Introduction
La guitare classique, instrument riche d'histoire et de tradition, continue d'évoluer grâce à l'exploration de nouvelles techniques et approches. Cet article se penche sur des aspects spécifiques de cette évolution, notamment l'enrichissement de la technique de la main droite, l'utilisation des doubles cordes dans la mélodie, et l'influence des percussions sur le jeu de guitare classique.
L'Évolution de la Technique de la Main Droite
L'Héritage de Kazuhito Yamashita
Le virtuose de la guitare classique Kazuhito Yamashita a considérablement enrichi la technique des deux mains dans les années 1970. Il jouait avec cinq doigts à la main droite, produisait des mélodies trémolos à un doigt en aller-retour, et explorait une palette sonore hors des canons de la guitare classique établis par Segovia. Sa virtuosité impressionnante, bien que décriée par certains comme celle de Paganini ou Franz Liszt en leur temps, a permis d'ouvrir de nouvelles voies pour l'expression musicale à la guitare classique.
L'Appogiature à la Main Droite : Une Nouvelle Approche
Une de ces techniques consistait à attaquer la corde avec deux doigts simultanément, généralement im ou ma. Cette technique peut avantageusement être utilisée pour apprendre l'appogiature à la main droite sur une corde. On commence par produire à deux doigts le son simultané puis, progressivement, on essaye de décaler l'attaque des deux doigts, i>m ou m>i (m>a ou a>m). Cela revient à une préparation de type planting, dans laquelle les deux doigts sont d'abord posés sur la corde. Dans ce cas, le premier son est étouffé, puisque le second doigt reste sur la corde, mais l'effet rythmique est préservé. Progressivement, on abandonne le planting pour faire sonner les deux notes.
Cette technique est différente d'une accélération de l'enchaînement du jeu alterné im (ma, ac), car la position des doigts est légèrement différente. Il est important d'observer le rôle de la petite phalange. Le travail musculaire de celle-ci doit être fait en fléchissement et extension. C'est la maîtrise du dosage entre les articulations des trois phalanges qui permet celle du son produit.
L'étape suivante consiste à enchaîner cette appogiature, avant ou après, sur une troisième note mélodique, pour laquelle on utilisera un troisième doigt.
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Exemples : im a ou a mi / ma i ou i ma / ac m ou m ac.
On peut ensuite s'inspirer des rudiments de batterie, pour des enchaînements à trois ou quatre doigts tels que mi am, am i ca m, ca ma i m.
Une étape ultérieure consiste en des appogiatures à trois ou quatre doigts qui font évoluer le jeu de la main droite vers une approche rythmique de type percussions avec roulements et variations rythmiques propres à la batterie en général.
L'étape ultime consiste à maîtriser tous les degrés de rapidité dans l'alternance de deux doigts de la main droite, de l'appogiature aux notes clairement séparées. Ce n'est pas une démarche évidente, car la position des doigts relativement à la corde peut être légèrement différente, et dans un premier temps on a toujours une rupture de continuité entre les deux approches.
Il est important de noter que le pincé (free stroke) peut être plus rapide que le buté (rest stroke) sur une corde, car la distance parcourue pour le retour est moindre. Cela suppose une grande force musculaire pour produire un volume acceptable dans un mouvement de faible ampleur, nécessitant un travail important des muscles fléchisseurs et extenseurs.
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L'Utilisation des Cinq Doigts : Un Argumentaire
Štěpán Rak a défendu l'utilisation des cinq doigts de la main droite, soulignant les bénéfices pour la stabilité, la position, et l'indépendance des doigts. Il argumente que la distance naturelle entre le pouce et l'auriculaire permet l'utilisation de tonalités diamétralement opposées pour un son plus vivant, et que l'inclusion de l'auriculaire offre de nouvelles possibilités expressives.
