les fournisseurs d'accès pour effectuer ces vérifications. Et 61 % indiquaient qu'en cas de mise en place, ils chercheraient simplement un site qui n'est pas bloqué.
En novembre, des sites comme xHamster ou TuKif ont été suspendus en France après une décision de justice sur la vérification de l'âge. Ces nouvelles vérifications d'identité vont-elles changer la manière dont les internautes accèdent aux contenus pornographiques ? Cela dérange-t-il de partager une pièce d'identité ou une photo avec un site pornographique ? Y a-t-il des inquiétudes ? Serait-on plus enclin à payer pour accéder à des plateformes payantes si cela permet d'éviter ces vérifications strictes ? Cette initiative va-t-elle limiter l'accès des jeunes à la pornographie ?
L'étude de Porn Studies : une analyse quantitative de la pornographie en ligne
Les éditions Routledge, filiale du groupe Taylor and Francis, ont lancé la première revue internationale à comité de lecture dédiée à la pornographie, sous toutes ses coutures. Intitulée Porn Studies, cette revue multidisciplinaire est consacrée aux « aspects culturels des pornographies présentes et anciennes, dans toutes leurs variations et partout dans le monde ». Au sommaire des premiers numéros, on trouve des articles tels que « Pornography, porno, porn : réflexions sur un champ sauvage », « Tags profonds : vers une analyse quantitative de la pornographie en ligne », « le ‘problème’ des fantasmes sexuels », « le porno et l’éducation sexuelle, le porno comme éducation sexuelle », « Gonzo, trannys (transexuels) et ados : tendances actuelles aux USA de la production de contenu pour adultes, distribution et consommation », « l’internationalisation des études sur la pornographie », ainsi qu’une critique d’un ouvrage intitulé « Dur à avaler : pornographie hard-core à l’écran ».
Une étude menée par des chercheurs franciliens et publiée dans Porn Studies s'est penchée sur les mots-clés (tags) qui décrivent les vidéos et les catégories dans lesquelles elles apparaissent sur les deux sites internet porno analysés, XNXX et XHamster. En utilisant un programme informatique, l'analyse d'un large réseau de tags sur ces sites web a permis de mettre en évidence des liens de force des tags entre eux. Par exemple, la catégorie « Japonaise » ou « Asiatique » renvoyait à d'autres pratiques sexuelles dont celle du massage ou d'autres bien plus hard. Quant à la rubrique « Française », elle était connectée via le cheminement des internautes à d'autres catégories telles que « Arabes, Anal ou Gangbang ». Quid de « British » ? Cette catégorie était plutôt synonyme pour les visiteurs de « porte-jarretelles ». Enfin, « Russes » était associée à « babysitters », « jeunes avec vieux », et à « adolescentes ».
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Selon Antoine Mazières, premier auteur de cette étude et spécialiste en data-mining, « Internet a considérablement accru la diversité des contenus pornographiques ». Il commente : « On observe ainsi des associations sur-représentées de pratiques sexuelles, de lieux géographiques, de types d’acteurs associés à leur couleur de peau ». Autre résultat de l'étude : « blowjob » (fellation) et « amateurs » sont les catégories les plus présentes sur les sites pornographiques analysés.
L'allaitement détourné : une nouvelle forme de sexualisation ?
Le combat pour normaliser l'allaitement est un enjeu majeur, visant à rappeler que cet acte naturel n'a rien de sexuel et que les femmes devraient être libres d'allaiter leur bébé n'importe où et n'importe quand. Cependant, un nouveau phénomène risque de compromettre ces efforts.
Sur les réseaux sociaux, notamment Instagram, il est interdit de montrer un téton féminin (les hommes n'ayant aucune restriction). Depuis 2015, la firme américaine fait une seule exception : l'allaitement. Or, des créatrices de contenus pour adultes contournent cette censure en prétendant allaiter des poupées, ajoutant des hashtags liés à l'allaitement pour tromper les filtres et attirer l'attention sur leurs vidéos de poitrine.
Cette pratique pose plusieurs problèmes. Tout d'abord, elle contribue à la sexualisation de l'allaitement, un acte naturel qui ne devrait pas être associé à la pornographie. Ensuite, elle risque de détourner l'attention des publications de personnes parlant réellement de l'allaitement, qui pourraient alors subir des commentaires déplacés. Enfin, elle banalise un acte intime et essentiel pour la santé de l'enfant et de la mère.
Alison Cavaille-Jouannet, fondatrice de la marque de vêtements d'allaitement Tajinebanane, dénonce ce phénomène sur Instagram et s'adresse aux créatrices de contenu qui le pratiquent : "Vous pouvez lâcher les poupons, les faux bébés, je pense qu'il y a quand même pas mal de choses dans l'univers des adultes pour s'amuser. On peut laisser ce type de bails… C'est pas fou".
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L'imagerie médicale et la sexualité : de Léonard de Vinci à l'IRM
L'étude de la sexualité humaine a toujours fasciné les scientifiques et les artistes. En 1493, Léonard de Vinci exécute un dessin d'anatomie, appelé « Copulation », représentant le coït humain. À l'époque, le sperme est censé venir du cerveau et parvenir jusqu'aux voies génitales féminines en cheminant par un chenal empruntant la colonne vertébrale.
Ce n'est que récemment qu'a été utilisée l'imagerie par résonance magnétique (IRM) pour étudier la sexualité humaine. Des chercheurs de l'hôpital universitaire de Groningue (Pays-Bas) ont demandé à un couple de volontaires de rentrer dans l'étroite machine IRM pour se livrer à un rapport sexuel dans la position du missionnaire. L'article relatant les résultats de cette imagerie par résonance magnétique a été publié en décembre 1999. Trois ans plus tard, des urologues et radiologues de la Clinique Médico-Chirurgicale Beau Soleil à Montpellier ont renouvelé l'expérience de leurs collègues néerlandais. Ils ont demandé à un couple de se livrer, par amour de la science, à une seconde position : « la femme allongée sur le ventre, les fesses légèrement surélevées, et l’homme sur elle ».
Ces études ont permis d'obtenir des clichés de qualité avec une description détaillée de l'anatomie et de mieux comprendre les mécanismes physiologiques de la sexualité humaine.
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