La rupture de la poche des eaux est un événement important de la grossesse, souvent associé au début du travail. Cependant, il est crucial de comprendre les différents scénarios possibles et les délais à respecter pour assurer la sécurité de la mère et de l'enfant.

Qu'est-ce que la poche des eaux ?

Dès le 8e jour de grossesse, des petites fissures apparaissent sur le bouton embryonnaire. Au cours de la deuxième semaine, celles-ci se rejoignent et forment alors un petit creux. Puis, cette cavité s’enroule autour de l’embryon à la manière d’une hélice : la poche des eaux est née. La poche des eaux, ou sac amniotique, est une membrane remplie de liquide amniotique qui entoure et protège le bébé in utero. Deux membranes la délimitent : une première, l’amnios, qui est fine, souple et translucide, et le chorion, sorte de deuxième « couche » plus épaisse et accolée à la paroi interne de l’utérus. Le liquide amniotique est fabriqué en partie par les membranes de la poche et en partie par le bébé lui-même qui le sécrète avec sa peau, ses poumons et ses reins. En avalant son liquide puis en l’urinant, le fœtus contribue à le renouveler très régulièrement… et à lui donner sa couleur jaune, celle de l’urine.

La poche des eaux joue un rôle essentiel dans le développement du fœtus. Sa fonction essentielle est d’offrir un nid douillet à votre bébé dans lequel il pourra se développer bien à l’abri. Le liquide amniotique lui permet en effet d’être maintenu à une température constante, protégé des chocs extérieurs par une sorte de matelas aquatique et aussi « ravitaillé » en eau et sels minéraux. Mais ce n’est pas tout ! Le liquide sécrète un produit bactéricide capable d’arrêter la prolifération de certaines bactéries et même de les tuer. Les membranes quant à elles ne se contentent pas de délimiter la poche, elles ont aussi un rôle actif. Elles fabriquent des vitamines nécessaires au fœtus, spécialement la D.

La quantité de liquide amniotique évolue au cours de la grossesse. De 20 ml à 2 mois, il passe à 600 ml autour de 6 mois, pour atteindre près de 2 litres vers 8 mois et redescendre à moins d’un litre à terme. Quant à la texture, elle aussi change. Pendant toute une partie de la grossesse, le liquide est très fluide. Puis lors des deux derniers mois, il se concentre, s’épaissit : il servira de lubrifiant au moment de l’accouchement.

Il arrive parfois qu’un peu de liquide s’accumule entre les deux membranes, on parle alors d’une poche amnio-choriale. Sous l’effet des contractions en début de travail, elle se rompt la première : on assiste alors à un faible écoulement de liquide qui peut faire croire à la perte des eaux.

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Comment identifier la rupture de la poche des eaux ?

Une majorité de futures mamans perdent les eaux pendant le travail. Toutefois, pour 5 à 10 % des femmes, une rupture ou une fissure de la poche des eaux survient au cours de la grossesse. La rupture franche de la poche des eaux est généralement facile à identifier : c'est un écoulement important et soudain de liquide, souvent décrit comme un "splash" ou une "petite inondation". Lors de la majorité des grossesses, les membranes amniotiques (amnios et chorion), qui constituent la poche des eaux, se déchirent tout près de l’orifice interne du col. L’écoulement est alors franc et relativement abondant.

La fissure de la poche des eaux, en revanche, est une rupture partielle et plus discrète. Mais parfois, la rupture a lieu plus haut et la quantité de liquide qui s’échappe est moins importante. C’est ce qu’on appelle une fissuration de la poche des eaux. L'écoulement est moins abondant, souvent intermittent. L'identification d'une fissure peut être délicate car elle peut être confondue avec d'autres écoulements vaginaux fréquents pendant la grossesse (pertes urinaires, pertes vaginales plus abondantes). Les futures mamans rencontrent parfois des difficultés à identifier une fuite de liquide, surtout quand elle débute par quelques gouttes. Le liquide amniotique peut être confondu avec une perte d’urine ou un écoulement vaginal, fréquents durant la grossesse.

Comment faire la différence ?

Pour vous aider à faire la différence, vous pouvez mettre une serviette hygiénique. À la différence de l’urine, le liquide amniotique est incolore ou légèrement blanchâtre (un peu comme de l’eau légèrement savonneuse). Son odeur est fade et l’écoulement est permanent. Parfois, l’écoulement est franc, mais ne récidive plus. Il peut s’agir de la rupture d’une poche amniochoriale.