Historiquement, l'idée d'utiliser les cinq doigts est enracinée dans les tablatures de luth et les compositions baroques. Bien que l'auriculaire ait été souvent ignoré, son utilisation peut renforcer et détendre les autres doigts, augmentant leur flexibilité. L'intégration de l'auriculaire peut être enseignée dès le niveau élémentaire, améliorant la position de la main droite et la flexibilité des doigts.
Doubles Cordes, Harmonie et Rythme
Doubles Cordes dans la Mélodie : Ponctuation Harmonique et Variations Rythmiques
Un son en double corde, intervalle simultané, introduit une dimension harmonique verticale dans le flux mélodique horizontal. Son effet, d'autant qu'il est joué sur une basse, est équivalent à celui d'un accord. Son introduction dans la ligne mélodique produit donc l'impression d'entendre celle-ci ponctuée d'accords, un peu comme au piano. Les techniques étudiées précédemment permettent de l'introduire aisément, avec les variations et décalages rythmiques favorisant le swing, le groove.
Voici l'exercice par excellence pour l'introduire dans le jeu improvisé, consistant en l'étude systématique des possibilités, autrement dit des choix en temps réel qui font la liberté de l'improvisation contre la répétition des licks acquis.
On part d'un accord de 4 notes, d'une quelconque série, avec ou sans saut de cordes, disons abcd. Le doigté main droite est pima ou pmac, imac… On utilise le principe des permutations pour l'ordre des notes et doubles notes, dont on introduit successivement les différentes possibilités :
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- ab c d, ab d c, c ab d, c d ab, d c ab, d ab c
- a bc d, a d bc, bc a d, bc d a, d bc a, d a bc
- a b cd, a cd b, b a cd, b cd a, cd b a , cd a b
- ac b d, etc.
- ad, b, c, etc.
Une variante consiste à jouer la double note en décalage, produisant une appogiature montante ou descendante sur deux cordes, qui complète le point précédent de l'appogiature sur une corde.
Cette capacité d'introduire dans le flux mélodique des doubles notes, intervalles ou parties d'accords, ne fait pas oublier que dans l'improvisation c'est la mélodie qui est première, y compris en voix interne, c'est une façon de l'harmoniser en permanence. Cela suppose d'entendre avant de les jouer, les notes internes aux accords choisies comme voix aiguë (ou interne) : la musique est d'abord un chant.
Techniques de Percussion et Appogiatures
L'utilisation des techniques de baguettes de tambour ou autres percussions, répertoriées dans les rudiments de batterie sous les termes de simples ou multiples Stroke-Roll, Flam-Paradiddle, Ratamacue, peut enrichir le jeu de guitare classique. La différence avec les liaisons de la main gauche est que la figure rythmique d'appogiature peut se jouer sur une seule note, sonnante car appuyée ou percussive car étouffée, rejoignant certaines techniques de Ghosts Skips des contrebassistes de jazz.
L'intérêt réside dans un son différent des pull-off et hammer-on, complétant le vocabulaire sonore à disposition et la palette de figures rythmiques ultra-rapides générant une énergie et enrichissant le phrasé.
Dans le principe, cette technique peut être travaillée entre tous les doigts de la main droite, 2 à 2, 3 à 3 ou 4, mais en pratique, vue sa difficulté, on pourra se concentrer sur quelques enchaînements choisis, par ex dans l'ordre ca, am, mi, ip. L'important est de pouvoir enchaîner à l'appogiature le flot mélodique, donc de préférence avec un autre doigt. C'est particulièrement le cas dans l'enchaînement d'un accord arpégé avec une ligne mélodique, en s'attachant à produire un seul flux mélodique avec un son homogène, ce qui suppose une position stable et inchangée de la main droite, poignée en l'air sans appui autre que l'avant-bras sur le haut de la table. Les exercices pertinents pour y parvenir sont aisément imaginables et recommandés pour augmenter la vélocité, puisque concentrés sur le passage rapide d'un doigt à l'autre, qui suppose un travail concomitant des muscles fléchisseurs et extenseurs pour une maîtrise et un contrôle précis, décontracté et sans tension.
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