  • Aspect des sous-vêtements : Observez si votre culotte est régulièrement humide, même lorsque vous n'avez pas uriné.
  • Le liquide amniotique : est transparent et inodore.
  • Les pertes urinaires : surviennent plutôt lors d’efforts, de toux ou d’éternuements.
  • Les pertes vaginales : sont plus épaisses, blanchâtres, et souvent liées aux changements hormonaux.

Si vous suspectez une fissure de la poche des eaux, il est impératif de ne pas attendre et de consulter un professionnel de santé sans délai.

Diagnostic de la rupture de la poche des eaux

À la maternité, la ou le sage-femme vous examinera. Si la perte de liquide n’est pas flagrante, elle posera un spéculum et pourra visualiser le liquide amniotique qui s’échappe de l’orifice externe du col de l’utérus. Quand il s’agit d’une rupture haute (fissuration) ou ancienne, l’écoulement peut être plus difficile à confirmer.

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A savoir : la couleur du liquide amniotique, mais aussi son aspect et son odeur, sont des informations importantes pour l’équipe médicale.

Le plus simple moyen de terminer s’il s’agit bien de liquide amniotique (mais il en existe d’autres) peut être réalisé au cours de l’examen par la ou le sage-femme. De plus, son résultat est immédiat. Il se base sur le pH. En effet, celui du vagin est acide (entre 4,5 et 6), tandis que celui du liquide amniotique est basique (7 à 7,5). Une sorte de grand coton-tige est introduit dans le vagin.

L’échographie peut aussi apporter une aide au diagnostic.

  • Test du nitrazine ou du pH : Le liquide amniotique a un pH plus élevé que les sécrétions vaginales normales.

Rupture prématurée de la poche des eaux (RPM)

Heureusement, le plus souvent, la rupture a lieu à terme, pendant le travail, et permet la naissance d’un bébé en pleine forme. Dans 5 à 10 % des grossesses, la poche des eaux se rompt avant le début du travail : on parle alors de rupture prématurée de la poche des eaux (RPM). Dans un tiers des cas, elle apparaît chez une future maman qui n’est pas à terme (avant 37 SA) et peut avoir des conséquences néfastes sur le fœtus, principalement en rapport avec la prématurité.

Causes de la RPM

Parmi les principales causes d’une rupture, notamment prématurée, de la poche des eaux, l’infection bactérienne joue un rôle important. On la retrouve dans environ 40 % des ruptures. Les mamans qui ont des antécédents d’accouchement prématuré ou de rupture prématurée des membranes sont également davantage exposées. La surdistension utérine est aussi incriminée, par exemple en cas de grossesses multiples, ou d’une trop grande quantité de liquide amniotique (hydramnios). Les carences en fer, zinc et vitamine C, qui fragilisent les membranes, peuvent elles aussi interférer.

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Conséquences de la RPM

Les conséquences pour l’enfant à naître dépendent de la précocité de la rupture. Elles sont plus nombreuses et graves si la grossesse est jeune. La rupture de la poche serait d’ailleurs responsable de 30 à 40 % des accouchements prématurés.

Selon de nombreuses études, 6 femmes enceintes sur 10 accouchent dans la semaine qui suit la rupture, lorsque celle-ci a lieu à 29 SA. Outre les problèmes (surtout pulmonaires et neurologiques) liés à une naissance précoce, les risques pour le fœtus sont également d’ordre infectieux. Le bébé étant désormais en contact avec le milieu extérieur, des microbes peuvent coloniser le liquide amniotique. On parle alors de chorio-amniotite. Une infection néonatale peut également se déclarer.

Enfin, une fuite de liquide trop importante peut provoquer un oligoamnios. Cela survient lorsque la production de liquide ne suffit plus à combler les pertes.

Les dangers pour la future maman sont moins graves que chez le futur bébé. Il s’agit principalement d’infection au niveau de l’utérus. On les retrouve chez 10 à 20 % des patientes.

Conduite à tenir en cas de rupture de la poche des eaux

Toute perte liquidienne durant la grossesse doit vous amener à consulter. Si la rupture de la poche des eaux est confirmée, vous serez hospitalisée. Heureusement, le repos strict au lit n’est plus préconisé et vous pourrez vous lever pour vous rendre aux toilettes ou faire quelques pas dans votre chambre.

Prise en charge médicale

Entre 24 et 34 semaines de grossesse, la future maman bénéficiera d’injections de corticoïdes. Ceux-ci sont indispensables pour accroître la maturité pulmonaire du bébé et limiter les complications liées à la prématurité. Si besoin, pour permettre de terminer la cure de corticoïdes et d’empêcher l’accouchement, un traitement anti-contractions sera mis en place durant 48 heures. Enfin, pour traiter ou prévenir une infection, la maman recevra des antibiotiques. Entre 34 et 37 semaines, seuls les antibiotiques seront prescrits.

La conduite obstétricale est très complexe. À terme, il est préférable que la maman accouche sans trop attendre.

Délais et déclenchement de l'accouchement

La plupart des sages-femmes préfèrent attendre entre 24 et 36 heures après la perte des eaux pour déclencher l'accouchement. Cela dépend en fait largement de l'état du bébé et de la couleur du liquide amniotique - les eaux. S'il est verdâtre, c'est que le bébé a déféqué, ce qui peut être un signe qu'il est ou a été stressé.

Pour un bon tiers des femmes, la poche des eaux se rompt avant d’être réellement en travail. Comme elles sont à terme, cela ne pose pas de problème particulier : il leur suffit de se rendre à la maternité dans les deux heures. Le plus souvent, le travail se met en route rapidement. Si ce n’est pas le cas, on le provoque dans un délai de 24 à 48 heures maximum : le risque d’infection augmente avec la durée d’ouverture des membranes.

Les deux tiers des futures mamans dont la perte des eaux se déroule avant le début du travail, accoucheront dans les 24 heures. La plupart des autres dans les 48 heures. Pour celles qui dépassent ce délai, il est recommandé de déclencher l’accouchement car le risque infectieux devient trop important.

Que faire en attendant le départ à la maternité ?

  • Ne paniquez pas, mais ne tardez pas à consulter.
  • Mettez une protection hygiénique (pas de tampon) pour noter la quantité et l’aspect du liquide.
  • Notez l’heure, les éventuelles contractions, et la couleur du liquide (si verdâtre ou teinté de sang, prévenez immédiatement).
  • Contactez votre maternité ou votre professionnel de santé pour un examen rapide. Un test vaginal pourra confirmer s’il s’agit bien de liquide amniotique.

Fausse alerte : la poche amnio-choriale

Il arrive parfois qu’il n’y ait qu’un seul bébé et deux poches… ou plus exactement une vraie et une « pseudo ». Il arrive qu’un peu de liquide s’accumule entre les deux membranes, on parle alors d’une poche amnio-choriale. Sous l’effet des contractions en début de travail, elle se rompt la première : on assiste alors à un faible écoulement de liquide qui peut faire croire à la perte des eaux.

La poche des eaux pendant le travail

Venons-en au déroulement le plus fréquent : la poche des eaux se déchire spontanément alors que le col a déjà commencé à se dilater (entre 4 et 10 cm). En début de travail, la poche des eaux contribue à la dilation du col. En effet, sous l’effet des contractions, elle se bombe tel un ballon de baudruche à l’avant de la tête du bébé et appuie sur le col.

Si la dilatation du col ne progresse pas suffisamment, la sage-femme rompra peut-être elle-même la poche des eaux pour provoquer la descente du bébé. Avec un petit ustensile pointu, elle gratte tout doucement les membranes jusqu’à faire un petit trou. En procédant avec beaucoup de délicatesse, il n’existe aucun risque de toucher la tête du bébé.

Parfois, l’enfant naît « coiffé » des membranes de sa poche. Ce phénomène, assez peu courant, véhicule une forte dimension symbolique. La croyance populaire veut que cette “coiffe” porte chance à l’enfant, lui assure bonheur et invulnérabilité.

Mais le plus souvent, les membranes sortent en même temps que le placenta, lors de la délivrance. Elles sont alors inspectées avec beaucoup de soin pour vérifier qu’elles sont entières. S’il en restait un petit morceau à l’intérieur, cela pourrait empêcher l’utérus de se rétracter ou favoriser une infection.

Après neuf mois de bons et loyaux services, l’amnios et le chorion rejoignent avec le placenta une poubelle spéciale réservée aux déchets sanguins. Ceux-ci seront ensuite incinérés.

Complications possibles

Pendant l’accouchement, au moment de la rupture de la poche des eaux, il arrive que le cordon ombilical descende dans le vagin avant la tête de l’enfant. On dit alors qu’il est procident. En cause : un excès de liquide amniotique dans l’utérus ou la position de la tête du bébé, très haute dans le bassin maternel. Le cordon ombilical a alors davantage de place pour se faufiler dans le vagin avant la tête. Et comme il est comprimé, la circulation sanguine entre la mère et l’enfant est interrompue. C’est une urgence avec un risque de mort fœtale.

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